Bougez-vous le cul et arrêtez de vous plaindre

Date de la dernière mise à jour : le 9 octobre 2018


Pour cet article, j’ai longtemps hésité sur le titre. Non pas que j’aie des réticences à mettre des coups de pied au derrière (c’est presque devenu mon fonds de commerce) mais je pensais en faire un article de la série « Comment détester malin » (cf. Comment détester malin : tous nos conseils et astuces et Comment détester malin – Reloaded). Le fait est, que la plupart du temps, ceux-ci abordent des sujets assez variés dans la pratique et l’approche de la photographie. Or, celui-ci étant centré sur un seul et même sujet : Ce qui vous empêche d’avancer en photographie, j’ai préféré en faire un billet à part. Quand au titre, plusieurs idées me sont passées par l’esprit, « Bougez-vous le cul bande de baltringues« , « Comment progresser en photographie » ou « Comment ne pas être un gros con de photographe » (j’ai éliminé directement ce dernier, le con désignant le sexe féminin, je trouvais ça un peu borderline de s’en servir comme insulte après un billet féministe sur la photographie). J’ai opté pour la solution la plus simple, celle qui vous a amenés ici. Ainsi, nous allons faire un petit tour de choses les plus bloquantes concernant votre progression en photographie.

Ps : La photographie de couverture est une mise en scène d'Hannah Starkey. La femme blonde fait donc semblant de bouder, en réalité tout va bien dans le meilleur des mondes. Vous voyez le rapport avec l'article ?

Sortez de la caverne

J’ai déjà souvent parlé d’internet sur ce Blog, ses pratiques ont pris plus que leur dose de bois vert, et je ne vais pas y revenir en détails. Si j’en parle aujourd’hui, c‘est parce qu’il existe une bonne analogie qui peut vous permettre de comprendre précisément pourquoi ne traîner que sur internet pour alimenter sa pratique photographique (aussi bien pour se former que pour se cultiver), est néfaste. Internet, c’est la caverne de Platon.

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On admirera l’illustration 4K Full HD.

Écrite dans la VIe partie de la République, l’allégorie de la caverne se résume comme suit. Dans une demeure souterraine, en forme de caverne (c’est surprenant), des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Du monde et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos. Ils sont donc dans un univers clos, et n’ont comme image du monde qu’une déformation du monde extérieur. Ils ne connaissent que ça, et ne savent que ce que ce moyen peut leur apporter (soit globalement pas grand chose, c’est un peu naze une caverne comme lieu de vie). Il n’ont pas idée de ce qu’il peut y avoir à l’extérieur, ne l’imaginent pas. Ainsi sortir de la caverne serait un choc, un choc éblouissant, sûrement difficile, une stupéfaction totale mais qui aurait une récompense : voir le monde tel qu’il est.

Éteindre votre ordinateur, fermer YouTube sur votre smartphone, c’est faire le premier pas vers la sortie de la caverne. Sérieusement, j’estime avoir une bonne connaissance de la photographie (avec encore énormément de choses à apprendre, j’en suis conscient). Avoir lu quelques bouquins sérieux (on ne parle pas là d’avoir gratté un « Tintin apprend à se servir du Canikon D300 » à la bibliothèque, hein ?) c’est quand même le minimum de légitimité qu’il est nécessaire d’avoir pour prendre une plume et en parler. Je ne vois pas comment on peut s’adresser à une audience sur ce sujet sans avoir ouvert le livre « Tout sur la photo » de Flammarion, tant c’est le minimum syndical. Alors que quand je vois le niveau global, je suis affligé. On prend un exemple ? Allons-y.

Sérieusement, c’était quoi ça ? Dans cette vidéo, Sylvain critique/analyse les photographie de ses tippeurs (de l’anglais tips, le pourboire, soit les gens qui soutiennent financièrement sa chaîne YouTube). Je ne remets pas en cause la bienveillance de l’auteur, ni le souhait profond de ses lecteurs de progresser. Mais dans la mécanique du truc, il y a quelque chose qui me dérange profondément. Sylvain dit lui-même ne pas être un artiste (cf. cette vidéo et l’ironique « Je ne suis pas quelqu’un de visuel en fait » qu’elle contient), et se concentre principalement sur des tests de matériel la plupart du temps. Ce n’est pas ma tasse de thé, certes, mais je peux comprendre que dans le creux de la vie et l’absence de propos à développer on se passionne pour des boutons et des molettes. C’est là que ça coince, que l’on ait envie de soutenir un contenu qui nous plaît, soit, mais c’est quoi l’intérêt de la critique venant de quelqu’un n’y connaissant visiblement pas grand chose ? On assiste donc à 53 minutes de photographies vues et revues à nous donner la nausée (photographies que j’aurais presque envie de qualifier de « populaires », dans les deux sens du termes, celles faites par le commun et celles qui plaisent, notamment sur les réseaux sociaux), où l’essentiel des critiques portent sur des détails techniques qui n’ont jamais été décisives dans aucune œuvre (« plus de vitesse, moins d’ISO, un peu de mayo, moins de sel« ), sans qu’à aucun moment quelqu’un lève la main pour dire « Nan, mais en fait, c’est chiant, il faut s’arrêter là les gars ! ». On est typiquement dans la caverne de Platon, où le type tout en bas de la cave demande des conseils à celui qui est quelques mètres au dessus. Un monde clos, qui tourne en rond sans le savoir.

Dans la vraie vie, dans une véritable lecture de portfolio tenue par quelqu’un d’expert et dont c’est le métier, on dirait gentiment à chacun des photographes présentés d’aller s’acheter une personnalité, ou d’ouvrir un autre livre que le manuel de son appareil.

Internet, c’est une caverne, c’est ça qui explique que la plupart du contenu est étroit, centré sur la petite bulle des photographes du net et de la technique. Un vase clos, où l’on se répète infiniment les mêmes choses, sans doute parce qu’elles ne sont jamais vraiment comprises. Si des mecs qui ont été des pontes de la photographie sur les réseaux sociaux en abandonnent certaines facettes, c’est qu’il y a quand même une raison (cf. cette vidéo).

L’objectif de ce paragraphe n’est pas de dire qu’untel est meilleur qu’untel, ou du moins n’en retenez pas ça. L’idée c’est de vous pousser à aller voir ailleurs, à sortir de la caverne. Intéressez-vous vraiment à un photographe, lisez sa biographie, des analyses sur son œuvre, allez voir des expositions, rencontrez-le s’il est encore vivant, et vous verrez que 99% des problématiques traitées sur le Web sont nulles et non avenues. Clairement, je doute que Joël Meyerowitz ou William Eggleston en aient quelque-chose à carrer du bon logiciel pour traiter un RAW ou de quel bouton tourner pour faire un beau noir et blanc sous Lightroom.

Sortez de, la putain, de caverne.

Tous les goûts ne se valent pas

Ah, vous la sentez la petite phrase que personne n’a envie d’entendre ? Tous les goûts ne se valent pas. En clair, votre avis vaut très probablement moins que le mien (sinon vous ne seriez probablement pas là à me lire, vous n’en tireriez aucun intérêt), le mien vaut moins que celui de Roland Barthes ou que Vilèm Flusser (sinon je ne me serais pas embêté à les lire), et ainsi de suite jusqu’à Joël Meyerowitz. A la fin, c’est toujours Joël Meyerowitz qui a la bonne réponse. Le problème, c’est que 99% des internautes n’en sont pas conscients. Il n’est plus nécessaire de savoir pour parler, d’autant plus dans le monde de l’art où l’on se drape si facilement du tant facile que stupide « Nan mais c’est de l’art, c’est une émotion et donc chacun a son avis et le mien est aussi valable ». C’est très bien résumé par l’écrivain Umberto Eco :

Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles.

Umberto Eco

Le plus simple, c’est de commencer par regarder cette vidéo de Laurent Breillat, dont je partage le discours, ce qui m’évitera aussi d’en retaper tout le contenu, ce qui n’est pas une mince économie de temps.

Aussi surprenant qu’un lever de soleil, cette vidéo a déclenché une pluie de commentaires allant à l’encontre des idées présentées (et aussi quelques-uns allant dans le bon sens, mais ça n’est pas ce qui m’intéresse ici). C’est une réaction humaine, quand notre petit cerveau biaisé par ses certitudes voit son paradigme remis en question, soit il s’ouvre, écoute et avance (ce qui est rare, sinon il n’y aurait pas de Front Rassemblement National) soit il se braque, se bloque, et sort cette ribambelle d’arguments foireux que j’appelle plus communément la « mitraillette à caca ».

Loin de moi l’idée de contredire chaque argument qui a été présenté un par un (contre l’absence de culture et l’empirisme, il y a du travail pour toute une vie), on va plutôt enfoncer le clou, comme Ponce Pilate.

Tout d’abord, et vous me connaissez pour mon goût pour cela, on va revenir à la base. Qu’est-ce que l’on entend par « tous les goûts ne se valent pas ?« . Il s’agit en fait de lutter contre une certaine forme de relativisme (qui consiste à penser l’inverse, c’est à dire que tous les avis, peu importe qui les émet, se valent). Et dans la vie, c’est beaucoup plus facile de se plonger dans le relativisme que dans le travail : « Pourquoi j’irai lire des livres et me cultiver, alors que mon avis vaut autant que celui de tout le monde de toute façon ? ».

Alors, le relativisme n’est pas à bannir en soi, il est certes le plus souvent inutile et tire la réflexion vers le bas, mais il y a certains domaines où il est tolérable. Je pense notamment à la religion, étant donné que l’on a jamais eu la moindre preuve de quoique ce soit, eh bien oui, tous les opinions à ce sujet se valent.

Ps : c'est un autre sujet, mais les textes religieux ne sont pas une preuve. Une preuve c'est un élément factuel, vérifiable, et incontestable, or les textes religieux sont l'œuvre de l'homme et souvent rédigés sur plusieurs siècles. Sortez de la caverne à ce sujet là aussi. Bref, parenthèse close. 

Pour prendre une analogie, qui ne serait pas avec la musique cette fois, parlons du deuxième élément qui rassemble les êtres humains depuis la nuit des temps : la gnôle. Par exemple, c’est normal de dire que l’on aime ou que l’on n’aime pas certains vins, les goûts sont personnels, et comme on ne peut pas me forcer à aimer le bleu d’Auvergne, on ne peut pas me convaincre d’aimer le Bourgogne. Je ne peux pas me convaincre moi-même de le faire d’ailleurs. Mais, si quelqu’un n’y connaissant visiblement rien dit : « ce Beaujolais rose transparent à 2€ est le meilleur vin du monde » et qu’un sommelier (ou dans le cas présent, un individu doté de papilles fonctionnelles) répond que « Non, c’est de la bouse » accepter que les deux opinions se valent c’est plonger dans le relativisme.

Autrement dit, vous avez le droit d’aimer de la merde, les couchers de soleils ne seraient pas populaires sinon, mais pour dire que quelque chose est universellement bien, il faut avoir un minimum de bagage intellectuel sur le sujet. Sinon, vous faites reposer la validité et la pertinence de votre avis uniquement sur le relativisme. Bien sûr, en art il n’y a pas de vérité absolue, mais si les frontières sont floues, il n’y a que peu de débats sur l’essentiel.

Et c’est ça qui se cache derrière les critiques que je fais de certaines pratiques comme l’Urbex ou la macrophotographie, dans l’absolu, je ne critique pas ces pratiques en soi, elles n’apportent pas grand chose certes, mais ce n’est pas bien grave. Ce qui est plus agaçant c’est qu’on puisse les considérer sérieusement, ce qui est en partie dû au relativisme (« bah moi j’aime bien, je trouve que c’est artistique« ).

Il y a déjà quelque temps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, j’avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j’ai depuis fondé sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort douteux et incertain , de façon qu’il me fallait entreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j’avais reçues jusques alors en ma créance et commencer tout nouveau dès les fondements, si je voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans les sciences.

René « Motherfuckin' »Descartes

Et là, il va vous falloir gober un truc une bonne fois pour toutes : vous n’y connaissez probablement rien et votre avis ne vaut pas un rond. Je dis ça en pesant mes mots, et en toute connaissance de cause : la bibliographie compte près de 200 titres que j’ai tous lus (ça faisait 40 000 pages la dernière fois que j’ai compté) et j’ai à peine l’impression d’être un myope dans une salle des fêtes plongée dans l’obscurité et remplie d’aveugles.

C’est sans doute la première chose que l’on découvre en s’intéressant vraiment et en profondeur à un art, et que Socrate résumait si bien par la maxime : « tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien« . Quand je lis leurs livres, écoute ou rencontre des personnes comme Raphaëlle Stoppin (directrice du centre photographique de Rouen, responsable du festival de Noailles, et conseil artistique sur le dernier prix HSBC), Jean-Luc Monteronso (ancien Directeur de la MEP), Michel Frizot, Michel Poivert, Clément Chéroux (responsable du Moma de San Francisco), Quentin Bajac (responsable du Moma de NY), Agnès Sire (Directrice de la fondation Cartier-Bresson), François Soulages et j’en passe, je me rends compte que, pour reprendre la métaphore précédente : si je suis myope, eux ont des jumelles.

En fait, on ne peut pas en vouloir à une partie de l’audience d’Apprendre-la-Photo (ALP), d’avoir réagi ainsi. Et pour comprendre pourquoi c’est normal, il va nous falloir nous plonger, non pas dans la philosophie (ne craignez rien) mais dans la psychologie. Le biais cognitif en question est l’effet de surconfiance, ou effet Dunning-Kruger. A cause de lui, les personnes les moins qualifiées dans un domaine surestiment leur compétence, ici en l’occurrence ce sont les jeunes photographes (parce que oui, en toute logique, un site qui s’appelle « Apprendre la photo » s’adresse en priorité aux débutants). Les psychologues Dunning et Kruger attribuent ce biais à une difficulté méta-cognitive des personnes non qualifiées qui les empêche de reconnaître exactement leur incompétence et d’évaluer leurs réelles capacités. Cette étude montre aussi les effets corollaires de ce biais : les personnes les plus qualifiées auraient tendance à sous-estimer leur niveau de compétence et penseraient à tort que des tâches faciles pour elles le sont aussi pour les autres. On peut résumer cet effet avec le graphique ci-dessous :

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En rouge le niveau de compétence perçu, en vert le niveau réel. En ordonnée le niveau de confiance, en abscisse celui d’expérience.

De plus, Dunning et Kruger ont noté que plusieurs autres études antérieures suggéraient que dans des compétences diverses, comme la compréhension de texte, la conduite d’un véhicule, les échecs ou le tennis, « l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance » (pour reprendre la citation de Charles Darwin). De part leurs études et leurs expériences, ils ont constatés que :

  1. La personne incompétente tend à surestimer son niveau de compétence,
  2. La personne incompétente ne parvient pas à reconnaître la compétence de ceux qui la possèdent véritablement,
  3. La personne incompétente ne parvient pas à se rendre compte de son degré d’incompétence,
  4. Si une formation de ces personnes mène à une amélioration significative de leur compétence, elles pourront alors reconnaître et accepter leurs lacunes antérieures. Ce qui est tout le travail d’ALP.

Le premier point n’est pas le plus gênant, car surestimer son niveau de compétence a quelque chose de motivant et qui pousse à poursuivre l’effort d’apprentissage. Si un jeune guitariste se rend compte d’à quel point il est mauvais, il risque d’être découragé et d’arrêter sa pratique. D’une certaine façon, le fait de ne pas s’en rendre compte l’aide.

Ainsi, concrètement, une fois passé ce cap du débutant (par lequel on passe tous hein, soyons honnête : j’ai pensé être un génie en photographiant des fleurs en gros plan un jour), il vous reste 2 options :

  • Ne pas progresser et plonger dans le relativisme pour vous parer de toute critiques/mise en danger. Et penser en permanence « ne pas être mauvais », malgré votre niveau de compétence réel.
  • Progresser et accepter vos lacunes mais toujours penser que vous êtes plus nul que ce que vous êtes vraiment (surtout en ayant connaissance de l’ampleur de la tâche devant vous, et de l’immensité de ceux qui vous précèdent). Si vous venez d’arriver dans cette deuxième équipe, bienvenue dans mon monde.

Quelque part, j’ai envie de vous dire : bénissez cette nullité, embrassez-là. Renoncez au relativisme et acceptez-la. Le faire c’est pouvoir enfin avancer. Parce que la photographie est vivante, elle avance, ce n’est pas un art immuable. Ne pas lire, aller à des expositions, s’intéresser, écouter, creuser, ce n’est pas faire du sur place, c’est reculer.

Affrontez votre page blanche

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La page blanche, c’est le problème numéro un de tous les photographes et certains vont tout faire pour éviter de se retrouver le nez face à elle. On pourrait formuler toute l’importance de ce sujet avec cette simple question : « Dans 50 ans, vos petits-enfants vont ouvrir une boite dans le grenier, elle contient toutes vos archives photographiques. Que verrons-t-ils ? »

Tout ce qui ne participe pas à vous aider à répondre à cette question est inutile et dispensable, bon à jeter. Vous pouvez aligner les excuses du type « Je n’ai pas le bon matériel« , « Je n’ai pas assez de moyens financiers pour faire ce que je veux« , « là où je vis c’est nul » « Je n’ai pas le temps« , vous ne faites que vous cacher derrière votre petit doigt pour ne pas avoir à répondre à la question ci-dessus, pour ne pas vous livrer à travers la photographie. Toutes ces excuses n’ont absolument aucun sens.  On vérifie ?

GB. England. New Brighton. 1985.

GB. England. New Brighton. 1985. – M. Parr

Martin Parr a fait la plupart de ses photographies avec un vieux reflex à la qualité discutable et avec un flash cobra. D’ailleurs, vu l’esthétique de ses images, un smartphone (si ça avait existé à l’époque) aurait été suffisant. Le matériel, on s’en fout.

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Photographie – Helen Levitt

Il n’y a pas besoin de moyens financiers conséquents pour produire une œuvre marquante, il serait aberrant de penser le contraire. Helen Levitt a fait un livre de photographies prises dans le métro (selon votre lieu d’habitation, son accès vous coûtera entre 1 et 2€).

Gus Powell, « Four Heads » from the series Lunch Pictures 1999 – 2

« Four Heads » from the series Lunch Pictures 1999 – G. Powell

Il n’y a pas non plus besoin de beaucoup de temps. Déjà, utilisez le vôtre à bon escient, arrêtez d’en perdre pour des choses qui ne vous sont pas importantes ou utiles sur le long terme (moins de séries et de télévision, et plus de photographie par exemple). Ensuite, utilisez au mieux celui qu’il vous reste : Gus Powell, après avoir découvert que le poète Frank O’Hara avait rédigé ses Lunch Poems sur sa pause déjeuner en 1964, décida de faire pareil et partit photographier tous les midis. Vous faites quoi vous le midi ?

‘I’m desperate’ 1992-3 by Gillian Wearing OBE born 1963

« I’m desperate » issue de la série « Gillian Wearing, Signs that say what you want them to say and not Signs that say what someone else wants you to say » – G. Wearing.

Où vous habitez n’a aucune importance, la seule limite c’est celle que vous avez en tête. Gillian Wearing a demandé à des passants de noter ce qu’ils voulaient dire sur un morceau de papier (et non pas ce qu’on attendrait d’eux), puis elle les photographie avec. Peu importe où vous êtes, des idées qui ne nécessitent qu’un peu de jugeote et de motivation, il y en a plein.

Sur ce Blog, je défends une ligne : partez de vous, et montez des projets photographiques pour vous exprimer. Simple, basique. Chaque année, j’ai toujours un ou deux mails de lecteurs qui me disent ne pas vouloir faire ça, et préférer se laisser aller, ne pas réfléchir à construire leur photographie mais laisser faire. En dehors de l’aspect de recherche de validation extérieure qui se cache entre les lignes, il y a deux explications possibles à cette approche :

  • La flemme et l’absence d’envie de travailler
  • Le manque de propos à développer

Dans les deux cas, la réponse sera la même : il va falloir passer outre et s’y mettre. Dit autrement : arrêtez de vous plaindre, de cherchez des excuses, et sortez-vous les doigts de votre fondement. Répondre à la question que j’ai posée, remplir votre page blanche, c’est le seul sujet qui mérite votre temps.

Et si vous cherchez savoir si vous avez réussi à vous trouver en photographie, j’ai une astuce toute simple pour vous : ne soyez pas interchangeable. Personne ne confondra les photographies de Gillian Wearing avec celles de Martin Parr. Tant que l’on peut échanger ce que vous faites avec ce que fait votre voisin, c’est que vous êtes dans la répétition de ce que vous pensez que l’on attend de vous, mais pas encore dans une photographie personnelle. C’est avec cette grille de lecture, que l’on peut aisément dire que 90% de ce qui traîne sur les réseaux sociaux photographiques (Flickr, 500px, Instagram & cie) est bon pour la poubelle, car répétitif et vide de sens.

Conclusion

Dans cet article, j’ai fait preuve d’honnêteté (voire même d’honnêteté radicale), car je suis convaincu que personne ne gagne à être gentiment ménagé. Ni vous, ni moi. Et il n’y a pas de raisons que la conclusion ne soit pas empreinte de la même teinte, donc je vais vous dire une dernière chose pour la route : vous n’y arriverez pas tous. Je précise : parmi l’ensemble des personnes pratiquant la photographie, il y a celles qui aspirent à produire quelque chose de marquant et les autres, celles qui font ça comme un loisir, sans s’y investir beaucoup. Il n’est pas question ici de cette deuxième catégorie (d’ailleurs il n’y a pas de jugement de valeur entre les deux, la photographie est un art versatile qui se plie bien volontiers à toutes les formes d’aspiration que l’on y place), mais seulement de la première. Ce que je dis ici, c’est que dans l’ensemble des gens qui aspirent à plus, qui ont le potentiel d’y arriver, tous n’y arriveront pas, et essentiellement à cause des points que j’ai soulevés tout au long de ce billet : rester enfermé dans un microcosme, refuser de voir ses lacunes, fuir sa page blanche, et c’est l’échec assuré.

Point d’élitisme ici, si la pluie avec lequel je vous ai arrosés aujourd’hui vous semble vitriolée, sachez qu’elle est lancée avec bienveillance et un peu d’espoir. Vous pouvez sûrement faire mieux que ce que vous faites actuellement, allez plus loin. Bougez-vous et faites le.


Pendant l’écriture de ce billet, j’ai principalement écouté cette playlist :

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45 Comments

  1. Je vous invite à lire,  » la distinction », et si le temps est précieux, « raisons pratiques », les deux de P. Bourdieu. Vous serez (peut-être) moins  » définitif « . Mais j’apprécie et je respecte votre démarche intellectuelle. Cordialement.

    • Hello,

      Il faudrait peut-être développer un peu plus votre message au delà de la simple référence bibliographique, cela ouvrirait le débat et pourrait être utiles aux autres lecteurs 🙂
      Je connais le premier de mes souvenir de terminale. Et même si je n’ai pas la prétention de renverser Bourdieu avec un simple commentaire, je maintiens qu’une bibliothèque reste accessible à tous (d’autant plus que le livre date de 1979 et qu’internet à énormément changé la donne en matière d’accès à la culture).

  2. Bruno Savatte

    Du Thomas Hammoudi tout craché !
    Cet article s’insère bien dans la série des « coups de pelle dans ta face » à laquelle tu nous as habitué.
    Je comprends bien cette aversion pour le relativisme mais j’ai toujours un pincement au coeur tellement parfois j’y vois un appel à une forme élitiste de l’entre-soi. ( cf les milieux autorisés de Coluche …)
    Néanmoins, depuis un an que je te lis, j’avoue me soigner des réseaux ( bon y’a des rechutes !) et je travaille à un projet qui sortirait de mes tripes ( un projet plus élaboré qu’une débâcle intestinale !) … je sais pas quand mais un jour !
    Au plaisir de te lire …

    • Ha tu me montreras ça !
      Et bon, je le dis en conclusion, ce n’est pas de l’élitisme, c’est juste pousser à creuser les choses avant d’émettre un avis dessus (si on veut être pris au sérieux s’entend)

  3. Stéphane Rouillard

    Il y a quelque chose qui me dérange. Même amateur et passionné, je n’ai pas le droit de faire de la photo, partager, consulter ce qui me chante, voir avoir un niveau correct sans avoir potasser des centaines de pages d’histoire de la photo ? Parce que ce que ce que je fais ne plait pas à des puits de culture c’est forcément moyen voir mauvais ?
    Le seul point où je suis d’accord, c’est le fait d’en vouloir à ceux qui comptent sur le matériel et la providence pour progresser plutôt que de se donner les moyens.

    Au final, il reste un goût de branlette intellectuelle et de confiture étalée après la lecture.
    Dans l’absolu j’aimerais en savoir énormément mais j’ai envie de vivre ma passion comme je l’entends et investir le temps que je veux, il y a d’autres choses importantes aussi. Je fais au mieux avec ce que j’ai sans me plaindre contrairement à une élite qui ne supporte pas l’existence de niveaux disparates assumés.

    • Bonjour Stéphane,

      Le plus simple je pense, ça serait de relire l’article. Je ne parle absolument pas de « droit de faire » ceci ou cela dedans, à aucun moment.
      Ma critique porte sur le relativisme, qui consiste à donner la même importance à tous les avis (qu’ils aient étudié un sujet ou non).

      Ta dernière phrase est hors de propos, je dis exactement l’inverse dans ma conclusion. Tu ne peux pas me dire que je suis d' »une élite qui ne supporte pas l’existence de niveaux disparates assumés. » quand je dis :

      Je précise : parmi l’ensemble des personnes pratiquant la photographie, il y a celles qui aspirent à produire quelque chose de marquant et les autres, celles qui font ça comme un loisir, sans s’y investir beaucoup. Il n’est pas question ici de cette deuxième catégorie (d’ailleurs il n’y a pas de jugement de valeur entre les deux, la photographie est un art versatile qui se plie bien volontiers à toutes les formes d’aspiration que l’on y place),

      Ta pratique telle que tu la décris n’est pas concernée par ce que je dis. Et c’est d’autant plus HS que j’écris des billets où je défend la pratique amateur : De l’intérêt d’être amateur et Doit-on sauver le mauvais goût ?

      Quant à ta question, quand on fait des lectures de portfolio & cie, il n’est jamais question directement de « plaire » ou pas. C’est plutôt l’intérêt du travail en lui-même qui est sujet.
      Et oui, si un expert (du niveau de ceux que j’ai cité) t’explique que c’est mauvais, c’est sans doute que ça l’est. Mais… on s’en fout non ? Si ton but c’est d’avoir une pratique amatrice/loisir, l’avis d’un expert, tu n’en as rien à faire, tu n’iras même pas le chercher. Ce n’est pas pertinent.

      Pour finir, je ne connais pas le « goût » de la branlette intellectuelle, je te laisse juge à ce sujet.

  4. Bonjour Thomas et merci pour ce billet interpellant. J’y lis avant tout la nécessité de prendre du recul par rapport à nos pratiques photographiques. Cela fait des années que je prends des photos (de « prendre des photos » = un acte matériel). Cela fait en revanche peu de temps que j’essaie d’y lire une signification, d’y trouver un fil conducteur, d’y débusquer des traits de ma personnalité. De définir « mon style », en somme. Cela n’est pas simple. C’est une remise en question. C’est douloureux. Personnellement, je sais que je n’aime pas l’urbex, la macro, les couchers de soleil, les longues poses en Islande et les filles toutes nues dans l’urbex. De temps en temps, je regarde mon matériel (honorable). Avant, je le voyais comme une garantie, une fin en soi. Maintenant, je le regarde comme si c’etait un violon… et je me demande ce qu’il faut pour être un violoniste. La technique ne suffit pas. Le stradivarius non plus. Il faut de l’âme, de la sensibilité. Sinon, on exprime rien d’autre que du recopiage. Et recopier, c’est merdique. En gros, on a rien à dire. Et c’est triste. Alors oui, donne-nous des coups de pelles dans la gueule, s’il te plaît. Moi, ça ne me dérange pas. Parce que si je devais me formaliser, je crois que je ferais mieux d’arrêter la photo. Ah j’oubliais! Un gros « zut » à tous ces gens hyper sûrs d’eux, qui veulent enseigner des choses alors qu’eux ne sont plus capables d’apprendre quoi que ce soit. Il faut tout le temps repartir d’une page blanche, et ça, c’est super dur! A plus!

    • Chris, merci pour ton commentaire. C’était super cool de lire ton retour, je partage ton avis, évidemment.
      Bon courage, même la plus difficile des pages blanches ne saurait être vaincue à force de volonté.

  5. Salut Thomas,
    j’aimerai pouvoir dire que tu enfonces des portes ouvertes, mais malheureusement non, tu as raison. Ça me fait penser à cet échange vif entre Gainsbourg et Béart : « un art majeur demande une initiation… L’architecture, la peinture et la musique classique, et la littérature, et la poésie ! » Serge était sans doute pété ce soir-là, mais il marque un point.
    La photo est à mon sens à la fois un art mineur et un art majeur. Ou plutôt, une pratique populaire ET un art.
    Bref, ça n’est pas de l’élitisme que de rappeler que toute pratique artistique sérieuse nécessite une connaissance de ce qui a précédé, et pas seulement en photo ; je crois qu’une approche curieuse de l’histoire de l’art est le meilleur moyen de progresser, quel que soit son domaine (d’autant que tout est accessible à qui s’en donne la peine).

    Tu cites souvent Meyerowitz, à juste titre. J’aime beaucoup aussi Saul Leiter. Une phrase tirée d’un bouquin qui vient de sortir chez Textuel (All about Saul Leiter) et qui à mon sens dit tout :
    « Parfois je me réveille au milieu de la nuit et j’ouvre un livre de Matisse, Cézanne ou Sôatsu. »

    Et, allez, une autre que j’adore, tirée du même livre :
    « Max Kozloff m’a dit un jour : « vous n’êtes pas vraiment photographe. Vous pratiquez la photographie, mais à vos propres fins — vous n’avez pas le même but que les autres. » Je ne sais pas trop ce qu’il voulait dire, mais ça me plaît. J’aime la façon dont il a tourné ça. »

    (Kozloff est un critique d’art réputé aux USA)

    • Hello!

      Je ne sais pas si je dois te remercier pour ce commentaire ou pas… Il va me coûter l’achat d’un 5e livre sur Leiter je crois ! Haha.

      Et je préfère art et pratique populaire à art majeur et mineur (j’ai toujours trouvé le deuxième sans trop de sens et pompeux).

  6. Bonjour Thomas, ce nouvel article est très intéressant et peut-être plus piquant que d’autres.
    En lisant les commentaires de vos lecteurs j’ai été arrêtée par celui qui dit « recopier c’est merdique ». Je pense au contraire que copier c’est un essai de comprendre comment c’est fait et comment on arrive là. Il n’y a qu’à s’intéresser aux débuts des grands peintres; ils ont souvent copié avant de trouver leur propre style…Copier c’est déjà se mettre en route pour découvrir quelque chose.
    Si je ne trouve pas mon style un jour, j’aurai du moins passé du temps à décrypter celui des autres et cela m’aura de toute manière intéressée et nourrie.
    Bien à vous, Anne.

    • Bonjour Anne !

      Oui, je suis d’accord avec vous. Et je pense que Chris (qui a écrit le commentaire dont vous parlez) ne tient pas un propos qui va à l’encontre du vôtre.
      Quand on débute, que ça soit en photo, en musique ou autre, la copie (ou l’apprentissage et la digestion des classiques) est une étape nécessaire.
      Par contre, comme le dit Chris, sur le long terme ça perd vite de son intérêt.

      A plus dans l’bus 🙂

      • Bonjour Anne, Thomas,
        Je me permets de ré intervenir pour préciser qu’effectivement, comme le dit Thomas, je ne visais pas le copiage qui permet d’étudier, d’apprendre mais bien le copiage qui représente un but final : si j’arrive à recopier une œuvre (peu importe le support), je ne suis pas devenu aussi légitime et talentueux que son auteur original. Je l’ai juste imité. De même, copier un style pour s’intégrer à un groupe flickr, Instagram ou que sais-je, c’est vouloir plaire à un cercle restreint d’amateurs de photos X ou Y et donc, c’est un peu s’empêcher de se découvrir soi même. Moralité : Copier pour perfectionner sa technique, ok, mais pas pour croire qu’on a atteint le bout du chemin (en fait, cendres que le début…). Sur ce, Merci encore pour ce fabuleux blog.

  7. Eric Paratcha

    Bonjour Thomas, tout nouveau lecteur de ce blog, je trouve les articles un peu longs, mais un ton singulier, une certaine véracité et surtout, une très grande justesse dans la pensée.
    Pratiquant la photographie depuis de nombreuses années et intervenant sur différentes structures, je ne peux qu’ encourager la démarche, proche de ce que je tente de partager avec le plus grand nombre.
    Je retiendrai la phrase d’ Umberto Eco concernant les réseaux sociaux.

    • Bonjour Eric 🙂

      Merci pour ton retour. Pour la longueur, c’est un peu ma marque de fabrique de prendre le temps de développer les idées, et de creuser le contenu.
      A priori, ça ne va pas aller en s’arrangeant haha. 😀

      A+ !

  8. Bonjour,
    Vouloir faire quelque chose de marquant, trouver quelque chose à dire pour remplir la page blanche, créer un style personnel et non interchangeable…Est-ce donc cela le pour Quoi et le pour Qui de la pratique ?
    Koudelka s’est il dit : je vais partir en exil pour faire des photos marquantes ? Clergue s’est il dit : personne n’a photographié des charognes, c’est un bon filon pour se différencier des autres ?
    Cartier-Bresson avait reconnu un livre « le zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc » comme un manuel de photographie. Visiblement la volonté crispé d’atteindre le centre de la cible ou de faire le geste parfait sont des obstacles à la pleine réalisation de l’acte.
    Ne pas chercher absolument à produire un résultat marquant n’est pas seulement une pratique de dilettante. Se cultiver, rencontrer, aimer, souffrir… Vivre est le plus important, la photo est juste la cerise sur le gâteau.
    Si déjà je peux vivre pleinement, je pourrai me passer d’un travail photo reconnu.
    N’y connaissant pas grand-chose face à l’immensité du monde et n’ayant rien produit de marquant, mon avis ne vaut pas un rond, mais j’ai vu la porte des commentaires ouverte au peuple alors je suis venu papoter au bar avec mon pote Umberto LoL

    • Hello !

      J’ai adoré ce livre sur le Zen, sans être un changement majeur, je trouve qu’il apporte un vrai souffle à la pratique. Cartier-Bresson disait aussi « Vous n’avez qu’à vivre et la vie vous donnera des images« .
      En fait, il ne faut pas lire mon propos comme une approche strictement utilitariste, mécanique, ce n’est pas ce que je dis et comme tu le soulignes ça n’a pas vraiment de sens.
      Quand je dis :

      Je précise : parmi l’ensemble des personnes pratiquant la photographie, il y a celles qui aspirent à produire quelque chose de marquant et les autres, celles qui font ça comme un loisir, sans s’y investir beaucoup »

      C’est surtout pour faire la séparation entre la pratique de type « loisir » (non concernée par l’article) et celle plus poussée, où l’on met beaucoup de soi (sans jugement de valeur entre les deux). Le fait qu’elle soit marquante est plus une conséquence qu’un but. Les exemples que tu cites ont consacré leur vie à la photographie, on peut aisément considérer qu’un tel investissement relève d’une pratique qui aspire à plus que du loisir.

  9. Monsieur,

    Vos propos sont pertinents et votre pensée et libre et claire.

    Bonne continuation.

  10. Ponce Pilate. Simple, basique.

  11. Pour répondre à Chris et Anne :
    Le problème n’est pas la copie consciente, toute entreprise humaine est conditionnée par un apprentissage (ne serait-ce que pour tenir debout) ; c’est beaucoup plus suspect quand elle revient subrepticement « à l’insu de notre plein gré ». J’explique : on débute, on copie, on s’inspire, on est influencé (oh ! Le bel article de Thomas), très bien, c’est le cheminement normal d’un individu en construction. Le temps passe, on creuse son ornière, on a croit-on un « style » et paf !, quelques quarante plus tard on « produit une  œuvre » que l’on croit personnelle et on s’aperçoit par hasard qu’elle n’est que la copie servile d’une photo vue en notre jeunesse (je l’avais déjà évoqué avec Thomas à propos d’une photo de Balmayer) et on se dit, en personne polie, « saperlipopette, j’ai donc passé tout ce temps pour partir de zéro et n’arriver à rien » ; Je vous avoue que c’est une pensée assez mortifère sur le coup et puis on met son mouchoir sur son ego et on repart à la pêche aux belles émotions à travers les expos, les livres, etc. Après tout l’important n’est pas ce que nous produisons mais ce que les autres produisent sur nous. C’est au bout du compte une belle aventure.
    Amistat a tots.

  12. Pas être déçu ? Tu veux rire…simplement, on finit par apprendre que le temps est à la fois la plaie et le remède. « Quam ut adispicantur omnes optant, eadem omnes adepti » comme disait l’ami Ciceron, qui n’était point sot.
    Tu y viendras, camarade.

  13. Pimpanèla

    J’attends toujours avec impatience les nouveaux articles de ce blog. Ils étonnent, dérangent, poussent à la curiosité. Ils ne laissent pas indifférents, ne lassent jamais. Ils sont également des liens de pensée entre la photographie et d’autres sujets.
    Tu te positionnes et nous amènes à nous positionner, non pas seulement en étant d’accord ou non, mais en cherchant dans notre pensée, notre expérience et notre vie à nous positionner, analyser ce que nous sommes, ce que nous pensons, argumenter.
    Nous nous bougeons le cul, agitons les méninges, avant de nous bouger et tenter d’avancer.
    Pour moi Internet n’est pas la caverne de Platon… puisque c’est là que j’y ai rencontré Thomas Hammoudi !… entre autres ; lu des blogs, choisi d’en suivre certains et en abandonner d’autres. J’y ai appris les rudiments de la photographie, la découverte d’artistes, l’envie d’aller voir des expositions, de lire et d’en savoir plus…
    J’y ai découvert des personnes qui, sous prétexte d’apporter un savoir au public non averti, imposent leur visage, leur présence, à des fins sous-jacentes de satisfaire leur « égo », pour des raisons commerciales, ou pour simplement « se montrer ».
    Un petit coup d’œil sur ma propre vie me permet de me souvenir que j’ai appris à me méfier des experts, des gens qui montrent un savoir, de ceux qui s’imposent. En revanche, je me souviens des laborieux toujours en recherche de plus de savoir et prêts à partager leur expérience –voire ceux qui pratiquent la maïeutique- et de la richesse de ce qu’ils partagent et de la qualité de leur réflexion. Ils ne s’imposent pas, ils apprennent à regarder à douter, toujours positifs, ils nous font grandir…
    A 56 ans, j’ai débuté la musique et le piano. La prof me dit sans cesse de chercher à me faire plaisir. J’ai appris les rudiments de solfège et le plaisir est maintenant de pouvoir lire et jouer de nouvelles partitions, de savoir choisir celles qui sont à mon niveau ou à peine plus haut pour progresser. J’ai découvert les musiciens d’une autre manière, j’apprends à comprendre leur œuvre, à la lier à leur vie et à leur époque. J’apprends à être modeste.
    Je rêvais depuis longtemps d’avoir un appareil photo dans un but très particulier -ça, c’est une autre vie à raconter-, on m’en a offert un pour mes 60 ans. Après des moments de désespoir face à la technique, des heures et des heures de pratique, de lectures du mode d’emploi -c’est indigeste !!!- de prises de photos, d’erreurs, de tâtonnements, après des heures de lectures, des recherches sur internet d’espoirs, de progrès puis de régressions, j’ai enfin compris que l’essentiel est le plaisir qu’on se donne. Comprendre pourquoi cette photo n’est pas réussie, et voir le plaisir qu’il en ressort, et pourquoi pas partager ce plaisir !
    C’est ainsi que je regarde des photos de coucher de soleil, je photographie les couchers de soleil encore et toujours car ils ne sont jamais les mêmes et que je ne suis pas le Petit Prince qui peut déplacer sa chaise jusqu’à 42 fois par jour quand il a de la tristesse. Il est là l’essentiel ! J’aime les couchers de soleil parce qu’ils m’évoquent une certaine nostalgie, ils symbolisent la fugacité des jours et de la vie. Ils sont la proximité de la nuit, l’espoir de nouvelles lumières, de nouveaux jours… Ils m’émeuvent !
    N’oublions pas le plaisir, on peut ne pas être expert, mais ressentir des émotions, aimer et parfois ne pas savoir dire pourquoi. Je me souviens de cette vieille dame qui, lors d’une expo de photo sur les mains, disait qu’elle aimait les photos de mains… elle préférait celle-ci à celle-là sans pouvoir dire pourquoi, et puis, en l’écoutant, en la questionnant, en prenant le temps, elle a donné les éléments les plus importants de ses choix et ils étaient pertinents mettant en valeur les qualités et originalités des photos.
    Je me souviens du plaisir découvert en faisant de la « macro » d’être obligée de venir tout près de fleurs butinées par des abeilles puis de me fondre à elles. Et d’avoir passé des heures à « jouer » avec elles, tenter de prévoir après observations où elles allaient se poser, prévoir la prise de vue, et enfin… réaliser en regardant mes clichés que certaines avaient les ailes usées, prendre ainsi conscience de leur fragilité de leur vieillissement, de leur vie !
    Plus tard, avec mon petit-fils ,6 ans, nous nous sommes noyés dans les fleurs butinées pas des abeilles. Il a dominé ses craintes et découvert par le biais du viseur ces insectes. Nous avons partagé notre éblouissement. Je me souviens de son air réjoui.
    Je pense qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais art. Il y a des émotions qui se dégagent par une culture qu’on nous a donnée, par des poncifs qu’on nous transmet par le biais des médias, des modes, des besoins de la consommation ; des besoins pour certains de se faire du fric sur le dos des autres. L’artiste reconnu aujourd’hui sera-t-il celui de demain ? les codes de l’art d’aujourd’hui seront-ils les mêmes demain ?
    Montrons le travail, les techniques, les démarches, le temps passé pour réussir, les essais, les erreurs les échecs et les réussites, les diverses œuvres, comment pourquoi elles ont été conçues, par quels moyens. Faisons connaitre les codes actuels, en précisant bien qu’ils sont à l’image de notre société, de notre époque, afin de mieux comprendre ce qui est appelé « ART », tout en donnant à chacun la possibilité de pratiquer en toute bienveillance.
    Arrêtons de faire croire que, en achetant un livre, en payant une formation de quelques semaines, nous serons les meilleurs. Je ne parle pas de tout cet arrosage de pub qui nous font croire qu’en 10 minutes par jour on peut devenir invincible, le meilleur, le plus …, le plus …
    En fait, je veux bien apprendre, mais pas qu’on m’impose ce qui est bon et ce qui est mauvais

    • Pfiou, je crois que c’est le record du commentaire le plus long du Blog !
      Merci pour ce retour, et en effet, je conçois ce Blog (en plus d’être un carnet de bord personnel) comme un moyen de titiller l’esprit des gens.
      Votre retour décrit une pratique personnelle, qui n’est pas directement concernée par ce billet et les exigences qu’il soulève (j’en parlais en revanche ici). C’est ce que je dis dans ce billet :

      Je précise : parmi l’ensemble des personnes pratiquant la photographie, il y a celles qui aspirent à produire quelque chose de marquant et les autres, celles qui font ça comme un loisir, sans s’y investir beaucoup. Il n’est pas question ici de cette deuxième catégorie

      Juste ce passage :

      Arrêtons de faire croire que, en achetant un livre, en payant une formation de quelques semaines, nous serons les meilleurs. Je ne parle pas de tout cet arrosage de pub qui nous font croire qu’en 10 minutes par jour on peut devenir invincible, le meilleur, le plus …, le plus …
      En fait, je veux bien apprendre, mais pas qu’on m’impose ce qui est bon et ce qui est mauvais

      C’est un poil caricatural. Comme pour toutes les formations, il y a du bon et du mauvais contenu, qui va vous aider ou non. Celles d’ALP sont excellentes et unanimement reconnues comme telles par les élèves. On ne peut pas tout balayer d’un revers de main. Et en général, personne n’imposera ce qui est bon ou mauvais, cela vient naturellement avec l’apprentissage, on s’en rend compte soi-même. Pour être caricatural, conservateur de Musée de Peinture ne courra après les peintures de Georges W. Bush, et il n’y a pas de photographies de coucher de soleil dans les collections du MoMA.

  14. Alors moi déjà rien que pour l’illustration « 4K Full HD » de l’Allégorie de la Caverne je dis bravo, quel style ce Platon…ou ce Thomas, c’est comme on veut !
    Sinon, c’est toujours aussi intéressant à lire, à décortiquer et même si j’ai encore pris quelques gouttes de vitriol sur la tronche ce n’est pas grave je mets un masque quand je viens sur ton blog, il faut toujours sortir couvert.
    J’assume totalement de faire des photos qui ne trouvent pas grâce à tes yeux, genre coucher de soleil (que tu aimes à peu près autant que la macro :)) parce que certaines personnes apprécient de les regarder, et peut-être qu’il y en aura un jour au MoMA, bien malin qui pourrait affirmer que non.
    Mais pour ne pas sombrer dans l’ennui je sors aussi (en plus de mes doigts là où il ne faut pas les laisser) de cette « photo-plaisir » pour réaliser des photos qui racontent autre chose.
    C’est toujours un plaisir de te lire, et d’ailleurs j’ai même mis un lien vers ton blog sur mon site, c’est dire !!!

    • Haha, merci Rémy pour ce retour.
      Et je sais pour le lien, je l’ai vu apparaître il y a quelques semaines dans Google Analytics.
      Merci du coup d’pouce !

  15. Merci pour cet excellent article. Pour faire court, je l’ai résumé en 2 mots :
    DISCERNEMENT & HUMILITE – qualités indispensables à 2 catégories de personnes : les photographes et les … non photographes. Nous sommes tous concernés … tout le temps.

  16. Stéphane

    Bonjour,

    J’adore ton style d’écriture, je partage pas mal de tes points vues mais pas tous et plus particulièrement ton paragraphe sur « Tous les goûts ne se valent pas » .

    Je trouve que tes propos dans cet article s’apparentent parfois exactement à ceux des galeristes en art contemporain, ce petit cercle qui s’auto-congratulent et tente de se justifier en s’érigeant en « experts », mettant ainsi un terme à toutes discussions puisque, sous entendu, nous on n’est pas expert.

    Et comme avec eux, dès qu’on décortique un peu et tente de préciser certains points en les prenant sous un autre angle, souvent celui de l’oeuvre elle même, on s’aperçoit que sorti du contexte vous vous enlisez dans d’énormes contradictions.

    Contradictions qu’on voit rapidement si on compare les propos de cet article à ceux qu’on trouve dans ton livre. Ici tu nous dit que si on a pas connaissance de l’histoire de la photographie on ne peut pas dire qu’une photo est bonne ou mauvaise, on n’est pas légitime mais dans ton livre, et durant tous tes premiers chapitres, tu t’évertue à nous démontrer qu’en photo il n’y a pas de normes et donc qu’il n’est pas possible de dire qu’une photo est bonne ou mauvaise.

    Je discutais dernièrement avec le directeur du centre d’art contemporain de ma ville qui présentait une œuvre « extraordinaire » et lui demandais si je lui amenais la même œuvre l’exposerait-il ?. Sa réponse fut éloquente… « non » car je n’ai pas le parcours qui amène à cette œuvre. C’est toute l’histoire du porte-bouteilles de Marcel Duchamp et du « readymade », si ce n’était lui tout le monde aurait rigolé mais comme c’est Marcel Duchamp on vente sa provocation. Donc en d’autres termes son jugement n’est pas sur l’oeuvre mais sur le parcours de l’artiste.

    D’ou l’importance à mon sens de différencier, et c’est la que souvent on se trompe, l’analyse brute d’une photo et celle de la même photo mais dans le parcours d’un photographe.

    Comme il ne faut pas non plus oublier de différencier, l’artiste (donc celui qui a une démarche photographique, un projet) du photographe professionnel qui vend ses services en présentant ses photos. A noter que beaucoup de photographes amateurs présentent leurs photos comme les photographes professionnels qui vendent leur services, sans véritable projet, juste des photos. On ne peut donc juger leur photos que techniquement ou harmonieusement et subjectivement.

    Sans ces différenciations le débat est sans fin, voir même sans interêt. Pour ma part quand je vais à une expo photos c’est d’abord le résultat qui m’intéresse, c’est ce que je vois et si cela m’interpelle d’une manière ou d’une autre je vais m’intéresser à l’artiste. Mais quand le résultat n’a pour moi aucun interêt ou aucun sens je ne vais pas, à tord peu-être, chercher à en savoir plus.

    Quand on demande son avis à un grand photographe sur une de nos photos, on obtient le plus souvent « on ne doit pas justifier une photo, si elle vous plait c’est l’essentiel et tout ce qui importe » et c’est normale car comme tu le dits dans ton livre il n’y a pas de norme et qu’on présente ainsi une photo et non une démarche.

    A contrario vous, comme les galeristes, auriez l’oeil de l’« expert », et pourriez juger d’une photo mais en réalité aucune n’aura grâce à vos yeux sans une histoire, car c’est elle qui va permettre de justifier vos choix et son prix. Finalement comme dans beaucoup de choses c’est le vendeur qui dicte ses normes et veut nous assurer qu’on fait l’achat du siècle.

    C’est aussi pour cela que la plus part des concours photos sont biaisés, et que les photos primées ne sont pas forcément les plus belles, mais c’est un autre sujet.

    Car soyons honnête aussi une démarche artistique ne suffit pas non plus à produire de « bonnes » photos. Ce n’est pas parce qu’on a un nom que tout ce qu’on fait à un interêt mais pour un galeriste ou un jury c’est néanmoins plus vendeur. Et c’est probablement là que l’écart se creuse.

    Donc oui pour moi tout le monde peut juger d’une photo, en revanche pour juger d’une démarche il faut un peu plus de travail.

    Voilà je m’arrête la car j’ai pas envie de battre le record du commentaire le plus long.

    Je terminerai quand même avec un dernier pavé, peu-être hors propos, sur Joël Meyerowitz que tu cites, si ces photos sont un excellent témoignage du passé et ont ainsi une valeur historique et de mémoire, prise une à une beaucoup n’ont pas vraiment d’autres interêts mais c’est un peu le propre de la photo de rue à mon sens.

    • Hello Stéphane,

      Alors, non, il n’y a pas de contradiction, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas changé d’avis par magie entre l’écriture du livre et celle de cet article.

      C’est dingue quand même. Je prends le temps d’écrire des choses précises et documentées, avant de partir dans des diatribes sans fin, il faudrait bien lire l’article. Je n’y parle jamais de « droit » ou de « qui peut quoi ». Votre commentaire (qui consiste à partir d’exemples empiriques à souligner que n’importe qui peut donner son avis) est hors sujet. Le passage en question ne porte que sur la valeur des différents avis, pas sur le droit ou non d’en donner.

      Tant qu’on y est :

      • La différence photographe professionnel / photographe artiste est déjà traitée dans le Blog (ici). Plus généralement, je m’adresse rarement aux pro, ils ne sont pas concernés par les problématiques que j’évoque sur le Blog (pas pour leur activité principale du moins).
      • « Ici tu nous dit que si on a pas connaissance de l’histoire de la photographie on ne peut pas dire qu’une photo est bonne ou mauvaise » ce n’est pas ce que je dis, ce n’est pas le sujet (cf. le début de ma réponse). De toute façon, il n’y a pas de « bonnes » ou « mauvaises » photographies, j’ai déjà parlé de ce sujet ici : Y a-t-il des bons et des mauvais photographes ?
      • Ton galeriste à raison. Dans l’absolu on s’en fiche des urinoirs de Duchamp. Ce qui est important c’est sa démarche, c’est ça qui a changé le monde de l’art. Et par définition, tu ne peux reproduire la même.

      A contrario vous, comme les galeristes, auriez l’oeil de l’« expert », et pourriez juger d’une photo mais en réalité aucune n’aura grâce à vos yeux sans une histoire, car c’est elle qui va permettre de justifier vos choix et son prix. Finalement comme dans beaucoup de choses c’est le vendeur qui dicte ses normes et veut nous assurer qu’on fait l’achat du siècle.

      Là, vous me prêtez des propos que je ne tiens pas, donc je ne vais pas y répondre 🙂

      C’est aussi pour cela que la plus part des concours photos sont biaisés, et que les photos primées ne sont pas forcément les plus belles, mais c’est un autre sujet.

      « Belles » cela ne veut rien dire. Et il y a un passage à ce sujet dans le livre que vous avez acheté : Partie 1.1.2 « La notion de beauté », page 73.

      Pour ma part quand je vais à une expo photos c’est d’abord le résultat qui m’intéresse, c’est ce que je vois et si cela m’interpelle d’une manière ou d’une autre je vais m’intéresser à l’artiste. Mais quand le résultat n’a pour moi aucun interêt ou aucun sens je ne vais pas, à tord peu-être, chercher à en savoir plus.

      A tord je confirme. En faisant cela vous ne reste qu’à la surface des choses. Il y a des œuvres qui parlent d’elles-mêmes et certaines qu’il faut un peu creuser pour comprendre. Sans faire cela, vous passez sans doute à côté de quelque-chose (que vous continuerez peut-être de ne pas apprécier, mais que vous aurez compris du moins).

      Quant au passage sur Meyerowitz, c’est exactement le genre d’avis à l’emporte-pièce sur lequel cet article porte 😉

      • Stéphane

        Permettez moi quand même d’avoir ma sensibilité, mon expérience, mon ressentie et mon vécu…

        Mes propos étaient généralistes et ne vous étaient pas tous forcément destinés.

        Non vous ne dites pas qu’on ne peut pas avoir un avis mais qu’il aurait moins d’intérêt (ce qui pour moi revient au même) et je ne parle pas ici de l’analyse d’une démarche mais juste celle d’une photo en elle même.

        Pour parler de Meyerowitz, je suis désolé mais je ne vois pas l’attrait d’une photo d’un escalier en bois vide avec des personnages flous en haut de cet escalier et des têtes coupées et toutes aussi flous dans un coin en bas de la photo… alors peu être que dans l’ensemble elle a un sens, que je ne perçois pas, mais je parle de l’intérêt en tant que photo et juste en tant que photo. (je sais là je vais encore me faire claquer)

        Excusez moi de ne pas comprendre à la première lecture exactement comme vous… de donner ma perception, d’avoir ma vision et d’oser ne pas être d’accord.

        Excusez moi de faire de la photo sans avoir de message, ni de projet spécifique mais juste de tenter de capter une lumière, un détail, une géométrie au fil de mes ballades…

        Je m’arrêtes là car vous avez le verbe plus aisé que moi et je ne peux rivaliser.

        • Stéphane,

          Il va falloir redescendre un peu, parce qu’on est en train de faire le Space Mountain du hors-sujet là.

          Permettez moi quand même d’avoir ma sensibilité, mon expérience, mon ressentie et mon vécu…

          Oui, évidemment. Et c’est pour ça que les commentaires sont ouverts, je réponds à vos arguments, pas à autre chose.

          Mes propos étaient généralistes et ne vous étaient pas tous forcément destinés.

          Bah étant donné que vous citez mes articles & livre, et que vous utilisez la 2e personne du pluriel, ça en a quand même bien l’air. Soyez plus précis la prochaine fois.

          Non vous ne dites pas qu’on ne peut pas avoir un avis mais qu’il aurait moins d’intérêt (ce qui pour moi revient au même) et je ne parle pas ici de l’analyse d’une démarche mais juste celle d’une photo en elle même.

          Non, ça ne revient pas au même. La différence entre les deux, ça s’appelle la liberté d’expression. Mais oui, c’est tout le propos de l’article, un expert d’un sujet a un avis plus important que celui d’un débutant. Quand vous avez un cancer, vous allez chez l’oncologue, pas sur doctissimo on est d’accord ?
          Est-ce que l’on ferme doctissimo pour autant ? Non. Eh bien là c’est pareil.

          Ensuite ON NE PEUT PAS différencier une photographie de la démarche de l’auteur qui la produit et du contexte, c’est le propre même des œuvres d’art que d’émerger d’individus. Chaque œuvre est liée à son époque, c’est un tout. Les peintures de Picasso auraient été l’œuvre d’un fou deux siècle plus tôt.
          La claque que vous pressentez va arriver : avec une lecture aussi premier degré, n’importe quelle œuvre n’a aucun intérêt. Les photographies de Cartier-Bresson ne sont que des gens dans la rue. Idem pour Doisneau, Klein et Ronis. Marchand & Maffre ne montrent que des vieux bâtiments (quel est l’intérêt ?), Salgado des animaux et ne parlons même pas d’Eggleston.

          Excusez moi de ne pas comprendre à la première lecture exactement comme vous… de donner ma perception, d’avoir ma vision et d’oser ne pas être d’accord.

          Mais JUSTEMENT, je ne comprends pas les choses à première lecture, ça n’est le cas de personne. Je les connais parce que je les ai étudiés. Si votre vision n’est qu’un avis personnel et non documenté, elle ne vaut que le travail que vous avez mis à la forger, en l’occurrence rien. C’est tout le sujet de l’article, personne n’a la science infuse. Donc à ce sujet vous avez un choix simple : creuser, étudier et étayer votre avis (qui ne changera peut-être pas), ou continuer à l’aveugle comme ça. Si vous voulez comprendre Meyerowitz, lisez Where I Find Myself.

          Excusez moi de faire de la photo sans avoir de message, ni de projet spécifique mais juste de tenter de capter une lumière, un détail, une géométrie au fil de mes ballades…

          Mais JUSTEMENT, lisez l’article bordel. Si c’est ce que vous aimez faire, VOUS N’ÊTES PAS CONCERNÉ. Je peux répondre infiniment à vos questions, mais je ne peux pas lire le contenu à votre place.

          Je précise : parmi l’ensemble des personnes pratiquant la photographie, il y a celles qui aspirent à produire quelque chose de marquant et les autres, celles qui font ça comme un loisir, sans s’y investir beaucoup. Il n’est pas question ici de cette deuxième catégorie

  17. Hé ! Je t’avais dit que j’étais pas d’accord sur un point…j’avais finalement mal lu…c’est ce qui est intéressant dans tes articles, il y a souvent plusieurs couches de lecture…on en retire à chaque lectures, un peu plus…

    Surtout que finalement, qui suis-je pour donner mon avis ? ;-D

    N’arrête pas les coups de pelles, c’est toujours vivifiant !

  18. Tout d’abord, merci pour cet article.
    Cet article qui m’emmerde copieusement, parce que je me sens le cul entre deux chaises… Les couchers de soleil m’ennuient, les petites fleurs et les insectes provoquent des remontées gastriques. Je suis sensible à des démarches artistiques (dans certaines limites par contre, j’ai l’esprit encore un peu hermétique à certains trucs).
    J’ai aussi envie de produire des photos qui vont provoquer une émotion, pas parce qu’elles sont « belles » comme un coucher de soleil, mais parce qu’elles seront intéressantes par leur propos, la démarche… Oui, j’ai des velléités artistiques… Néanmoins, je sais que je ne me donne pas les moyens d’accéder à ce que je veux. Je me suis récemment essayé à la photo de rue et j’ai réussi à prendre des gens en photo en étant pas trop loin (genre 2 ou 3 mètres ). Mais je sens que ces photos, si on peut les trouver « sympa » ne font pas sens.
    Et pour en revenir à cet article, ben tu écrits tout haut ce que je pense tout bas. Je dois me bouger le cul et arrêter de me trouver des excuses bidons.
    D’où une bonne remise en question du pourquoi du comment sur ma pratique photo… Merci!

    • Hello Yann 🙂

      Contant que ça t’ai plu et que ça te pousse à aller plus loin.
      La photographie de rue, il va falloir marcher sur des kilomètres et des kilomètres pour être à l’aise, c’est une discipline ingrate !
      Quant au sens, il y a mille façons de s’exprimer via la photographie de rue. Street photography now (présent dans la bibliographie) en est un très bon exemple.

  19. Toujours un plaisir de te lire ! Continue les longs articles, j’adore !
    Je suis d’accord avec le fait que tous les goûts ne se valent pas, même si je sais que ça en fait grincer des dents certains. Sans être élitiste, il faut souvent un minimum de bagage pour avoir un avis éclairé. Après, paraître élitiste ou pas, c’est aussi une affaire de ton, si on ne prend pas les gens de haut, que l’on est dans l’explication et que l’on souhaite partager son savoir, ce n’est pas élitiste. Maintenant, si les gens sont allergiques à la connaissance, aux explications et prennent le savoir comme une maladie, eh bien qu’ils retournent voir NRJ12 !

    Je ne sais pas dans quelle catégorie je me mets entre les amateurs avertis où ceux qui ont envie d’aller plus loin, je cherche pas à le savoir et c’est pas à moi de le dire, j’engrange les sources intéressantes, je continue mon petit projet avec toujours le même message, je me pose pas trop de question, j’essaye de rester concentrée, j’apprends et on verra ce qu’il ressort dans quelques années.

    Quand je lis les commentaires, ça me rappelle des discussions que j’ai eu par le passé. C’est toujours l’éternel débat du « tous les avis se valent et chacun fait comme il veut sans se soucier des critiques vs. tous les avis ne se valent pas et ça dépend de qui le dit en connaissant ce qu’il connait ». Même s’il ne faut pas faire aveuglement confiance à tous les experts en leur domaine, ce n’est pas une science exacte, mais il m’arrive parfois d’avoir un avis de surface sur un sujet que je ne connais pas assez, donc je précise que ça me plait ou pas mais que je ne suis pas experte, il faut savoir reconnaître quand notre avis est un avis avec un poids faible du fait du peu de connaissances sur un sujet. Tout cela vient avec le temps, on forge nos avis avec l’expérience et le temps et plus on connait de choses, plus on a une vision globale de ce qui se fait et a été fait, et mieux on est armé pour critiquer en connaissance de cause et en aillant une vision large du sujet.

  20. Bonjour et merci pour cet article qui pour moi tombe à pic. Je suis dans une phase descendante en terme d’inspirations et j’ai repris le chemin des expos et bouquins à parcourir ^^.
    Cependant j’aimerai un éclaircissement sur votre propos que je cite  » parmi l’ensemble des personnes pratiquant la photographie, il y a celles qui aspirent à produire quelque chose de marquant et les autres, celles qui font ça comme un loisir, sans s’y investir beaucoup. »
    Pourriez vous indiquer le degré d’investissement nécessaire ( et le définir tant que vous y êtes ^^) pour atteindre la première catégorie ?

    En tout c’est avec plaisir que je suis votre blog qui m’apporte un bon complément ^^

    • Bonjour Philippe, merci pour votre commentaire 🙂

      Quant à la définition, je pense que la réponse se trouve plus en vous qu’en moi. Je me vois mal fixer arbitrairement des lignes universellement valables.
      Disons que quand vous passerez de l’un à l’autre, vous serez le premier au courant.

  21. Bonjour et merci pour cet article qui fait réfléchir même si je pense qu’il me faudra beaucoup de temps pour « digérer » une partie de ces réflexions je pense , d’un côté j’ai la démarche de quelqu’un qui veut transmettre des choses , qui veux « communiquer » plus que des banalités et faire ce que j’appelle que du booooooo en photo ( même si j’en apprécie plus d’un contenu et en fais moi même ) , dernièrement je commençais à faire de la street photo en argentique , la démarche autant que le contenu me semble plus profond et possiblement intéressant ( avec mon humble niveau j’en conviens lol ) que certaines photos plus simples , quoiqu’il y a simple et simpliste aussi bref…
    D’un autre côté je vais bientôt être à mon compte ( je fais beaucoup de portraits à la base ) et donc même si j’essaie de davantage transmettre de mon cœur ( on arrête jamais d’y travailler et peaufiner tout ça ) mine de rien parfois je dois aller inconsciemment au commercial avec des photos plus « faciles » et classiques sans fonds ( même si parfois j’en vois , même sans faire de séries mais je me trompe peut-être dans mon analyse ) , il m’est arrivé même de m’en sentir coupable car je pense avoir davantage une démarche artistique ( même si maladroite et jeune encore peut-être ) et d’un autre côté il y a le côté plus commercial , enfin je dis tout ça quand je publie sur les réseaux sociaux en fait , quand mon site sera créé je commencerai aussi à y créer des galeries de séries plus perso comme la photo de rue ou d’architecture , du coup ça m’a fait beaucoup penser que les réseaux sociaux influencent beaucoup sur ce qu’on montre , étant d’un côté dans le commercial ( photographe pro ) et de l’autre amateur ( passionné , sensible de montrer des choses plus profondes ) …

    Dans tout ça ce qui est sur c’est que ça fait réfléchir , merci beaucoup !

    • Hello,

      Content que l’article t’ait fait cogiter.
      Il y a beaucoup de photographes qui ont eu une carrière pro et une perso bien distincte, et ça se passe très bien.
      On n’est pas obligé de choisir, ne te stresse pas pour ça. Regarde le travail d’Irving Penn 🙂

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