Et si on cassait du cliché à coups de pelle ?

Date de la dernière mise à jour : le 16 septembre 2017


Introduction

Vous la connaissez, elle officie dans le plus grand secret sur les internets et forge à chaque coup sa légende. Elle ne laisse derrière elle qu’une terre désolée et aride où rien ne repousse.  Elle frappe fort, déterre les éléments pertinents et enfouit les autres jusqu’aux abîmes de la croûte terrestre. Son nom fait trembler ceux qui savent qui elle est, oui, aujourd’hui, elle est de retour dans nos contrées, je ressors Pipou, la pelle à casser du cliché.

Aujourd’hui elle va affronter une des plus belle tartine qu’il m’ait été donné de voir. Cependant je dois être précis en introduction afin d’éviter à ce billet d’avoir l’air d’un lynchage public. Je l’ai déjà expliqué (dans ces articles : La démarche photographique et La règle du Game), quand je me suis mis sérieusement à la photographie, j’ai essayé de faire les choses correctement. C’est passé notamment par une déconstruction des clichés que j’entendais un peu partout sur la photographie, pour construire ma propre réflexion autour d’elle, et la vision qui en découle. Pour cela, mon meilleur outil a été la bibliographie, et la conséquence de ça est le Blog que vous lisez actuellement, là, maintenant.

Et déconstruire ces clichés, ça a longtemps été un moteur du Blog, et c’en est encore un d’ailleurs, ça a abouti à des articles comme :

Bref, tout ça pour dire, que quand je lis/entends un truc qui me paraît vraiment stupide, j’ai énormément de mal à ne pas écrire dessus, à ne pas utiliser Pipou pour le déconstruire, pour essayer de revenir à des choses plus cohérentes (tant au niveau de l’histoire de la photographie et de ses pratiques, que pour la logique en elle-même). Et là, aujourd’hui, maintenant, au moment où j’écris ces lignes, je suis sans doute tombé sur un jalon de la connerie. Une petite marque d’or, dans cette belle frise chronologique qui allait des premiers hommes à Donald Trump. Et ça, Pipou, elle n’aime pas ça du tout, elle vient toquer à ma porte, et je sais qu’il est l’heure.

La vidéo dont je vais vous parler porte le titre « Comment devenir un mauvais photographe », l’auteur y présente 10 idées qui feront de vous un mauvais photographe. Bien évidemment (et ce n’est pas le sujet) il faut comprendre l’inverse de ce qu’il dit, le ton étant clairement ironique, et donc entendre les 10 conseils qu’il donne pour devenir un bon photographe. C’est d’ailleurs de ce qui est implicitement dit que je vais partir dans l’argumentation, histoire que ça soit un peu plus clair/fluide pour vous lecteurs. Comme vous vous en doutez à ce stade de l’article, je suis en profond désaccord avec ce qui est dit, et je trouvais ça intéressant de déconstruire ces idées une par une, pour voir ce qui se cache derrière et comment au final, tout ça n’a pas de sens.

Quoiqu’il en soit, je dois clarifier quelques points avant de commencer :

  • Je ne connaissais pas l’auteur de la vidéo avant de faire l’article. Je n’ai rien contre lui et me fiche éperdument de qu’il est personnellement, de ce qu’il a fait, des likes qu’il engrange etc. Je déteste l’ab hominem (confondre une personne avec les idées qu’elle présente) et donc je n’en ferai pas moi-même ici.
  • Je ne m’intéresse qu’au fond de la vidéo, aux arguments développés. Le reste ne m’intéresse pas du tout, et ne sera pas abordé ici.
  • Je n’ai pas lu les commentaires de l’article, pour ne pas être influencé (positivement ou négativement) dans mon écriture, encore une fois, je ne pars que de la vidéo.
  • Les titres des parties sont les arguments implicitement formulés, pas ceux tels qu’ils sont dit dans la vidéo (j’ai enlevé l’ironie). C’est plus clair ainsi.
  • Il n’y a rien de « gentil » ou « méchant » dans cette démarche. La personne ayant posté la vidéo est, selon toute vraisemblance, un adulte bien formé et conscient de ses actes, je me permets juste d’ouvrir un débat. Sa vidéo est publique, cet article l’est aussi, et la boite à commentaires ouverte.

Ceci étant dit, je ne vous cache pas que ça va quand même piquer un peu. Parce que bon, je n’ai pas pour habitude d’y aller avec le dos de la main morte, et ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer ça. Prenez le mercurochrome, regardez la vidéo, et on démarre.

Il ne faut pas utiliser les modes automatiques / semi-automatiques

Bon, là première chose qui me fait mal, c’est quand même de commencer une liste de conseils par de la technique. Je veux dire, merde, y’a tellement de choses plus importantes avant ça (on le verra en conclusion). Je déteste parler de technique, et honnêtement, je file des M&M’s à celui qui trouvera un article ou même, allez, un paragraphe sur ce sujet en dehors de celui-ci sur le Blog. Mais bon, exercice oblige, on va en discuter un peu.

Pour commencer, je rappelle qu’on paie nos chers petits boîtiers une fortune, justement pour les algorithmes à l’intérieur qui font un excellent travail. Les exemples pris dans la vidéo sont des cas extrêmes où oui, ils tombent en rade, ou ils sont à côté de la plaque, ce qui est de toute façon rattrapable en post-production en considérant la dynamique des capteurs sur le marché. Donc on est en train de dire qu’on a un système qui marche très bien 95% du temps, mais que pour les 5% où il n’est pas fiable, il faudrait revoir toutes nos pratiques et s’en priver : sérieusement ? A ce tarif là, autant acheter des argentiques, au moins ça fait économiser pour s’acheter des trucs plus utiles, comme… des livres.

A mon avis, ce culte du mode manuel est encore un héritage foireux de la période de l’argentique et du « c’était mieux avant », parce que concrètement, le mode manuel (en dehors de certains cas très précis comme les poses-longues etc.) n’a absolument plus aucun intérêt. Toutes mes photographies sont prises en priorité ouverture (je tiens à maîtriser la profondeur de champ) ou en priorité vitesse pour la photographie de rue, parce que je photographie dans des conditions dégueulasses (c’est à dire le métro) et que la seule chose qui m’importe c’est d’avoir au moins un sujet net.

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Thomas Hammoudi – Paris (2017)

Mais ça, vous me direz que ça n’est que mon avis, avis de petit photographe parmi des centaines d’autres sur internet. Et vous auriez raison. Mais du coup, pour enfoncer le clou, tel Ponce Pilate, on va passer à l’échelle au dessus : la question des modes de l’appareil n’a eu aucun impact sur l’histoire de la photographie. Seul le résultat compte. Personne ne s’est jamais émerveillé d’une photographie parce qu’elle était prise en mode manuel et pas autrement, d’ailleurs, personne ne pose jamais cette putain de question.

Martin Parr, figure iconique de l’agence Magnum photographie au reflex, j’adore son travail teinté d’humour britannique et on le retient pour ça, pas pour la position de la molette sur son appareil quand il a déclenché. Ça n’aurait rien changé à son travail et tout le monde s’en fiche.

Photographie – M. Parr

Il faut suivre des cours sur la photographie

J’ai envie de dire, que s’il y a une vidéo qui m’en dissuaderait bien, c’est celle-là. L’auteur explique que la plupart des « pro » sont passés par là, et qu’étant donné qu’il y en a plein de disponibles sur internet, il n’y a pas de raison de ne pas en faire. Alors, loin de moi l’idée qu’il faut éviter d’apprendre des choses quand on se met à la photographie, c’est bien évidemment tout le contraire, mais il faut le faire avec justesse et mesure.

Pour commencer, je vous invite à lire ces deux paragraphes, dans les articles suivants (les liens y mènent directement) :

Ils traitent de la photographie professionnelle, et je ne vais pas reprendre tout leur contenu ici. Mais pour vous la faire courte, et pour ceux qui ont la flemme (je vous vois !), la photographie professionnelle est complètement antinomique de la photographie artistique car elle répond principalement à un cahier des charges, à une exigence de la part du client, une obligation de résultat, ce qui s’oppose frontalement au cœur de la photographie artistique : l’expression de soi (exception faite de certaines branches plus souples : photo-journalisme, mode, etc.). Donc dire qu’il faut se former parce que la plupart des « pros » le font n’est un argument recevable que pour les personnes souhaitant apprendre un métier ; pour les autres, les chemins sont très variés.

Tigray (Éthiopie) – S. Salgado

Je rappelle quand même que Sebastião Salgado, qui est un monument de la photographie contemporaine (quasiment devenu une icône sacrée de son vivant) n’a pas fait d’école d’art mais… d’économie. Donc oui, se former, apprendre les bases c’est bien, mais ne comptez pas que sur ça, et n’ayez pas pour référence/cible la photographie professionnelle.

Il faut analyser les photos des autres sur internet

PUTAIN ! Mais non ! Je croyais avoir été clair sur le sujet pourtant (ici), je pensais que c’était enterré, terminé, mais NON ! Tel un bon herpès, ça revient toujours. C’est fou ça.

Bon, on va donc revenir à la base. Évidemment qu’il faut analyser le travail d’autrui pour progresser/découvrir/apprendre, là on en fonce des portes ouvertes. Mais ça n’a rien avoir avec internet. Il faut bien comprendre comment ça fonctionne, la photographie sur le web : internet est une machine à likes, très efficace pour flatter les ego, c’est un endroit où il est très difficile de trouver de vraies critiques qui aident, et c’est surtout une véritable bulle qui formate ses usagers. A titre d’exemple la une de 500px :

La fameuse une de 500 px

Deux photographies d’Andreas Gursky :

Photographie – A. Gursky

Photographie – A. Gursky

Étudiez la photographie, mais celles des grands photographes, dans des livres, pas en farfouillant je ne sais quoi sur 500px ou Flickr. Il y a la bibliographie si vous avez besoin de conseils. Pour creuser ce sujet et éviter les redites ici, je vous invite à lire cet article sur le sujet : Et j’ai quitté les internets

Ensuite, l’auteur fait une petite digression et dit que « ça serait connu si les plus grand peintres avaient étudié le travail des autres pour progresser » (Il faut comprendre l’inverse, le ton étant ironique : Les grands peintres ont étudié le travail des autres pour progresser). Alors, encore une fois, même si on semble baigner dans l’évidence la plus pure, il y a une erreur de logique énorme dans cet argument. L’auteur utilise un argument d’autorité : les plus grand peintres ont étudié le travail des autres, ce sont des exemples (vu que ce sont les plus grands) et il faut donc faire pareil. Oui, mais… non, ça ne marche pas comme ça. Les plus grands peintres, allez au hasard prenons Picasso, fait justement partie des plus grands non pas parce qu’il a étudié les autres peintres (ce que font toutes les personnes débutant un art, sans tous devenir de grands peintres) mais parce qu’il a su trouver sa voie, une voie radicalement novatrice, ensuite. Il n’a pas rejoint « les plus grands » (et donc acquis son autorité) parce qu’il avait étudié le travail des autres pour progresser et atteindre ce statut, l’argument n’a pas vraiment de sens formulé ainsi.

Les demoiselles d’Avignon – P. Picasso

Il faut sortir de la file d’attente

Ce que dit l’auteur, enfin développe à la suite de ce conseil, c’est que pour faire des bonnes photographies sur les lieux touristiques (et éviter d’avoir les « mêmes photos que tout le monde ») il faut sortir de la file d’attente, des sentiers battus, et aller voir un peu ailleurs. Dans l’absolu, il n’y a rien de mal à ça et c’est plutôt pertinent, mais c’est le concept qui est derrière qui me gêne un peu.

Je veux dire, être un bon photographe, si tant est que ça existe, ça n’est pas faire de bonnes photographies de tous les lieux qu’on croise toute notre vie. On y reviendra un peu en conclusion, mais le raisonnement est fait à l’envers ici. Produire des photographies intéressantes, ça passe par une réflexion, des choix, et ça se mène sur le long terme. C’est un projet (voir cet article : Construire un projet photographique). Donc quelque part, ça n’a rien à voir avec vos photographies touristiques, on s’en fout clairement. Personne ne vous demande d’être bon tout le temps, d’être au maximum de la qualité en permanence.

Pour ma part, je mène mes projets photo quand l’occasion se présente, et le reste du temps (en vacances par exemple), je fais de la « photographie souvenir », certes extrêmement clichée, comme tout le monde, mais que je suis content de ramener chez moi. De plus, ce genre de conseils ne tiennent pas longtemps dès qu’on pousse un peu : Est-ce qu’Hiroshi Sugimoto est un bon photographe, parce qu’il a fait un pas sur le côté ? Non. Bah voilà.

Theaters – H. Sugimoto

Theaters – H. Sugimoto

Il ne faut pas faire de photos de soi devant les monuments

Pour ce point, mes arguments seront les mêmes que précédemment. Personnellement, dans un zoo, j’adore faire des autoportraits avec les animaux, ça me fait beaucoup rire.  Ça ne fait pas de moi un bon ou un mauvais photographe pour autant. Ça n’est pas le sujet. Si ça vous éclate de vous prendre en photo devant tous les monuments de France, faites-le. Et sait-on jamais, à coup de dérision et de répétition, ça pourrait même faire un projet photographique intéressant.

Il ne faut pas prendre des photos à hauteur d’homme

Ce conseil est du même acabit que celui dit du « petit pas de côté ». Sous prétexte d’atteindre l’originalité, et d’essayer au maximum de se différencier des photographies de la plèbe, l’auteur nous invite à varier la hauteur des prises de vues. Bien que dans l’absolu il puisse être pertinent de rappeler aux gens que leur corps dispose d’articulations, et qu’il est possible (sans surcoût) de s’en servir pour varier ses photographies, je doute quand même très largement que cela soit un vecteur fiable d’originalité.

Parce qu’au fond c’est quoi le projet ? L’auteur prend en exemple le Musée du Louvre, maintes fois photographiés, et qui pour lui devrait être photographié autrement qu’à hauteur d’homme (au ras du sol, en hauteur, que sais-je !) pour permettre au photographe d’être original. Si le projet c’est de faire le tour des lieux parisiens les plus connus à 4 pattes, je doute qu’on aille bien loin.

Encore une fois, c’est prendre le problème à l’envers. Votre technique ne vous rend pas original, c’est votre projet (disons mûri et personnel) et la technique qui en découle naturellement qui le font. Prenons un petit exemple pour la forme, Henri Cartier-Bresson a quasiment photographié de son point de vue toute sa vie, est-ce qu’il aurait été meilleur en faisant autrement ?

J’ai quand même un petit doute. Tout petit.

Hyères – Henri Cartier-Bresson

Faites attention à l’arrière plan dans vos compositions

Loin de moi l’idée de vous dire de mettre tout et n’importe quoi dans vos images, la photographie, ça n’est pas la fête du village. C’est sans doute le conseil le moins problématique de la vidéo, et dans le fond, je suis d’accord avec. Je tenais seulement à le nuancer, parce que selon ce que vous pratiquez, et bah ça n’est pas toujours possible. Pour reprendre l’exemple de la photo de rue, les choses bougent tellement vite, qu’on est déjà content d’avoir la scène que l’on souhaitait dans le cadre. Enfin, je parle du moment de la prise de vue, une fois chez vous pour faire la post-production, vous avez tout le temps de repérer le slip qui sèche et gâche ce si délicat portrait de Mamie.

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Thomas Hammoudi – Paris (2017)

Je photographie pour voir à quoi ressemble le monde une fois photographié.
Garry Winogrand.

Enfin, il ne faut pas oublier que l’absence de contrôle et la part de surprise qui en découlent font partie du cœur de la photographie, comme le dit ce bon vieux Gary ci-dessus. Photographier, c’est aussi apprendre à découvrir le monde autrement, c’est quelque chose d’assez sympathique au final, dont il serait dommage de se priver en plébiscitant un irréaliste contrôle total.

Il faut faire attention à la composition

Il faut respecter la règle d’or, la règle des tiers, c’est ce que font les grands peintres de la Renaissance et compagnie

(L’auteur, dans la vidéo)

Ha ! Ha ! J’aime beaucoup quand on commence à parler de la règle des tiers et plus généralement des règles dans les arts. Quand j’entends/lis ça, j’ai souvent la même image qui me revient en tête : celle d’un homme tenant une pancarte avec écrit « J’ai lu un Tintin et c’était bien » et qui tenterait de pénétrer à Harvard pour donner des cours de philologie antique.

Honnêtement, je ne sais pas d’où il faut débarquer pour sortir des âneries pareilles. Mais pour vous expliquer ça en détails, on va aller déterrer un allemand. Oui oui, allez Pipou, on y va.

Le rayonnant Hegel

L’homme que vous voyez là est Hegel, un des philosophes centraux dans la philosophie du XIXe siècle. A partir de 1818, il commence un cours sur l’esthétique, qui a été édité en livre après sa mort. Si je vous raconte ça, c’est pour vous dire que ceci n’est pas du tout nouveau, et que bon, une idée qui a 200 ans, il serait quand même temps qu’elle rentre un peu dans les esprits. Dans son esthétique, Hegel nous explique qu’il n’y a aucune règle pour créer le beau, et que si on en avait trouvé une, ça ferait quand même belle lurette qu’on aurait commencé à s’en servir. Et c’est logique, pour définir ce qui est beau, nous devrions classer, inventorier, analyser, et conceptualiser tout ce qui est beau, ce qui est par définition impossible. Il ne peut donc y avoir de règle, de critère, de ce qui est beau ou pas. C’est un point de vue qui suit la pensée de Kant, auquel il répond en partie (j’en parle ici).

De même, Hegel nous dit que l’application des règles est l’héritage d’une vision ancienne de l’art, et que le travail qui résulterait de l’application de règles ne serait que formel, régulier, et qu’au final tout cela n’est bon que pour un travail mécanique. Comme fabriquer des portes. Et j’insiste, il a expliqué tout ça, il y a 200 putain d’années. Donc il y a un moment où il faut arrêter les conneries, arrêter de penser que des règles toutes faites vont vous simplifier la tâche, ou sont un dogme à suivre. Personnellement je ne m’en sers que pour une chose : je les active sur le smartphone de certains proches, qui s’intéressent peu à la photo, pour qu’ils reviennent avec des photos correctes de leurs vacances, et voilà.

Et puis bon, l’histoire de l’art va quand même dans ce sens. Certes, on peut observer des similitudes entres les époques, des courants, modes, tendances, mais les artistes qui marquent l’histoire au fer rouge, sont ceux qui s’en détachent, et créent des choses radicalement nouvelles (quelle que soit la forme que porte cette nouveauté). C’est par exemple ce qui a fait la renommée de Stephen Shore, sa capacité tant à photographier le banal, que son usage de la couleur, où l’image des Etats-Unis qu’il renvoie est loin de la grandiloquence auquel on est habitués.

Photographie – S. Shore

Photographie – S. Shore

Et que personne ne vienne me dire que c’est une bonne base pour débuter. Stephen Shore a vendu ses premières images au MoMa de New-York à 14 ans, il n’y a pas l’ombre d’une trace de la règle des tiers, du nombre d’or, ou de la cacahuète sacrée des Incas dedans.

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire l’un des ouvrages suivant :

  •  Hegel, G. & Jankélévitch, S. (2009). Esthétique. Paris: Flammarion. (si vous aimez la difficulté)
  • Abensour, A. (2016). La philosophie de l’art. Paris: Ellipses. (si vous voulez quelque chose de plus abordable).

Il faut régler la balance des blancs à la prise de vue

Voilà un diagramme PASSIONNANT que je ressors à chaque prise de vue

Quand j’ai entendu ça, je me suis mis à avoir des palpitations. Je me suis dit : « Quoi ? Une 2e fois ? Je vais devoir parler une deuxième fois de technique dans un billet ? « . Mais bon, on a dit point par point, alors allons y.

Il est, de mon humble avis, complètement contre-productif, de se soucier de la balance des blancs à la prise de vue. L’auteur exagère énormément, cela ne prend pas 10 minutes par photo, loin de là. En utilisant Lightroom, il suffit de régler la balance des blancs d’une image (2 minutes) et de synchroniser toutes les similaires avec ce paramètre. Ou alors de laisser le logiciel faire, ce qu’il fait très bien (ce qui s’explique par l’énorme investissement en développement/recherche qu’Adobe a fait dedans, et justifie son grand succès). Donc comme pour le premier point, on ne va pas se casser la tête à faire soi- même, ce qu’un robot fait parfaitement bien à notre place. Ça serait comme revenir à la lessive à la main, et personne ne veut ça. Avant d’enchaîner, pour les plus sceptiques, je vous invite à découvrir ce tutoriel édité par Adobe.

Personnellement, je n’ai aucune idée de là où le réglage se trouve sur mon appareil (je déteste encore plus parler de matériel que de technique, donc je ne donnerai pas la marque, mais c’est pas un Kodak jetable en gros). Et je vis très bien comme ça, je pense qu’il faut toujours tendre à réduire la technique et les réglages au minimum à la prise de vue, afin de se concentrer sur l’important : ce qui se passe. Au final, on est dans la même veine que pour le mode manuel, c’est un autre héritage de l’époque de l’argentique, où en effet il fallait le faire à la prise de vue (c’était beaucoup plus difficile d’intervenir sur une pellicule que sur un raw), bref une sorte de mantra, que l’on se répète pour se rassurer, arrosé d’un fond de « c’était mieux avant ».

Il faut jouer avec la lumière

« TL-1G Lake Tenaya » – Edward Weston

Dans cette dernière partie, l’auteur nous dit deux choses, la première c’est qu’il faut jouer avec la lumière (ce avec quoi je suis parfaitement d’accord), ce que selon lui, on ne peut pas faire en mode automatique. Bon, là, Pipou, j’ai eu du mal à la retenir, on revient à l’argumentaire que j’ai développé au premier point. Je rappelle (au passage) que peu importe le mode dans lequel vous êtes, cela n’a aucune influence sur la lumière devant vous, c’est encore une fois comprendre le problème à l’envers. Changer de mode vous permet d’avoir plus de contrôle sur la quantité de lumière qui rentre et la façon dont elle rentre, mais c’est tout, elle reste la même (en dehors du studio s’entend, où l’on contrôle tout). Et puis bon, même en mode automatique on peut sur-exposer/sous-exposer en cas de besoin, très facilement. Tout ça pour dire, que si après avoir vu la vidéo, vous imaginez qu’il suffit de tourner des boutons pour influencer la lumière sur vos images, vous vous gourez. C’est un tout : analyse, réflexion, compréhension, etc. Le reste en découle.

Enfin, dans un deuxième temps, l’auteur nous dit, tout gentiment : « Restes en mode automatique, pour avoir des photo banales qui ressemblent à celles de tout le monde ». On revient aussi à des arguments déjà développés, ce n’est pas une molette qui vous donnera ou non de l’originalité, ça se saurait quand même, pas plus qu’un petit pas sur le côté.

Conclusion

La photographie c’est facile, c’est ça qui est difficile.
Robert Delpire

Bon, me voilà à la fin de ce petit exercice de style. J’ai décidé de l’écrire directement après avoir vu la vidéo. J’ai écrit ce post assez rapidement, beaucoup plus que les billets classiques du Blog. Principalement par souci d’équité, je n’allais pas passer 15 heures à faire un billet en béton pour contredire un vidéo qui a pris 5 minutes à être tournée, et sûrement moitié moins à être préparée.

Je rappelle ce que je disais en introduction : si je souhaite quelque chose ici, c’est ouvrir un débat sur les points cités et ceux qui vont suivre. Ce billet ne constitue pas une attaque personnelle, mais bien une critique argumentée des idées présentées et de la vision de la photographie qu’elle suppose et diffuse. D’ailleurs, je suis intimement convaincu que l’auteur pensait bien faire, qu’il s’est sans doute un peu planté, et ça arrive à tout le monde, y’a pas de problème.

Enfin, pour que les choses soient vraiment égales, je vais moi aussi me prêter à l’exercice et donner ce qui seraient mes 10 conseils pour être un meilleur photographe (pas un bon, parce que si vous avez lu le billet que j’ai cité précédemment, je pense que ça n’existe pas).

  1. Partez toujours de vous. Commencez par réfléchir à pourquoi vous voulez faire de la photographie, quels sont vos projets, qui vous êtes et ce qui vous tient à cœur. Tout le reste (votre apprentissage de la technique, le matériel, les livres que vous achetez, etc.) doit découler naturellement de ça, et pas l’inverse.
  2. Vous êtes la seule personne à satisfaire. On se fiche des likes, on se fiche des règles, etc. Prenez les avis construits sur votre travail, mais commencez toujours par produire un travail qui vous rend heureux. Voir ce billet à ce sujet.
  3. N’apprenez que ce dont vous avez besoin. Vous n’avez pas besoin d’être des grands physiciens théoriques de la photographie, ni de connaître le fonctionnement de tout. Cela ne vous servira à rien (sauf à satisfaire votre éventuelle curiosité, et dans ce sens là bien sûr, ça ne pose pas problème).
  4. Vous n’avez pas besoin d’être bon en tout. Cela découle des points précédents, mais ne faites que ce qui vous plaît, jusqu’à atteindre le meilleur de vous-même. Votre portfolio n’a pas a être un catalogue de toutes les branches de la photographie.
  5. Achetez des livres et pas du matériel. Enfin, il va bien vous falloir un appareil photo à un moment donné, mais une fois que vous l’avez apprenez à vous en satisfaire. C’est dans les livres (voir la bibliographie) que vous trouverez de quoi progresser, vous inspirer, etc.
  6. Utilisez le temps. Le temps est votre meilleur ami. Vous n’avez pas besoin de publier des choses tous les jours. N’hésitez pas à mener des projets sur le long terme.
  7. Ayez votre appareil avec vous le plus souvent possible. Et avec cela une batterie d’avance, sinon ça ne sert à rien. Votre photographie doit refléter votre vie, vos goûts et non l’inverse. La meilleure façon de ne pas rater une occasion, c’est bien de l’avoir tout le temps sur soi.
  8. N’hésitez pas à construire vos projets. Certains photographes trouvent leur voie au fil de l’eau, pour d’autres il faut un peu de réflexion avant. Ou on peut alterner les deux. Tout est dit dans le billet dédié à ce sujet.
  9. Soyez créatifs. Je ne vais pas trop développer ce point, je prépare en coulisse un billet qui mentionnera ça. En attendant, vous pouvez lire ça : Comment booster sa créativité, autrement qu’avec de la drogue.
  10. N’ayez pas peur d’échouer. On ne retient qu’une ou deux images des plus grands photographes, et la plupart ont eu des carrières s’étalant sur plusieurs décennies. Donc ne vous mettez pas de pression inutile, travaillez, persévérez, mais continuez quoiqu’il arrive.
Ps : tous les commentaires et participations sont les bienvenus, sur chacun des points de ce billet. Seulement, j'ai juste une petite requête : évitez d'aborder la technique, ça me casse les pieds car c'est particulièrement ennuyeux et inintéressant.

J’ai principalement écouté cet album, pendant la rédaction de l’article :

 


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53 Comments

  1. GAUTHIER

    Bonjour Thomas
    Il y a 48h je suis tombé par hasard sur cette fameuse vidéo et après visionnage figure toi que j’ai pensé de suite à toi en me disant  » j’espère que Thomas ne va pas la voir car sinon il va grimper aux rideaux » !!Et paf, tu l’as vu et ta réaction ne me surprend pas. Une fois de plus tu constates la difficulté de sortir des sentiers battus et des idées toutes faites (pour certains) et pourtant je te précise que j’ai pratiqué l’argentique pendant 30 ans!!
    Une fois de plus je partage ta vision des choses et j’adore ta façon de la traduire.

    • Haha, en fait 2 lecteurs me l’ont envoyé. Du coup, j’y ai vu un signe du destin !
      Merci pour ton message, c’est encourageant 🙂

  2. Très bel article.

  3. c’est possible d’avoir le 06 de monsieur Egel ? il a des yeux trop jolis et il a pas l’air trop con.. Plus sérieusement, merci pour ces articles qui me rassurent à chaque fois et me donnent envie de continuer malgré le fait que je débute à bientôt soixante balais. La technique à mon grand âge, on s’en lasse vite ; le coeur prend plus de place que le cerveau alors c’est tellement bon de lire tout ça. Si je me plante, j’inventerai une Pipou…Merci !

    • Haha je crois qu’il a trépassé depuis bien longtemps !
      Merci de me lire. Continue quoiqu’il arrive !

      A plus dans l’bus, Thomas.

  4. Il se trouve que j’ai aussi vu par hasard cette vidéo (dès que tu traînes sur internet à propos de n’importe quel sujet, Google te propose tout et n’importe quoi sur le sujet en question). La vidéo m’a fait sourire, et je l’ai regardé en diagonale en me disant « que de portes ouvertes enfoncées » . J’ai eu aussi le sentiment d’une accumulation de clichés, qui peuvent éventuellement servir à des gens qui ne sont pas fans de photos, mais qui ont envie de ramener quelques jolis souvenirs de vacances. Cela n’a rien de mal en soi, mais du coup, il faut arrêter de tout mélanger. Utiliser le mode manuel pour quelqu’un qui veut ramener des photos sympas de la pyramide du Louvre, c’est inutile et contre productif. Après, sortir un peu des files d’attente et tenter de prendre une photo en position à genou, couché, la tête en bas, pourquoi pas ?! Bref, ça m’a fait du bien de lire cet article qui met en forme ce que je ressentais vaguement sans pouvoir l’exprimer clairement. Comme c’est souvent le cas à la lecture de chacun des articles de ce blog !

    • Oui, c’est vrai que dans l’absolu, pour une personne s’intéressant de peu à la photographie il y a peu être des trucs à prendre. Mais là on parle de devenir un « bon photographe » donc bon…

      Merci de me lire !

  5. Bonjour Thomas,

    J’ai lu l’article avec attention et en partage l’idée. Après, est-ce une tendance actuelle ? Sur la forme oui, pas sur le fond…j’ai commencé la photo en 1983…Oui, au siècle dernier…Oui, à « l’époque », point d’internet, point de vidéos sur la photo…On lisait des bouquins oui…On lisait « chasseur d’images », la « bible » de l’époque…Et on trouvait quoi dans « chasseur d’image » ? Des articles comme…Cette vidéo ! Je pense que le recul nous fait railler ce genre de partage, mais quand on débute, je pense qu’on voit les choses autrement. Aujourd’hui, ça fait pas mal d’années que je déclenche et j’ai pris un style et un genre photographique qui me plaisent…Du coup, je ne suis plus forcément ces règles, car j’ai adopté les miennes…Mais un jeune photographe qui débute ? Peut-on lui reprocher de les mettre en pratique ? Il les oubliera vite quand il aura trouvé sa voix…Bref, un article ange/démon pour moi. Je partage votre point de vue en tant que vieux…Mais si je débutait…comme en lisant « chasseur d’images »…en 1984…(Big brother is watching you…)

    Et puisque vous êtes d’humeur taquine, voici comment certains décrivent notre ami Serge…Quand vous en serez là, là vous nous donnerez des leçons…(je plaisante bien sûr…)

    « Serge Ramelli is a landscape and urban photographer based in Los Angeles and Paris. His work has been shown in galleries worldwide and he has over 15 books on photography. He also does tutorials on Photoshop and Lightroom and has over 400,000 subscribers on his Youtube channel! Serge’s mission is to help photographers take better photos and pursue an artistic career. Find hundreds of free presets on his website. »

    Alors, ça vous en scie un morceau pas vrai ? 😉

    • Non, pas le moins du monde. Ses bouquins sont édités par Yellow Corner, assez connus pour balancer tout et n’importe quoi sans véritable direction artistique. Et si le succès se mesurait en chiffres… Ça se saurait. Il a combien de likes sur Facebook Henri Cartier-Bresson ? ☺️

      Ps : l’auteur de la vidéo, ça n’est pas Serge Ramelli 😉

      • Laurent

        Oui, je sais pour la vidéo…mon allusion à Ramelli est une « taquinerie » suite au précédent article sur le mauvais goût photographique…

  6. Pour ma part, je pense que cette vidéo n’a strictement aucun intérêt. Si cette personne veut nous faire croire qu’en appliquant ces règles , on deviendra un meilleur photographe, je suis désolé mais il trompe les gens. Ce qui est primordial et je te rejoins là-dessus, c’est cette envie de vouloir exprimer ce que l’on ressent et de le traduire en images. Je pense qu’à partir de cette base, on peut tout à fait apprendre des principes de conception visuel permettant de rendre nos photographies plus pertinentes . Bien-sûr, c’est un cheminement long qui demande rigueur et patience mais aussi une plus grande connaissance de soi. Je suis désolé , au risque de paraître élitiste, beaucoup de gens n’ont rien à dire et cela se ressent dans leurs photographies. Ce n’est même pas une question de débutants ou de personnes plus expérimentées, c’est une question d’état d’esprit et dans ce cas là, prendre une photo au ras du sol, en appliquant la règle des tiers et en changeant la balance des blancs ne la rendra pas plus intéressante. Pour ceux ici qui débutent, je peux vous conseiller la lecture du livre « Le livre qu’il vous faut pour réussir vos photos » de Henry Carroll. Derrière ce titre un peu pompeux il faut bien le dire, ce livre est très bien pour comprendre les grands principes de la photographie d’une manière concrète.

    • Je te rejoins entièrement 🙂
      Ce bouquin est top, je ne l’ai pas lu en entier (je n’étais plus dans le public cible quand il est sorti), mais je le recommande régulièrement à des amis. J’ai rajouté le liens pour les autres lecteurs !

    • Baptiste

      J’avais feuilleté le bouquin vite fait pour voir, les grandes lignes, j’avais franchement pas aimé.
      Bon, j’imagine que c’est surtout le titre qui m’a donné la gerbe (surtout quand il est mis en évidence dans le magasin à la fin d’une expo sur Steve McCurry, et c’est bien connu purement personnel, trop de McCurry ça donne la diarrhée!) et je partais forcément avec un a priori négatif.
      Je rejetterai un oeil à l’occase quand même!

  7. Ce qui est cool chez Magnum, c’est que tu trouves toujours un mec avec un portfolio qui déboîte et qui dit exactement le contraire de tous ces grands photographes de YouTube dont je n’ai jamais entendu le nom mais qui veulent très fort m’apprendre à sortir de l’Erreur et de l’Aveuglement.

    C’est à croire que les YouTubeurs s’obstinent à vouloir faire des vidéos en regardant leur nombril. Dommage pour un photographe…

    Sinon, y a ma blonde qui a toujours pas compris la profondeur de champ et qui fait des photos qui déboîtent en mode automatique : http://minh-ly.com/my-photography/

    Chacun ses combats, hein… On va pas empêcher les recteurs de la rectitude photographique de se p(r)endre pour l’élite de la photo parce qu’ils connaissent par cœur les couples éclairage/valeur de température couleur.

    Bon, le petit bonus sympa… Le nombre d’or est un irrationnel, donc qui ne peut s’écrire sous forme de fraction simple de nombres entiers, et qui requiert donc un nombre infini de décimales derrière la virgule : phi = 1,61803398875… En pratique, quand on trouve le nombre d’or quelque part, c’est généralement en faisant de grosses approximations sur les proportions du tableau. C’est quand même paradoxal de trouver la présence du nombre d’or, infiniment précis, après avoir arrondi salement les proportions du truc où on le cherche. Un détail qui m’avait amusé : la proportion dorée se retrouve dans la façade de ND de Paris… si l’on omet que son escalier a perdu 13 marches après le remblai de la place en 1507 (https://fr.wikisource.org/wiki/Projet_de_restauration_de_Notre-Dame_de_Paris/Deuxi%C3%A8me_Partie#cite_ref-12). Voir le travail de Marguerite Neveux, « Le Nombre d’Or radiographie d’un mythe », et ce topo : http://www.as-lashha.com/medias/files/2007-11-21-cf-cl-nombredor.pdf

    • Haha, forcément, si tu pars de Magnum, ça règle 100% des problèmes. C’est limite si le Magnum Contact Sheet pourrait servir à lui seul à apprendre la photographie.

      Merci pour le lien sur le nombre d’or, je ne connaissais pas, c’est intéressant !

      • En fait tous les délires esthético-géométriques partent de la métaphysique pytagoricienne qui essaie très fort de trouver dans les maths le langage de la nature, donc la formule de l’harmonie. En réalité, les maths sont le langage de notre logique, et c’est le filtre par lequel on fait passer la nature pour essayer de comprendre ses mécanismes dans des termes qui nous sont intelligibles (enfin, en sciences). Du coup, dans la numérologie, il y a confusion entre la fin et le moyen. Et toutes les harmonies, proportions et nombres magiques qui en découlent tombent à l’eau sur la méthode comme sur les sondages de perception esthétique.

  8. Francine

    Excellent article, comme toujours, qui me conforte dans ma (récente) décision de me foutre de la technique. J’ai toujours détesté ça, mais je m’y suis astreinte quand j’ai commencé, après avoir vu pas mal de vidéos dans le genre de celle-ci ou un peu meilleures. Résultat? Je maîtrise un tout petit peu mieux (si peu) mais je n’aime toujours pas.

    Depuis que je lis ton blog, et d’autres qui ont la même approche, j’ai décidé de m’en foutre, de ne m’occuper que de ce que j’avais envie de photographier et surtout de me laisser surprendre par ce qui se présentait à moi.
    Mes photos ne sont probablement pas meilleures, j’ai toujours beaucoup de déchet, mais au moins j’ai un énorme plaisir !

    Alors merci à toi (et à quelques autres) 🙂

    • Yeah, ça me paraît être la bonne route 🙂
      C’est qui les « quelques autres » ?
      J’aime bien découvrir des trucs à lire !

      • Francine

        Par exemple Laurent Breillat, qui a amorcé son virage loin de la technique pour ne plus parler que de créativité. Et son mentor David DuChemin, qui ne s’attarde pas tellement sur la technique non plus…

        Mais tu les connais déjà. J’aurais bien aimé te (vous? Je ne sais plus) faire découvrir de nouveaux « philosophes » de la photo, mais jusqu’ici, c’est plutôt le contraire.

        Merci encore 🙂

  9. Baptiste

    Déconne pas avec l’argentique, j’ai quand même la priorité ouverture et même un mode auto! On est pas des bêtes non plus! 😉 – Bon, il ne date « que » de ’81 cela dit, il reste quand même plus proche de l’âge de ma mère que du mien –

    J’ajouterai aux deuxième et troisème arguments un passage de la « Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique » (Je me demande bien d’où je l’ai tiré ce bouquin d’ailleurs… 😉 ) :
     » Depuis un siècle, on a inculqué aux amateurs l’idée que les professionnels étaient « meilleurs » qu’eux. Qu’ils cadraient « mieux », plus vite… Par conséquent, on a expliqué aux amateurs des règles professionnelles (valables pour satisfaire un client) alors qu’un amateur est dans une pratique complètement libre.
    Je me souviens de Léo Ferré, pestant contre les « professionnels de la grande musique » et criant : « Et Mozart, c’était un professionnel? »  »
    Ce que j’en retiens, c’est que génie/talent et professionnalisme sont deux choses complètement différentes!

    • Et tu retiens la bonne chose 🙂
      Je rajoute le lien à ton commentaire, pour les prochains lecteurs.

      • Baptiste

        Yep, bien vu pour le lien!
        Ca s’applique aussi à la musique d’ailleurs : d’un côté des pros y’a Justin Bieber / Jul / PNL et de l’autre des gars comme Marcus Miller, Miles Davis, Dimebag Darrell…
        Et ça ne joue pas qu’au niveau technique hein 😉

        Bon allez, à plus sous l’bus, j’arrête de flooder le blog… pour aujourd’hui, héhé!

    • Tiens, cela m’a tout de suite fait penser à un extrait d’un documentaire de Daido Moriyama où il dit (je retranscris ici la traduction anglaise) : « The activity is not monopolized by professionals. Any amateur can be as good as professional. However, unfortunately, the japanese amateur photographer’s world became more and more professionally oriented and there is no longer any essence and it became shitty. »

  10. Thierry

    Personne ne défend cette vidéo ? Et pour cause : elle n’est pas destinée au genre de photographes qui lisent ce blog.
    Le malentendu vient de ce qui est désigné comme « photographe » : ici il y a principalement des photographes qui se préoccupent d’être auteur et/ou photographe artiste. Alors que cette vidéo s’adresse à nous, la majorité écrasante : photographes touristes, qui ne sommes pas moins photographes amateurs que les photographes auteurs ou les photographes professionnels. Nous aussi nous aimons la photographie : amateur de chez les amateurs certes, mais armés de reflex FF avec un mégazoom trop souvent utilisé uniquement en mode automatique + jpeg pour mitrailler sans réfléchir des jolis paysages, monuments ou portraits des enfants et bien sûr les petites et grosses bêtes qu’on croise en chemin.
    Nous n’avons peut-être rien à dire (au sens de vision personnelle ou de style….) mais nous voulons quand même ramener des photos de vacances qui en jettent, style celles que fait ton ami Serge Ramelli (oui oui ça en jette toute cette vibrance en HDR… Mamie dira whaou quand on lui montrera la photo) . Notre ambition n’est pas de produire une photo pour les musées ou les galeries d’art , ni d’extirper avec forces et tourments la substantifique moelle de notre être d’artiste …mais des photos qui magnifieront nos vacances (notre chérie, nos enfants, notre jardin…) que nous trouvons beauuuuux (en tout cas mieux que ceux du voisin) .
    Nous préférons les photos de Steeve McCurry à ceux de Martin Parr ou de William Eggleston , celles de David Hamilton à celles d’Araki ou d’agata et nous dévorons les livres de Mickael Freeman et tous les tutos « comment » d’internet !
    L’auteur de la vidéo ne dis pas comment être de meilleurs photographes mais pourquoi nous sommes de si mauvais photographes.
    Trêve de balivernes, vais lire Kant et Hegel… lol
    PS : vraiment, j’apprécie beaucoup les photos de Steeve McCurry et je ne comprends pas le commentaire précédent disant que ça donne la diarrhée

    • Merci pour ton (long) commentaire ! Ça m’a d’une part beaucoup amusé, et de l’autre ça apporte une pierre qui manquait à l’édifice jusque-là. 🙂

      Pour le commentaire précédent : Idem mais bon… les goûts et les couleurs, chacun son truc.

    • Alors que cette vidéo s’adresse à nous, la majorité écrasante : photographes touristes, qui ne sommes pas moins photographes amateurs que les photographes auteurs ou les photographes professionnels.

      Ça n’empềche pas d’essayer de tirer le photographe touriste vers le haut, ni de torpiller ce qui, précisément, le confine à son niveau.

      • Thierry

        Je trouve justement que cette vidéo humoristique veut attirer l’attention du photographe néophyte sur des actes qu’il fait spontanément (prise de vue en mode auto à hauteur d’homme et du même point de vue que toute la horde…), sans réfléchir et donc sans vraiment le choisir alors que ça a des conséquences directes sur ses photos.
        Le simple fait de prendre conscience qu’il y a d’autres manières de prendre en photo le même sujet lui ouvre d’autres possibilités, « améliore » ses photos. Et apportera une note artistique ou esthétique à ses photos sans pour autant les transformer en œuvres d’arts, car ce n’est pas le but.
        L’artiste fait de l’art car il ne peut faire autrement, il a quelque chose à dire, quelque chose qui le titille voire le tourmente et peut-être a t il du mal à comprendre que le commun des mortels n’a pas cette « motivation », ce « besoin ».
        Le photographe ludique se contente amplement du joli, du plaisant, du décoratif… et il ne faut pas en avoir honte.
        Celui qui n’a rien à dire aurait tort de chercher quelque chose à dire, juste pour « dire ». Le jour où il ressentira le besoin de s’exprimer en tant que singularité il le fera comme les artistes. En attendant il pratique juste pour apprivoiser son matériel, son regard ; expérimenter, voir ce que donne les choses une fois photographier et surtout s’amuser.

        • Je n’ai jamais compris les gens qui se satisfont du peu qu’ils sont capables d’accomplir, sans chercher à faire mieux, ou en cherchant à améliorer juste un peu. J’ai entendu toute ma scolarité des gens me dire qu’il fallait que je comprenne que mes camarades de classe étaient moins doués que moi, que c’était normal que je m’ennuie comme un rat mort en cours et que je les trouve stupides. Ça continue aujourd’hui avec ceux qui font des tutos qui nivellent par le bas sur le net, et ceux qui les défendent.

          Moi aussi je fais de la photo touriste en vacances. Mais je n’en fait pas une vidéo pour essayer de défendre le fait que ma vision de la photo touriste est meilleure que celle des autres, à grands renforts d’astuces écullées et de raccourcis non valides. Si on veut éduquer les autres, on ferait bien de s’assurer qu’on n’est pas juste en train de les formater, qui plus est avec des demi-vérités.

          Celui qui n’a rien à dire ferait bien de se documenter sur le monde autour de lui, il en découvrirait des choses à dire.

          • Soit « Ouvrir un livre avant d’ouvrir sa gueule ».

          • Dr. Weird

            Qu on ne cherche pas a progresser dans un domaine, à faire mieux, je comprend! Par exemple je ne m entraine pas a mettre du vernis a ongle sur mes pieds sans dépassé, cette capacité ne m intéresse pas.
            Ce que je ne comprend pas c est passé du temps sur internet a chercher des informations sur un sujet ou posté 4000 posts par an sur un forum sans chercher a progressé dans la discipline.
            Bon je découvre ce blog aujourd’hui mais ça ne m étonne pas de te voir ici Aurélien.

          • Bon je découvre ce blog aujourd’hui mais ça ne m étonne pas de te voir ici Aurélien.

            hééé salut toi ! 😉

  11. Jon snow

    Bonjour,
    Photographe amateur de la classe « touriste » – puisque catégoriser et ranger dans des cases semble constituer l’obsession existentielle de l’humanité, pour ma part et malgré les bonnes intentions de son auteur cette vidéo reste mal foutue, tant sur la forme que sur le fond: voir un type (photographe de classe « professionnelle »?) crapahuter dans la campagne sous le cagnard, filmé de face par sa caméra Gopro ou assimilé, n’apporte rien à son propos à part qu’il se fatigue, et nous aussi par la même occasion. Qui plus est, le ton ironique n’aide pas à la compréhension de son discours, d’autant plus s’il s’adresse à des néophytes.
    Si comme l’écrit un intervenant précédemment, la motivation secrète et légitime de l’auteur est de faire « prendre conscience qu’il y a d’autres manières de prendre en photo le même sujet », afin d’améliorer ses photos, je reste dubitatif sur l’intérêt de suivre cette table de la Loi photographique déjà largement énoncée partout sur le web, et donc entendues par tous ceux qui s’y intéressent même que très peu – étant convenu que tous ceux qui s’en désintéressent ne regarderont par définition jamais ces vidéos, même adressées à des néophytes…
    D’où logiquement la question qui en découle: étant donné que seuls les curieux de la chose photographique regarderont ce genre de vidéo, pourquoi énoncer ces sempiternelles généralités ?
    Pour ma part ça dénote surtout un véritable manque de recul, de prise de hauteur suffisante de ce photographe dans sa pratique, ce qui vous le reconnaitrez pour quelqu’un prétendant donner des leçons aux néophytes, apparaît somme toute paradoxal…
    D’ailleurs je termine avec l’opposition de la pratique photographique « touriste » vs « auteur » énoncée précédemment, selon moi l’un n’empêche pas l’autre: on peut relever de la classe « touriste » et s’intéresser à l’histoire de l’art de la photographie, aux précurseurs, qu’ils soient appréciés ou non, reconnus en tous les cas, bref à la photographie de la catégorie « auteur » (amateur ou professionnel importe peu ici ). Ce n’est en rien une obligation, ce n’est pas non plus impensable et l’opposition m’apparaît en conséquence pour le moins stérile.
    Et quand bien même le photographe touriste ne voudrait rien entendre à l’art photographique, force est de constater que parmi les 10 règles énoncées par l’auteur de la vidéo sur un ton si péremptoire, certaines apparaissent absurdes (c’est vilain de de se prendre en photo devant un monument ?!) ou injustifiées (le mode Auto c’est forcément mal ???).
    Même en classe éco le photographe touriste mérite mieux !

    • Je valide, comme je le disais moi-même dans le billet, je n’hésite pas à enfiler mon costume de touriste le moment venu. Rien de mal à ça, mais ça peut aussi marcher dans l’autre sens, comme tu le dis.

  12. Pierre 35

    Je suis consterné par la virulence, la méchanceté, le mépris, la condescendance ( faites votre choix…) de certains commentaires.
    La vidéo en question n’est certes pas un modèle de finesse (dans-la-série-j’aime-l’humour-mais-je-ne-sais-pas…).
    Pour autant, j’aurais aimé que les premiers de la classe admettent que les moins doués cherchent à s’améliorer juste un peu.
    Mais, je suis sans doute juste un peu stupide… ou je me suis trompé de blog !
    Bref, au pays de vivre-ensemble, il y a encore du boulot !

    • Bonjour Pierre,

      Mais, je suis sans doute juste un peu stupide… ou je me suis trompé de blog !

      Il y a une 3e option ? Parce que là, ça va être difficile de te répondre sans te vexer, haha.
      Ce qu’il faut bien comprendre (et c’est dit au début du billet) c’est que l’article porte sur des idées et non sur des personnes. Et on ne peut pas être méchant avec des idées, elles n’ont pas de sentiment, tout ça tout ça.
      Ce que l’on critique, ce n’est pas le fait d’aider les moins doués (ça on est tous d’accord dessus), c’est la façon de le faire et le contenu mis à l’oeuvre pour le faire. Et ça, à mon avis c’était foireux.
      Et il n’y a aucun rapport avec le vivre ensemble, on peut tous vivre ensemble sans être d’accord sur certain sujets, on parle de photographie hein, pas d’un projet de société.

      • Pierre 35

        Ce n’était pas à l’article que je faisais référence….
        Quant à me vexer, tu peux y aller ( ha ha aussi…) !

  13. Christiane

    Merci Thomas.
    A chaque lecture je me régale !

    Il semblerait que j’ai été épargnée d’ouvrir la vidéo sujet.

    Merci aussi pour les références littéraires. Et puis non, pas de merci, encore des bouquins dont je ne parviendrai jamais à me séparer ! Grrr !

    Je viens de fermer avec bruit (:)) la porte d’un club photo ou une nouvelle formule (:)) de « critique des images de chacun » repose sur un nombre de « critères » étriqués .
    Pour n’en citer qu’un ( je pars en éclats de rire dès que j’y pense ):

    « La photo a t-elle été prise à la bonne heure ? »

    Mon appareil photo est depuis 4 ans à 98% sur priorité à l’ouverture, en fichier RAW pour le plaisir du post traitement .
    La technique et moi font deux et depuis, je trace, imperturbable.

    Je vais avoir 66 ans et je suis une photographe heureuse.

    • Hello! Merci de me lire, content que les billets vous plaisent 🙂

      Ça a l’air pas mal ce club photo. Je suis sûr que je m’y plairais bien.

      Ils définissent la bonne heure ou pas ? Haha.

      Bonne journée !

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