Comment reconnaître un photographe qui a réussi ?

Date de la dernière mise à jour : le 1 décembre 2018


Introduction

Vous pouvez ranger les mouchoirs et sortir du noir. Cet article sonne le glas d’une époque bientôt révolue. Je crie tout fort « les mains en l’air », et vous entendez les cloches tinter. Ce n’est pas la police qui débarque, mais la fin de la branlette qui vient d’être annoncée. Nous y sommes donc, cet article aura la lourde tâche de traiter le sujet dont il porte le titre. Si vous êtes :

Perdu entre les bonnes meufs intouchables, les beaux gosses populaires,
Les p’tits bourges prétentieux, les gamines rebelles trop vulgaires,

Orelsan – No life

Je vais vous aider à faire le tri. Parce qu’il y a de nombreuses raisons qui font que le Blog est parsemé d’exemples, mais que l’on n’y retrouve jamais votre cousin Jean-Louis qui n’est « pas mauvais en photographie ». L’idée ici sera de décortiquer ce qui fait qu’un photographe a réussi à marquer la photographie, la grande, celle des livres, des expositions, des musées et de la postérité, de sa marque. Bon, quelques précisions avant de démarrer. Je vais me concentrer essentiellement sur ce qui fait, qu’à l’intérieur de leur production photographique, certains éléments ont été différenciants et ont pu aider ces photographes à se tailler une place dans le monde de la photographie. L’article ne traitera pas des éléments extérieurs qui font qu’un artiste peut être mis sous le feu des projecteurs à un moment donné simplement parce qu’il a plus de bol que les autres ou que le contexte (le marché de l’art par exemple) est en sa faveur. Je pense notamment à Eugène Atget, dont l’œuvre a été connue et reconnue principalement parce que Berenice Abbott en a fait la promotion aux États-Unis, à une époque où en France, on en n’avait pas grand chose à carrer. Ou aux photographes du FSA (comme Dorothea Lange), qui ont bénéficié de l’immense visibilité du cadre dans lequel ils travaillaient.

Bon, comme je sais qu’il y en a toujours qui dorment au fond du bus et donc ne comprennent que la moitié de ce que j’écris (vous avez le temps de bien lire pourtant hein), je vais faire une petite précision : on ne parle pas ici de ce qu’il faut faire pour être un « bon » ou un « mauvais » photographe. Ce sujet a déjà été traité ici : Y a-t-il des bons et des mauvais photographes ? (c’était en 2016, réveillez-vous). Il sera seulement, ici, question de réussite.

2018_DorotheaLange-01

D. Lange – Migrant Mother, Nipomo, California

Ps : La photographie de couverture est de Joel Meyerowitz. Déjà parce que c'est toujours la bonne réponse à une question, et ensuite parce que c'est un coup photographique très réussi.

On parle de qui ? de quoi ?

Avant de commence à creuser ce sujet, il convient d’en définir les bornes, et on va y passer un peu de temps, c’est ma petite tradition à moi. Ici, il sera question de photographes aux velléités artistiques, les photographes professionnels (qui proposent des prestations à leurs clients) ne sont pas le sujet de cet article. Bien évidemment, les frontières sont floues, certains artistes (comme Martin Parr) prenant régulièrement des commandes pour financer leurs travaux personnels. Quoiqu’il en soit, cette deuxième catégorie n’est pas concernée par le présent billet, tout simplement parce que le critère permettant de juger de leurs réussite, à l’égal de tout prestataire, est très simple : leur carnet de commande. En toute logique, si vous avez 3 ans de commande d’avance, le succès semble être au rendez-vous dans votre niche (on y revient un peu plus loin). Quant à la réussite, le Larousse la définit comme étant le succès (c’est commode) et ce dernier comme :

  • Résultat heureux obtenu dans une entreprise, un travail, une épreuve sportive, etc.
  • Faveur, audience accordée par le public.
  • Fait de plaire à quelqu’un, de le séduire.
  • Œuvre littéraire, film, roman, etc., qui rencontre le faveur du public.

J’ai barré les définitions hors sujet. Le dictionnaire donne une définition juste, mais trop généraliste de la réussite. Trop dans le contexte de ce billet du moins, parce qu’à ce tarif, nous sommes tous des photographes ayant du succès (la faveur d’un certain public, même minuscule), et vous vous rendez bien compte que si un qualificatif s’applique à tous, il perd son intérêt différenciant. On entendra donc ici la réussite comme étant un succès allant au-delà de la simple faveur du public (dont les goûts sont tant variables que parfois douteux), mais comme une véritable reconnaissance de tout ou partie des autorités dans la photographie (récompenses, musées, galeristes, éditeurs, & Cie). Réussir pleinement en photographie, ce serait donc produire une œuvre d’art qui serait validée de leurs sceaux, consacrée par lui. Mais il s’agit là de la ligne d’arrivée, de la fin. Ce qui m’intéresse dans ce billet, c’est de trouver les éléments qui mènent jusque-là, pour pouvoir mieux se repérer dans le milieu de la photographie, et rêvons un peu, tenter de produire un art meilleur. Mais, commençons par la base, c’est quoi une œuvre d’art ?

Si ce billet porte sur les photographes produisant des œuvres d’art (je déteste le terme « photographe artiste », c’est laid au possible et il trace une limite très nette loin des réalités). On va donc s’intéresser un peu à ce qu’est une œuvre d’art, et comment elle est définie par la loi. Actuellement, et à l’heure où l’art n’a jamais été aussi varié (art conceptuel, œuvres éphémères, street-art…), la notion d’art est très difficile à cerner, notamment juridiquement. Oui, aujourd’hui après un petit tour dans le dictionnaire, mon cœur penchait vers Légifrance. L’œuvre d’art n’est pas définie de façon autonome et claire dans le code civil, puisqu’il s’agit soit d’un bien meuble (article 527 du Code Civil), soit d’un immeuble (article 528 du Code Civil). Cette absence de définition précise est bien entendu source d’un joyeux bordel juridique permanent. Le code de la propriété intellectuelle (abrégé CPI) quant à lui privilégie la protection de l’œuvre de l’esprit plutôt que l’œuvre d’art en accordant à son auteur des droits moraux et pécuniaires (les pépètes). C’est sur ses définitions d’œuvre (les plus claires et utiles que j’ai trouvées lors de mon errance juridique) que nous allons nous appuyer. Le CPI, aborde le sujet comme suit :

L’auteur d’une œuvre de l’esprit jouit sur cette œuvre, du seul fait de sa création, d’un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous.

Article L111-1 du Code de la propriété intellectuelle

L’œuvre protégée (soit notre œuvre d’art) est donc une « œuvre de l’esprit ». C’est un terme qui n’est clairement défini nulle part (les articles suivants, L.112-1 à 112-4, ne donnent pas plus de précisions à ce sujet). Il s’agit d’une création intellectuelle, qui plus est une création de forme ou une mise en forme selon le contexte. Cependant, le CPI, donne une liste de ce qui est considéré comme œuvre de l’esprit :

Sont considérés notamment comme œuvres de l’esprit au sens du présent code :

(…)

9° Les œuvres photographiques et celles réalisées à l’aide de techniques analogues à la photographie ;

Article L112-2 du Code de la propriété intellectuelle

Donc, bonne nouvelle, en tant que photographes nous produisons bien des œuvres d’art (de l’esprit), et nous disposons dès leur création (il n’y a pas besoin de faire un dépôt de brevet comme pour les inventions techniques), d’un droit de propriété intellectuelle sur eux. Mais, et c’est là que ça va se corser et devenir un peu plus intéressant, il y a un critère (qui n’est pas dans la loi mais dans la jurisprudence) qui précise le contexte. Alors, je vais dérouler du charabia juridique, mais vous allez voir, à la fin, on va se marrer. Promis.

Ce fameux critère, c’est l’originalité. C’est le caractère que présente une œuvre lorsqu’elle porte l’empreinte de la personnalité de son auteur, elle se distingue ainsi de ses copies, contrefaçons et des œuvres dérivées, c’est important. Une telle œuvre a un style et une substance unique. En cas de litige, le terme est souvent appliqué en complément de la créativité de l’artiste, de l’écrivain ou du penseur.

Il faut faire une petite distinction. Une œuvre est le résultat d’une idée, mais l’idée elle n’est pas soumise au droit de la propriété intellectuelle (en matière d’art). Les idées sont dites « de libre parcours », cela signifie que tout le monde peut avoir l’idée de peindre un nénuphar, mais que tout le monde n’étant pas Monet, toutes les œuvres produites ne seront pas forcément protégeables en droits d’auteur. L’œuvre protégée est une création intellectuelle (l’idée) concrétisée dans une forme qui doit être originale. En cas de litige (si un jour ça vous arrive) sachez que ce critère d’originalité n’étant pas du domaine de la cour de cassation (qui ne fait que vérifier que le droit a été appliqué correctement), il est donc à l’appréciation exclusive et souveraine, donc subjective, du seul juge du fond. Et ce sont ces juges qui définissent les contours du critère d’originalité au fil des cas qui leur sont soumis.

La professeure Laure Marino, dans son ouvrage Droit de la propriété intellectuelle, distingue trois approches concernant l’originalité. L’œuvre d’art, pour en être une, doit présenter :

  • l’empreinte de la personnalité de l’auteur,
  • la marque de l’apport intellectuel de l’auteur
  • l’expression des choix libres et créatifs de l’auteur.

Voyons un peu ce que cela signifie concrètement.

L’empreinte de la personnalité de l’auteur est le critère subjectif, et aussi le plus ancien des trois. L’originalité se distingue de la nouveauté, qui elle est un critère purement objectif. Prenons l’exemple de deux peintres peignant successivement le même paysage (des montagnes et une rivière, à tout hasard) : la seconde œuvre n’est pas nouvelle mais elle est originale. L’œuvre originale est alors celle qui porte la patte du créateur, son style, sa façon personnelle de voir et de concevoir. L’originalité est alors l’empreinte de la personnalité de l’auteur.

La marque de l’apport intellectuel de l’auteur serait un critère objectif plus moderne, généralement utilisé pour les œuvres fonctionnelles (œuvres du design, des arts appliqués et écrits techniques ou pratiques, comme certains recueils d’information ou les manuels). L’auteur marque le sujet de son empreinte, on pourrait dire qu’il apporte sa pierre à l’édifice.

La troisième définition provient de la jurisprudence européenne et est elle aussi assez objective. C’est « le critère des choix libres et créatifs de l’auteur ». Ces derniers expriment sa personnalité. Il n’est pas contraint de produire l’ouvre telle qu’elle est (cela exclut par exemple un manuel purement scolaire), mais elle résulte de ses décisions, et de celles-ci uniquement.

Ainsi, un photographe qui crée de l'art produit des biens meubles (article 527 du Code Civil : la photographie ne peut être un immeuble), donc dispose sur eux d'un droit de propriété intellectuelle dès sa création (Article L111-1 du Code de la propriété intellectuelle), et l’œuvre en question pour en être une doit être originale (jurisprudence citée ci-dessus). Oui, j'aurais juste pu me contenter de ces quelques lignes, mais bon, où serait le plaisir ?

Et c’est la que la déconnade commence. En cas de litige, il appartient à l’auteur de démontrer en quoi son œuvre est originale et non l’inverse (on n’essaie pas de démontrer qu’elle ne l’est pas). En pratique, la tendance jurisprudentielle dans ce domaine n’est pas très favorable aux photographes par exemple, qui doivent justifier de leur démarche artistique. Et cela va bien au delà de simples réglages techniques, les juges du fond se montrant assez exigeants à cet égard. Il ne s’agit pas de dire « Bah si, c’est original, j’ai mis F/8 et l’autre photographe c’était F/5.6, donc c’est bien deux œuvres originales ». Tentez ça, et c’est les coups de fouet assurés.

Donc, je vais prendre un exemple, et poser une question. Ci-dessous, deux photographies, une d’Ansel Adams (prise il y a quelques décennies) et une de Laurent Baheux (prise il y a quelques années).

The Tetons and the Snake River – Ansel Adams

Snake River Grand Teton – Laurent Baheux

Ma question est toute simple : la photographie de Baheux, au sens légal, est-elle de l’art et donc couverte par le droit de propriété intellectuelle ? Comme nous l’avons vu, les idées ont libre cours, et tout le monde peut photographier cette montagne. Mais qu’en est-il du critère d’originalité ? Où est l’empreinte de la personnalité de M. Baheux ? La marque de son apport intellectuel ? L’expression de ses choix libres et créatifs ? Ces derniers semblent parfaitement contraints par le cadre de la copie qu’il tente de réaliser, et la seule différence semble venir des nuages et des arbres, qui ont pris la peine d’évoluer entre ces deux photographies. Par pure curiosité intellectuelle, je serais curieux de voir ce que déciderait un juge si les ayants droit d’Adams décidaient de se réveiller et d’aller en justice (la photographie est actuellement commercialisée par Yellow Corner) pour plagiat.

Si le sujet du droit à la propriété intellectuel vous intéresse, je vous invite à consulter les sources suivantes :

  • Laure MARINO, « Droit de la propriété intellectuelle » éditions PUF collection Thémis de mars 2013 ;
  • Michel Vivant, revue LAMY droit de l’immatériel n°91 de mars 2013 ;
  • Pierre-Yves GAUTIER, « Propriété littéraire et artistique » éditions PUF collection Droit fondamental 7ème édition, 2010.

Bon, dans cette partie je me suis amusé à entrer dans les détails, mais ne stressez pas. Il ne s’agit pas d’une check-list à suivre méthodiquement pour produire une œuvre artistique (ça n’aurait aucun sens). Tous ces critères sont naturellement remplis quand on a une démarche artistique sincère, personnelle, et essayant d’aller de l’avant. Maintenant que l’on a levé toute ambiguïté possible sur ce que j’entends par « photographes aux velléités artistiques », allons voir comment juger de leur réussite.

On ne contourne pas la montagne, on passe au travers

fibreoptique

Des fibres optiques. Vous allez bientôt comprendre.

Il n’y a pas très longtemps, j’ai lu Flash Boys – Histoire d’une révolte à Wall Street, de Michael Lewis. Le livre raconte l’histoire du trading à haute fréquence, une pratique boursière quasi-frauduleuse, qui consiste à jouer sur la vitesse pour utiliser des informations obtenues dans une place boursière pour gagner de l’argent dans une autre, en devançant les autres traders (c’est le front-running). Un chapitre du livre porte sur l’entreprise Spread Networks, et les travaux qu’elle a accomplis. Cette société offre à ses clients une connectivité Internet entre Chicago et New York (deux places boursières différentes) à une latence extrêmement faible (des vitesses très proches de la vitesse de la lumière), avec une bande passante élevée et de haute fiabilité, en utilisant la fibre optique. Ses clients sont principalement (et sans surprise) des entreprises spécialisées dans les transactions à haute fréquence, où de petites réductions de la latence sont importantes dans la mesure où elles permettent de clôturer des transactions avant ses concurrents. Autrement dit, Spread Networks fournit la vitesse, et la vitesse, c’est de l’argent à la pelle.

Comment est-ce que les techniciens de Spreak Networks ont fait pour offrir des services plus rapides que ceux de tous leurs concurrents ? Ils ont fait différemment et ont réfléchi hors des barrières et des acquis dans lesquels les autres étaient restés. Pour être plus concret, la route entre New-York et Chicago serpente beaucoup, et tous les concurrents de Spread Networks suivaient cette route. A l’inverse, eux ont décidé d’aller tout droit, parce que c’est la solution la plus simple et qui offre le meilleure débit : ils n’ont pas contourné la montagne, ils sont passés au travers. Et cela dans le plus grand secret, afin d’éviter que la concurrence ne se mette à faire pareil. Oui, au milieu des années 2 000 une entreprise a percé des tunnels pour y passer de la fibre optique sur des centaines de kilomètres, sans que personne ne sache pourquoi (on ne donnait pas la raison des travaux aux employés). Fuck yeah America.

Eh bien, un photographe qui réussit, réussit avant tout pour ça : il ouvre une nouvelle voie. Il ne se contente pas de suivre le chemin ouvert par d’autres (ce qui est une étape nécessaire par lequel on passe tous, pour plus ou moins longtemps) mais trace le sien, et souvent, il n’y va pas de main morte.

Vous rappez comme des rastas blancs
Pourquoi tu rappes comme un rasta blanc?
T’as pris les codes d’une musique et tu l’appliques bêtement
Pendant qu’on va d’l’avant

Orelsan – Zone

On retombe en plein dans l’originalité que j’évoquais tout à l’heure, mais attention, il ne faut pas avoir un rapport primaire à elle. L’originalité pour l’originalité n’a aucun sens, sinon, il suffirait de faire ce que personne n’a jamais fait avant pour laisser sa marque. Par exemple, je pourrais photographier ma chatte dans un costume de Batman à la pleine lune, dans toutes les villes de France. C’est original, ça n’a sans doute jamais été fait, mais ça n’a aucun intérêt.

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Ok, j’ai parlé trop vite.

A mon avis, il faut approcher l’originalité, tout comme Eugen Herrigel approche le tir à l’arc japonais dans son livre Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc (un des préférés de Cartier-Bresson, vous deviez le lire).

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Herrigel, E. (1998). Le Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc : traduit de l’allemand. Paris: Dervy.

Dans ce livre, l’auteur (qui est venu au Japon et s’est adonné au tir à l’arc pour arriver à comprendre le Zen) donne de sa propre expérience en la matière, et nous raconte l’histoire de son apprentissage. Un des caractères qui nous frappe le plus, en tant qu’Occidentaux, dans l’exercice du tir à l’arc, et en fait de tous les arts tels qu’on les étudie au Japon, c’est qu’on n’en attend pas un plaisir uniquement esthétique, mais qu’on y voit un moyen de former le mental. Ainsi le tireur à l’arc ne doit pas seulement toucher la cible ; l’escrimeur ne manie pas son épée uniquement pour mettre une raclée à tout ce qui bouge ; le danseur ne danse pas simplement pour exécuter avec son corps certains mouvements en rythme. Il faut d’abord que le mental se mette au diapason de l’inconscient. Si l’on veut vraiment maîtriser un art, les connaissances techniques ne suffisent pas. Il faut passer au-delà de la technique, de telle sorte que cet art devienne « un art sans artifice », qui prend ses racines dans l’inconscient. L’auteur (qui ne fait au final que transmettre l’enseignement de son maître) insiste aussi beaucoup sur la volonté : il ne faut pas chercher à faire pour faire, mais être détaché. Impossible de résumer toute la philosophie du Zen en quelques lignes, mais vous en sentez l’idée principale. Pour percer des montagnes (de votre photographie), il ne vous servira à rien de chercher à être original, laissez vous aller et laissez votre inconscient parler.

A titre d’exemple, je ne pense pas que Nan Goldin se soit levée un matin, et dans un moment de fugacité proche de l’envie de pisser se soit dit « tiens je vais photographier l’intime de façon crue et directe, ça n’a jamais été fait, je vais percer comme ça ! ». Elle l’a juste fait parce que c’est ce qu’elle sentait qu’elle devait faire, parce qu’elle en avait envie.

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Photographie – N. Goldin

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Photographie – N. Goldin Gol

Autre point, qui découle de celui-ci : en traçant une nouvelle voie, il est normal de ne pas plaire au début. Par définition, ce qui est nouveau (et votre photographie qui découle en partie de votre inconscient doit l’être) ne fait pas encore partie du sérail, ne peut être reconnu dès le moment de sa création. Cela a toujours été le cas, à chaque étape de l’art, que ça soit pour les impressionnistes ou Picasso, pour Robert Frank et sa vision des Américains, ou William Eggleston qui osait prétendre faire de la photographie d’art en couleur, tous ont été rejetés au début. Ce n’est pas systématique et obligatoire, mais assez courant. Bref, si les likes ne pleuvent pas sur vous, ce n’est pas forcément parce que vos travaux sont dénués d’intérêt (mais ça reste une possibilité), mais peut-être que vous êtes parti un peu trop vite à travers la montagne pour qu’on puisse vous suivre. De toute façon, ça n’a aucune importance, on va y revenir.

Une histoire de localisation

Dans l’art, la réussite, toute glorieuse qu’elle soit, est toujours localisée. Elle est limitée par deux aspects : le champ photographique et le lieu dans lequel vous percez. Ainsi, personne ne réussit partout et de façon parfaite. Et c’est plutôt une bonne nouvelle à vrai dire, plaire à tous, c’est par définition être consensuel, moyen (car « qui plaît à la moyenne »), ce qui n’est pas forcément ce dont on rêve quand on s’investit personnellement dans un travail photographique.

Commençons par le champ photographique, où la limitation qu’il produit traduit une réalité toute bête : vous ne pouvez travailler sérieusement et vous investir que dans une zone précise du champ des possibles offert par la photographie. Aucun photographe n’excelle et en photographie de rue et en paysage et en studio et en faisant des reportages et ainsi de suite. Comme toujours, photographier, c’est choisir. En découle une vérité implacable : toute réussite est relative. Deux éléments découlent de cette limitation :

  • Par définition, vu qu’il n’est possible que de réussir que dans une zone limitée du champ des possibles, les gens que ce domaine n’intéresse pas n’auront cure des travaux produits. Par exemple, même si je le respecte, le travail d’Helmut Newton me touche assez peu.
  • A l’intérieur d’un même champ, il n’y a pas de canons ou de standards. Certains photographes vont pouvoir se construire sur des oppositions face à l’existant dans leur domaine, je pense notamment à William Klein, qui a eu envie d’une photographie de rue floue et désordonnée, en opposition à celle de Cartier-Bresson, qu’il jugeait trop lisse et classique. Il est resté dans le même champ, mais à fait différemment.

W. Klein – Harlem, 1955

Soyez vous-même. Je préfère de loin voir quelque chose, même maladroit, mais qui ne ressemble pas au travail de quelqu’un d’autre.

William Klein

Quand je dis que la réussite est aussi limitée par un lieu, je ne parle bien évidemment pas d’un lieu physique. Vous n’allez pas réussir uniquement à Dunkerque ou sur le canapé de votre mamie, soyons sérieux. Je parle de « lieu » comme une façon de vous localiser dans le monde de la photographie (oui, je sais c’est abstrait, mais on va y arriver). Grossièrement, la photographie est composée de deux lieux, deux cercles dont on entre et on sort de façon différente, et qui ne sont pas régis par les mêmes règles. On pourrait les schématiser de la façon suivante :

article réussite

Mon talent avec Powerpoint ne connaît aucune limite.

Vous avez donc :

  • Le monde de l’art. C’est le monde des musées, des galeries, des grandes expositions, des foires, de certains magazines (Fisheye, Polka, …), etc. C’est le plus prestigieux, mais aussi le plus difficile d’accès, ses portes d’entrées sont limitées, et on ne les passe pas avec juste un billet ou un sourire. Entrer dans le monde de l’art se fait par le gain d’un prix prestigieux (obtenez le prix Hasselblad et c’est le jackpot, bien évidemment, les prix de seconde zone ne vous serviront pas à grand-chose), une place dans une bonne galerie, ou une exposition.
  • La bulle internet. J’aurais pu l’appeler « le monde des internets », mais j’aimais bien la bulle, en référence à celle du krack boursier. Sur internet, tout est fluctuant, on peut très vite acquérir beaucoup d’audience ou la perdre aussi rapidement. Les sommités d’aujourd’hui sont les losers de demain. A l’inverse du monde de l’art, la bulle internet est très facile d’accès, une simple connexion internet suffit pour y tenter sa chance. Aussi, les places y sont beaucoup moins chères, le niveau général étant largement plus bas. Autrement dit, il est plus simple de percer sur YouTube et de se bricoler rapidement une petite notoriété que d’avoir un article présentant son travail dans Fisheye. Là où la connaissance est présente, la médiocrité a tendance à disparaître.

Le rapport entre ces deux mondes est unidirectionnel, une réussite dans le monde de l’art peut conduire à la même reconnaissance sur internet, le trajet dans l’autre sens n’existe pas. Que ça soit par la vulgarisation de la culture, par des articles promotionnels & Cie, on arrive toujours à découvrir les photographes qui peuplent les musées en traînant un peu sur le web. A l’inverse, toute la notoriété que l’on peut acquérir à coups de clics ne sert à rien pour rentrer dans le monde de l’art, les portes sont clairement indiquées, et il n’y a pas de passe-droit. Ainsi, c’est pour cette raison qu’à moins que l’alcool n’y devienne gratuit, vous ne trouverez jamais Benoît de Deviens-photographe à Paris photo.

Notez bien que ces concepts ne sont que des abstractions d’une réalité beaucoup plus diffuse et complexe : il s’agit plus de tirer une idée générale du fonctionnement du monde de la photographie que d’en traduire les moindres détails.

Reconnaissance & influence

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Photographie – W. Eggleston, mon héros.

Autre élément témoignant de la réussite des photographes, et cette fois le plus limpide qui soit : ils sont reconnus pas leurs pairs, on se revendique d’eux, et font parfois école.

Comme on l’a vu, un des traits marquants des photographes qui réussissent est d’ouvrir de nouvelles voies, et il est assez logique que certaines personnes décident d’emprunter ces voies, ou affirment être passés par là à un moment. Pour partir du cas que je connais le mieux (le mien), je voue un culte sans limite à William Eggleston. J’apprécie sa constance sur toutes ses années (il s’est concentré uniquement sur le banal dans Memphis et sa proche banlieue, ce qui donne à son œuvre une cohérence bluffante), sa capacité à travailler à partir de n’importe quelle matière première, et bien évidemment son sens de la gestion des couleurs et de la composition. Je ne suis pas le seul à apprécier son travail, et son œuvre a eu une énorme influence, en participant notamment à installer la couleur dans le monde de l’art. On se revendique de William Eggleston, son influence sur la photographie est palpable. Mais cela ne s’arrête pas là, lui-même revendique l’influence de Cartier-Bresson (dont, au début de sa carrière, il voulait copier l’œuvre), qui lui-même a été membre des cercles surréalistes au début des années 30, qui l’ont beaucoup influencé. La chaîne continue ainsi sans fin jusqu’à Trukkkklukkeheheagh, premier homo sapiens sapiens à avoir eu l’idée d’étaler ses excréments dans une grotte, pour traduire la profondeur de sa peine d’être si laid.

Trêve de plaisanterie, vous comprenez l’idée : les photographes qui réussissent sont repérables à cette caractéristique, on se revendique d’eux, ils nous influencent. On se revendique de William Klein, Nan Goldin, Cartier-Bresson, ou Ansel Adams (enfin sans pour autant tout le temps assumer, MAIS JE NE VISE PERSONNE HEIN).

Pas une histoire de chiffres

Essaye de leur faire un rap, essaye de l’auto-tuner
T’auras jamais aucun fan, essaye de t’auto-sucer
T’es nul, tu vas nul part, a+b
Faire semblant d’avoir du talent ne le rendra pas plus vrai
Petit con de bourgeois
Le mur est juste en face, vas-y fonce tout droit
Tu vas te péter les dents, les dents ne repoussent pas

Si facile, Orelsan

Toute tentative d’évaluation chiffrée de la qualité d’un photographe est vouée à l’échec. Il n’y a aucune façon de quantifier la réussite artistique qui soit fiable. Le parcours, la reconnaissance, l’influence, les grands prix & Cie comme nous les avons listés, peuvent aider. Les chiffres jamais. Que ça soit l’argent, l’audience, le trafic, les followers ou les likes, aucun n’a la moindre valeur, pour la simple et bonne raison que des millions de gens peuvent se tromper. C’est comme ça que Trump a été élu ou que Marine Le Pen survit. Les chiffres, c’est grossièrement du flan, que ça soit pour vous auto-évaluer ou parce que qu’on vous les met sous les yeux, ne vous faites jamais avoir par eux.

Je vous le montre ? Allons-y mes braves.

Parmi toutes les valeurs que l’on peut chiffrer, on va s’intéresser à l’argent, parce qu’en effet, certaines images coûtent un pognon de dingue, et cela ne dit absolument rien de leur qualité artistique. Ces chiffres nous permettent juste de savoir si oui ou non l’audience de la salle des ventes était composée de consanguins autistes sous méthamphétamines. Quelle est la photographie la plus chère de l’histoire ? Eh bien c’est celle de Peter Lik, intitulée Phantom, ci-dessous.

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Phantom – Peter Lik

Alors, je vais tout de suite briser vos rêves, Peter Lik n’est pas un grand artiste, mû par l’irrésistible envie d’exprimer son être intérieur par la photographie. Non, d’après les interviews que j’ai lues, ce joyeux et innocent australien ne s’intéresse qu’à une chose : montrer à quel point « la nature qu’elle est belle ! ». Ce qui relève quand même d’une forme d’audace, quand on connaît la dangerosité de la nature australienne. Bref, si cette image peut avoir l’apparente élégance d’une photographie digne de décorer la salle d’attente de votre médecin, c’est un peu du hasard. En général, Peter Lik est plus du genre à balancer de la photographie de paysage en pause longue sursaturée et avec du HDR si vous avez encore un peu de place.

C’est tellement putassier et vulgaire, que si vous présentez ses travaux à Serge Ramelli en lui demandant de garder ses mains dans les poches, vous entendrez quand-même toquer sous la table.

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The Pearl – Peter Lik

La photographie la plus chère du monde est donc grossièrement de la merde. Cependant, si on continue de parcourir le haut du classement des photographies ayant coûté le PIB d’un pays du tiers-monde, on tombe ensuite sur Rhein II (4.3 millions de dollars en 2011) d’Andreas Gursky, photographe allemand issu de l’école de Düsseldorf et dont l’œuvre est unanimement plébiscitée par le monde de l’art sus-décrit. Je suis toujours le premier à défendre cette photographie face aux incompréhensions (Gursky, c’est aussi une influence personnelle).

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Rhein II – Andreas Gursky

La photographie représente le Rhin, et est une variante contemporaine, vibrante du paysage romantique. Tous les détails superflus, comme les promeneurs ou un bâtiment d’usine, ont été éliminés par l’auteur via une retouche numérique, ce qui rapproche l’image de l’abstraction. L’œuvre brille aussi par sa réalisation (impossible à apprécier derrière un écran), le tirage est réalisé par impression couleur chromogène, monté sur un verre acrylique avant d’être placé dans un cadre. L’image en elle-même mesure 190 × 360 cm, tandis que le cadre mesure 210 × 380 cm. C’est magistral, titanesque. Gursky ne s’est pas arrêté là, ce n’est pas un coup de chance. Toute sa carrière est émaillée d’images aussi grandioses, nous écrasant par leurs dimensions (tant celle de l’image que celle du tirage).

L’exemple suivant, est de Kevin Abosch, photographe d’origine irlandaise plus connu pour ses portraits de célébrités que pour son amour pour les patates. Patates, dont il a vendu un cliché pour un million de dollars en 2015. La méthamphétamine ne vous paraît plus si improbable hein ?

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Kevin Abosch – Potato #345 (2010)

Donc pour résumer les choses, si on s’intéresse à l’argent, on ne peut tirer aucune conclusion de la valeur pécuniaire qui est donnée aux photographies. Pour certaines cela fait sens, pour d’autres cela fait rire, mais quoiqu’il en soit, impossible de tirer une conclusion générale. Et l’on pourrait faire exactement le même exercice avec n’importe quelle valeur, le trafic vers un site web, le nombre de likes ou de partages. Les nombres ne veulent rien dire.

Du boulot, encore et toujours

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J’ai tapé « wokring » au lieu de « working » dans Google image. Du coup, pour illustrer cette partie, vous avez un wok au lieu d’un travailleur. La vie est dure.

Dernier élément permettant de repérer les photographes ayant réussi mais qui est loin d’être le moindre : ils ont travaillé pour y arriver et pas qu’un peu. On ne va pas se mentir, la photographie, faite sérieusement, ça demande une énorme quantité de travail, un investissement titanesque. Personne ne rentre un lot de photographies dans les archives du MoMA en se contentant d’une balade chaque dimanche. La plupart des photographes reconnus et « historiques » ont consacré leur vie à leur pratique, et comme activité principale. Bon, après, ce n’est pas une règle absolue, il y a beaucoup de cas où ils ont commencé leurs carrières tout en gardant un job qui n’a rien à voir, et où la transition s’est faite petit à petit.

Ce qui m’amène au point suivant : il ne faut pas confondre beaucoup travailler et bien travailler. Vous pouvez passer toutes vos journées à bosser et à quand même être à côté de la plaque. Passer des journées entières à retoucher des photographies dans lesquelles vous ne vous êtes pas investi ne vous fera pas avancer d’un pouce. Mais consacrer tout votre temps à vous creuser la tête, à élaborer des projets et un propos peut en revanche vous aider. Ainsi, il n’y a pas de règle simple du type « si je travaille X heures par jour, à la fin mes travaux seront bien« . Cela peut être le cas, comme ne pas l’être, ce n’est pas mécanique.

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Pittsburgh – W. E. Smith

A vrai dire, il y a même des photographes qui ont énormément travaillé, mal travaillé et réussi. Je pense notamment à William Eugene Smith, un photojournaliste américain. Il travaillait très au-delà du raisonnable, notamment pour son reportage à Pittsburgh, qui devrait durer trois semaines, et pour lequel il doit fournir une centaine de photos à l’occasion du bicentenaire de la ville. Il est complètement parti en cacahuètes et a bossé trois ans sur ce sujet, passant des jours et nuits entières à travailler dans sa chambre noire, probablement sous amphétamines, et à rendre fou tous ses assistants. Il a produit plus de 10 000 images, sans l’accord ni le soutien de l’agence Magnum dont il était membre et qui l’avait envoyé là; cela entraînera sa ruine malgré deux bourses reçues de la fondation Guggenheim, en 1956 et 1958, car aucune revue ou agence n’accepte de financer un tel projet. Il a même refusé une proposition de 21 000 $ pour une publication partielle de ce projet car on ne lui accordait pas le contrôle du choix des images, de leurs légendes et de la mise en page. Au final il a certes eu sa place dans l’histoire (pour plein de très bonnes raisons), mais le fait d’avoir travaillé autant l’a clairement amené à se tirer une balle dans le pied.

Enfin, c’est cette quantité de travail, ce nécessaire à fournir, comme une facture à payer, qui fait que comme je le disais : vous ne pouvez réussir partout. C’est pour ça aussi que la réussite est localisée et limitée. Il est mécaniquement impossible d’être bon en tout, parce qu’en une vie vous n’aurez jamais le temps de travailler suffisamment. Et parce qu’on ne change pas une recette qui fonctionne : cette fois aussi, photographier c’est choisir.

Le grand récap

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Alors, pour résumer, un photographe qui a réussi :

  • Produit des œuvres d’art, nécessairement originales (ce qui ne veut pas dire nouvelles), et empreintes de sa personnalité.
  • Perce de nouvelles voies, fait avancer la photographie.
  • Ne réussit que dans un domaine précis (du champ des possibles) et dans le monde de l’art. Réussir sur internet l’avancera assez peu.
  • Est reconnu par ses pairs et a une influence sur eux. On se revendique de lui.
  • Ne se quantifie pas, aucune valeur chiffrée n’étant fiable pour juger de la réussite.
  • A travaillé pour arriver là, le temps consacré à sa photographie ne se compte plus.
  • Bonus : a peut-être eu de la chance. C’est évidemment un facteur, comme pour tous les éléments de la vie, si ça vous tombe dessus tant mieux, sinon remontez au point précédent.

Conclusion

Après avoir écrit ce billet, je me dis que les concepts qu’il présente ont l’avantage de leurs inconvénients : s’ils nous écrasent par l’immensité du chemin à parcourir, ils ont le mérite de nous indiquer un bout de la route à suivre, même si elle est parfois couverte de brouillard. Après, à chacun de se placer là-dedans et de définir ce qui sera sa ligne d’arrivée. J’ai défini la réussite comme la reconnaissance de tout un milieu (on ne va pas y revenir), mais je n’ai jamais parlé de satisfaction, ce n’était pas le sujet direct de l’article. On peut être parfaitement être satisfait en produisant une œuvre personnelle, mais qui restera confidentielle et c’est très bien aussi. Après tout, s’exprimer, être créatif, et partager (même à petit échelle), sont autant d’éléments qui peuvent rendre heureux quant à sa pratique de la photographe sans chercher à atteindre des sommets.

Personnellement (et c’est peut-être mon âge qui fait ça, dans la durée je changerai peut-être), le but absolu, l’étape finale, serait de rentrer une photographie dans un grand musée. La bonne nouvelle étant que, si je me base sur les statistiques de l’INSEE, il me reste pile 1/2 siècle d’espérance de vie. En 50 ans, c’est jouable non ?


Et l’album ayant accompagné l’écrire de ce billet est…

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20 Comments

  1. Bonne chance pour les prochains 50 ans, ne vous découragez pas et s’il vous plaît, moi çà fait 50 ans et + que je continue à y croire sans arriver à percer, mais je me suis bien amusé, et svp continuer à nous illustrer de vos blogs, sources d’analyse et réflexions du le monde de la photo.
    Merci

  2. Que dire des « réussites post-mortem » (à la Vivian Maïer pour la photo ou Van Gogh pour la peinture…) ?
    Ils ont « Tout juste » ou « Tout faux » ?

    Quoi qu’il en soit, votre (ton… si tu me le permets) article est brillant car reflétant tout ce dont vous parles (travail, connaissance, originalité…). Donc, à nouveau, bravo et merci pour cet article.

    • Bonjour Michel,

      Pas de soucis pour le tutoiement, et merci 🙂
      Je ne pense pas que le moment de la réussite joue beaucoup (l’influence sur ses pairs, le chemin parcouru par l’artiste & cie, tout cela reste identique).
      La seule différence (qui est plus vraie dans le cas de Maier que dans celui de Van Gogh dont le frère & la belle sœur ont géré l’œuvre), c’est que le corpus final s’est fait a posteriori.
      Ce n’est pas Maier qui a décidé quoi mettre dans ses livres, quels tirages garder & cie. C’est John Maloof, ce qui fait que certains musées sont assez frileux à l’idée de la laisser rentrer dans leurs collections.
      Malgré cela, son travail restera marquant je pense, rien que pour l’aspect « Madame tout le monde peut faire un travail exceptionnel ».

  3. Le début de ton article m’a fait hurler de rire. Ça, c’est de l’entrée en matière 🙂
    Je crois qu’il faut suivre son instinct, être soi-même. Creuser en soi pour trouver sa voie et sa voix, comme tu le dis implicitement. Être honnête, vis-à-vis des autres, bien sûr, mais aussi vis-à-vis de soi (le plus dur peut-être).
    Merci pour cet article, c’est toujours aussi plaisant de te lire et ça pousse à s’interroger et se remettre en question, ça fait du bien.

    • Merci Philippe, et en effet, je partage cette vision des choses.
      Cette honnêteté est difficile à atteindre, c’est vrai.

      Ps : j’ai été voir ton site vite rapidement. Il y a des trucs cool en photo de rue ! 🙂

  4. Vous avez fait une tentative exhaustive et très méritoire pour essayer de comprendre ce qui nous permettrait de reconnaitre une oeuvre réussie et reconnue par les institutions culturelles.Je crois qu’hélas nous n’avons pas de mal à les reconnaitre parce que le rôle de ces institutions culturelles est de les ressortir en permanence pour réactiver le vivier qu’elles ont construit et sur lequel elles sont assises et qui constitue leur raison d’être , une sorte de reproduction des élites par les élites que ne renierait pas Bourdieu.
    Un jour quand j’étais jeune à Paris du coté de Beaubourg, j’ai pris des photos dans une galerie exposant les très grands formats d’un photographe Autrichien,sans avoir demandé l’autorisation, j’ai eu droit à une leçon de morale pour m’expliquer qu’un artiste ne faisait pas l’objet d’une génération spontanée mais celui d’un travail de formatage dans les médias fait de RDV, d’articles de presse destinés à orienter l’artiste dans  » l’espace des possibles » comme dit Bourdieu.
    Dans cet « espace des possibles » il y a bien sûr les origines sociales, les engagements moraux et politiques de l’artiste, ainsi selon que vous ferez parti de la bonne loge,ou de la bonne religion, ou que vous aurez certaines pratiques sexuelles ou la bonne carte d’un parti politique votre chemin vers les cimaises d’une grande galerie ou un prix célèbre sera assuré.
    Vous avez la recette.

    • Hello,

      Oui, un autre lecteur m’en a fait la remarque, je ne parle pas des réseaux humains. L’article se concentre sur ce qui joue dans la réussite, dans les travaux photographiques. Parce que tout part de là, je doute qu’un bon travail, même avec toutes les autres bonnes cartes en main, fonctionne sur long terme.
      Je n’ai pas traité ces éléments extérieurs, parce qu’ils sont très difficiles à analyser, quantifier, et relèvent aussi en partie de la chance.

      Après, j’ai évité de faire ce que vous dites, le côté : c’est facile de savoir qui réussit, c’est ceux qui sont plébiscité par les musées. C’est regarder le problème par la ligne d’arrivée. Ce qui m’intéressait c’était de comprendre comment et pourquoi ils sont arrivés là.

      Merci de votre retour en tous cas, va vraiment falloir que je relise Bourdieu Haha.

  5. « C’est tellement putassier et vulgaire, que si vous présentez ses travaux à Serge Ramelli en lui demandant de garder ses mains dans les poches, vous entendrez quand-même toquer sous la table. »
    => Etant donné que cette phrase peut être considérée comme une « oeuvre de l’esprit » et qu’elle présente un caractère original, peut-on parler d’oeuvre d’art et l’inscrire sur un mur en grand en MoMA? 😉

    Sinon, cet album de folie! Le titre éponyme notamment, j’ai pas encore chopé la rythmique mais ça tabasse bien comme il faut!

  6. C’est marrant, je viens de mater un doc sur arte.tv ( Mapplethorpe : look at the pictures ) qui entre en résonance avec ton billet …
    https://www.arte.tv/fr/videos/067833-000-A/mapplethorpe-look-at-the-pictures/

  7. Bonjour Thomas,

    Fidèle lecteur de ton blog, je n’arrive plus à prendre mon appareil photo depuis quelques temps (quelle photo merdique je vais encore sortir ?). Je me suis planté lamentablement pendant des décennies avec des photos que je croyais bonnes parce que techniquement parfaites, quelle erreur ! Il me faut tout remettre à plat. Pas simple !
    Merci de nous ouvrir l’esprit (et les yeux).
    Jean-Paul

  8. C’est toujours un plaisir d’éclater de rire en lisant tes remarques liées à Serge Ramelli, dont j’ai suivi les formations au début de mon apprentissage photo, je l’avoue, ce qui me permet, sans aller voir de quoi il retourne, de rire dès la lecture.
    Sinon plus sérieusement, Gilbert Garcin et son univers loufoque est devenu célèbre en débutant la photo à 63 ans. C’est rassurant non ? Ne trouve-t-il pas grâce à tes yeux ?

    • Haha, tu as suivi Serge ! La honte ! 😀
      Ce n’est pas moi qui dit qui ou qui mérite de l’attention, j’essaie juste de filer des clés de lecture et d’analyse.
      Mais oui, j’aime bien ce que je connais du travail de Garcin, c’est soigné.

  9. C’est Papy-bokeh,
    Ah, ah, encore un très bon article. Je me suis bien marré surtout sur la fin.
    Bravo.

    Pour ma part, il me reste moins de temps.
    Michel

  10. Pimpanèla

    J’apprécie cet article bien étayé. Il sonne la fin de la « branlette ». Au-delà du « Vous n’y connaissez rien, votre avis ne vaut pas un rond », « vous avez droit d’aimer la merde, les couchers de soleils ne seraient pas populaires sinon », « cette œuvre est une œuvre d’art , les experts l’ont reconnue car ils ont une légitimité »… ( j’ai lu tout ceci…)
    Cet article me réconforte parce que:

    • oui, toute réussite est relative
    • oui pour favoriser la connaissance contre la médiocrité
    • oui pour valoriser le travail contre l’illusion d’une réussite instantanée , en comprendre son sens, sa valeur
    • oui, chaque époque/ société a ses codes qu’il faut connaître pour s’y intégrer

    et enfin, reconnaître qu’on peut être modeste sans être dénigré. Apprendre, chercher, aller au fond de soi, s’exprimer, créer, inventer, oser, se faire plaisir!

    Et pourquoi pas pouvoir partager ce modeste plaisir.
    J’ai 61 ans et un appareil photo depuis un an. Je ne vais pas attendre que la science me donne l’immortalité.
    Je reprends mon appareil pour mettre en œuvre tout ce qui est ci-dessus. C’est comme un beau coucher de soleil ( ou une marche en forêt, écouter de la musique, entrer dans un musée ou faire du sport). C’est bon pour le moral!

    • Haha, oui et c’est important.
      Et 61 ans, c’est jouable encore. Comme le disait Claudine dans un autre commentaire, Garcin a démarré à 63 ans. Vous avez 2 ans d’avance ! Au boulot 🙂

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