Les 3 étapes du progrès photographique

Date de la dernière mise à jour : le 11 novembre 2017


Introduction

Pour commencer ce billet par un élan d’honnêteté et de transparence, je  précise que je déteste moi aussi les billets de type « top » ou liste de solutions miracles pour progresser (« Ces 5 astuces feront de vous un meilleur photographe !« ). Mais dans le cas présent, je n’avais ni mieux, ni plus juste, pour refléter le contenu du billet, donc… on va faire avec.

L’idée m’est venue en regardant dans le rétroviseur, et aussi parce que je pense être arrivé à un moment charnière de ma pratique (charnière qui sera décrite lors de ce billet, on y revient après). Cela fait maintenant 10 ans que j’ai commencé la photographie, pas toujours correctement (c’était même carrément n’importe quoi au début), avec des longues périodes d’arrêt, d’autres très intensives, et avec sérieux disons depuis 2013. Comme je le dis de temps en temps, je fais aussi de la musique, cette fois sans arrêt depuis environ 13 ans. De la pratique de ces deux arts, de leurs deux apprentissages et des différences entre ces apprentissages, j’ai tiré quelques constats, que je théorise ici. Alors, ils sont certainement empiriques, et personnels, mais comme pour le reste du Blog, ils ont plus vocation à ouvrir des pistes de réflexion vis-à-vis de votre pratique qu’à vous donner des réponses clef en main. Donc on va dire que ça passe.

Pourquoi photographier ?

En voilà, une putain de question. Parce que l’air de rien, si vous avez atterri ici, à moins que l’on vous y ait forcé, c’est parce que vous souhaitez progresser en photographie, ou que du moins cette problématique vous intéresse. Mais progresser… pourquoi faire ? Je vois difficilement comment on peut imaginer progresser dans une quelconque discipline si on a pas a minima une idée de pourquoi on la pratique. Que le but soit lointain et flou, soit, tous les joueurs de tennis ne veulent pas gagner Roland Garros, mais diantre, personne n’arrive sur le court par hasard.

Et cette question, la raison pour laquelle on produit des photographies, ne trouve pas aisément une réponse . La première qui viendrait à l’esprit serait une soupe du genre « Partager ma vision de ce que je trouve beau« . Mais on va commencer par une petite histoire, qui nous permettra de prendre le recul nécessaire pour casser ce joli cliché. Eh oui, pas de grosse pelle aujourd’hui, je la joue Père Castor.

Haiti, 2000 – C. Anderson

Christopher Anderson est un photographe membre de la célèbre agence Magnum Photos. Photo-reporter, il prend part en 2000 à une expédition de migrants, dans une petite embarcation, au départ d’Haiti et ayant pour destination les Etats-Unis d’Amérique. Bon, jusque-là, ça n’est pas Pirates des Caraïbes niveau sensationnalisme, mais vous avez le contexte de départ. Lors de ces quelques jours en mer, il ne prend pas de photographies, l’ambiance n’y est pas, malgré le fait que tous les gens qu’il accompagne savent qu’il est là pour fournir, par l’image, le récit de leur voyage. Il ne se sent pas à l’aise, occidental au milieu de ces gens risquant leur vie pour rejoindre un monde meilleur.

Seulement voilà, les choses se gâtent (sinon ça serait vraiment une anecdote moyenne et inutilement longue) : le bateau se met à prendre l’eau. Ça n’est pas rapide, mais petit à petit, l’eau envahit la cale et les personnes à bord se font à l’idée qu’elles vont y rester. Christopher Anderson pense à ce moment-là qu’il va mourir, un de ses compagnons d’infortune lui dit alors : « Christopher, tu devrais prendre des photos ». Ce qu’il se met à faire, photographiant ce qu’il pense être ses derniers instants avant la douce et agréable étape de la noyade.

Alors que tout le monde a abandonné l’espoir de survivre, un bateau (d’une ONG si ma mémoire est bonne) vient les secourir. Vous deviez vous en douter un peu, sinon ces images et l’histoire qui va avec auraient sûrement fini au fond de l’océan ou dans le ventre d’un requin. Tout le monde survit, et il en restera des images poignantes emplies tant d’espoir que de désespoir.

Cependant, depuis que j’ai appris cette histoire, une question m’obnubile : Si on fait de la photo pour partager notre vision du beau (gnia gnia gnia), pourquoi est-ce qu’Anderson a pris des photographies de la pire des situations (sa propre mort à venir) dont il était alors certain que personne ne les verrait ? Vous voyez le problème. C’est quand même dingue, il s’est mis à photographier quand il a compris que c’était la fin (pas avant) et que personne ne verrait ce travail (les pellicules et l’Océan, ça ne fait pas bon ménage quoiqu’il arrive au photographe).

La réponse, à notre question, est au final toute simple, et sûrement donnée par Susan Sontag dans son fameux ouvrage Sur la photographie

Photographier, c’est conférer de l’importance

Susan Sontag.

Une fois que cela est dit, on a quasiment la réponse. Il faut donc envisager cet acte comme une finalité, et non comme le début d’un processus visant à aboutir à du partage, ou que sais-je d’autre. On photographie pour photographier, c’est là le début de tout. Et c’est assez logique quelque part, combien de pellicules restent dans les laboratoires sans que personne ne vienne les récupérer ? Combien de photographies sont copiées sur des disques durs sans jamais être regardées ?

Photographier c’est conférer de l’importance. Il y a 10 000 raisons de photographier : exprimer sa créativité, enregistrer des souvenirs, enregistrer un point de vue sur le monde, s’approprier les choses, vouloir raconter des histoires, vouloir changer cette perception du monde, mais toutes ces raisons partent de là : ce à quoi on veut conférer de l’importance. Et cela reste valable quelque soit la façon dont sont utilisées les images, que ça soit comme document, propagande politique, pornographie, journal personnel, art, fiction, métaphore, poésie…

Trouvez ce qui a de l’importance pour vous, vous saurez pourquoi vous photographiez, et donc, pourquoi vous voulez progresser. C’est ce que Vassily Kandinsky appelle la « nécessité intérieure » dans son ouvrage Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier (présent dans la bibliographie)(1).

Pour lui cette nécessité intérieure naît de trois raisons mystiques :

  1. Chaque artiste, en tant que créateur, doit exprimer ce qui lui est propre (élément de la personnalité). Bon, ça normalement y a pas besoin de le détailler.
  2. Chaque artiste, en tant qu’enfant de son époque, doit exprimer ce qui est propre à son époque (via le style, de l’époque, composé du langage de cette époque et du langage de la nation, tant qu’elle existe comme telle). Au passage, ça veut aussi dire qu’une oeuvre n’est jamais intemporelle, et forcément le fruit de son époque, et d’une nation. D’où les courants faisant école : Street photography américaine, japonaise, humanisme français, etc.
  3. Chaque artiste, en tant que serviteur de l’art, doit exprimer ce qui est propre à l’art en général (l’élément de l’art pur et éternel que l’on retrouve  dans l’oeuvre de chaque artiste, quels que soient les hommes, les peuples, les nations, les époques) et ce qui, en tant qu’élément principal de l’art, ne connaît ni espace ni temps.

Donc, pour résumer, vous photographiez pour donner de l’importance, c’est le résultat de votre « nécessité intérieure », qui propre à chacun,  et qui naît de la  savante cuisine des éléments ci-dessus. Ha, et tant qu’on y est, je ne résiste pas à l’envie de remettre un gros taquet, l’occasion est trop belle, la pelle trop proche, et moi trop faible. Donc, à ceux qui pratiquent cela : les couchers de soleil, les coccinelles, les portraits plein de bokeh à pleine ouverture : juste pour savoir, c’est vraiment important pour vous ? C’est quoi le lien avec votre nécessité intérieure ?

Bref, prenez le temps d’y réfléchir, là on va entrer dans le vif du sujet.

Le progrès photo en 3 étapes

On peut résumer les étapes du progrès en photographie, avec le schéma ci-dessous. Bien entendu, comme son nom l’indique, il s’agit d’un schéma, pas d’une vérité sacro-sainte. L’idée est plus de présenter les étapes principales que de fournir un rétro-planning applicable et effectif. D’ailleurs, il aurait été un peu plus pertinent de ne pas utiliser des cercles (qui font penser que les étapes s’enchaînent mécaniquement) mais de les lier un peu plus graphiquement. Mais comme je suis mauvais quand il s’agit de PowerPoint, on s’en satisfera. Par contre, notez que je me défends bien avec Excel, certes on s’en fiche ici, mais comme ce n’est pas le genre de truc que l’on peut dire tous les jours, je saisis l’occasion.

Etapes progres photo

(Vous pouvez cliquer sur l’image pour l’agrandir)

L’ordre des étapes est aussi important. Non pas que certaines étapes ne peuvent pas être étudiées un peu en amont (de la culture en même temps que de la théorie par exemple), mais disons simplement qu’à ce moment-là de votre pratique, ça n’est pas vraiment le souci premier. Bref, on va détailler de quoi il en retourne, histoire de mettre les choses au clair, comme la lune sur une mélodie de Beethoven.

Etape 1 – Théorie

L’apprentissage de la théorie est l’étape par laquelle tout le monde commence, le grand démarrage. J’entends par théorie (en photographie)  tout ce qui concerne la maîtrise de la production des images au sens large : réglages de votre appareil, choix des objectifs, choix des formats d’images, de leur traitement, composition, et ainsi de suite.

C’est l’étape où vous venez d’acheter votre appareil (c’est un peu compliqué de démarrer sinon !), et où vous souhaitez juste « faire marcher le bouzin ». Il n’y a rien de mal, on y passe tous. J’ai inclus la pratique dans cette étape, notamment parce qu’on y expérimente beaucoup : on lit, on essaie, on teste, on apprend.

Ça se passe un peu comme ça

C’est une étape du parcours photographique qui peut devenir un piège, beaucoup de personnes n’en sortant jamais. Elles tournent en rond à l’intérieur de celle-ci, et pensent véritablement progresser en s’y acharnant. Ce n’est pas une critique, on ne peut pas reprocher à quelqu’un de ne pas ouvrir une porte quand il ne sait pas qu’il y en a une. C’est un fait qui est dû à plusieurs éléments :

  • C’est un sujet qui est au cœur des médias parlant de photographie. Ou du moins de 90% d’entre eux (en terme de volume). Que ça soit Phototrend, Focus-Numérique, Nikon-Passion, Le monde de la photo, Deviens-photographe, Fotoloco, F1.4, etc.,  tous diffusent quotidiennement des informations sur le dernier objectif, le dernier boîtier, ou la nouvelle méthode pour réussir une belle photo de nuit. Objectivement, on ne peut pas leur en vouloir, c’est un contenu qui est facile. Facile à produire (les nouveautés sont quotidiennes et il est aisé de commenter et synthétiser des fiches techniques ou de vulgariser autour de pratiques basiques), faciles à lire pour les lecteurs. Parler de sujets populaires c’est la garantie d’avoir un peu de trafic et de pouvoir continuer à exister. Rien de nouveau sous les tropiques. Mais pour le lecteur-photographe qui ouvre son Feedly ou sa page Facebook une fois par jour et est noyé là dessous,  c’est  un peu difficile de voir au-delà. C’est aussi une vision extrêmement stéréotypée de la pratique qui est diffusée : Paysages HDR, Portraits très travaillés, bref, tout sauf l’expression personnelle qui se doit d’être au cœur de la pratique (j’en parle dans ce billet : Et j’ai quitté les internets).
  • C’est une étape rassurante pour la personne qui débute : des pratiquants a priori plus expérimentés (des « experts »), des sites web installés et reconnus dans le paysage médiatique lui donnent des conseils. Donc elle est en droit d’imaginer qu’en les appliquant, elle atteindra un niveau convenable tel qu’il lui est présenté. Ce n’est pas totalement faux, mais une partie du progrès (dans toute discipline d’ailleurs) c’est de savoir sortir de sa zone de confort et se dépasser. Si on reste dans le gentil cercle de : je lis / j’applique / j’apprends, c’est tant monotone que pauvre en perspective, comme un Bleu d’Yves Klein.
  • Vous êtes passifs. Cela veut dire que vous ne faites rien pour aller chercher le contenu dont vous avez besoin. Vous prenez ce qui vous intéresse dans le flux proposé, mais ce n’est pas vous qui construisez votre réflexion. Encore une fois, au début c’est normal, mais ça n’est pas viable sur la durée. Enfin, sauf si vous ambitionnez seulement de faire des paysages très nets, là, c’est ok.

Cependant, attention à ne pas mal interpréter mon propos : apprendre la photographie, ça passe forcément par la théorie à un moment ou à l’autre, et en quantité variable selon les individus et les besoins. C’est nécessaire et il n’y a rien de mal à ça. Cependant, il faut être conscient que c’est une étape dont il faut sortir à un moment, ce qui n’est ni aisé, ni évident au vu du contexte et de l’état du web francophone (voire de tout le web) sur le sujet. Au passage, pour approfondir le débat sur ce sujet, je vous conseille de lire cet article (très tranché) d’Aurélien Pierre : 5 astuces ultimes pour améliorer vos photos.

Etape 2 – Culture

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Si vous n’avez jamais vu la bibliographie en vrai, elle ressemble à ça.

Il s’agit de la deuxième étape de la progression que je vous présente, le deuxième cercle, où les lassitudes du premier vous emmèneront : la culture. Cette étape là, c’est un peu mon royaume (pas dans le sens où je le dirige hein, mais où je vis). L’idée de base n’est pas d’apprendre par cœur l’histoire de la photographie, en espérant que les retombées sur notre pratique soient bonnes, mais plutôt de se faire une idée du champ des possibles. La première étape est certes utile, mais a tendance à nous brider, à ordonner notre esprit d’une façon qui nous dessert par la suite. La logique de l’étape précédente est : pour obtenir ce résultat X, appliquez cette solution Y. Mais personne nous vous dit jamais pourquoi on voudrait obtenir X, qui l’a déjà fait, s’il a vraiment utilisé Y, et si ce résultat X on n’en a pas déjà fait le tour. C’est là qu’intervient la culture.

Cette fois, il vous faudra être actif, le contenu ne vous sera jamais fourni de façon prémâchée, prêt à être digéré, et réutilisé. Ce sera à vous de vous construire cette culture (cette idée juste, précise et documentée du champ des possibles) , et c’est d’autant plus vrai que le niveau s’élève. Autant il est facile de trouver une documentation fiable sur des grands noms et courants de la photographie, autant si vous vous attaquez au sens philosophique de l’image et de son fonctionnement (qui font autant partie de la culture que le reste), bah là, il va falloir creuser un peu.

En revanche, point commun avec l’étape précédente : cela influe tout autant sur votre pratique, et il existe une sorte de cycle du type : je découvre / j’essaie de faire pareil / j’apprends / j’en garde quelque-chose. Ce sujet était d’ailleurs au cœur de l’ouvrage Influences : un jeu photographique de Jean-Christophe Béchet, que je ne peux que vous (re)conseiller de lire.

Concrètement, comment cela va se passer ? Eh bien, il va vous falloir vous farder la dose de bouquins, et il n’y a pas de façon d’y échapper. Même si je vulgarise beaucoup ici et que j’essaie de diffuser les idées qui m’ont marqué, rien ne vaut la lecture et l’appropriation du contenu par soi-même. Et quand je parle de lire, je parle de vrai bouquins (monographies, ouvrages thématiques, biographiques, essais) comme ceux présents dans la bibliographie, pas juste d’un ouvrage du type « La corse vue par Mamie Jacqueline » reçu à Noël et lu une fois tous les 2 ans. Le mieux étant de prendre des notes au passage des idées, marquantes, sinon on les oublie (oui, le cerveau est ingrat).

Bon, ce n’est pas forcément l’étape la plus évidente du parcours (vu que l’on passe de passif à actif), mais sans doute la plus enrichissante. C’est pendant celle-ci que j’ai décidé de rédiger le Blog. N’ayant pas trouvé le contenu qui m’intéressait sur le web, et ayant le cerveau plein d’idées, j’ai pensé que ça serait une bonne idée de mettre ça en ligne (j’en parle ici : La règle du Game).

Le fait est que maintenant, je pense avoir fait le tour du sujet, de ce que ça pouvait m’apporter. C’est arrivé d’un coup, comme une fusée sur la Lune. Un jour, je me suis rendu compte que je n’avais plus trop envie d’investir dans des bouquins, parce que j’y avais déjà appris ce que j’avais à y apprendre. Non pas que je sache tout, loin de là, mais disons que si je dois continuer à progresser ça ne sera plus le meilleur moteur. Je peux comparer mon ressenti à celui d’un amateur de vins : au début on goûte un peu tous les vins, on lit des ouvrages génériques, puis spécialisés, histoire de se faire une idée générale du « champ des possibles ». Une fois que c’est fait, on achète ceux que l’on apprécie, et quelques bouteilles par-ci par-là pour suivre ce qui se fait. Bah là, c’est un peu pareil, j’ai beaucoup appris sur la photographie au sens large, mais maintenant, je vais plus me concentrer sur quelques sujets précis. Je pense notamment à l’édition de livres : la bibliographie compte assez peu d’ouvrages de photographes réalisés par les photographes. Il y en a beaucoup qui parlent de plusieurs photographes, beaucoup sur untel ou untel, mais assez peu par la personne. Je m’en suis rendu compte en lisant les Photobook : A History (Vol 1, 2 et 3) de Parr & Badger. Ce n’est pas un mal, pour avoir une vision d’ensemble c’est plus pratique ainsi (du coup, ça n’invalide pas la composition de la bibliographie), mais c’est un sujet essentiel de l’histoire de la photographie que je vais continuer à creuser. J’en ferai sans doute un billet 😉

Photobook : A History, Vol 1. Martin Parr & Gerry Badger

Etape 3 – Pratique

Bref, si je vous ai raconté tout ça, c’est pour souligner le fait que si je suis passé consciemment de l’étape 1 à l’étape 2, eh bah, je me suis retrouvé dans la 3 un beau matin sans même savoir qu’elle existait. Comme pour l’étape 1, on doit pouvoir rester indéfiniment dans la deuxième. Mais il y aura sans doute un moment aussi où vous sentirez que ça n’est plus le meilleur moyen d’avancer.

L’étape 3, est extrêmement simple à résumer : Faites un putain de bon boulot. C’est tout. Par contre, il faut bien comprendre comment ça fonctionne. Je vais prendre un exemple qui parlera aux lecteurs de ma génération : Son Goku et le haricot magique. Son Goku est un personnage de manga/dessin animé, où grossièrement le but c’est de devenir le meilleur guerrier, c’est comme ça. Dans une de ses premières aventures (je raconte ça de mémoire), son maître lui dit qu’en grimpant en haut d’une tour, il trouvera un coffre contenant un haricot qui fera de lui le meilleur des guerriers. Ni une, ni deux, notre héros s’embarque à la conquête de ce haricot. C’est pas le genre à rechigner à la tâche.

Déterminé le gamin

Seulement voilà, arrivé en haut, il tombé sur un vieux maître hyper fort. Et ils se battent pendant des plombes et des plombes (honnêtement, je ne sais pas combien d’épisodes ça dure, mais j’ai l’impression que cette histoire m’a coûté la moitié de mon enfance). Au bout d’un moment, Son Goku parvient à battre le vieux maître, et il a le droit de prendre le haricot dans le coffre, à la fois fier et ému de cette victoire, qui restera longtemps gravée dans son petit cœur. Après l’avoir ingéré, il se rend compte que celui-ci ne lui fait… absolument rien. En fait, c’était en combattant le maître, en pratiquant, qu’il est devenu le meilleur de tous les guerriers. Eh bien, le progrès en photographie ça ne fonctionne pas du tout comme ça. Genre, pas du tout du tout. 

Il ne faut pas s’imaginer que c’est en pratiquant, en répétant sans cesse, en photographiant beaucoup que l’on arrive à un résultat exceptionnel. Il n’y a pas de rapport du type : quantité du travail fourni => résultat de qualité / intérêt du résultat. Il faut impérativement comprendre ça. Vous pouvez travailler des années sur un projet, y passer tout votre temps libre, cela ne garantit rien du résultat final. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. L’important n’est pas de travailler beaucoup, mais de travailler bien. Et ça, c’est facilité par les deux étapes précédentes (c’est pour ça que je les inclus dans le schéma) : vous maîtrisez la technique et savez comment obtenir chaque chose dont vous aurez besoin, et vous connaissez le « champ des possibles » et savez placer votre projet dedans. Maintenant, l’important c’est de se poser les bonnes questions au bon moment, de construire son projet, et de se faire aider quand il le faut (édition, tirages, livres, etc.).

Si je considère que la pratique est source de progrès, c’est parce qu’il y a beaucoup à apprendre de soi, en analysant nos productions passées. C’est quelque chose que je ne soupçonnais pas jusqu’à ce que j’écrive les making-of de tous mes projets l’été dernier. C’est l’occasion de comprendre nos choix, nos erreurs, d’y réfléchir, et de voir dans quelle mesure on peut améliorer les choses la prochaine fois. Dans chaque projet j’ai fait des conneries que je ne ferai pas dans le prochain, et ainsi de suite. Et, ça aucun bouquin ne peut vous l’apprendre. Tout comme aucun livre, aucune masterclass, ou aucun tuto des internets ne vous apprendra à faire un putain de bon boulot. Au final, ça viendra toujours de vous à 90%, et la seule façon d’y arriver, c’est de s’y coller pleinement.

Qui écouter ?

J’ai cette tête-là quand j’écoute.

Il vous arrivera sans doute, à n’importe quelle étape de ce processus d’apprentissage / progression d’avoir besoin d’aide. C’est tout à fait normal, et on ne peut pas faire sans. D’ailleurs, si ça peut vous rassurer, tous les grands photographes (j’entends par là ceux ayant laissé une oeuvre marquante) ont eu besoin d’un coup de main à un moment ou un autre. Que ça soit pour écrire un livre, comme Robert Frank pour Les Américainsque Robert Delpire a aidé pour l’édition, ou Cartier-Bresson, influencé par les membre du groupe des surréalistes, tout le monde y passe. La seule question restante étant : où trouver cette aide ?

Et sa réponse est aussi simple que pragmatique : au-dessus de vous. L’idée de base, c’est d’aller chercher conseil auprès des gens qui sont meilleurs que vous, enfin plus avancés, ou qui s’y connaissent bien. Pour être tout à fait concret : il vaut mieux demander des conseils à une personne en qui vous avez confiance, plutôt qu’à 10 000 inconnus sur un groupe Facebook, dont les retours seront tout ce qu’il y a de plus variable et de peu fiable. C’est ce que je fais moi-même, il suffit de savoir chercher et d’un peu de verve.

La plupart du temps c’est lors de vernissages d’expositions que je vais discuter un peu avec les artistes quand ils sont présent, ou alors j’emploie la méthode la plus bête du monde : j’envoie un mail. Cela peut avoir l’air d’une bouteille à la mer, mais la plupart des gens répondent, et sont même contents de le faire.

Quand vous demandez conseil, il y a deux éléments à garder à l’esprit :

  • Ce ne sont pas forcément les photographes qui s’y connaissent le mieux en photographie, tout comme les peintres ne sont pas tous des historiens de l’art. Il faut savoir faire la part entre les deux. Par exemple, je prends un rendez-vous de temps en temps (environ une fois par an) avec la curatrice du Centre photographique d’où j’habite (c’est lié au FRAC, il y en a sûrement un près de chez vous). Bah, même si la personne ne pratique pas, je n’ai jamais eu de conseils plus avisés que là-bas. En général j’y passe une heure, et j’ai de quoi réfléchir / bosser pour 3 mois. C’est même une bonne chose, parce qu’il n’y a jamais un fond de « moi j’aurais fait comme ça » dans ce qu’on pourrait vous dire.
  • La qualité des conseils n’a pas de rapport avec l’âge de la personne qui les profère, ni avec ses années de pratique. On peut pratiquer une discipline pendant 40 ans, et la pratiquer n’importe comment. Puis, fort de ces années, donner ses conseils à qui en veut à la moindre occasion. Il faut se méfier de ça, c’est assez courant sur les forums dédiés à la photographie. Le fait qu’avec l’âge, on a un peu plus de temps à y consacrer n’y arrange rien.

Bref, tout ça pour dire que si vous avez besoin d’aide, et qu’une personne vous inspire (sur dans un magazine, un réseau social, un site web, la vraie vie, ou que sais-je d’autre), n’hésitez pas à aller demander un peu d’aide. On en revient souvent moins bête.

Conclusion

J’espère que ce billet, qui je le rappelle est empirique et personnel (mais que je pense proche d’une certaine réalité), vous aidera un peu à vous situer dans votre parcours, à évaluer le chemin parcouru et celui restant à parcourir. On terminera sur cette citation de Kandisky, issue de l’ouvrage cité précédemment :

Sur les chemins complexes de ce nouveau royaume, qui se présentent au pionnier traversant de sombres forêts vierges, franchissant des gouffres vertigineux près de cimes désolées; longeant des abîmes sans fond et s’enchevêtrant en un réseau inextricable, c’est toujours le même guide infaillible qui le conduira – le principe de la nécessité intérieure.

V. Kandisky

Quoiqu’il en soit, et as always, si vous avez des questions, vous savez où les poser. Prenez des photos et soin de vous, à plus dans l’bus !


Notes :

(1) Bien que le concept présenté soit pertinent dans le cadre de ce billet, je ne vous conseille pas de lire cet ouvrage. Enfin, disons qu’il est très intéressant, mais réservé à un public relativement avancé dans sa connaissance de l’art, la peinture et de la philosophie qui les entourent. Si vous voulez vous intéresser à la philosophie de l’art, je vous invite à lire La philosophie de l’Art, d’Absensour, que j’avais présenté dans 5 livres à lire cette année (2017) (retour au texte)


Pendant l’écriture de ce billet, je me suis bercé des douces mélodies d’Agnès Obel :


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44 Comments

  1. Pourquoi je fais des photographies : Car cela me procure plaisir et satisfaction d’enregistrer ce que je vois, qui m’inspire (sollicite mon système émotionnel) et me parait important (à moi).

  2. Antoine

    Alors là ! je prends en quelque sorte une BONNE BAFFE car voilà un moment que l’action n’y est plus alors que la flamme est toujours présente , le désir d’avancer me titille toujours . Je vais relire à nouveau ton Article , Thomas . Je dois humblement avouer que ma culture dans ce domaine est pauvre et voilà un petit moment que j’ai envie de la parfaire . Photographier pourquoi ? J’ai envie de montrer une émotion éprouvée à un moment précis , tout simplement.

    • Hello Antoine ! Merci pour ton commentaire, content de t’avoir aidé. Si tu veux découvrir des trucs, je t’invite à fouiller sur le Blog, les ressources ne manquent pas !

      Bonne soirée 🙂

  3. Merci Thomas pour ce billet que je trouve pertinent. Et pour un fois j’ai tout compris du 1er coup 😉
    Je me retrouve dans ton schéma, bien ancré dans le 1er cercle et commençant à peine à toucher le second.
    J’ai le sentiment qu’il faut que j’arrive à me poser (et surtout à y répondre) la question qu’introduit l’article : pourquoi photographier?

    • C’est important pour avancer oui, mais pas forcément bloquant. Y’a pas besoin d’avoir toutes les réponses tout de suite.
      Content que ça marche aussi pour toi 🙂

  4. Jon snow

    Bonjour Thomas, merci pour ce nouvel article, enrichissant, rafraîchissant et toujours iconoclaste par rapport à ce qu’on peut lire généralement sur internet. Pour ma part j’imagine à l’heure actuelle errer dans l’étape 2 du progrès photographique: non pas que j’ai fait le tour de l’étape 1, mais il me semble qu’une meilleure maîtrise théorique n’améliorera plus fondamentalement mes photos; la marge de progrès se trouvant désormais ailleurs. D’après vous l’étape 2 et l’étape 3 peuvent-elles être pratiquées parallèlement? Cdt

    • Hello! Alors c’est un schéma théorique pas une vérité absolue. Les frontières sont floues.
      La pratique fait définitivement partie de l’acquisition de la culture. C’est pour ça que je l’ai mis dedans à ce moment là.
      C’est juste qu’à mon avis, la pratique prend pleinement son sens quand cette étape là est derrière vous.

  5. Rich Lem

    Bonsoir !

    J’ai bien aimé l’article, tu fais des bonnes synthèses de périodes pourtant abstraites au possible, merci beaucoup ! Qui plus est avec San Goku, tu synthétises des dizaines d’heures en quelques lignes, bravo.

    Il faut cependant que je prenne la défense des photographes de coccinelles et de couchers de soleil en HDR.

    « Landscape photography is the supreme test of the photographer – and often the supreme disappointment » dit Ansel Adams (certains l’actualiseraient en disant « Landscape sunset HDR photography is the best ultimate supreme test of the photographer »).

    L’idée simple de partager un magnifique paysage que personne d’autre n’a pu avoir la chance de vivre ou voir, cela peut être un but.

    Montrer aux gens l’infiniment petit (en s’arrêtant avant le microscope à balayage électronique parce que c’est indigeste) en faisant de la macro également peut être un objectif.

    Alors ce n’est pas une vision proprement dite artistique au sens créatif, mais n’y a-t-il jamais eu de peintres figurant la réalité ? Le courant hyper-realiste serait alors à la peinture ce qu’est le HDR baveux à la photo.

    Je vais être honnête, je ne fais que des paysages en photo-souvenir (mais autant bien les faire quand même) et pas de macro, mais je pense réellement que les passionnés de ces domaines ont un but photographique certain.

    Il y a d’ailleurs, je pense entre l’étape 2 et l’étape 3 que tu cites – en ce qui me concerne au moins – une « preuve » de ce que tu avances : la difficulté à faire de la photo souvenir ou photo de vacances. Peut-être suis-je le seul mais cela m’étonnerait, j’ai assez de mal à photographier du tout venant en me promenant comme le font ceux qui ne font que de la photo souvenir. Il y a un bloquage « je devrais prendre ce truc pour m’en rappeler, mais la photo n’aura aucun intérêt ». La démarche photographique marche sur la démarche documentaire, j’espère être clair.

    En tous cas, merci beaucoup pour tes écrits, effectivement ça change des sites courants avec les conseils tous faits et les tests d’objets aux noms-acronymes à rallonge.

    Rich Lem (le même que s/ twitter)

    • Hello Richie!
      Pas besoin de préciser, j’avais reconnu ton nom 😉
      Pour la photographie de paysage c’est plus la mise en avant de la forme sur le fond que ne critique. Je t’invite à lire le billet « Pourquoi » avant « comment » si ça n’est pas déjà fait. Et puis bon, il faut aussi accepter que certains sujets sont éculés, c’est normal.
      Idem, la macro on en a déjà beaucoup parlé dans le premier « Comment détester malin », je n’ai plus grand chose à y ajouter. Lis le et surtout les commentaires. Là c’était plus un clin d’œil aux lecteurs qui n’avaient lu qu’une envie de relancer le débat 🙂

      Bonne journée et merci de ta fidélité !

  6. Salut !
    Article très intéressant et éclairant ! Comme tous tes articles, d’ailleurs.
    Je suis tombé dedans suite à une requête Google : développer un projet photographique. « Construire un projet photographique » est sorti en quatrième position après une volée d’annonces commerciales (photobox, zeinbzerg, iconéa …). Le ton m’a plu et j’ai compulsé beaucoup d’articles (bien vu les liens !). Ca c’était pour la prise de contact « j’adooore ce que vous faites! » (première et dernière fois, j’aime pas la lèche…)
    Pour en revenir à cet article, c’est une belle schématisation qui me permet de me situer entre l’étape 1 et 2 avec une grosse aspiration vers la 3 ! Du coup, j’ai repris une carte de médiathèque pour emprunter des monographies, je zyeutes les expo en local et je prends des distances avec des forums technicisants où le partage de photos pêle-mêle n’est le théatre que de commentaires égotiques et stériles ( comment ça, amers ?!).
    Merci encore et continue à nourrir ma réflexion photographique. ( çà c’est de la reconnaissance … nuance !)

  7. GAUTHIER

    Bonjour Thomas
    Tu as le don de rassembler les pièces d’un puzzle dont je possédais certains éléments grace à la lecture (plusieurs fois) de tes différents articles.
    Merci de m’avoir montré la porte et de me donner l’envie de l’ouvrir.
    La phase deux me fait comprendre bien des choses et envisager ma photographie autrement.
    Je viens d’ouvrir la porte phase trois et je ne manquerais pas de te solliciter si je rencontre des problèmes de serrure.
    A plus dans le bus.

  8. Christophe

    Un article très intéressant je suis sortie du 1er cercle depuis un petit moment déjà je n’aime pas le règles même si il en faut pour bien débuter et pour avoir de bonne base. J’ai bien étudié certaines règle pour mieux les transgresser.
    Pour le 2ème cercle j’aime lire ce qui ce faisait mais pas copier.
    Pour moi le plus compliqué c’est de trouver un sujet car j’aime faire du paysage avec un beau couché de soleil ou lève de soleil sur la côte d’azur Nous avons de très belles lumières en ce moment.
    J’aime plus la proxy plutôt que la macro surtout des reptiles.
    J’aime photographier nos billes même si j’ai des difficultés à photographier la mienne.
    J’ai du mal à avoir un autre œil

  9. Pourquoi photographier ? Pour ma part, je me demande si, au delà de donner une importance aux choses photographiées, le fait même de prendre en photo n’est pas une façon de figer le temps, de donner une forme d’éternité à ce qui passe.. rapport à la mort ? C’est précisément pour cette raison que j’apprécie tout particulièrement la photo de rue, en ce sens qu’elle fige un moment qui ne sera jamais plus. Une fois la photo prise, nul autre ne pourra la reprendre. Autant il est possible de photographier une nature morte plusieurs fois, et d’obtenir à peu près la même photo (ce constat s’applique d’ailleurs pour l’architecture, la carte postale, la macro voire le paysage,..), autant l’instant saisi dans la photo de rue ne pourra jamais être reproduit. C’est ce caractère unique qui donne toute sa force au genre de la street photo, tant il est vrai qu’on ne vit qu’une fois.

    • Hello 🙂
      Oui je suis d’accord. C’est pertinent. J’avais déjà lu des écrits de ce point de vue, mais pas moyen de me rappeler où : Je ne sais plus si c’est chez Sontag ou Serge Tisseron.
      A creuser !

      • Oui, ou bien chez Barthes et son ça-a-été…

        • Oui c’est sans doute ça !

          • A part ça, félicitations pour ce blog très intéressant, qui me change du sempiternel reportage sur la photokina ou autre.. les discussions sur le piqué de tel ou tel objectif ont tendance à me fatiguer.. il en faut pour tous les goûts ! Je m’en vais poursuivre la lecture de tes articles.

          • Cool! Content que ça te plaise 🙂 Pense à t’abonner, ça t’envoie un best of c’est plus simple pour démarrer !

  10. Article intéressant et extrêmement complet. J’adore !

  11. Très intéressant comme les autres articles, et même s’il y a un chronométrage du temps de lecture, cela me prend toujours beaucoup plus de temps pour en tirer des enseignements applicables à ma situation…
    Je photographie pour apprendre à regarder et à voir! J’ai constaté que souvent je me contente d’avoir une vision très globale et je manque les éléments intéressants ou qui contredisent ma première idée.
    Je m’applique, je lis, je photographie.
    Bonne suite. Merci à vous. AF

    • Hello !
      C’est une des raisons pour lesquels j’ai enlevé le temps de lecture estimé (basé sur une moyenne de 300 mots / minute). Ce n’était pas très fiable (trop variable selon les lecteurs) et ça pouvait faire un peu peur (certains articles étaient à + de 30 minutes !).

      Je m’applique, je lis, je photographie.

      Alors vous semblez prendre le bon chemin 🙂

  12. « Donc, à ceux qui pratiquent cela : les couchers de soleil, les coccinelles, les portraits plein de bokeh à pleine ouverture : juste pour savoir, c’est vraiment important pour vous ? C’est quoi le lien avec votre nécessité intérieure ?

    Bref, prenez le temps d’y réfléchir, là on va entrer dans le vif du sujet. »

    Mon frigo.
    Parce que c’est bien beau d’être un artiste, mais c’est mieux d’être un artiste avec un frigo plein.
    Je ne développe pas plus, tu as compris.

    • Non je n’ai pas compris 🙂
      Je parle principalement de photographie artistique / travaux personnels. Pour les commandes, je me doute bien qu’on doit suivre un certain cahier des charges, c’est normal.

  13. « Eh bien, il va vous falloir vous farder la dose de bouquins, et il n’y a pas de façon d’y échapper »

    Donc, je suis un mouton, incapable d’avoir un imaginaire personnel, obligé de m’inspirer des « plus grands » parce que je ne suis pas capable d’avoir un regard différent, un regard personnel, une vison personnelle, parce que MA vision sera forcément influencée par « les plus grands » ?
    Ah bon…?
    En quoi, débutant, je devrais forcément avoir une vision influencée / inspirée par « les plus grands » ?

    • On va faire ça dans l’autre sens : tu connais beaucoup de violonistes qui ne connaissent pas Bach ? De pianistes qui n’ont jamais entendu parler de Chopin ?

      Voilà.

  14. « Si je considère que la pratique est source de progrès, c’est parce qu’il y a beaucoup à apprendre de soi, en analysant nos productions passées. C’est quelque chose que je ne soupçonnais pas jusqu’à ce que j’écrive les making-of de tous mes projets l’été dernier. C’est l’occasion de comprendre nos choix, nos erreurs, d’y réfléchir, et de voir dans quelle mesure on peut améliorer les choses la prochaine fois. Dans chaque projet j’ai fait des conneries que je ne ferai pas dans le prochain, et ainsi de suite. Et, ça aucun bouquin ne peut vous l’apprendre. Tout comme aucun livre, aucune masterclass, ou aucun tuto des internets ne vous apprendra à faire un putain de bon boulot. Au final, ça viendra toujours de vous à 90%, et la seule façon d’y arriver, c’est de s’y coller pleinement. »

    Et là, je suis totalement d’accord avec toi.
    Je « plussoi » à 100%.

  15. A partir du chapitre « Qui écouter » je suis pleinement d’accord avec toi.
    Je vais même te dire, je m’en veux.
    On sera, peut-être, d’accord pour dire que le matériel n’est qu’un outil, et qu’un bon matériel améliore notre travail.
    Dans le sens ou, quand tu es un bon ouvrier, avoir un bon outil améliore ton travail.

    Je m’en veux. Je m’en veux de ne pas avoir, au salon de la photo à Paris, moi qui n’ai qu’un simple boitier amateur, mal conseillé cette jeune fille qui venait d’acheter un boitier expert. Je m’en veux de ne pas lui avoir dit qu’avec son objectif du kit elle pouvait faire moult photos, et que ce qui faisait la différence entre un bon objectif et une bonne photo n’était que la personne qui appuyait sur le bouton.
    Je lui ai conseillé de changer son objectif sans avoir compris, sur l’instant, que nous n’avions pas la même expérience, ni le même vécu photographique.
    Je m’en veux de ne pas lui avoir conseillé de garder son argent, je m’en veux de ne pas lui avoir dit qu’avec ce qu’elle avait elle pouvait faire beaucoup de choses et bien plus encore.

    Je garde cette leçon en mémoire.

  16. Baptiste

    (Ca fait un titre putaclic/racoleur et bim! Ca explose le nombre de vues et de commentaires 😉 )

    Tu résumes bien le progrès à mon sens, du « point de départ »(donner de l’importance à quelque chose) au point où chacun peut réellement se différencier : La culture et la pratique. Bien sûr, la théorie est alléchante, mais franchement, on s’en tamponne le coquillard de savoir que le Fuji XPMU-42 a un miroir à paillettes, surtout quand on ne shoote pas avec. Et sur la photo, cette « connaissance » n’apporte aucune différence. Enfin bref, je vais pas réinventer l’eau tiède et redire ce qui est déjà dit dans l’article. (Heureusement que c’est Noël dans un mois 1/2 par contre, je commence cruellement à manquer de bouquins sur la photographie d’ailleurs, pour ces longues nuits d’hiver!)

    Pourquoi tu prends rendez-vous avec la curatrice? Pour une évaluation de portfolio ou juste parce que c’est ta tante et que tu passes lui dire bonjour? Ca me paraît assez intimidant en fait de « prendre rendez-vous » à ce niveau-là je dois t’avouer.

    Dommage, je m’attendais plutôt au dernier Toothgrinder ou quelque chose comme ça sur la fin, mais Agnès Obel colle définitivement mieux à ton côté « père castor » 🙂

    • Baptiste, je ne me lasserai jamais de tes commentaires haha . Putaclic et père castor j’ai été gâté cette fois !
      Pour le titre, franchement j’ai cherché, mais je n’en avais pas de plus pertinent (c’est quand même le sujet du billet). Et j’ai limité le truc, je ne promets pas de méthode ou de recette (« ces trois astuces vous feront progresser ! »).

      J’irai écouter ce groupe je ne connais pas trop. Pour les bouquins, j’ai un truc dans les tuyaux, c’est pour dimanche si j’arrive à le boucler dans les temps. Donc encore dans les clous pour ta liste de cadeaux !

      Et je prends rendez-vous parce que c’est un service proposé et qui est souvent (voir tout le temps) gratuit. Y’en avait encore au salon de la photo par exemple, comme quoi on peut y aller pour autre chose que le dernier truc à pixels à la mode.
      Et puis c’est quelque chose que j’aime bien. Je n’ai pas peur de me faire démonter, au contraire ça m’aide à avancer d’avoir plein de pistes, d’améliorations (j’en reparle dans la semaine dans un court post sur la page Facebook stay tuned!). Ça serait plutôt l’inverse que je trouverai paralysant : rester toujours dans une certaine forme de confort, sans savoir où on en est ni où l’on va.

      • Baptiste

        Heureux de l’entendre! 😉
        D’un certain point de vue ça fait « vérité absolue », du genre « hors de ces trois étapes point de salut », mais en même temps c’est vrai, du coup y’a pas à tortiller, ça passe (et ça te met 36 commentaires, la gloire n’est pas loin!).

        Un groupe très prometteur! J’avais surkiffé leur premier album, et le deuxième sorti il y a quelques jours et très bon aussi même si assez différent dans l’ensemble, plus diversifié et « schizophrénique ».

        J’ai boycotté le salon de la photo à cause de ça justement, cette course au dernier petit bouton inutile mais indispensable… Mais c’est vrai que j’ai dû rater deux-trois trucs intéressants à ce niveau, dommage. Je me renseignerai pour voir ce qu’il y a à ce niveau sur Lille, j’imagine que ça ne doit pas manquer et ça peut être très instructif! Histoire de se faire bousculer un peu/beaucoup, oui. Ca fait du bien de devoir justifier son projet, ça permet une introspection souvent salvatrice.

        Je vais m’abonner à la page Facebook d’ailleurs, je crois que ce n’est même encore fait! Shame!

        • Haha, 36 c’est pas le record. Le premier comment détester malin était bien parti en cacahuète aussi. A cause du passage sur la macro.

          Le salon de la photo, à part pour voir des connaissances c’était très passable et tu peux largement faire sans. Par contre Paris photo je conseille vivement. J’en ai parlé… Sur la page Facebook ! Haha.
          Sans vouloir faire de pub (quoique soyons honnêtes…) j’y partage du contenu (veille, réflexion, photos) un peu plus régulièrement, forcément.

          Et j’ai écouté Tooth grinder, j’ai dû mal avec les chants clairs. Ça fait un peu trop enfant de chœur passé au métal. Je réessaierai. Et au fait, j’ai pris mes places pour august en mars !

          • Baptiste

            Paris Photo je me suis tâté cette année mais au final c’était trop compliqué pour moi (et trop cher avec le déplacement).

            Ecoute plutôt le premier album, Nocturnal Masquerade, celui-là devrait être davantage à ton goût 🙂
            Arf, j’hésite encore, avec le Download de cette année… Le budget c’est un peu tendu. Je te tiens au courant, sois-en sûr!

          • Ça marche ! Paris photo valait vraiment son prix 😉

  17. Bonsoir
    J’arrive un peu après la bataille de la discussion, désolé mais je découvre juste ce blog malin. Intéressante cette idée d’une progression autour de l’apprentissage théorique, de la culture photographique et de la pratique. Je pense cependant qu’elle ne s’applique, dans sa forme la plus simple, étapes 1, 2 et 3 qu’au début de la vie de photographe. Le temps passant on se rend compte qu’il ne s’agit pas d’une progression linéaire. Je vois ça plutôt comme une spirale, en 3D, où l’on repasse régulièrement au-dessus de sentiers déjà arpentés en élargissant évidemment le diamètre, le champ, chaque fois un peu plus. C’est la définition de la spirale. Je me suis initié à la photo à la préhistoire armé d’une retinette et d’une cellule à main (défense de rire pour les plus jeunes). Et puis lorsque j’ai pu me payer un reflex semi auto avec une cellule intégrée, quelques années plus tard, j’ai du réapprendre en quelque sorte. Quand j’ai acheté un reflex numérique, j’en ai remis une couche et puis rebelote avec les 3 ou 4 logiciels que j’utilise désormais. Et puis…
    A chaque fois, je suis repassé par l’étape 1, sachant que ce que j’avais déjà acquis avait sédimenté et qu’il me fallait simplement augmenter le diamètre de ma spirale. Idem pour ma pratique et pour mon imprégnation culturelle qui ont connu des hauts et des bas. J’avoue que je ne m’étais jamais réellement fait cette réflexion mais c’est bien comme ça que ça s’est passé
    comme pour la plupart d’entre nous je pense. Le mérite de ce billet est de réussir à nous faire poser des mots sur notre propre pratique. Super.

    • Hey! La bataille n’est pas terminée Haha.
      C’est intéressant l’idée de la spirale… Si dans quelques années je me rend compte qu’elle est fondée j’en referai peut être un billet 😉

  18. Valentin

    Bonjour Thomas 🙂

    Merci pour cet article très sympa (et merci à Laurent d’Apprendre la Photo grâce à qui j’ai atterri ici 😉 )

    J’ai beaucoup apprécié le développement sur le sens avec l’exemple des migrants haïtien, cela pourrait mériter un article à part entière 🙂

    Du coup j’en ai profité pour aller jeter un oeil au Contact Sheet de Magnum et j’ai justement trouvé d’autres photos de Christopher Anderson (celles prises sur le pont) et une citation à propos de ce moment si particulier et du sens qu’il lui a donné a posteriori :

    “Why make pictures that no one will ever see ? The only explanation for me was that the act of photographing had more to do with explaining the world to myself than explaining something to someone else. […] This would be the single most transformative moment of my photographic life. »

    Bon, tu comprendras du coup que j’en suis au stade 2 de ton article puisque j’essaye gentiment de m’imprégner de tout ce que je peux. D’ailleurs à ce titre il me semble que le Mystère de la chambre claire de Tisseron complète de façon intéressante cette réflexion (j’ai vu qu’il était dans ta biblio)

    Cependant, étant assez jeune et pratiquant la photo depuis peu de temps (3 ans) je pense que ton modèle en 3 étapes s’enrichirait s’il décrivait les « dynamiques intérieures » de chacune de ces étapes. Tu abordes au début de ton article le « Pourquoi photographier ? » et il me semble qu’en dehors de la première étape qui serait la réponse à « Comment photographier ? » les deux autres étapes se répondent énormément.

    Pour prendre un exemple, je commence tout juste à pratiquer en petite série de photo, moins de 10 images, le plus souvent sur quelques jours ou quelques semaines. Certaines ne présentent aucun intérêt, d’autres me font beaucoup progresser sur des points techniques ou en terme de définition des mes sujets.
    Un tel travail, d’ampleur modeste va à la fois s’inspirer des dernières expos que je suis allés voir, de mes lectures et de mon état d’esprit du moment.

    Comment alors dégager un progrès « absolu » de ce petit pas, fait à l’aveugle, dans toutes les directions ? Avec le peu de recul de mon expérience, c’est ce que j’aurai envie d’appeler une « dynamique interne » de chacune de ces étapes. Et peut-être que seul le recul d’un grand nombre de petites dynamiques peut permettre d’y voir plus clair dans un vrai projet photographique, qui à l’heure où j’écris ces lignes me semble encore bien lointain ^^

    Merci pour cet espace de réflexion en tout cas et bonne continuation 🙂

    • Hello ! 🙂

      De rien, merci d’avoir pris le temps de le lire. Il y a beaucoup de sujets dans ton commentaire, je vais essayer de répondre à tous.
      En fait c’est l’inverse : le passage que « Pourquoi photographier ? » était un billet à part entière à l’origine, mais n’ayant pas assez d’idées pour qu’il soit consistant et trouvant qu’il s’incorporait bien ici, je l’ai intégré.
      J’ai lu les mystères de la chambre claire cet été, mais j’avoue que je n’ai pas retenu tout le contenu, il faudrait sans doute que je le relise.

      Qu’est-ce que tu veux dire par « se répondent énormément » ? Que l’un nourrit l’autre etc ?
      Je l’ai incorporé dans le schéma, c’est pour ça qu’à l’étape deux la pratique est comprise dedans, parce que les deux se nourrissent.
      Mais il y a un moment (je pense) où ça n’est plus le cas, enfin où la pratique devient vraiment le cœur du sujet, soutenue par les étapes précédentes.
      Après, comme je le dis, ça reste un schéma, il me semble impossible de théoriser une vérité absolue sur la pratique. Il y a sûrement plein de façons de l’améliorer (je le ferai peut-être un jour). Un autre lecteur avait parlé de spirale, je trouve ça intéressant aussi 🙂

      Le travail de série comme tu le décris est pour moi dans l’étape 3, quand on apprend de son propre travail, lui même nourrit de nos expériences. Mais en effet, il y a bien une dynamique interne dans les étapes, c’est pour ça que j’ai fait des cercles et non des flèches, on se ballade dedans, on va d’un côté, puis de l’autre, etc. Après, on ne va pas se voir la face, dégager un « progrès absolu » d’un petit exercice, ça me paraît impossible, on se rend compte des grosses étapes sur la durée, mais ça ne peut pas être aussi précis.

      Pour les projets photo, tu peux aller fouiller ici : Kit projet photo.

      A bientôt 🙂

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