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Manifeste pour une photographie personnelle

Date de la dernière mise à jour : le 25 février 2020


Introduction

Cet article va être long, parce que cet article va être important. Mon contenu est organisé autour de gros articles qui structurent ce que je développe ici (je les appelle les piliers), et celui-ci en sera un nouveau.

Même si je choisis les sujets des articles (et des vidéos) de façon erratique, il y a un plan derrière mon contenu, une idée globale. Globalement, on pourrait retenir trois intentions :

  1. Vous pousser à réfléchir à votre propre pratique. C’est à cela que sert le ton très tranché des articles et que je suis parfois volontairement clivant. Quand deux camps se distinguent en face de vous, vous avez envie d’en choisir un. Il y a des parti pris forts et argumentés pour vous obliger à cela : sortir du cocon et questionner ce que vous faites et pourquoi vous le faites.
  2. Vous inviter à vous cultiver, pour nourrir cette pratique et votre perception de la photographie.
  3. Vous inviter à avoir une photographie personnelle. Je le rabâche à longueur de temps, mais je n’avais jamais écrit d’article complet pour expliquer ce que c’est et ce que ça n’est pas. C’est donc de ce point dont il va être question aujourd’hui.

Avant de démarrer, il faut mettre une chose au clair : pourquoi je vous emmerde avec ça. Plus le temps passe, et plus l’audience augmente, et donc plus j’ai de réactions à mon contenu. Il y a un point qui est souvent mal compris et qui se traduit par le reproche suivant : je serais élitiste. Donc pour répondre définitivement à ce point et éclairer ce qui va suivre :

Non, je ne suis pas élitiste.

Le CNRTL le définit comme la « tendance à favoriser la formation d’une élite ou à conforter le pouvoir des élites en place ». En partant de cette définition, je ne le suis pas. Et encore moins adapté au contexte de la photographie (la politique ici n’est pas le sujet). Je ne pense pas que les photographes célèbres, les conservateurs, écrivains, etc. sont des icônes intouchables à célébrer, qui savent tout et que le bas-peuple lui ne sait rien et doit les écouter béatement. Mais :

  • Oui, je donne de la valeur au travail et à la qualité. Je préfère un photographe qui s’est investi dans son travail, peu importe le sujet, à quelqu’un qui va simplement en réemployer les codes en les réinterprétant un peu à la marge. Et ça, c’est quelque-chose que l’on partage tous. Personne ne va chez le plus mauvais boulanger du quartier parce que « tous les boulangers ont leur interprétation de la baguette et ils sont tous intéressant » (du relativisme). Tout le monde choisit ce qui lui semble le meilleur à un moment donné (au restaurant, vous ne prendrez jamais le plat qui vous semble le pire). C’est une tendance assez normale, même si appliquée à la photographie ça en fait tiquer certains. Mais je suis désolé, prétendre que l’on vit dans le monde des Bisounours n’a jamais aidé personne. Le « tout est bien et tout le monde se vaut sur tout », c’est uniquement utile lorsque l’on veut justifier pourquoi on reste en bas de l’échelle.
  • Non, je ne pense pas que la réussite photographique est réservée à une élite. Ce n’est pas pour les gens qui ont fait les beaux-arts seulement, sont bien nés, ou seraient naturellement dotés du génie de l’art. Si je vous embête avec ça, c’est parce que je pense que c’est possible pour tout le monde, à condition de s’investir dans sa pratique et de s’y investir correctement. C’est l’inverse complet de l’élitisme : vous pouvez tous le faire (mais vous n’obtiendrez rien gratuitement). Cela ne veut pas dire que c’est ce qu’il faut faire systématiquement, chacun ses exigences (cf. la métaphore de l’arbre ici) mais c’est une des possibilités qui s’offre à vous.

Donc si je vous parle régulièrement d’avoir une photographie personnelle (« partez de vous ! »), ce n’est pas par élitisme, c’est parce que je pense que c’est la seule façon de tenir dans la durée, de ne pas se lasser parce que la pratique est devenue vaine et creuse. Quel est l’intérêt de photographier le 500e coucher de soleil ? Le 500e écureuil ? J’emploie des stéréotypes, mais vous comprenez l’idée. Si Josef Koudelka a pu travailler sur Exils pendant près de 20 ans c’est parce que le sujet lui tenait à cœur personnellement, il était motivé par lui.

Photographie – J. Koudelka.
Cela me fait penser que j’ai un article en attente depuis 2 ans sur Koudelka, dont j’ai déjà parlé, et qu’il faudrait vraiment que je termine un jour.

En partant de ce principe, et pour aller au bout de l’idée : je préfère aussi des travaux maladroits, imparfaits, mais personnels à des choses parfaites mais sans âmes. Autrement dit, je préfère voir des projets des lecteurs/abonnés qui sont imparfaits mais sincères, que les photographies parfaites mais ridicules de Serge Ramelli.

Ainsi, cet article va parler de ce que c’est que d’avoir une photographie personnelle. Pour traiter ce sujet, j’ai écrit cet article en deux temps. Nous allons d’abord voir ce que c’est que la photographie et ce qui la caractérise, si le sujet est ambitieux l’idée est toute bête : je pense qu’il faut partir de la base, de ce qui est intrinsèquement propre à la photographie et à aucun autre médium. Ensuite, nous verrons ce que ça veut dire d’utiliser ses spécificités dans le cadre d’une pratique personnelle, ce que ça veut dire. Et ne vous inquiétez pas, j’ferai sans doutes quelques blagues en route.

Définir la photographie

J’ai l’impression d’avoir déjà dit ça 50 fois, donc voyez-le comme une tradition : vous me connaissez, avant de démarrer un sujet, j’aime bien partir de sa définition. On va poser une nouvelle règle, une sorte de détrompeur magique à réutiliser à souhait ultérieurement. Cette règle sera :

Tout personne qui vous dit que la photographie c’est « écrire avec la lumière » ne connaît pas son sujet (ou est un idiot notoire, au choix).

C’est un signe qui montre que la personne n’a fait aucune recherche et s’est contentée d’une approche strictement empirique à la « bah photo c’est lumière, comme photon, et graphe écrire, donc c’est écrire avec la lumière ! ». Sauf que non.

En réalité, l’usage du mot fait plus référence à la reproductibilité et à l’univers des arts graphiques, comme le résume très bien André Gunthert sur son blog :

Or, contrairement à la famille de mots qui exploite le suffixe «graphe» pour désigner l’écriture ou la transcription (orthographe, autographe, télégraphe, etc.), le terme «photographie» renvoie à l’univers des arts graphiques, où cette racine désigne la production des formes visuelles, et plus précisément les techniques de reproduction multiple par impression, comme la xylographie, la lithographie ou la sérigraphie. (…)

La photographie n’est donc nullement perçue comme une forme d’écriture (sur le modèle du télégraphe), mais comme un outil de reproduction à partir d’un original (comme la lithographie).

André Gunthert (De quoi la photographie est-elle le nom ?)

D’ailleurs, notez le mot est même apparu avant la présentation au monde de la photographie (enfin du daguerréotype), en 1839. Sa première apparition date de 1832, et il désigne alors la « Description de l’histoire naturelle qui traite de la lumière » dans le dictionnaire de Raymond, puis en 1836 il désigne une personne qui écrit sur la lumière, dans le dictionnaire de Le Landais.

Si le sujet vous intéresse, je vous invite à lire les écrits de François Brunet dessus, ils sont disponible en ligne ici, ou dans cet ouvrage :  Brunet, F. (2017). La photographie : histoire et contre-histoire. Paris: PUF. 

Aujourd’hui, elle est définie comme suit par le CNRTL :

Ensemble des techniques permettant d’obtenir des images permanentes grâce à un dispositif optique produisant une image réelle sur une surface photosensible.

« Photographie« , CNRTL.
Pour ceux qui se demandent pourquoi tout d'un coup je me sers du CNRTL comme référence : c'est le dictionnaire édité par le CNRS. Autrement dit, quand les gars de chez Larousse cherchent une définition, c'est là qu'ils vont.

Ainsi, la photographie est un processus, par elle on obtient des images fixes, ce processus n’est pas neutre, il fait des choses, et ne permet pas tout. Ce processus a des conséquences sur la représentation du sujet photographié, il ne reproduit pas le réel. Nous allons maintenant nous intéresser à ce qui est caractéristique de ce processus, aux propriétés qui en sont au cœur. Le but étant d’être radicalement photographes.

Relatif à la racine, à l’essence de quelque chose.

« Radical« , CNRTL.

La radicalité a un avantage : quand on enlève des éléments qui sont propres à l’essence même de la photographie, ça n’en est plus. Si vous enlevez le ballon du jeu de football, ce n’est plus du football. Être radicalement photographes, c’est être au cœur de la photographie. Et du coup, voyons un peu de quoi ce compose ce cœur.

Des infinités et des blocages

Au cœur de la photographie, il y a une dualité, et il est temps d’en parler. Mais avant, on va faire un petit détour, parce que j’aime bien ça.

Quand j’étais enfant, je n’ai pas découvert que le Père Noël n’existait pas par la simple déduction. D’ailleurs ça aurait été assez facile, avec mes connaissances actuelles : il est impossible de visiter autant de logements en une nuit sans dépasser la vitesse de la lumière, ce que la relativité interdit et qui aurait aussi pour conséquence de réduire le dit monsieur ainsi que ses rennes en une purée d’atomes. Mais ne sachant pas tout ça, je ne l’ai pas découvert moi-même, je l’ai appris parce qu’on me l’a dit. Ce qui est important dans cette histoire, ce n’est pas la déception que cela a engendré (2 adultes qui achètent des cadeaux à jouet-club ça en jette quand même beaucoup moins qu’un être omniscient et potent) mais la réflexion que je me suis faite : j’aurais souhaité ne pas savoir et continuer à croire ce que je croyais jusque-là.

Si je mentionne cette anecdote, c’est parce que cette partie va présenter du même acabit. Non pas que j’aurais souhaité l’ignorer jusqu’à la fin de ma vie (et de ce fait, mourir idiot, parce qu’elle est quand même intéressante), mais parce que d’une certaine façon, elle a marqué un point de non retour, au fer rouge, dans ma façon de comprendre la photographie. Si vous êtes un lecteur fidèle du Blog (déjà : merci !), vous l’avez sans doute déjà vu passer, j’en ai brièvement parlé dans cet article, qui mentionne mes conseils de lecture pour l’année 2018 :

Voir la partie : François Soulages : Esthétique de la photographie.

Dans l’ouvrage cité, François Soulages décrit la photographie comme étant l’art de l’irréversible et de l’inachevable. Je vous ai présentés ces idées, mais nous n’avions alors pas pris le temps de détricoter tout ça, et d’évaluer l’impact que cela peut avoir sur la compréhension que l’on a de nos propres pratiques photographiques. Et toutes les batailles qui vont avec.

La photographie est un art de irréversible et de l’inachevable cela veut dire (selon le CNRTL, mon amour) :

  • Dont on ne peut inverser le cours; qui s’effectue dans une seule direction, sans possibilité de retour en arrière.
  • Qui ne peut être achevé, il n’y a pas de fin possible.

C’est sans doute une ses caractéristiques les plus propres et les plus structurantes, et celles qui sont la cause de 100% des ennuis que l’on a avec la photographie, que l’on soit débutant ou non. Tout vient de là.

Bien entendu, ces deux notions font référence à la production des images (des négatifs ou des fichiers RAW selon la technologique que vous employez). L’irréversible signifie que vous ne pouvez produire qu’une seule fois une image. Il n’y a jamais de seconde chance (sauf évidemment dans un studio où vous faites de la nature morte, et encore). La prise de vue est irréversible, vous ne pouvez revenir en arrière et recommencer, vous ne pouvez retenter de faire mieux. Et ça, c’est propre à la photographie, totalement. Vous pouvez remettre un coup de pinceau sur un tableau, de burin sur une sculpture, ou rajouter des notes sur une partition. Pour la photographie, c’est impossible, la scène ne se produit qu’une fois et une seule, et il en va de même pour la production du négatif (ou RAW, vous avez compris).

L’inachevable, c’est la suite directe, l’étape suivante : le travail sur ces images n’a pas de fin, vous pouvez sortir une infinités d’images issues d’un négatif (ou fichier RAW), et c’est encore plus vaste quant aux éditions possibles d’un travail photographique. A ce sujet, je vous renvoie vers cet article :

D’une matrice, vous pouvez tirer une infinités d’images, qui peuvent être similaires ou totalement différentes.

D'ailleurs,  cela serait sans doute un travail artistique intéressant : explorer jusqu'où on peut exploiter une même image. A réfléchir.

Ainsi, si ces deux caractéristiques sont parmi celles (on va y revenir) qui définissent le mieux la photographie, c’est parce qu’elles lui sont exclusives. On ne retrouve pas ces propriété dans les autres arts, ou pas de la même façon, si limitante et structurante.

Parlons d’irréversibilité et de musique par exemple : elle n’est quasiment pas présente, mis à part en live. En live, si vous faites une fausse note, vous ne pouvez courir la rattraper avant qu’on ne l’entende. En revanche, quand vous produisez votre œuvre (composez un morceau et enregistrez), vous avez tout le loisir de recommencer autant de fois qu’il vous plaira. Vous pouvez faire 50 prises d’un solo de guitare et garder la bonne. A l’inverse quand vous faites de la photographie de rue, d’un instant donné, vous n’en faites toujours qu’une œuvre, chaque instant unique n’est été photographié qu’une fois. Vous déclenchez, la lumière frappe la surface de captation de façon synchrone et isotrope, et l’affaire est pliée. Que ça soit bon ou pas, votre tour est passé.

L’inachevable se comprend lui parfaitement quand on l’oppose à ce qui se fait en peinture ou en architecture. Vous partez de rien, et vous produisez quelque-chose (la photographie marche déjà à l’inverse, on a obligatoirement besoin de photons). A un moment donné, un peintre choisi de terminer son tableau, la dernière pièce se pose aussi et le bâtiment de l’architecte est terminé. On peut en faire des copies à l’infini, on peut reproduire cette œuvre, mais elle ne sera jamais issue de la même matrice. Elle ne sera jamais issue d’un autre travail partant de la même matière. C’est ça qui est propre à la photographie, d’une matrice peut venir l’infini.

Quand je dis que tous nos ennuis avec la photographie viennent de là, c’est parce que ces contraintes sont angoissantes chacune à leur façon, et c’est de ces angoisses que naissent 90% des questions qui passent sur les forums et les réseaux sociaux :

  • Si vous n’avez qu’une chance de prendre une image, il ne faut pas la rater. Il vous faut donc le bon matériel au bon moment. L’irréversible, c’est le nerf de la guerre des marques finalement, elle vous promettent toujours un outil qui sera meilleur pour vous protéger contre un potentiel échec. Un meilleur autofocus, une meilleure mesure, plus de pixels, plus de stabilisation. En ça, d’une façon elles vous éloignent un peu de ce qui fait le propre de l’acte photographique. Retenez juste cela : c’est de l’irréversible que naît une partie de l’inquiétude autour du matériel et de sa performance (l’autre origine de l’attrait pour ce sujet étant très probablement l’ennui, le manque de propos, de créativité ou la nécessité d’occuper sa vie).
  • Si le travail sur un négatif (ou un RAW) est infini, il vous faudra les bons outils pour le faire au mieux et aller dans la bonne direction. Devant l’éventail de possibilités qui s’offre à vous, il vous faudra choisir la meilleure option, et arriver au meilleur résultat. Et d’ailleurs, ce pléthore de choix, c’est quelque-chose qui nous angoisse, on a peur de prendre la mauvaise décision : Barry Schwartz (professeur d’une université de Pennsylvanie) a mis le doigt sur le problème dans son essai Le paradoxe du choix, paru en 2004. Il y explique comment la multiplication des options tyrannise l’esprit humain ; un acheteur s’épuise souvent à comparer les mérites respectifs des divers modèles de peur de se tromper. En photographie, c’est là qu’interviennent les logiciels de retouche et de développement image, dans ce travail face à l’inachevable ils vous permettent de trouver votre voie. D’ailleurs, certains photographes avides de pépètes faciles vont même encore plus loin en vous vendant des presets qui vous permettent d’achever le travail en un clic, de réduire l’inachevable au néant d’un coup de serpe 2.0. Un raccourcis, certes, mais qui tue le travail créatif et l’appropriation de sa production.

Bien évidemment, je ne suis pas en train de critiquer ni le matériel en soit, ni les logiciels non plus. Je suis content d’avoir un matériel qui fait ce que je lui demande et il en va de même pour les programmes. Il s’agit plus ici d’analyser des mécanismes. Si la photographie est l’art de l’irréversible et de l’inachevable, le matériel et les logiciels sont nos outils pour limiter les dégâts. Pour faire face à ces deux contraintes et limiter leurs impacts (tant en questions et interrogations qu’en échecs). C’est un combat sans fin, certes, mais est-ce qu’il y a vraiment besoin que ça en soit un ?

Personnellement, je n’en suis pas convaincu. Je pense qu’il y a du bon dans les échecs, que c’est formateur et que souvent, nous en avons besoin pour avancer. Alors certes, oublier sa ceinture quand on roule à 180km/h sur l’autoroute est une erreur qui vous apportera une leçon un peu trop définitive, mais en photographie, la plupart des échecs vous aideront. Je me souviens de la fois où j’ai mal fermé la porte en chargeant une pellicule dans une spire : je ne le fais plus. Idem pour les fois où j’ai mal chargé le film dans l’appareil, mal exporté des fichiers, mal fait une sauvegarde et ainsi de suite. A chaque fois, j’ai appris un truc et je me suis amélioré.

Si vous voulez en apprendre plus à ce sujet, je vous invite à lire ce livre :

La photographie a aussi deux autres spécificités qui lui sont parfaitement propres. Comme je les ai déjà traitées dans des articles dédiés, je ne vais faire ici qu’un petit rappel et vous renvoyer vers eux.

Elle part du réel

Dans son ouvrage, La chambre claire, Roland Barthes pose un concept essentiel et fondateur de la compréhension de la photographie : le réel y adhère. On le savait, on s’en doutait, on le comprend intuitivement, mais rien ne l’exprime mieux que ces 4 mots, claqués à la face du monde en 1980.

Ce que cela signifie, c’est que le réel est intrinsèquement lié à la photographie, elle ne peut exister sans lui. Il laisse en elle une empreinte, une trace. Un peu comme celle de votre pouce sur un bout de scotch si vous voulez. Et ça, c’est encore une fois, totalement propre à la photographie. Aucun des autres arts n’a cette dépendance. La musique indépendamment de toute notion de réalité, elle ne vise pas à reproduire le bruit du vent ou des vagues, c’est un pur produit de la création. Il en va de même pour la peinture, elle peut être lié au réel et tenter de le reproduire (une tendance qui s’est prit un sacré coup dans les dents et qui a perdu de son sens à l’arrivée de la photographie, comme quoi…), mais peut aussi faire complètement autrement. C’est ce que font des peintres abstraits, comme Mondrian par exemple :

Piet Mondriaan, 1930 – Mondrian Composition II in Red, Blue, and Yellow

En photographie, c’est impossible. Même les photographies les plus abstraites sont empreintes du réel, c’est de la que vient la lumière, quoiqu’il arrive.

D’ailleurs, ce lien à la réalité me sert personnellement de limite pour définir ce que j’aime, ce qui va me poindre et m’intéresser et ce qui va me laisser indifférent, voir que je vais rejeter. Plus le lien d’une photographie à la réalité est ténu, moins elle va m’intéresser. Passé un certain cap, je pense même que l’on verse dans la création graphique (les faux-modeste souhaitant éviter les définitions, réflexions et les débats diront « je fais de l’image »). Ce n’est ni mieux, ni moins bien hein, ça n’est juste pas la même chose. Quand je vais dans un café, et que je demande un café, si on me sert du thé, ça ne me convient pas. Ce n’est pas ce que je cherchais, eh bien là, c’est pareil.

C’est ce qui fait que ça, c’est de la photographie pour moi :

Photographie – A. Webb

Alors que ça, plus tellement (pour prendre un exemple volontairement caricatural) :

© Roger Jourdain

Pour voir cette notion (et le travail de Barthes) plus en détails, je vous invite à lire cet article :

De même, si le sujet de la réalité et de son importance en photographie vous intéresse, vous pouvez aussi consulter ceux-là :

Fixe des limitations

Telle le gouvernement et les routes de province française, la photographie impose des limitations. Autrement dit, ce réel dont elle est issue, elle le malmène, le découpe, le tord. Elle n’en est jamais la reproduction objective, parfaite et exacte, les contraintes techniques (et maintenant logicielles) sont trop nombreuses pour ça.

Ce réel, la photographie le limite de 3 façons :

  • Elle en fixe des bords. Il ne vous aura pas échappé que le monde n’a pas de limites. L’univers s’étend indéfiniment. Vous pourriez partir dans votre petite fusée, suivre une direction, et ne plus jamais vous arrêter (ce qu’une mort, sans doute longue et pénible, se chargera de toute façon de faire). La photographie, elle, a des bords. C’est ce que l’on appelle le cadrage. Il définit ce qui compose la photographie et ce qui a été rejeté par le photographe. Parce que oui, c’est votre rôle de choisir ce que vous mettez là dedans. C’est d’ailleurs une des premières leçon que l’on inculque à une jeune photographe : « vous êtes responsable de ce qu’il y a dans le cadre de l’image ».
  • Elle limite le temps. Encore une fois, l’univers est présent depuis 13,8 milliards d’années et va continuer ainsi jusqu’à ce qu’il s’effondre (ou meurt de froid, ou encore se déchire, au choix). Bref, la photographie, bien que toujours liée au réel, ne prend qu’une infime tranche de cela. Même la plus longue de toute les poses longues est bien ridicule face à l’immensité du temps passé et à venir. Et encore une fois, c’est votre rôle de choisir lequel cela sera.
  • Elle enlève une dimension. Le monde est en volume, la photographie est plate (comme Star Wars 8). C’est d’ailleurs un de ses ressors créatifs les plus intéressants : cela permet de juxtaposer des éléments qui ne le sont pas dans la réalité.

Ainsi, si l’on prend cette image en exemple :

Photographie – B. Gilden

Le monde a été découpé de façon à n’inclure que la cabine et une partie de la rue. La pose était courte, pour saisir l’action et l’expression de la personne dans la cabine. Grâce à la juxtaposition, la cabine se retrouve alignée avec les immeubles du second plan, ce qui donne un enchaînement de formes assez similaire, si on lit l’image de gauche à droite. Le réel est bien présent, l’auteur a donc utilisé ce qui fait de la photographie ce qu’elle est, et tout va bien dans le meilleur des mondes.

Je précise que le fait d'utiliser la juxtaposition, résultant du passage de 2D à 3D n'est pas à employer systématiquement pour faire "bien". C'est juste une conséquence du processus photographique. 

Encore une fois, si cette notion vous intéresse, elle est développée dans cet article que j’avais consacré au livre de Stephen Shore :

Le mini-récap

Donc pour résumer où on en est arrivé à ce stade de l’article : pour définir ce qu’est une photographie personnelle, je commence par définir ce qu’est la photographie, ce qui en fait l’essence. On a donc vu :

  • Que la photographie n’est pas « écrire avec la lumière »,
  • Que c’est un art de l’irréversible et de l’inachevable,
  • Qu’elle est intimement liée au réel (il y adhère),
  • Qu’elle découpe celui-ci (temporellement, visuellement, et spatialement).

Maintenant, on va passer à l’approche personnelle de ce beau bazar.

L’approche personnelle

Avant de démarrer, on va traiter un petit sujet, dont la conclusion va nous amener logiquement au point suivant. Faire de la photographie personnelle, c’est être :

Artiste ou pas artiste ?

Est-ce que le fait d’avoir une photographie personnelle fait de vous un artiste ? D’ailleurs, c’est quoi un artiste ? Enquête.

Alors, petite piqûre de rappel, c’est un sujet que j’ai déjà évoqué 2 fois sur le Blog, mais comme ça ne semble pas être clair pour tout le monde, on va prendre le temps de revenir un peu dessus (d’autant que j’ai de nouvelles choses a y apporter, donc c’est gagnant-gagnant). J’ai déjà évoqué le sujet deux fois :

  • Comment reconnaître un photographe qui a réussi : dans cet article on parle de l’approche juridique de l’art, de ce que c’est techniquement et de comment la justice le reconnaît. Si philosophiquement c’est assez difficile à appréhender (même après avoir lu quelques livres sur le sujet, notamment La philosophie de l’art d’Abensour, je m’y risque rarement), d’un point de vue légal les choses sont très claires et c’est ce dont on parle ici.
  • La démarche photographique. Mon premier article un peu cossu de réflexion sur la pratique (les vieux de la vieille se souviendront). Dedans je prends divers exemples (la vision de l’artiste de Rothko, Picasso, et même le dico) pour étudier le sujet, et je termine avec cette conclusion qui aujourd’hui encore est chère à mon petit cœur :

Je voudrais tout simplement dire que l’art peut être bon, mauvais, ou indifférent, mais que nous devons l’appeler art, qu’importe l’épithète : le mauvais art n’en est pas moins de l’art, comme un mauvais sentiment reste un sentiment.

Marcel Duchamp

Notez que cela sous-entend aussi que faire de l’art n’est pas ‘ »bien » ou « mieux » en soit, c’est juste une pratique différente. On fait de l’art, point. Il peut être bien ou pas, mais on fait de l’art. Certains « artistes » ont des egos énormes et une production des plus médiocres et certains débutants, qui sont maladroits au possible, vont produire des images plus poétiques et intéressantes. Maintenant que je l’ai dit ici, je ne vais pas le répéter dans la suite de l’article, mais considérez que j’ai toujours ça en tête quand je parle de produire de l’art ou d’être un artiste : ça n’est pas mieux.

Bien évidemment, vous connaissez la maison, aucune des notions présentées dans ces articles ne sort de mon chapeau, et le tout est bien évidement sourcé et documenté. On n’est pas au bar PMU de Gif-sur-Yvette.

Depuis, je suis tombé sur la vidéo suivante, et je me suis rendu compte qu’il y avait un problème. Et il faut qu’on en parle.

Notez qu'avant d'en parler ici, j'ai soulevé ledit problème en commentaire. Je n'ai pas obtenu de réponse de l'auteur et le commentaire n'est plus visible depuis. Trouvant toujours l'idée d'en discuter intéressante, je repartage ma réflexion ici, ça sera plus difficile à supprimer. ;-)
Warning : Dans mon contenu, et celui-ci en particulier, je m'attaque (parfois violemment) aux idées, jamais aux personnes. Même si j'ai beaucoup de respect pour Sébastien (j'ai appris à utiliser Photoshop sur sa chaîne vers 2014-2015), là il y a quelque-chose qui ne va pas. Pas du tout.
Ça ne veut pas dire que je pense que ce sont des abrutis finis. On fait tous des trucs nazes des fois, ça n'est pas grave, l'intérêt c'est d'en tirer des leçons. La réalité est toujours plus subtile que ce que des écrits/vidéos peuvent laisser paraître.

Maintenant que les pincettes sont prises, démarrons la machine à claques. Il y a plusieurs points qui me chiffonnent dans cette vidéo, et on va en faire le tour.

Premièrement, la démarche est bancale. Chacun des auteurs à ouvert une chaîne pour partager sa connaissance sur un sujet précis. Et ça, je trouve ça très bien, c’est aussi ce que je fais. Si je résumais grossièrement, je dirai que Sébastien parle de pratique et de retouche (si ma mémoire est bonne, il est graphiste de formation), et Sylvain de matériel. Et c’est sans doute ce qui a fait le succès de chacun, quand on parle de quelque-chose que l’on maîtrise, on intéresse forcément un peu, on est pertinent.

Dans cette vidéo, on sort de ça. On n’est plus dans la démarche « j’ai des connaissances » > « je les partage », mais « j’ai une audience » > « Je donne mon avis sur un sujet ». Et ça, c’est un travers typique d’internet, mais il faut se rappeler que ce n’est pas le nombre d’abonnés qui donne la légitimité de traiter un sujet, mais la connaissance que l’on a de celui-ci. On peut gesticuler dans tous les sens, rien n’enlève cette réalité là, la pertinence ne tombe pas du ciel.

Personnellement, je suis convaincu que c’est une bonne chose que le web donne, d’une certaine façon, la parole à tous. Mais quand l’audience va en grandissant, on a un peu de responsabilité vis à vis d’elle et là je n’ai entendu aucune référence à quoi -que ce soit dans cette vidéo, seulement de l’empirisme.

Alors l’empirisme, c’est très bien quand il s’agit de faire des expériences pour tester des connaissances et acquérir un savoir. C’est plus problématique quand c’est fait en isolation et que c’est la seule source de la « connaissance » qui est présentée, en cela, il s’oppose au rationalisme. Quand je parle de l’empirisme de cette vidéo, je fais référence à cette définition :

Pratique de la médecine (dont l’origine remonte à l’Antiquité) qui se fonde uniquement sur l’expérience, l’observation, le hasard, rejetant ainsi tout recours à la théorie ou au raisonnement

CNRTL, « Empirisme« .

On nous sert donc des tartines du « moi je pense que ». Donc je pose la question : est-ce tirer leurs audiences respectives vers le haut que de leur proposer ça ? Est-ce vraiment la meilleure façon de faire ? Comment ouvrir des portes et de nouveaux horizons aux gens, quand on se cantonne soi-même à notre propre expérience ?

Deuxièmement, le manque de fond se sent et produit des écueils et des non-sens. On tourne en rond dans la caverne, sans jamais aller un peu plus loin que la bulle d’internet où l’on est si bien. Dans la vidéo, les auteurs se renvoient du « tu es artiste » et du « ha bah non c’est toi », parce que l’un « prépare » ses photographie et pas l’autre. Sérieusement ? Cet exemple est cinglant, personne ne sort une énormité pareille en maîtrisant un peu le sujet. On va prendre un exemple très simple :

Saint Lazare – H. Cartier-Bresson

Est-ce que Cartier-Bresson n’est pas un artiste parce qu’il n’a pas préparé cette image ? Cela n’aurait aucun sens. Et même si l’on considère qu’il a « prévisualisé la scène » (notion encore bancale, que j’aurais tendance à rejeter), je ne vois pas en quoi ça sera déterminant étant donné que tout le monde le fait tout le temps : qui ne déclenche pas en ayant une idée de ce qu’il veut ? Bref, il ne faut pas plus de 5 minutes pour se rendre compte que la clé de lecture prise pour traiter le sujet n’est pas la bonne, et c’est dommage.

Enfin, qui fait une interview en chaussettes ? Pour ceux ayant envie de progresser sur le sujet, je vous renvoie vers cet excellent blog :

Bref, c’était cool les gars, l’ambiance était sympa, mais vous auriez pu faire mieux. Comment ? Eh bien, on va voir ça ensemble.

Pour le coup, on va faire encore une fois très simple (basique), la façon de traiter ce sujet, que je vais présenter, est issue de ce livre : Béchet. & Kasprzak, P. (2014). Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique. Grâne: Créaphis. Il coûte 10€, se trouve dans toutes les bonnes librairies et sur internet, est court, percutant, et peut être lu en un weekend. Comme quoi, ça n’était pas la mer à boire de se préparer correctement.

Tout part d’un trio auteur-sujet-spectateur, et de qui a le pouvoir là-dedans. Le photographe est au centre de ce trio.

Si le photographe s’efface au profit du sujet/objet qu’il photographie, on est dans une pratique amateur où l’on cherche à obtenir des images-souvenirs. Si l’on prend l’exemple de la Tour de Pise, l’image souvenir donne ceci :

Image associée

Tandis qu’une appropriation donne cela :

Résultat de recherche d'images pour
Photographie – Martin Parr

Dans cette image, Martin Parr n’est plus dans l’image souvenir, mais dans l’appropriation du sujet, il joue avec le sujet, les clichés qui en découlent, et l’environnement autour de lui. Il produit une photographie typique de son humour, que l’on retrouve quelque soit le sujet.

Si le photographe s’efface au profit du client (et parfois du spectateur ou du public), on est dans une pratique de type professionnelle ou commerciale. Par exemple, dans la photographie ci-dessous, présentant un pull col camionneur bleu-blanc de chez Kiabi, le photographe s’efface complètement au profit du sujet. On présente le pull et on s’arrête là.

Publicité Kiabi
Photographie – O. Toscani

A l’inverse, ici, Oliviero Toscani dépasse très largement le cadre de la publicité de Benetton en étant plus créatif et en développant un propos personnel. Ce qu’il fait régulièrement dans son travail, et qui est au final assez courant dans la mode (on pense notamment à Paul Outerbridge, Helmut Newton ou Irving Penn).

Ainsi, si le photographe conserve « le pouvoir » quoi qu’il arrive, sans prendre en compte l’objet en lui-même ou l’avis des personnes extérieures, on est dans une photographie d’auteur, ou d’artiste (choisissez le mot qu’il vous plaira, le mécanisme est plus important que l’étiquette qu’on lui colle). Dans ce cas là, le photographe parle à la première personne du singulier, et cette singularité est le moteur de son travail (le fameux « je », où l’on part de soi).

Appliquons donc cette grille pour répondre à la question de la vidéo : Sébastien et Sylvain sont-ils des artistes ?

Pour le coup, je vais faire simple et équitable (je pourrais très bien fouiller, aller chercher des dossiers dans le fin fond du web et discréditer tout le monde mais je vais être sage) et prendre la dernière image que chacun à posté sur les réseaux sociaux, à l’heure où j’écris ces lignes.

Si l’on prend celle de Sébastien : en reprenant une esthétique de blockbuster et en y ajoutant un thème enfantin (la peluche), il crée une mise en scène drôle et originale. En prenant en compte la grille de lecture ci-dessus, c’est bien une pratique artistique. Il domine son sujet, ne fait pas de concessions. Même si, comme je le disais ci-dessus, ça s’éloigne de la réalité et ça n’est donc plus trop ma tasse de thé.

La dernière photographie de Sylvain est celle-ci :

Bon, j’avoue que j’aurais préféré tomber sur du paysage que sur de la macro/photographie de nature, dont tout le monde sait ce que je pense et qui donnera l’impression que mon avis est biaisé (mais je vais me cantonner scrupuleusement à la grille d’analyse ci-dessus). Dans cette image, ni la personnalité de Sylvain, ni un parti-pris un propos ou une intention n’émergent : on est dans la description pure. L’image dit « voici deux libellules qui s’accouplent », point. On peut donc dire qu’il s’efface devant son sujet. De même, ce genre d’images étant populaire sur les réseaux sociaux photographiques (leur nombre et les likes associés en attestent), on peut aussi se demander si Sylvain ne s’efface pas (un peu) au profit du spectateur et de ce qu’il souhaite voir. En considérant la grille ci-dessus, nous ne sommes pas dans une pratique artistique. Tout va bien dans le meilleur des mondes, étant donné que l’on retombe sur ce que Sylvain dit lui-même de sa pratique.

Souvenez vous de la citation de Duchamp : cela ne veut pas dire que Sébastien est "meilleur" que Sylvain, mais qu'ils pratiquent différemment. Après libre à vous de penser ce que vous voulez du résultat.

La clé de lecture proposée par Jean-Christophe Béchet semble donc fonctionner dans le cas présent, et sans doute dans une myriade d’autres.

Donc pour répondre à la question posée au début de cette partie : Oui, avoir une pratique personnelle fait de vous un artiste. Si vous ne vous effacez ni devant le sujet, ni devant votre audience/commanditaire, vous serez un artiste. Peut-être un bon, peut-être un mauvais, mais le mécanisme est là. Et ça, parler au singulier, dire « je », c’est tout le but d’une photographie personnelle, c’est ce qu’on va voir maintenant.

Par honnêteté intellectuelle et pour nuancer le propos ici, je signale que Sébastien a produit une vidéo (écrite par le Turk) sur le beau, qui est bien documentée et sort de l'empirisme décrié ici. Simple faux-pas donc plus que généralité. Si tout le monde pouvait en prendre de la graine...

Dire « je » en photographie

Quand ça devient personnel

Il est donc temps de passer au singulier. De prendre la parole face aux sujet et de taire les attentes, d’utiliser la photographie et son fonctionnement (tel qu’on vient de le décrire) pour dire « je ». Dire « je », c’est avoir une photographie personnelle. Une photographie qui est :

Relatif à la personne; à chaque personne.

CNRTL, personnel

Autrement dit, qui vous est propre. C’est quelque-chose d’à la fois très facile et naturel, et aussi de plutôt casse gueule. Une photographie personnelle n’est pas interchangeable, ne soyez pas interchangeable. Dans la vraie vie, vous ne l’êtes pas, il n’y a pas raison que vous le soyez dans votre photographie.

Prenons un exemple : pensez-vous que l’on pourrait vous enlever de votre famille, vous remplacer par quelqu’un d’autre (imaginons, troquer Damien 19 ans verseau, contre Patricia 54 ans capricorne), sans que personne ne s’en rende compte ?

Bien sûr que non, la question paraît même stupide. Ce qui vous caractérise manquerait immédiatement, sauterait aux yeux des gens, personne n’aurait jamais de doute. Eh bien avec votre photographie, vous devez viser la même chose, devenir personnel au point de ne plus être interchangeable.

Et ça n’est pas gagné, regardons la une du jour de 500px, à l’heure de la production de cette article :

Je pense que personne ne serait capable de me dire combien il y a de photographes différents sur cette une, et qui a fait quoi. On retrouve des belles montagnes, plusieurs fois, des beaux paysages hivernaux. Tous auraient pu être produits par la même personne pendant ses vacances tant la forme et le fond sont similaires. Il en va de même pour les photographies des insectes, des jolies villes la nuit ou des jolies filles.

D'ailleurs, je fais un aparté sur ça : si vous n'avez rien à raconter, arrêtez de photographier des jeunes filles à poil. Vous avez quasiment 100% de chances de proposer exactement la même chose que tout le monde, c'est vide, creux, souvent libidineux. Dans les exemples ci-dessus, quelle nana se balade en short à la montagne sérieusement ? Et pourquoi ce sont toujours des hommes de plus de 30 ans qui font ça et jamais l'inverse ?

La bonne nouvelle, c’est que vous avez déjà toutes les clés en main pour ne pas être interchangeable, il suffit juste de savoir regarder dans la bonne direction : à l’intérieur de vous.

Je glisse ça là (c'est la première fois que je me le permets, mais ça me semble pertinent) : il y a un chapitre entier de mon bouquin "Vers la lumière" consacré à ce sujet. Bref.

Bon après, vous vous en doutez bien, tout cela n’est pas si facile.

Si vous avez toutes les clés en main, il faut encore réussir à y arriver, à avoir cette démarche introspective, définir ce que vous voulez vraiment faire, et parfois avoir le courage de vous planter.

Je ne suis pas en train de vous vendre un conte merveilleux où « tout le monde a un talent dans la vie qui ne demande qu’à s’exprimer ». Il faut être honnête, nous ne naissons pas égaux en tout, nos vies ne nous rendent pas non plus égaux en tout non plus.

Pour être caricatural, vous n’avez pas les mêmes chances de réussir en matière d’art si vous êtes né avec 150 de QI dans une famille d’artistes parisiens que si vous êtes nés 3 mois avant terme avec un seul hémisphère sur un île perdue au large du Canada. Personnellement, je n’aurais jamais le même physique que The Rock, parce que je n’ai pas le même patrimoine génétique. Je suis nul en mécanique automobile, parce que personne dans l’environnement où j’ai grandi ne s’y intéressait vraiment.

Notre génétique et notre milieu nous façonnent, et c’est aussi vrai pour la pratique de la photographie.

C’est une réalité dont je présente le constat, pas que j’acclame, c’est juste comme ça que ça fonctionne, depuis la nuit des temps. Si tout le monde était parfait la courbe de répartition des QI dans la population ne serait pas comme suit :

La valeur 100 divise la population en 2. C’est sa définition.

Je veux juste être honnête là-dessus, ne pas donner l’impression de vendre du rêve. Je présente juste un chemin et les raisons de le suivre.

On ne va pas se mentir, y’a une flopée d’abrutis dans le monde qui n’arriveront jamais à rien, mais la bonne nouvelle c’est qu’ils leurs reste toujours la possibilité de traîner dans des groupes Facebook, d’y jouer les gourous acerbes, pour se bercer dans l’illusion de l’inverse.

Pour tous les autres : vous avez une personnalité, vous avez un vécu, un point de vue, une histoire. Exploitez tout ça, trouvez un sujet sur lequel vous faire la main. Puis un autre. Puis un autre.

C’est notamment ce que je présente dans une des dernières vidéos de la chaîne :

Donner du sens

Il paraîtra évident à tout le monde que faire des choses vides de sens n’a aucun intérêt. D’ailleurs, la quête de sens, c’est généralement une très bonne raison de changer de poste ou de réorienter sa carrière. C’est aussi quelque-chose que vous faites naturellement au cours de votre vie. Quand vous partez en vacances quelque-part, vous choisissez une destination, un itinéraire à visiter, vous ne courrez pas comme un dératé dans toutes les directions, jusqu’à l’épuisement. Vous donnez aussi un sens à vos études, à votre carrière et vous le suivez pendant plusieurs années.

En photographie, c’est la même chose, il faut trouver un sens à votre pratique, sinon elle n’aura aucun intérêt (pour vous d’abord, et aussi pour les autres).

L’avantage du mot « sens », c’est que sa signification est double. Et exceptionnellement, je ne vais pas sortir le dictionnaire pour traiter ce point. Le mot sens peut faire référence à une direction, une orientation, ou au fait d’être sensé, pensé, conforme à la raison. Votre photographie doit avoir les deux : une direction, et savoir pourquoi elle y va.

Ainsi, je me demande encore quel sens il y a à produire les images de la une 500px présentées ci-dessus. Quel intérêt à refaire en boucle les mêmes images ? Les mêmes stéréotypes ? Qu’est-ce que ça dit du photographe ? Qu’est-ce que ça lui apporte ?

Du coup, pour votre pratique, posez-vous les bonnes questions :

  • « Est-ce que ma pratique a du sens ? » Où votre pratique se dirige-t-elle ? Pourquoi ? Est-ce que c’est vraiment là que vous voulez aller ? Gardez en tête l’idée du trio que l’on a évoqué, et réfléchissez à votre place là-dedans.
  • « Est-ce que c’est important pour moi ? » Bah oui, parce que l’air de rien, si au final toutes ces jolies images, vous vous en cognez à part pour le côté « performance », autant arrêter. Il y a des photographies que je suis heureux d’avoir prises, qui me sont importantes, sinon tout cela n’aurait aucun intérêt.
  • « Est-ce que ce travail me rendra fier plus tard ? » Si la réponse est oui, eh bien cela vaut sûrement la peine de poursuivre le projet que vous avez en tête, même si ça va être casse-pied. Parce que je vous le dis, 15 jours à marcher dans Paris pour AdieuParis, en plein soleil, c’était pas la fête. Mais je savais que je serai content d’avoir fait l’expérience.
  • « Est-ce que ma photographie est prioritaire sur d’autres choses ? » Si entre une partie de tennis et la photographie vous choisissez systématiquement le tennis, c’est qu’il y a sans doute un problème. Donner du sens, c’est aussi consacrer du temps.

Devez-vous le faire ?

Nous venons de voir ensemble ce qui caractérisait la photographie et ce que ça voulait dire (et pouvait vous apporter) d’avoir une approche personnelle. Normalement, à cette étape, dans votre tête va raisonner la même question qui est passée par la mienne il y a quelques années :

Est-ce que les gens vont en avoir quelque-chose à carrer de ce que je vais produire ? Est-ce que ça va intéresser quelqu’un ?

Eh bien, pour être direct, factuel et précis : non. Même pas du tout. Et c’est tout à fait normal. En matière d’art, la question de la poule et de l’œuf est des plus facile à trancher : c’est l’oeuvre qui précède. L’oeuvre précède toujours son public. Il n’y a pas des gens, maintenant, qui attendent dans un coin et se disent « Oh mon dieu, j’adorerais voir tel genre de photographie, si seulement quelqu’un pouvait l’inventer ». Pas plus qu’avant l’invention de la pizza, les gens l’attendaient patiemment. L’oeuvre arrive, et le public suit (ou non, mais c’est pas très grave).

Ce fait vous place à l’exacte même étape que tous les grands artistes (et les ratés, avouons-le) avant vous. Beethoven a un jour été un élève qui s’ennuyait en cours de musique. Picasso a un jour été un élève qui s’ennuyait en cours d’art plastique, avec des idées bizarres dans la tête. Le Corbusier a été un étudiant qui faisait des dessins dans un coin. J’improvise totalement ce paragraphe (je raconte sûrement n’importe quoi dans les faits), mais vous comprenez l’idée : avant qu’ils produisent un truc, on ne savait pas que la révolution artistique, ça serait ça.

Le problème de cette question, c’est qu’elle élude discrètement ce que l’on a évoqué avant : le premier spectateur de votre travail, c’est vous. Il découle naturellement de votre nécessité intérieure. Vous devez le faire parce que vous en avez besoin, parce que c’est important, vital. Partant de ce constat, la question de savoir si ça intéressera quelqu’un est futile, ça n’est pas le sujet. Pire, elle peut trahir votre production (si vous l’axez dans ce sens) et amène à tous les écueils qui pourrissent internet et dont on a déjà parlé.

Pour ceux qui maîtrisent l’anglais, je vous invite à écouter ce podcast où ces concepts sont très bien résumés :

Le grand récap’

Et on assemble tout, comme ça.

Bon, pour ceux qui ont lu l’article en plusieurs fois et ont un peu oubliés des trucs, ou se sont juste endormis au milieu et veulent savoir la fin, voici le grand récap’ de tout ce que je raconte et développe ci-dessus :

  • La photographie a des mécanismes propres qui la différencient des autres arts (elle est irréversible et inachevable, découpe le réel, fige le temps). Ces éléments composent son cœur, pratiquer la photographie c’est les employer, et c’est encore mieux si vous en avez conscience.
  • Si vous ne vous vous effacez ni devant votre sujet, ni devant votre public, vous êtes un artiste. Ce n’est pas mieux, juste différent.
  • Pour avoir une photographie personnelle, il faut partir de vous. Vous avez déjà tout ce qu’il faut pour. Ça ne sera pas facile, la réussite n’est pas garantie, mais le jeu en vaut la chandelle.
  • Vous devez donner du sens à votre pratique : une direction, et une pensée la guidant. Pas de stress, ça viendra à force de réfléchir à ce que vous faites et de pratiquer.
  • N’ayez pas peur de faire différemment des autres : les œuvres précèdent toujours les publics. Faites vos travaux pour vous, et pour le reste : croisez les doigts.

Soyez simple. Faites simple, direct. Utilisez ce qui est le plus propre à la photographie, pour vous exprimer sur un sujet de façon personnelle.

C’est tout ce qu’il faut faire. Il n’y a que ça.

Conclusion

C’est le genre d’articles que je démarre toujours en me disant que ça va être simple, et je me retrouve à rédiger la conclusion 8 000 mots plus tard. Il m’aura fallut deux mois environ pour l’écrire, le temps de faire le tour du sujet, et développer tout ce que je voulais, qu’il ne reste pas de zones d’ombres. Et aussi parce que bon, on a souvent des idées au fur et à mesure que l’on écrit, ce qui rallonge encore les choses.

Comme je le disais en introduction, cet article est important. Pousser les gens à avoir une pratique plus personnelle (avec le fait d’ouvrir à la culture), c’est au cœur de ce que je fais. J’espère que ce manifeste en poussera quelques-uns parmi vous à se questionner sur leurs pratiques, à s’y mettre à leur tour, et à faire du lobbying sur leur voisin.

Tant qu’on y est : je reçois souvent des messages de lecteurs qui me demandent si, maintenant que j’ai une chaîne YouTube je vais continuer le Blog : oui, c’est cet exercice que je préfère, même si je ne peux pas forcément y consacrer autant de temps que je voudrais (les journées ne font que 24h). Donc rassurez-vous, il y en aura d’autres. Et donc… à la prochaine !

Je le précise pour les petits nouveaux qui me découvriraient ici : Je m'adresse principalement aux photographes ayant envie d'aller plus loin que le loisir, qui se dirigent vers une démarche artistique. Si ça n'est pas votre cas, c'est pas bien grave, c'est différent. Kiffez la vie et bisous chez vous  

Un ami a moi a produit cette introduction au rap, que j’ai pas mal écouté pendant la rédaction de l’article. Je vous invite à en faire de même :

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30 Comments

  1. M. J. Casanova

    Merci pour ces documents qui donnent confiance et motivent pour progresser

  2. Je me suis régalée à lire cet article, merci ! un sacré travail documenté, argumenté qui pose les bonnes questions et y répond clairement (j’ai bien compris ici la notion d' »artiste » en photo).
    Presque plus besoin d’aller lire des livres tellement c’est pédagogique et synthétique…. je plaisante bien sûr !
    A mon niveau, je vais continuer à creuser mon sillon personnel (me connaître), amender avec de bonnes brouettées de terreau fertile et arrosages réguliers (me cultiver) et flâner dans mon jardin en bonne compagnie (partager).
    Au boulot…

  3. Rousseau

    Tout d’abord félicitations pour ce travail conséquent et en particuliers pour les concepts développés au début. Je n’ai pas encore pris le temps de dériver sur les différents liens. Comme je te suis depuis un moment avec plaisir sur tes textes et des videos ainsi que Laurent, je ne peux pas dire que j’ai appris grand chose de nouveau par rapport à la recherche de la démarche personnelle en photographie. Sauf un point que tu mes bien en évidence avec tes exemples : sur le fait de s’impliquer ou de s’effacer devant ce qu’on produit. Ceci dit, la très grande difficulté et souvent la grande frustration est d’arriver à identifier précisément ce que nous avons à l’intérieur de nous qui fait notre originalité avant d’arriver ensuite à l’exprimer. La recherche de la culture est une évidence mais est-ce que la compilation de tout ce qu’on apprend n’a pas tendance à nous étouffer et pousser à reproduire à l’identique ou presque ? L »intégrer tout en arrivant à émerger ? Pour ma part c’est un gros dilemme.

    • Dans ce cas il faut que tu lises Influences de Béchet, ça va te guérir.
      Spoiler : y’a aucun risque.

    • « La culture est ce qui subsiste quand on a oublié tout ce qu’ on avait appris  » comme disait l’ autre. Vu le nombre incroyable d’ autodidactes parmi les très grands noms de la photo du 20 ème siècle aucun doute que bien peu d’ entre eux avaient la  » culture » au sens entendu. Mais que rien n’ a empêché de produire une oeuvre … de référence. Paradoxe ultime.
      Aussi bien, personnellement, je ne pose pas la question de savoir où pourrait se situer telle ou telle influence sur mes travaux ; je photographie, c’ est tout.
      De fait, je commence seulement à m’ intéresser, grâce notamment au blog de T. Hammoudi, aux richesses de cet art de l’ image, éminemment moderne.
      Ce n’ est qu’ en photographiant que je découvre, un tant soit peu, ce qui fait mon originalité ; si jamais il y en a une, évidemment. Ce qui n’ est pas le but recherché, si jamais il y avait un but,…autre que celui de prendre son pied, et de produire sa propre culture de l’ image of corse ! ! !

  4. Pierre Content

    Merci Thomas pour cet article fondamental sur la notion de personnalité en photographie. Je suis d’accord avec toi pour dire que l’on ne peut pas refaire deux fois la même photo, sauf dans des cas très précis comme celui-ci.
    Concernant un des clichés de ma série « petits riens et merveilles » représentant une tache très expressive sur un mur de Port-Vendres, j’ai photographié plusieurs fois pour le plaisir cette curieuse marque avec des critères équivalents de luminosité et j’obtiens, in fine, des photos tout à fait identiques.
    Toutefois ma préférée est celle prise un matin quand le soleil se lève sur la mer, éclairant le mur avec cette merveilleuse lumière naissante.
    Et là, c’est vrai, je ne pourrai pas refaire cette photo qui me donne la chair de poule !

  5. Francine Perrin

    Je ne reviendrai pas sur tout ce qui a été dit plus haut. Cet article est un must et j’y reviendrai souvent. Ces dernières semaines, j’avais un peu perdu le goût de la photo. Parce que marre des couchers de soleils tous plus sublimes les uns que les autres! Et grâce à toi, je viens de retrouver l’inspiration et deux projets différents se dessinent dans ma tête. Plus qu’à sortir et m’y jeter à corps perdu.

    Juste un petit souci de lien. Ton premier lien du CNRTL (et non pas CNTRL), qui devrait mener à un article intitulé « photographie », s’ouvre sur l’article « racical », comme le suivant d’ailleurs. Donc nous n’avons pas l’article « Photographie ».

    Voili voilou. Merci encore pour tout ton contenu. J’apprécie surtout les articles du blog et les listes de lecture, plus que les vidéos. Mais je les regarde quand même, hein!

    • Merci c’est corrigé 🙂
      C’est deux contenus pour 2 publics différents. On ne met pas les mêmes choses dans chaque.
      Je garde une préférence pour l’écrit aussi.

  6. Quelques typos :
    – celui-*ci* : fin du 1er paragraphe.
    – CNRTL (CNRS croisé avec RTL 😉 ) et non CNTRL (comme « contrôle » ?). Partout dans l’article, sauf à un endroit 🙂
    – « l’art de irréversible : manque qqch, non ?
    – « irréversible, c’est le nerf de la guerre des marques finalement » : majuscule après un point !
    Chouette article, sinon !
    Il y a une définition de l’art que j’aime bien, que j’avais vu à Arles cet été : l’art, c’est montrer ce que les autres ne voient pas. Je me rappel plus de l’auteur… Plus je retourne cette définition dans ma tête, plus je la trouve juste !

  7. D’abord, je pense (même si ce n’est probablement pas ce qu’il recherche) à remercier Thomas pour son implication quasi sacerdotale pour la photographie mais surtout pour le courage qu’il montre à raviver les fondamentaux dans ce chariot de supermarché rempli de perturbateurs endocriniens qu’est internet et Youtube en particulier.
    Cela dit, « écrire avec la lumière » est un poncif qui (peut-être plus maintenant ?) a longtemps été utile pour faire comprendre qu’appuyer « sur le bouton » n’était pas suffisant « pourceuxquiveulentdevenirdesgrandsphotographes » et que réfléchir un peu et trouver des clés en amont ne fait pas de vous un artiste dans sa tour d’ivoire mais quelqu’un de plus libre.
    On parle bien d’écriture cinématographique par exemple et sans lumière point de photo.
    Bonne année.

  8. Gouillet Lisa

    Et une petite piqûre de rappel et ça repart ! C’est toujours un plaisir de vous lire, je préfère d’ailleurs les articles aux vidéos. Même si je partage certaines de mes photos sur les réseaux sociaux je sais que leur popularité ne corespondent pas toujours à mon ressenti. Mais c’est vraiment pas grave…je continue de faire ce que j’ai envi c’est pour ça que j’ai quitté mon club photo. Merci encore pour votre travail de grande qualité.

  9. Bonjour du Québec.
    Super texte. Merci. Il y a beaucoup à retenir et va demander quelques lectures (et c’est ok), mais, moi, à la première lecture, je retiens ceci de ce texte dense:
    – Tenter d’être non reproductible.
    Pour moi, cela ne veut pas dire faire une course à l’originalité du sujet (quoi que…) mais surtout à une manière bien perso de l’aborder.

    Merci pour tous tes enseignements très utiles. Comme je suis au début de ce processus, je garde toujours un oeil sur tes écrits ou vidéos. L’idée n’est pas de te suivre comme un apôtre qui attend la multiplication des pains, mais avoir des balises claires ne peut nuire à personne!

    Là je mijote un projet pour cet été (ici on est en plein hiver alors…) et je compte bien y passer plusieurs mois. Ça me donne le temps de bien le préparer.

    Bref, bravo encore!

    Christian

  10. Un article pertinent, documenté et suffisamment provocateur pour nous obliger à une nécessaire introspection. J’ai récemment ajouté une section photographie à mon blog question de partager ma façon d’approcher la photographie. Partager me semble une excellente façon de se comprendre soi-même. J’ai par contre utilisé la phrase maudite : écrire avec la lumière pour introduire mon sujet. J’aimais l’image bien que je comprenne à la lecture de votre article que c’est beaucoup trop limitatif et même incorrect. Sachant cela, j’élaborerai davantage sur le sujet dans mes prochains billets. Comme quoi nous sommes tous un peu « idiots » à l’occasion. Merci!

    • Sebricard27

      « La connerie, c’est la décontraction de l’intelligence. De temps en temps, je me permets d’être con » Gainsbourg

  11. C’est un article majeur, remarquablement écrit et qui détaille tellement de notions importantes. Bravo et merci, quel boulot.
    Ceci dit je continue de penser que la démarche artistique est élitiste, et que c’est pas grave du tout d’être élitiste 🙂

    • Ça dépend d’où tu places l’élitisme.
      Sur la ligne de départ, je pense que non (c’est le sujet du paragraphe).
      Sur la lignée d’arrivée, oui, évidemment. On va voir les expositions les plus intéressantes, tout comme on choisit la meilleure boulangerie.

  12. Corantin Marchand

    Tout premier article que je lis après des mois à regarder tes vidéos. C’est très intéressant, enrichissant (d’un point de vue des connaissances sur la photographie et l’art) mais surtout ça fait beaucoup beaucoup réfléchir. Je pense que je vais pendant de longs temps revenir sur cet article parce qu’il me semble juste parfaitement complet. Tu parles d’une notion, ça m’interroge, t’y réponds à la ligne d’après. Pour cela je pense que cet écrit restera une de mes références, d’autant plus que je partage (il me semble) intégralement les idées que tu évoques. Ce que je tire principalement de cet article pour ma pratique personnel c’est que je dois avoir confiance en ce que je fais pendant et après. Combien de fois j’ai envie de prendre en photo les gens bizarres de mon bus de 6h mais j’ose jamais parce que je les revois tous les matins et après ils me regarderont bizarrement. Enfin trêve de racontage de vie. Merci beaucoup du fond du cœur pour cet article, je suis certain qu’il me sera précieux au cours de ma pratique.

  13. Georges Authier

    Je me suis (encore) régalé tout au long de la lecture de cet article passionnant par son message, sa clarté ponctuée d’éclats de rire.
    Il fonctionne parfaitement en parallèle du livre (qui se lit plus lentement et s’infuse comme un bon thé) que je suis en train de terminer.
    Je le garde sous le coude pour le relire régulièrement, comme une piqûre de rappel …

  14. « Prenons un exemple : pensez-vous que l’on pourrait vous enlever de votre famille, vous remplacer par quelqu’un d’autre (imaginons, troquer Damien 19 ans verseau, contre Patricia 54 ans capricorne), sans que personne ne s’en rende compte ? »

    Ok alors maintenant on prône l »astrologie OKLM…

  15. Michèle BINHAS

    Merci Thomas pour cet article passionnant qui pose les vraies questions et qui permet d’affirmer haut et fort que la photo nécessite de la technique pour nous aider à exprimer à travers la photo ce qu’on ressent.

    Moi qui doute tant, cet article m’a confortée et m’aide à poursuivre ma voie même si certains de mes amis et membres de ma famille ou de face book n’apprécient pas forcement mes photos qui n’ont pas comme seul objectif l’esthétique.

  16. Bonjour Monsieur Hammoudi,

    d’abord merci encore pour tous ces articles: toujours très utiles pour les gens comme moi qui ne sont pas forcément capable d’un raisonnement introspectif efficace, ça nous facilite bien la tâche (considérable!)!
    Je m’interroge toutefois sur votre propos ici, sur l’implication et l’investissement à accorder à la photographie (si elle nous semble si importante…): est-ce à dire qu’il faudrait également y sacrifier les autres plaisirs (coupables ou non) fortement chronophages auxquels nous nous adonnons? Si tel est le propos (encore qu’intuitivement, je ne vous pense pas aussi « radical »), ne risque t’on pas d’altérer notre propre identité et donc notre production artistique?
    De même, est-ce que « fautez » en « Rammeli-sant » parfois et y trouver du plaisir serait purement contre-productif? Il me semble (oui, ce n’est pas étayé… autrement qu’empiriquement!) pourtant que ce genre d’image vide de sens me permet de me détendre et d’être ensuite plus « efficace » dans l’appropriation de mon environnement.

    Nota, j’ai évoqué votre presque antithèse Serge Rammeli, mais dans mon cas, cela fonctionne aussi avec la photographie animalière ou la photographie de paysage qui ont sur moi les même vertues apaisantes qu’une partie de pêche pour d’autre.

    Désolé pour ma question sans doute naïve et d’avance merci pour votre éclairage!

    • sacrifier les autres plaisirs (coupables ou non) fortement chronophages auxquels nous nous adonnons?

      C’est toi qui voit haha. Moi je préfère faire de la photographie (ou des vidéos, des articles) que de regarder Netflix. A la fin, toutes ces économies de temps faites, ça fait une différence.
      Personnellement, je ne vois pas l’intérêt de faire « moins bien » de temps en temps pour se détendre. Je ne vois pas ce que ça peut apporter. Mais après oui, t’es pas obligé d’être H24 à fond dans tes projets, des fois je pars juste en WE, et j’accumule des souvenirs sans plus y réfléchir.

  17. Georges

    Cet article est tout simplement admirable, savant et profond. L’appareil photo devient le bloc notes de l’artiste qui va sélectionner en fonction de son désir de messages et/ou d’émotions qu’il voudrait transmettre au spectateur. D’où la pertinence de « l’intention » photographique qu’il faut creuser et questionner.

  18. Bonjour Thomas,
    un grand merci pour ces articles forts intéressants et celui-ci tout particulièrement qui fait écho à quelque chose qui me travaille depuis un bon moment. Je pratique la photographie depuis une poignée d’années maintenant, essentiellement axée sur l’humain sous forme de portraits la plus grande partie du temps. Je partage mes images sur les réseaux sociaux avec plus ou moins de succès et certains commentent de façon très gentilles mais qui me semblent à chaque fois fausse, quand je lis les mots « artiste » ou « talenteux », essemble ou séparément je me sens obligé de remettre les choses à leur place car je ne me place dans aucune de ces catégories et que je n’aurais jamais cette légitimité, seulement je n’avais pas encore trouvé les mots m’expliquant pourquoi j’avais ce sentiment de l’imposteur depuis le début. Ton article et tes vidéos m’ont fortement aidé et je vais très certainement renvoyer vers eux lorsque j’en aurai l’occasion.

    bonne continuation cher Thomas
    Stéphane

  19. Forcément, quand on a qu’ une vie, autant être sûr que c’ est bien la nôtre.
    Et bien faire savoir que : « J’ essaie toujours de faire ce que je ne sais pas faire, c’ est ainsi que j’ espère apprendre à le faire » (Picaaso) est quand même bien piègeux ; je ne vais quand même pas me cogner des séances de couchers de soleil ou de libellule en macro, simplement pour savoir faire comme tant d’ autres…Par contre, capter un instant de grâce, de mystère, de déséquilibre, d’ audace, etc…oui. C’ est en plongeant dans l’ inconnu qu’ on apprend à se connaitre et que sa photographie devient personnelle.
    Super bien cet article mon gars !

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