C’est quoi être photographe ? (+ Invités)

Date de la dernière mise à jour : le 20 octobre 2017


Introduction générale

L’article que vous allez lire est à la fois extrêmement basique, de par le sujet auquel il s’intéresse, une question somme toute très centrale, et assez protéiforme et unique sur le Blog par rapport à sa forme Ainsi, pour que les choses soient claires pour tout le monde, on va commencer par poser un peu de contexte. Ce n’est certes pas la plus glamour des entrées en matière, mais ça sera sans doute la plus efficace.

Tout est parti de cette citation trouvée sur Twitter :

Buying a camera doesn’t make you a photographer. It makes you a camera owner.

Je n’ai pas réussi à en trouver précisément l’auteur, c’est une citation qui traîne sur internet un peu à droite à gauche. La plus vieille trace que j’en ai trouvée date de 2012, mais rien de probant. Bref, l’enquête étant restée lettre morte, prenons ça comme un leitmotiv générique. Et en lisant ça, je me suis demandé si c’était encore vrai en 2017. On m’a répondu que oui (on c’est Thomas Benezeth, qui a une partie ci-dessous), la caméra ne fait toujours pas le photographe. S’en est suivi un débat acharné, mortifère et sanglant comme seul internet en connaît, plusieurs semaines après, les cadavres n’ont toujours pas fini d’être dénombrés (et démembrés). Mais revenons à nous moutons :

Est-ce vrai ? La caméra ne fait-elle vraiment pas le photographe ? Est-ce aussi simple ? Et après tout, si la camera ne fait pas le photographe, qu’est-ce qui fait que le photographe en est un ?

Bon, vous me connaissez, face à des questions, je ne résiste que rarement à la tentation d’en faire un billet. J’ai donc commencé à rédiger ce qui sera ma partie ci-dessous. Mais plus j’écrivais, plus je me rendais compte qu’il serait tant difficile que présomptueux d’y répondre seul. Alors j’ai fait ce que ferait toute personne censée, raisonnable, et motivée dans cette situation : j’ai monté une équipe.

On s’est réuni EXACTEMENT comme ça face au problème.

L’idée était d’avoir des intervenants variés, et pas forcément photographes, mais s’y intéressant de près. La règle et le format sont simples et définis pour chacun : il s’agissait de trouver une définition personnelle et de la développer (ou dans le sens inverse, ça marche aussi). Aucun des auteurs n’avait connaissance ni de la participation des autres, ni de leurs textes, ainsi même s’ils ne disent pas la même chose, ou le disent différemment, aucun ne se « contredit » ou « conteste » directement. Il n’y a pas d’ordre particulier entre les articles, je les ai insérés au fur et à mesure qu’on me les envoyait. La seule exception étant le premier texte, d’un format un peu particulier, comme je vais vous l’expliquer.

Ha, et ma partie ne respecte pas ce format, elle est plus longue et composée de plus de parties. Ce n’est pas de la mégalomanie mal placée, mais comme je viens de le dire, je l’ai écrite avant d’avoir l’idée d’ouvrir l’article. Je me suis demandé si je ne devais pas l’écourter, mais je trouvais ça dommage, parce que je l’aimais bien, donc c’est double dose. Et puis, je suis chez moi hein.

Ps : c'est moi qui ai rédigé les textes de présentation en italique avant chaque intervention. Ensuite, c'est l'auteur.

Clément Chéroux

Clément Chéroux, est un historien de la photographie, conservateur et commissaire d’exposition. Il a été conservateur au Centre Pompidou et a dirigé le Cabinet de la photographie du Centre à partir de 2013, et il officie désormais au musée d’art moderne de San Francisco (le SFMOMA). Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la photographies et d’autant d’expositions (voir ici), il a aussi été directeur de publication de la revue des Études photographiques. Bref, vous avez compris l’idée.

Forcément, quand j’ai cherché des noms de participants pour l’article, il s’est retrouvé dans ma short-list, je lui ai donc envoyé un mél. Malheureusement, son emploi du temps ne lui permettait pas de participer directement au billet, donc on s’est donc mis d’accord pour procéder  différemment. J’ai rédigé une synthèse, à partir d’un article qu’il m’a communiqué, La photographie soumise à la question, qui traite du même sujet. Le but étant bien évidemment de coller au plus près de son propos, en le citant au maximum, tout le retranscrivant dans un format adapté au Blog (l’article faisait plusieurs pages, et tout son développement ne concernait pas directement la question qui nous intéressesaujourd’hui). Le processus est totalement transparent, vous pouvez comparer ma synthèse avec le texte original qui se trouve dans cet ouvrage :

Clément Chéroux, Karolina Lewandowska Qu’est-ce que la photographie ?, Paris, Centre Pompidou, Xavier Barral, 2015.

Illustration de l’ouvrage

Enfin, ce texte est volontairement placé en premier, déjà parce que c’est toujours cool de commencer un billet par un texte de Clément Chéroux (si ça convient à la réédition d’Images à la sauvette ça m’ira bien !) et parce que, dans sa conclusion il justifie la multiplicité des points de vue. C’est donc la colle qui tiendra ce billet. Mais trêve de bavardages, envoyons la purée.

Pour commencer, le texte de Clément Chéroux ne s’intéresse pas directement à la question « C’est quoi être photographe ? » mais plutôt à « Qu’est-ce que la photographie ? » ; elles sont proches, certes, mais ce n’est pas la même chose. Quoi qu’il en soit, si je l’ai retenu après sa lecture, c’est principalement pour le cheminement intellectuel et historique qu’il présente, qui lui, est entièrement valable pour notre sujet. Je préfère prévenir, que chacun accroche bien son petit cœur, ce qui est suit va être très corsé. Genre, vraiment. 

Ps : tous les passages en bleu sont mot pour mot de C. Chéroux, j'avais initialement utilisé des guillemets, mais ça devenait n'importe quoi, même si c'est plus académique.

Qu’est-ce donc que cet art, qui est considéré comme une chose si précieuse et si indispensable pour l’humanité ?

Léon Tolstoï, Qu’est-ce que l’art ? (1898)

L’article commence par s’intéresser à l’histoire de la question « Qu’est-ce que la photographie ? » une question générique, apparemment très élémentaire, réuni des penseurs aussi indispensables que Léon Tolstoï (Qu’est-ce que l’art ?), Jean-Paul Sartre (Qu’est-ce que la littérature ?), ou Gilles Deleuze et Félix Guattari (Qu’est-ce que la philosophie ?). Mais la modestie n’est sans doute pas la qualité principale des exégètes de la photographie si l’on en juge par l’omniprésence de cette interrogation, sous une forme ou sous une autre, dans les différents discours sur le médium. La question est d’abord soulevée dans le rapport de François Arago présenté durant l’été 1839 à la Chambre des députés puis devant les membres de l’Académie des sciences pour annoncer la découverte de Daguerre, puis revient régulièrement en filigrane de toutes les publications importantes du XIXe siècle. 

Et cela reprend de plus belle au siècle suivant, dans les années 1920 et 1930, en plein cœur du modernisme, le questionnement ontologique (l’étude des propriétés générales de ce qui existe) connaît un regain d’intérêt à travers les textes de László Moholy-Nagy, Walter Benjamin ou Siegfried Kracauer. Les décennies d’après-guerre, bien davantage préoccupées d’existentialisme que d’essentialisme n’ont laissées que de très rares essais dans le domaine, au nombre desquels il faut tout de même citer « L’ontologie de l’image photographique » publié par André Bazin en 1945 ou le livre de John Szarkowski, The Photographer’s eye paru en 1966. La décennie suivante connaîtra des publications majeures sur le sujet, notamment celles de Rosalind Krauss, « Notes on the index », ou encore le livre de Roland Barthes, La Chambre claire

J’étais saisi à l’égard de la Photographie d’un désir “ontologique”, je voulais à tout prix savoir ce qu’elle était “en soi”, par quel trait essentiel elle se distinguait de la communauté des images.

Roland Barthes, La Chambre claire.

Ainsi, au XXe siècle, comme au XIXe siècle et quelque soit le terme employé (…), il s’agit toujours de se demander « Qu’est-ce que LA photographie ? ». La question est en somme devenue une sorte de passage obligé de l’élaboration théorique. Pendant ces presque deux siècles, il y eut cependant des périodes pendant lesquelles l’interrogation (…) semble s’être posée avec davantage d’acuité : le moment de l’invention, évidemment, les années 1850-1860, puis 1880-1890, mais aussi, au siècle suivant, la période de l’entre-deux-guerres, et enfin les années 1970-1980. L’aboutissement de ces élans théoriques a été la célébration du centenaire de la photographie en 1989. Cependant, une contestation est aussi apparue, notamment dans l’ouvrage intitulé The Contest of Meaning, Critical Histories of Photography. L’ambition clairement affichée par ce recueil d’essais (…), est de réinscrire le questionnement sur la photographie dans une analyse plus contextuelle. Pour la plupart des auteurs de ce volume, la photographie en tant que telle n’existe pas ; elle ne possède pas de spécificité en dehors de celle qui lui est imposée dans un usage particulier largement déterminé économiquement, culturellement, voire politiquement. Leur approche est plus soucieuse des conditions de production, de diffusion, ou de perception des images photographiques. Elle est attentive aux discours qui accompagnent les images. Elle tient davantage compte de qui regarde, depuis quel point de vue, et à travers quels filtres. 

C’est une approche que l’on a retrouvée en France, dans la revue  Etudes photographiques, plus volontiers historienne que théoricienne, elle s’est employée à réintroduire de la temporalité et du contexte dans l’analyse. Elle a troqué les grandes théories contre des études de cas problématisées. Elle récuse les approches généralistes pour envisager non plus la, mais les, ou des photographiesAinsi, la grande question « Qu’est-ce que LA photographie », était devenue inepte, voire moquée. 

Le fait est, que cette question a la peau dure. Depuis le début des années 2000, on ne peut que constater sa résurgence. Ceci est notamment perceptible dans la multiplication des ouvrages affichant l’interrogation (…) : Qu’est qu’une photographie ? (2010), Qu’est-ce que la photographie aujourd’hui ? (2002, 2007, 2009), ou déclinés dans toutes les langues : Qué es la fotograa ? (2014), Co je to fotografie ? (2004), What Is a Photograph ? (2014), voire sous une forme plus affirmative What Photography Is (2011). Il n’y en a jamais eu autant. Aucun des champs de la photographie ne semble pouvoir échapper à l’interrogation, puisque ces ouvrages proposent respectivement : une brève philosophie de l’image, un recueil des tendances artistiques les plus contemporaines, un ouvrages d’initiation pour les amateurs, une anthologie de textes théoriques, une réflexion sur la matérialité de l’image photographique à l’heure du numérique, ou encore une longue exégèse du livre de Barthes. Et il en va de même pour les expositions, qui toutes fleurissent sur ce même sujet à cette époque. 

Il y a plusieurs façons d’expliquer l’éternel retour de cette question. La première consiste à l’imputer à ce qui pourrait être décrit comme un effet générationnel. Tous les quarts de siècle à peu près, chaque nouvelle génération s’emparant d’une discipline éprouverait la nécessité de redéfinir ses fondamentaux et, ce faisant, de se positionner par rapport à ses ainés. Mais bon, même si c’est une approche intéressante, cela n’explique pas tout.

En effet, le contexte joue aussi beaucoup, et il mérite d’être analysé. Chacun des grands moments de réflexion sur la nature intrinsèque du médium correspond en effet à une période de profond bouleversement des usages photographiques tant en termes de production que de réception (…). Les deux dernières décennies du XIXe siècle correspondent à l’avènement des supports sensibles au gélatino-bromure d’argent qui vont permettre l’essor de l’amateurisme et l’application effective de la photographie à tous les domaines de l’activité humaine : médecine, police, armée, etc. La période de l’entre-deux-guerres est marquée par la généralisation des appareils de petit format chargés de films 35 mm (…). Les années 1970-1980 voient la consolidation du processus de démocratisation photographique avec des gammes d’appareils comme l’Instamatic ou le Polaroid, mais aussi l’institutionnalisation du médium à travers son entrée au Musée ou le développement d’un marché des tirages. Les grandes périodes d’évolution des manières de faire ou de voir des photographies semblent tellement intriquées dans les moments d’interrogation essentialiste qu’il est difficile de ne pas y voir un lien de cause à effet.

Et cette idée se confirme même pour notre début de millénaire, qui correspond à l’entrée de la photographie dans l’ère du digital. Le grand public a eu accès aux premiers appareils photographiques équipés de capteurs remplaçant les supports aux halogénures d’argent à la fin des années 1990 Il a commencé à envisager différemment son rapport aux images photographiques – à leur recherche, leur échange, ou leur archivage –, avec la mise en ligne de sites comme Google Images en 2001, Flickr en 2004, ou encore Facebook la même année. 

Ainsi, la question s’est toujours posée suite à un bouleversement des pratiques, il semble donc logique que ça soit aujourd’hui aux praticiens d’y répondre. Réactiver aujourd’hui la question ontologique à partir des recherches des praticiens, plutôt que des théoriciens, permet en somme de comprendre qu’il ne peut définitivement pas y avoir une seule et unique réponse à la question ontologique. En pratique, il y a en effet de multiples manières de répondre à cette question. Pour certains, la photographie est une pulsion : un désir de voir, une fascination pour la lumière, ou une attirance pour l’ombre. Pour quelques-uns, elle se définit par son matériau, ses principes optiques ou chimiques. Certains photographes ne jurent que par le point de vue, le cadrage, ou la captation de l’instant. Pour nombre d’artistes, la photographie est une subtile alchimie ou un écart poétique entre le réel et sa représentation. Pour d’autres, enfin, elle offre une réduction du monde, ou des clés pour mieux le comprendre. A la question « Qu’est-ce que la photographie ? », les réponses sont nombreuses… tout aussi nombreuses, en somme, que ceux qui s’évertuent à y répondre.

Donc, pour résumer les choses :
  • La question que nous posons aujourd'hui, "C'est quoi être photographe ?" (qui découle de celle du texte de C. Chéroux "Qu'est-ce que la photographie ?"), est récurrente dans l'histoire de la photographie.
  • Cette question n'a pas une seule réponse, cette approche a été abandonnée. Elle en a autant que de contextes, de personnes, etc.
  • Cette question est cyclique et suit les changements technologiques. Notre génération étant en plein en l'un d'eux (le digital et surtout internet s'intégrant à la photographie) il est normal qu'on se la pose, et que l'on souhaite y répondre. 
Considérer tout cela valide clairement, tant la démarche de l'article, que la pluralité des réponses apportées à la problématique posée. Maintenant, on y va.

 

Thomas Hammoudi

Vous me connaissez, généralement face à une question complexe (malgré son apparence simple) j’aime bien revenir à la base, à une certaine forme de simplicité. C’est souvent un bon moyen de décortiquer correctement un problème et d’en saisir les enjeux : comme le disent les état-uniens : Less is more. Donc pour traiter cette question nous allons… repartir de la définition du Larousse. Oui, oui, vraiment.

Définition définition

Le dictionnaire du Larousse donne deux définitions au terme de photographe, ce sont celles-ci :

  • Personne qui pratique la photographie comme amateur ou comme professionnel.
  • Commerçant qui vend du matériel photographique, qui développe et tire les clichés.

Nous allons partir de la première, tant je trouve la deuxième absurde et totalement éloignée de la problématique qui nous intéresse aujourd’hui (cela serait plus celle d’un revendeur, ou d’un laborantin, pas d’un photographe). J’y ajoute cependant une petite modification, je la reformulerai ainsi :

Personne qui pratique régulièrement la photographie comme amateur ou comme professionnel.

Alors, vous vous dites sans doute que ça ne valait sans doute pas le coup de faire un tel boucan pour au final baigner dans l’évidence et s’aligner sur la définition du dictionnaire, mais… Attendez deux minutes. Cette définition n’est pas intéressante uniquement pour ce qu’elle dit, mais aussi et surtout pour ce qu’elle ne dit pas, que l’on devine en creux. Let’s check this out. 

« Régulièrement »

C’est le deuxième élément notable de cette définition. Le premier étant « personne » mais bon, je ne pense pas qu’il y ait besoin de le détailler. Jusqu’à preuve du contraire, on n’a jamais vu un arbre photographe. Bref, revenons-en à nos moutons, l’idée de régularité implique une sorte de saine discrimination que que j’apprécie.

Parce que oui, l’intérêt d’avoir une définition, c’est quand même de pouvoir s’en servir pour pouvoir se rassembler autour, ou éliminer certaines pratiques. Il n’y arien de bien ou de mal hein, moi par exemple je ne corresponds pas à celle de « Boucher » ou de « Danseur classique », et j’en fais pas tout un foin. Ainsi, insérer la notion de régularité permet d’éliminer toutes les pratiques ponctuelles et accidentelles, le hasard, et les clichés du type « Ma tante aussi elle fait de bonnes photos avec son téléphone« , « Donnez un appareil photo à une singe, sur 100 photos y’en aura forcément une de bien« .

Parce que la régularité, en photographie mais comme dans toute pratique artistique, est essentielle tant pour se définir (serai-je sculpteur si je faisais une fois de la scuplture ? 10 fois ?), mais aussi pourra avancer. Car de cette régularité, le photographe tire progrès, expérience, maîtrise, et peu à peu la qualité, sans que la qualité soit un critère discriminant au départ. Ce qui nous amène au second point.

Pas de bon ou mauvais

Bon, je ne vais pas revenir en détail sur ce sujet, je lui ai déjà consacré un article (Y a-t-il des bons et des mauvais photographes ?), mais simplement rapprocher ce sujet de la question qui nous intéresse aujourd’hui.

La définition que j’ai donnée ne contient pas de critères qualitatifs. Ainsi, être photographe, ce n’est pas « être un bon photographe », ni composer bien ou produire un travail de qualité. Cela peut découler de la régularité du point précédent, mais c’est hypothétique, raisonnablement probable, mais pas obligatoire. On peut donc être photographe, et être un mauvais photographe (même si c’est quelque-chose de difficile à définir comme l’article cité ci-dessus l’explique).

Cela paraît évident, mais si je me permets d’insister sur ce point, c’est que lors des échanges qui ont précédé l’article, c’est quelque chose qui était souvent revenu, on a cité qu’il fallait avoir un sens de la composition, de l’expression, etc. C’est quelquechose qui ferme, à mon sens, trop la définition de ce que cela peut représenter d’être photographe. Imaginez une personne pratiquant la photographie depuis des décennies mais étant mauvaise(1). Eh bien, s’il l’on inclus des caractères qualitatifs dans la définition, cette personne ne serait pas photographe, alors qu’elle pratique régulièrement la photographie, on se rend bien compte que ça coince.

Le critère qualitatif n’est donc pas pertinent.

« Comme amateur ou comme
professionnel »

J’ai laissé cette partie là de la définition comme elle était dans la Larousse, mais si j’avais voulu être tatillon (et vous savez que je vais l’être), j’aurais dû dire « comme amateur et comme professionnel », car les deux ne sont pas opposables. On n’est pas soit l’un, soit l’autre. On va s’intéresser un peu à la sémantique de tout ça ; parce qu’à la fin amateurs et professionnels, ça veut dire quoi ?

Amateur, ça vient du latin amator (« celui qui aime », « libertin », « amoureux »). Ainsi, sont amateurs de photographie toutes personnes aimant la photographie, donc par définition, a minima tous les photographes, enfin, je l’espère pour eux. Qu’ils en fassent leur métier ou non, d’ailleurs, si c’est justement le cas, la meilleure chose à leur souhaiter est de rester éternellement des amateurs. Sinon, voilà le calvaire quotidien.

Quant au professionnel, terme venant de profession, même si le mot se confond aujourd’hui avec le mot « métier » à l’origine, il n’en est rien. Il vient du latin professio (« déclaration, déclaration publique, action de se donner comme »). Le photographe professionnel est avant tout quelqu’un qui se reconnaît étant photographe, qui déclare l’être. On note bien que ce n’est pas lié, directement, à un gain d’argent ou autre. Ce sens originel est encore employé dans l’expression « Profession de foi » par exemple (une déclaration ouverte et publique d’une croyance et/ou d’une foi). Eh bien, d’une certaine façon, être professionnel, c’est avant tout ça, se reconnaître une appartenance à la photographie.

Ainsi, si le  photographe est une « Personne qui pratique régulièrement la photographie comme amateur ou/et comme professionnel », ce que l’on lit en creux, c’est que c’est avant tout quelqu’un qui apprécie la photographie et peut se déclarer comme appartenant à ce corps de métier (si on part du sens premier du terme). Le qualificatif de photographe n’est donc pas collé à un métier, à une rentrée d’argent, cela peut-être une conséquence du fait d’être photographe, mais pas un critère décisif pour décider si on en est un. Autrement dit, on est photographe parce que l’on aime & pratique la photographie et que l’on gagne éventuellement de l’argent avec, mais pas directement parce qu’on en tire des revenus. Par exemple, si vous avez fait une photographie une fois, que vous l’avez vendue 50€, bah vous n’êtes pas vraiment photographe, ça ne fonctionne pas.

Le matériel : conspué mais essentiel

Bon, le matériel et moi, ça fait deux. C’est vraiment l’aspect de la photographie que je trouve, et de très loin, le moins intéressant, et pour plein de raisons(2). Mais ce que je critique au fond, ce que je n’apprécie pas, c’est plus le culte et la fascination stérile qu’il engendre que les objets en eux-mêmes, qui ne sont que de simple outils.

Parce qu’il faut rester pragmatique, et ne pas tomber dans les raccourcis un peu grossiers, mais analyser les choses avec logique. Quand la citation de l’introduction déclare que ce n’est pas parce que l’on a un matériel que l’on est photographe, c’est à nuancer grandement, voici comment les choses se présentent :

  • Toutes les personnes possédant un appareil ne sont pas photographes
  • Mais tous les photographes possèdent un appareil(3).

Donc, même si la possession d’un appareil n’induit pas le fait d’être un photographe, le fait d’en être un induit, quasiment obligatoirement, la possession d’un appareil. Les deux sont quand même très liés, et même si je ne saurais pas définir la nature de ce lien, tant qu’il existe, dire que « posséder un appareil photo fait de vous un propriétaire d’appareil photo et non un photographe » est partiellement faux. Prenons une métaphore culinaire : Ce n’est pas parce qu’on a des œufs que l’on fait des omelettes, mais si on a fait une omelette c’est que l’on a des oeufs. Les deux ne peuvent donc pas être décorrelés.

C’est aussi quelquechose que je trouve inutilement mystico-élitiste. L’appareil, dont tout le monde a besoin et que tout le monde utilise, n’aurait pas vraiment de rôle et le fait d’être photographe serait plus lié à une grandeur d’âme et à une véritable sensibilité artistique. Même si c’est beau et que cela flatte l’ego, j’y préfère les concepts de régularité, amateurisme et professionnalisme tels que définis ci-dessus, à mon sens plus neutres et ouverts. 

Conclusion personnelle

Quand j’enfonce les portes, c’est comme ça.

Il y aurait bien eu un dernier point, mais je n’ai pas pris le temps de le développer tellement il m’aurait donné l’impression d’enfoncer des portes ouvertes : le photographe n’est pas nécessairement un artiste. L’avantage de la définition ci-dessus, c’est qu’elle inclut sans souci les personnes produisant plus une photographie-document (par définition plus neutre) qu’une photographie-expression. Mais bref, passons, j’ai essayé de produire une définition neutre, englobante, et surtout objective, maintenant je laisse la place au suivant, et si vous voulez, vous aussi, m’écrire des bêtises sur Twitter, j’y répondrai avec plaisir.

Chris Som

Photographie – C. Som

Photographie – C. Som

Chris Som est photographe, il travaille principalement sur le portrait pour Som Picture et vous aide à apprendre plein de trucs grâce à améliorer-ses-photos et sur sa chaîne Youtube. Les vieux de la vieille se souviendront de lui, ce ne sont pas nos premières frasques, on a déjà écrit l’article sur le portrait ensemble.

Photographie – C. Som

Photographie – C. Som

Si je devais définir ce qu’est un photographe de la manière la plus cartésienne possible, je dirais que c’est un être humain qui prend des photographies. Encore faut-il maintenant savoir définir ce qu’est un être humain, une photographie et comment est-ce qu’on en prend. Et là, on rentre tout de suite dans un débat philosophique  🙂  

Pour éviter ça, je vais simplifier la définition en donnant ma vision personnelle (ça tombe bien c’est ce qu’on me demande de faire) : pour moi un photographe c’est une personne qui crée des photographies. Que ce soit en argentique, en numérique, sur papier ou sur écran, du moment qu’il y a une volonté de produire une image grâce à la lumière, c’est de la photographie à mon sens.

Maintenant, est-ce que c’est de la bonne photographie ? De la belle photographie ? Est-ce qu’il y a une démarche derrière ? Est-ce que c’est de l’art ? En fait la réponse à cette question amène plus de questions que de réponses alors je laisserai Thomas y répondre dans un prochain article  🙂

Pour moi la première chose à se demander avant de vouloir être photographe c’est : qu’est ce que j’aime dans la vie ? Tu aimes les enfants et tu passes déjà des heures avec eux ? Alors fais des photos d’enfants. Tu aimes te promener seul dans la nature ? Alors fais des photos pendant tes balades. Tu n’aimes pas sociabiliser ? Oublie le portrait. Etre photographe c’est montrer qui nous sommes à l’intérieur. Ca fait un peu gnan gnan dit comme ça mais c’est la vérité. Lorsqu’un écrivain écrit sur son papier, il rend réel ce qu’il a dans la tête. Alors lorsqu’un photographe finalise une photographie, il transforme lui aussi quelque chose d’invisible, d’impalpable, en quelque chose de réel.

C’est de plus en plus difficile à voir dans la société d’image dans laquelle nous sommes aujourd’hui, il y a tellement de photographies qui sont réalisées chaque jour que leur « valeur » n’est plus la même qu’il y a des décennies (je suppose). 

Alors comment faire la différence entre une personne qui prend des photos un peu au hasard et un photographe avec une démarche ? C’est là toute la difficulté de notre époque et je n’ai pas la prétention de répondre à cette question, et puis répondre à la question « c’est quoi être photographe ? » c’est déjà assez difficile comme ça  🙂

En plus de devoir aimer ce qu’on photographie, je pense aussi qu’il faut posséder d’autres qualités que la simple qualité technique. C’est bien de connaitre son matériel et de savoir s’en servir, comme le dit la maxime citée au début de l’article « le matériel ne fait pas le photographe » et c’est vrai, sauf que sans matériel il n’y a pas de photographe. Alors apprends à te servir de ton matériel et lorsque ton appareil photo sera comme une extension de ton bras, tu pourras alors t’affranchir de la technique et t’exprimer réellement. Est-ce que tu penses à tes cours de CP lorsque tu écris tes pensées les plus intimes dans un cahier ? J’en doute. Alors pour être photographe, ne pense pas à la technique, ne pense qu’à ce que tu veux nous dire, à ce que tu veux raconter. Les autres qualités qu’il faut seront dépendantes de ce que tu souhaites nous dire. Tu veux nous parler des gens ? Alors sois un fin psychologue pour arriver à leur faire dire ce que tu veux qu’ils disent sur ta photo. Tu veux peut-être simplement documenter une espèce animale ? Alors sois patient et intéresse toi à ton sujet. Et s’intéresser à son sujet revient à dire qu’il faut aimer ce qu’on photographie.

Etre photographe c’est aussi apprendre à voir avec les yeux. Avant d’être photographe, je ne faisais que regarder mais je ne voyais rien. Aujourd’hui je vois beaucoup plus de choses, je suis attentif à mon environnement, je sais décrypter la lumière et il est quasiment impossible pour une personne en face de moi de me masquer ses émotions parce que j’ai appris (et j’apprends encore) à lire les visages.

Enfin, utilise ton appareil photo comme un super-pouvoir. Est-ce que tu penses que j’aurais pu faire faire ce que j’ai fait faire à ces hommes, ces femmes et ces couples, si je n’avais pas eu mon appareil photo dans les mains ? Il te confère un grand pouvoir, sois-en conscient et utilise ce pouvoir pour servir ton message. N’abuse pas des autres avec ce pouvoir, sincèrement.

Pour résumer tout ça en quelques lignes, je dirais simplement qu’être photographe, c’est voir les choses d’une manière nouvelle, s’intéresser encore plus profondément à son sujet et faire ce que l’on aime avec passion.

Joëlle Verbrugge

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Joëlle Verbrugge est avocate et photographe. Elle tient un blog mêlant droit et photographie et est l’auteur de nombreux livres sur le sujet (comme Vendre ses photos). Vous pouvez retrouver son travail photographique sur son site personnel

Contrejour sur la jetée

Contrejour sur la jetée – J. Verbrugge

De toutes les interviews ou participations qui m’ont été demandées, celle qui est faite aujourd’hui a le mérite de sortir des sentiers battus.

Le défi lancé

Énoncé du sujet « C’est quoi être photographe ? »
Approche : Juridique

En réalité, pourtant, ce n’est pas de droit que j’ai envie de vous parler mais au contraire de ce qui rapproche ces deux disciplines qui paraissent au premier abord si différentes.

Après tout, le défi est de définir l’acte de photographier, ou la nature profonde de celui qui photographie. Je me suis alors souvenue de cette citation que j’avais notée, il y a bien longtemps, au hasard d’une lecture :

Le droit est la plus puissante des écoles de l’imagination.
Jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité.

Jean Giraudoux.

Comment ? Le Droit ne serait-il pas une science exacte ? La Justice, aux yeux bandés, évoluerait elle aussi de façon erratique, à la manière d’un photographe de rue, cherchant le prochain sujet à saisir, le cadrage qui dénote et le différenciera des autres photographes ?  Pourrait-on même  – Oh, horreur ! -, imaginer une question strictement identique, dans un contexte totalement similaire, et à laquelle deux réponses différentes seraient apportées, comme deux photographes peuvent, au même endroit et sur le même sujet, créer deux images totalement différentes ?

Eh bien oui ! Malheureusement…. ! Ou heureusement ?

Un exemple ? La MÊME photographie de plateau, prise par un photographe aujourd’hui décédé (Walter LIMOT), et soumise à deux juridictions différentes, fut considérée dans un cas comme suffisamment « originale » pour être protégée par le droit d’auteur, alors que la seconde juridiction lui refusait cette protection du Code de la propriété intellectuelle au profit, précisément, d’un manque d’originalité (voir cet article à ce sujet).

Et « l’originalité », précisément… parlons-en. Ce fameux critère né de la jurisprudence – puisque la loi n’en fait pas mention – et qui subordonne donc la protection par le droit d’auteur à l’appréciation de l’originalité d’une œuvre, de « l’empreinte personnelle » que le photographe (ou l’artiste en général) a imprimée à celle-ci. N’y a-t-il pas plus magnifique œuvre de création que de laisser à un magistrat le soin de déterminer, à conditions égales, si un acte est ou non une contrefaçon, et ce alors même que la loi lui impose de ne tenir compte NI  « du mérite de l’œuvre », NI de sa destination ? (voir cet article à ce sujet)

Et au final, cette belle construction juridique issue des salles d’audience aboutit à ce que les magistrats soient les seuls à pouvoir apprécier cette condition qu’ils ont eux-mêmes créée, ajoutant ainsi un fabuleux bokeh juridique à un terrain déjà instable.

Mais alors, « être photographe », c’est quoi ?

Mais revenons-en au photographe…  Comment pourrais-je définir l’acte de photographier en restant sur mon terrain juridique ?

Là où l’originalité séduit en photographie, là où l’œil du spectateur se réjouit de découvrir une nouvelle façon d’interpréter la réalité, le justiciable, lui, – et on le comprend – aimerait qu’il n’y ait jamais la moindre source de subjectivité dans la façon dont les juges se prononcent, mais aussi en amont, au moment notamment de voter des lois dont l’utilité ou l’efficacité laissent parfois perplexe…

Et si, à cheval entre ces deux disciplines, je veux faire œuvre créatrice derrière mon boîtier, chacun s’en réjouira. Si par contre j’avance l’une ou l’autre argumentation dans le cadre d’un litige, au stade de la négociation ou devant un magistrat, avec un brin d’audace, voire d’humour ou d’ironie, le client, l’adversaire et/ou le juge sentiront vaciller le sol pourtant marécageux sur lequel est posée cette science humaine qu’est la science juridique. Et l’on se demande, alors, pourquoi je prends plus de plaisir créatif à faire des images qu’à convaincre des magistrats qu’il faut inévitablement donner raison à mon client, puisque rien d’autre ne se justifierait.

Mais essayez à présent de proposer l’inverse ! Imaginez un monde où, pour assurer l’illusoire sécurité juridique que certains souhaitent, ce ne soient plus des hommes et des femmes, avec leur subjectivité, qui votent ou appliquent les lois, mais des algorithmes. C’est-à-dire un monde où, à conflit identique, tous les individus seraient assurés des mêmes chances de succès ou de perte d’une procédure, et où tout aléa judiciaire disparaîtrait, au point même de faire disparaître, à terme, les procédures elles-mêmes. Si le droit est à ce point bien fixé que l’on sait à l’avance qui perdra et qui gagnera en cas de conflit, le passage devant le magistrat devient le plus souvent inutile.

Qu’en penseriez-vous ?  Nous ne sommes pas ici dans un délire de science-fiction, mais dans une évolution que certains évoquent déjà à court terme (voir cet article à ce sujet). Soudain, l’intervention humaine risquerait bien de vous sembler moins dangereuse que des lignes de code informatique. Et vous réclameriez à grands cris le retour des êtres humains derrière les dossiers.

Nous avons donc, pour l’avenir, deux possibilités, en ce qui concerne le Droit :

  • soit admettre et composer avec le fait qu’il est directement lié à l’Humain, et donc par nature instable, variable et évolutif,
  • soit le remplacer par des lignes de code.

En choisissant la voie de l’Humain, par nature variable et évolutif, nous continuerons à bâtir des ponts entre l’Art et la technique juridique.

Mais dans l’immédiat, c’est du fait d’être photographe et de l’acte créatif qui va avec, que je suis censée donner une définition juridico-artistique. Que pensez-vous de ceci ?

Être photographe, c’est avoir le droit d’écrire avec la lumière des poésies que les juristes pourraient imaginer sans oser les formuler, et le bonheur de se réjouir ensuite des émotions qu’elles procurent.

Joëlle Verbrugge
Auteur-photographe et avocate
www.droit-et-photographie.com
www.joelle-verbrugge-photographe.com

Thomas Benezeth

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Photographie – T. Benezeth

Thomas Benezeth est un photographe de rue français. Sur son site web, vous retrouverez son travail (que j’apprécie, c’est l’occasion de le dire) ainsi que son blog, qui mérite d’être lu. Il est aussi l’auteur d’un livre sur la photo de rue que je vous conseille. 

Octobre-1-3

Photographie – T. Benezeth

On m’a demandé de répondre à la question « C’est quoi être photographe ? ». Tout est parti d’une simple citation présentée en introduction, mais la mission n’est pas si facile.

L’appareil photo n’est qu’un outil. Posséder une caisse remplie de clés plates, de clés allen ou de pinces à circlips fait-il de vous un garagiste ? Je ne crois pas, car vous ne savez probablement pas comment utiliser ces outils, ni comment fonctionne une voiture.

Pourquoi serait-ce alors différent pour la photographie ? Là aussi il faut savoir utiliser son outil (l’appareil photo) et savoir comment fonctionne la photographie (règles de composition, regard personnel, sentiments, envies…).

Jamais je ne définirai un photographe par le matériel qu’il possède, mais toujours par le résultat qu’il obtient avec. Selon moi, être photographe c’est savoir composer son image, savoir cadrer, savoir choisir ce que l’on veut mettre en avant ainsi que ce que l’on ne veut pas montrer. C’est avoir son propre regard, sa propre sensibilité. Savoir à l’avance ce que l’on veut montrer. C’est également savoir développer ses photos et surtout les choisir. Être photographe, ce n’est pas une question de technique mais de sentiments, de mentalité.

En tout cas, être photographe ce n’est pas posséder un appareil ou avoir un statut officiel d’auteur ou d’auto-entrepreneur. Cela peut paraître paradoxal si on refait le parallèle avec le métier de garagiste, ce dernier le devient officiellement après avoir déposé son entreprise, mais est-ce suffisant pour lui confier votre voiture ?

Laurent Breillat

A moins d’avoir appris la photo il y a plus de 10 ans, il y a des chances que ce nom vous dise quelque-chose. Laurent Breillat est l’auteur du blog Apprendre-la-Photo, où j’ai appris l’essentiel de mes connaissances techniques, et d’une chaîne YouTube où il continue son travail pédagogique et de découverte autour de la photographie. Vous pouvez aussi retrouver son travail photographique sur son site personnel

Photographie – L. Breillat

Qu’est-ce qu’être photographe ? Il y a quelques décennies, la question aurait pu paraître incongrue. L’appareil photo, outil rare, plus exigeant, et dont chaque appui sur le déclencheur coûtait de l’argent, n’était pas entre les mains de tout le monde. Aujourd’hui, tout le monde a un appareil photo dans sa poche. Le nombre d’images créées chaque jour est faramineux : 1,8 milliard.

Pour autant, on enfonce des portes ouvertes en affirmant la différence entre la photo souvenir « clic clac, merci Kodak », qu’elle soit selfie ou non, et le photographe qui essaye de faire « de la » photo, plutôt que « des » photos. Le problème étant : où placer la limite ? Qu’est-ce qu’être photographe aujourd’hui ?

Je suis réticent à affirmer quelque chose d’universel, alors je vais plutôt vous dire ce qu’est être photographe pour moi, comment je le ressens personnellement.

Être photographe, c’est d’abord voir le monde différemment. Voir un arrangement particulier de lignes, de formes, qui s’assembleront dans une géométrie éphémère mais harmonieuse. Voir une lumière particulière, la manière dont elle tombe sur un sujet, dont elle se reflète, dont elle révèle ou cache les choses. Voir un instant très bref pendant lequel tout s’aligne et la magie se crée.

Être photographe, c’est aussi regarder. Une fois qu’on a vu, que notre œil a été attiré par quelque chose, regarder avec attention, avec précision, ce qui nous entoure ; et assembler mentalement les possibilités de la scène.

Être photographe, c’est accepter, accueillir, adopter (les Anglais disent « embrace ») les limitations et particularités de notre outil, l’appareil photo. Comprendre qu’il ne voit pas comme nous : ses ombres dissimulent davantage, ses hautes lumières éblouissent plus, sa focale inclut ou exclut plus ou moins que notre œil, son rendu peut même révéler un monde nouveau, comme en noir et blanc.

Être photographe, c’est faire des choix. Le cadre, naturellement, exclut. Les blancs, les noirs, le contraste, les couleurs ou leur absence, le positionnement du photographe, la profondeur de champ, le temps de pose, et tout le reste du langage photographique donnent du sens, et impliquent de faire des choix. De prélever une portion du réel, pendant un temps donné. Portion qu’on a choisie, nous, photographes.

Un immense pouvoir en soit, celui de contrôler le temps. Ou en tout cas de prolonger un instant fugace pour l’éternité. Mais un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.

La responsabilité du photographe est donc de bien choisir. Quelle portion du réel faut-il prolonger ? (à la fois dans l’espace avec le cadre, et dans le temps avec le choix du moment) Choisie au hasard, cette portion n’a pas de sens, comme des mots pris au hasard dans le dictionnaire qui, ensemble, ne signifient rien. Choisie avec soin, elle vous parlera à vous, et peut-être à d’autres, mais jamais à tout le monde. Même Baudelaire et Saint-Exupéry ne sont pas aimés de tous, alors n’ayons pas la prétention de l’être.

Être photographe, au final, c’est communiquer sa sensibilité propre avec le reste du monde en choisissant quelle portion du réel prélever, interpréter, et partager.

Mais je ne veux pas être trop exclusif. Je ne prétends pas que ne sont photographes que ceux qui y parviennent. Car tous les photographes luttent pour y arriver. Si vous pensez « je ne sais pas voir, je ne sais pas regarder, je ne sais pas faire des choix, donc je ne suis pas photographe », vous m’avez mal compris. Il suffit d’essayer. Personne ne vous demande de « réussir » immédiatement.

Juliette Bates

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Photographie – J. Bates

Juliette Bates est née en région parisienne où elle vit et travaille. Titulaire du prix spécial du Jury PHPA et du prix UPP-Découverte/Dupon, elle travaille régulièrement pour la presse. Alliant un goût marqué pour les arts graphiques, les curiosités et les scènes troublées d’absurde, elle explore par la photographie des thématiques qui l’interpellent : la confrontation de l’homme et de la nature, la fuite du temps, une certaine fragilité …

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Photographie – J. Bates

Etre photographe, c’est aussi une façon d’être libre et indépendante, solitaire parfois. C’est un prétexte à l’évasion et à l’aventure, lorsqu’il s’agit de photographie de paysage, ou à l’introspection, pour la mise en scène, l’autoportrait, la nature morte. Etre photographe a d’abord été pour moi une façon de m’affranchir du dessin et de la peinture, qui me limitaient et me frustraient, car je ne pratiquais pas assez sérieusement pour parvenir à quelque chose de satisfaisant. La photographie est donc pour moi un moyen de dessiner et d’illustrer avec des éléments du réel, en attachant une certaine importance à l’esthétique et au sens. J’ai l’impression de réussir une image quand celle-ci raconte une histoire inattendue et différente de ce que le réel a à nous offrir. Dans ma pratique de la photo, je me sens d’ailleurs plus proche de l’illustration que de la photographie pure ou documentaire.

C’est pouvoir collectionner, s’approprier les choses, les objets, les souvenirs, les visages, les poésies de l’instant. C’est prendre le temps de s’arrêter et de regarder les choses. Il y a un rapport à la lenteur et à la contemplation que j’affectionne, en particulier avec la photographie argentique.

La photographie, c’est aussi avoir la liberté d’aborder tous les sujets et les domaines possibles et imaginables, que ce soit en photographie commerciale ou en  photographie créative. Les possibilités de rebondir et d’explorer sont quasi infinies. Alors même si le métier est devenu difficile et précaire, nous avons au moins cette chance de pouvoir rebondir entre les différents champs de la photographie. Il y a des photographes documentaires ou plasticiens qui apportent un regarde sensible et différent à la photographie de mode par exemple, et je trouve ça d’autant plus intéressant. Dans mon cas, je suis plutôt sollicitée par des marques ou la presse pour de la nature morte, mais j’aime m’essayer à tout, à partir du moment où il est possible d’apporter quelque chose de personnel et de ne pas se compromettre.

Pour l’instant, j’ai la chance de réussir à vivre de la photographie, même s’il y a parfois des moments plus calmes, où les commandes se font plus rares. Ma vie professionnelle alterne généralement entre des périodes où je gagne ma vie, lorsque toutes les commandes tombent en même temps, et les périodes de grand calme, où je vis de mes économies, de quelques droits d’auteurs, et de quelques ventes de tirages, ce qui me permet de travailler sur des projets plus personnels, tout en relançant certains clients et certains grands groupes de presse qui tardent énormément à rémunérer et payent de moins en moins bien. Ça demande d’être très prévoyant, et d’avoir toujours quelques sous de côté pour pouvoir affronter les périodes maigres, car nous n’avons absolument aucun soutien de l’Etat face à l’état de crise, contrairement aux professions du cinéma et du spectacle.

Conclusion générale

On s’est réunis pour bruncher à la fin.

Si vous avez tenu jusqu’ici, déjà merci de nous avoir tous lus , je pense que vous pouvez presque mettre ça sur votre CV. J’espère que cet article vous aura beaucoup apporté. A mon avis, il ne faut pas prendre les réponses individuellement (qui ne sont que des avis, argumentés certes, mais subjectifs), mais se nourrir de leurs différences. Si une vérité sur le sujet doit exister, elle se trouve sûrement là, dans les interstices.

Soit dit en passant, je tiens à remercier tous ceux qui ont participé à cet article. Déjà pour m’avoir supporté, moi & mon goût du détail et parce qu’ils se sont prêtés au jeu et dans les délais impartis. Allez voir ce qu’ils font, continuez à y réfléchir, creusez le sujet, que ça ne s’arrête jamais.

Comme vous l’avez compris après l’introduction, cette question cyclique est aussi, un peu, générationnelle, donc votre voix compte aussi. N’hésitez pas à nous dire ce que vous pensez, ce que les interventions vous inspirent, ou même venir jouer avec nous sur Twitter (avec la box ci-dessous). On ne sait jamais ce qui pourrait en sortir  😉


Notes :

(1)  L’article, Y a-t-il des bons et des mauvais photographes ?, explique que cela n’a pas de sens la plupart du temps de définir un photographe comme « mauvais », sauf à la marge, quand il n’y a plus l’ombre d’un débat (ce qui revient à dire « dans les cas extrêmes »), voir à ce sujet : Doit-on sauver le mauvais goût ?. (retour au texte)

(2) Tout est détaillé dans le seul article que j’avais consacré au sujet : Pour en finir avec le matériel. (retour au texte)

(3) Mis à part quelques travaux tant marginaux qu’expérimentaux, cette assertion est vraie. (retour au texte)


Pendant la rédaction de cet article, j’ai principalement écouté ces deux albums : Wars and rumors of war, et One Wing de The Chariot. Une heure pour les écouter, une vie pour s’en remettre.


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26 Comments

  1. Très intéressant de lire les autres points de vue !

    Ravi d’avoir apporté ma pierre à l’édifice 🙂

  2. Stéphane

    Bonsoir Thomas,
    Merci pour cet article fort intéressant. J’ai particulièrement apprécié l’article de Clément Chéroux et le tien, ainsi que celui de Chris Som.
    Si les autres articles m’interpellent moins, c’est peut-être parce qu’ils abordent le sujet avec une sensibilité davantage professionnelle, qui peut rebuter le photographe amateur que je suis. C’est pourquoi je te remercie d’avoir évoqué ces deux angles d’attaque.
    En fait, la lecture de ces articles me semblait être un parfait écho d’un article du blog « Internet Actu » de novembre 2015 sur lequel je suis tombé il y a peu :
    http://internetactu.blog.lemonde.fr/2015/11/07/cameras-films-familiaux-une-promesse-qui-ne-se-realise-jamais/
    Si tu ne le connais pas, je te le recommande chaudement. Il peut servir d’entrée à la question des usages sociaux des images. A mon avis – c’est ce qui ressort de l’article dont je te fais parvenir le lien, et c’est probablement ce qui manque dans l’ensemble des interventions que tu nous proposes – être photographe, c’est aussi être à la recherche d’une forme de lien social. C’est d’autant plus prégnant pour les photographes amateurs, en particulier si on considère la pléthore de moyens numériques d’exposer ses photos au monde entier. (On pourrait ajouter qu’être photographe, c’est aussi être narcissique, car il serait intéressant de savoir combien, sur les 1,8 milliards de photos produites par jour dont nous parle Laurent, sont des selfies.) En effet, je ne sais pas si le photographe existe réellement s’il n’a personne pour regarder ses photos, en fait (et je le dis en toute connaissance de cause, car j’ai tendance à prendre des photos pour mon propre plaisir, sans les montrer, voire même sans les regarder après les avoir prises).
    Il en est peut-être de même avec le matériel, finalement : celui-ci est le prolongement du photographe comme le chien est le prolongement du promeneur. Il peut susciter l’attention voire l’intérêt du quidam croisé dans la rue et l’objet de conversations passionnées. C’est un objet de sociabilité et d’intérêt (voire de querelles), encore plus particulièrement dans les clubs-photos ou les voyages touristiques… (Exagéré-je peut-être un chouïa ?)
    Donc je me permets juste de partager ici mon avis. Mais je pense que la piste des pratiques sociales de la photographie mériterait certainement d’être creusée.
    En tout cas, merci beaucoup pour ton site et tout ce remarquable travail de réflexion autour de la photographie.
    Stéphane

    PS. Ce serait sympa d’avoir l’avis de photographes étrangers sur ce que c’est que d’être photographe, puisqu’il est fait référence à des ouvrages étrangers dans l’article de Clément Chéroux.

    • Bonjour Stéphane !

      Merci pour ce retour, l’article était très intéressant, je ne connaissais pas du tout.
      En effet, l’aspect social n’a été évoqué par personne, alors qu’il s’agit d’un élément assez central. C’est sans doute révélateur d’un manque de conscience de cet aspect (c’est ce que l’on retrouve dans l’article d’ailleurs, les marques faisant la promotion de la photographie oublient aussi cela, ce que l’on retrouve naturellement chez les clients/consommateurs/pratiquants).

      Pour les photographes étrangers, j’en avais sollicités quelques uns, mais cela n’a malheureusement pas abouti dans le délai imparti. Quoiqu’il en soit, les participations à ce billet étaient suffisamment hétérogènes pour donner une vision que j’estimais intéressante (donc prête à partager) sur cette question.

      Bonne journée & à bientôt.

      Thomas

  3. Francine

    Comme toujours, je lis tes articles avec gourmandise. J’y reviens parfois. Souvent. Je découvre des petites choses. Merci 🙂

    ps : tu as toute mon admiration pour être capable d’écrire des articles de fond avec cette musique qui ne l’est pas !

    • De rien ! C’est toujours un plaisir de savoir que ça sert à des lecteurs fidèles 🙂
      Et c’est terrible The Chariot ! Faut juste s’habituer, y’a un petit cap à passer 😀

  4. Jon Snow

    Bonjour,

    Une fois n’est pas coutume je trouve cet article d’une qualité bien inégale.
    Votre partie et celle de Mme Bates m’apparaissent bien construites et développées, c’était réellement intéressant.
    En revanche pour le reste, et ce n’est que mon avis, la pertinence des propos m’apparaît plus limitée…
    Entre M. Som qui à coups de smiley infantilise les lecteurs en simplifiant sa réponse (peut- être que nous lecteurs sommes trop bêtes pour comprendre? Refuse t-il de répondre à la question? ) et nous gratifie de conseils fort judicieux (« Tu aimes les enfants? photographie des enfants »…), Mme Verbrugge qui sort littéralement du sujet (je cite: »Mais revenons en au photographe… » bah oui merci c’était initialement l’idée, sans parler de la très relative pertinence de la grille de lecture du Droit pour répondre à la problématique posée), M. Breillat qui évoque des lieux communs (« être photographe c’est voir le monde différemment » déjà lu et entendu maintes fois) voire se permet de coller au photographe une « responsabilité » (« La responsabilité du photographe est donc de bien choisir »?!), je ne cache pas qu’en tant que lecteur habituel de votre blog et de quelques ouvrages que vous avez recommandé dans votre bibliographie, j’avoue être plutôt déçu… Même si le sujet n’était pas aisé, je m’attendais à un développement plus argumenté et original dans son propos de la part d’intervenants aussi rompus à la pratique photographique.
    J’espère ne pas avoir été trop injuste, je sais bien que la critique est facile, je vous remercie en tout les cas sincèrement pour le travail fourni.

    Dans l’attente de lire votre prochain article,

    Bien cordialement

    • Hello mystérieux Jon Snow,

      « Une fois n’est pas coutume je trouve cet article d’une qualité bien inégale. » -> J’ai relu vos anciens commentaires, je ne trouve pas trace de remarques similaires. Aurais-je manqué quelque chose ?

      D’ailleurs, dans ces anciens commentaires, les articles qui semblent vous avoir plu sont les plus construits, à savoir La démarche photographique et Construire un projet photographique. Ils représentent 2 billet sur la petite cinquantaine publiée, et comme vous vous en doutez, ils impliquent un lourd travail qu’il ne m’est pas possible de réitérer à chaque billet. Et même plus généralement pour les lecteurs, j’essaie de varier tant le niveau que les thèmes, sinon tout le monde s’ennuie, moi compris.
      Ceci étant dit, il faut bien comprendre comment s’articule l’article que vous venez de lire, ce qu’à mon sens le texte de M. Chéroux justifie bien : c’est une question cyclique, auquel il y a autant de réponses que de personnes auquel on la pose. Il ne s’agissait donc pas d’en faire une publication académique, mais plutôt d’ouvrir le sujet aux voix et aux expériences/ressentis de chacun (ce que je trouvais intéressants, tant par leur ressemblances que leur différences).

      Si c’est ce que vous cherchez (ce que je peux comprendre) je vous invite plutôt à vous diriger vers l’ouvrage cité au début de l’article (celui-ci). Comme pour tous les billets du Blog, celui-ci ouvre des pistes mais ne donne pas de réponse dans l’absolu, de toute façon, le dernier kilomètre est toujours à charge du lecteur.

      Quoiqu’il en soit, merci de me lire et de prendre le temps de répondre aux billets 🙂

      Ps : le prochain est en cours d’écriture !

      A bientôt

      Thomas

  5. Jon Snow

    « Une fois n’est pas coutume je trouve cet article d’une qualité bien inégale » = ce que je voulais dire, c’est qu’à l’accoutumée vos articles sont selon moi de qualité, j’estime en effet votre démarche intellectuelle d’étude, d’approfondissement et de déconstruction de la photographie (en général) rafraîchissante, intéressante et réellement pertinente.
    Autrement dit une fois n’est pas coutume, celui-ci l’est moins à mes yeux. Je n’ai pas écrit de mauvaise qualité car ce ne serait pas exact pour moi, mais de qualité inégale: y a du bon et du moins bon…
    En effet j’ai rarement commenté vos articles, ce qui ne signifie pas que je n’en ai pas lu une bonne partie^^
    Bonne continuation et au plaisir de vous lire de nouveau.

    Cdt

  6. Je me souviens s’une pub (Canon, je crois) qui disait un truc du genre « arrêtez de faire des photos, faites de La photo ». De plus en plus de gens achètent un reflex en croyant qu’ils vont faire de bonnes images. En fait, ignorent toutes les règles de composition et d’exposition et déclenchent en tout automatique et s’affolent sur les curseurs en post traitement. Et ce genre d’images hautement trafiquées rencontre le succès.

  7. Bonjour, avant de lire votre article, pour ne pas être influencé…. Je dirais pour moi personnellement, un bon moyen pour les pudiques de montrer qui nous sommes vraiment…. Huet.F

  8. Il y a celui qui se dit photographe : c’est certain, l’appareil n’apporte pas les compétences !!

    Et il a celui qui usurpe votre identité pour photographier de jeunes filles.
    J’ai connu ça ici sur Lille…

    Un nom « emprunté » à un photographe est bien plus efficace pour tromper les gens sur ce qu’est un photographe !

  9. Lucien Labbé

    Je trouve toujours intéressant d’entendre divers points de vue sur une même sujet. Je considère que la façon de traiter le sujet nous parle de la personne qui le traite…et en général j’évite de porter un jugement sur l’auteur, considérant que chacun à droit à son avis.

    Ceci dit j’ai bien aimé cet article. Je pratique la photographie depuis quelques années et ce que j’en tire, c’est qu’elle me permet encore à mon âge (71 ans) de découvrir et d’apprécier davantage le monde qui m’entoure. L’article permet de saisir que chacun des auteurs a une expérience différente de la photographie, que tous semblent en tirer des bénéfices intéressants et y voir un mode d’expression de ce qu’ils sont, de la façon dont ils appréhendent et exploitent le monde au travers cet art.

    C’est aussi intéressant pour moi de constater qu’il y a un lien entre ma pratique de la photographie et la façon dont j’ai exercé ma profession pendant plus de 40 ans. Je l’ai investie parce que je l’ai choisie et parce que ce choix me ressemblait et le fait de l’investir m’a permis d’explorer et d’exploiter mes talents. Pratiquer la photographie demande aussi de s’investir je crois pour en tirer du plaisir et apprécier l’évolution que l’on peut observer de sa pratique. La lecture de l’article me donne enfin le goût de connaître davantage ceux qui l’ont écrit pour découvrir dans les faits comment ils exploitent cet art et qu’est-ce que je peux apprendre encore et encore sur celui-ci en allant voir ce qu’ils réalisent. Je connais déjà un peu Laurent Breillat et j’apprécie sa façon de le voir, de le pratiquer et aussi de l’enseigner.
    C’est fou comme c’est passionnant de découvrir au travers cet art et ceux qui le pratiquent comment chacun peut s’exprimer, l’exploiter et en faire profiter les autres.

  10. Pascal Mongénie

    La 2ème définition du Larousse  » Commerçant qui vend du matériel photographique, qui développe et tire les clichés.  » est mal rédigée par Larousse. Elle fait référence au fait que le commerçant prenait des photos. Et qu’on allait se faire tirer le portrait chez le photographe (commerçant qui vendait peloches, développait les films et produits associés à la photo). Une de mes gds mères des années 20 aux années 60, allait régulièrement chez le photographe du quartier pour se faire photographier… elle, ses enfants, sa famille au complet…. De ce rôle de photographe, il en est resté plus tard que la fonction photos d’identité meilleures que les photomatons du début…. voilà pour rétablir le rôle du photographe de quartier… même au fin fond du XXeme arrdt, pour un prix raisonnable, on obtenait un résultat presque proche d’Harcourt au champzé….

  11. Bonjour Thomas,

    Je viens de découvrir ton blog et bravo pour tes articles. Bravo aussi pour ton univers et ta façon d’écrire… du peps parfois un peu culotté mais j’aime… Mon style est plutôt cucu alors je ne peux qu’admirer… Enfin voilà, bonne conitnuation à toi et longue vie à ton blog !

    • Haha merci ! Je ne savais pas que cucu c’était un style d’écriture !
      Je viens de voir que t’étais aussi de la plus belle ville de France. Les rouennais vont conquérir Internet !
      Bonne continuation aussi 🙂

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