Sommaire
- 1 William Eggleston, pionnier de la photographie en couleur
- 2 Des racines du Sud aux premiers déclics en noir et blanc
- 3 L’éveil à la couleur : un regard « démocratique »
- 4 1976 : William Eggleston’s Guide, la couleur fait son entrée au MoMA
- 5 Après la controverse, la consécration : une influence durable (années 1980-2000)
- 6 Un héritage en technicolor : Eggleston et la génération suivante
- 7 Qu’en retenir pour votre pratique ?
- 8 Conclusion
- 9 Chronologie de la vie de William Eggleston
- 10 Sources

Aucun sujet n’est plus porteur de significations que le banal.
Eudora Welty, à propos des photographies de William Eggleston.
Oui, on y est, quasiment 10 piges après avoir démarré le Blog, je consacre enfin un article à mon photographe préféré, ma plus grande influence. Il était temps.
William Eggleston, pionnier de la photographie en couleur
Figure majeure de la photographie du XXe siècle, William Eggleston a révolutionné l’art photographique en faisant du quotidien en couleur un sujet digne des musées. Ses images aux couleurs intenses de tricycles abandonnés, d’ampoules électriques pendantes ou de scènes de rue ordinaires ont contribué à faire reconnaître la photographie couleur comme une forme artistique à part entière. Bien avant que la couleur ne devienne la norme en art, Eggleston a eu l’audace de tourner son objectif vers « l’exceptionnel du banal » (selon les mots du photographe Raymond Moore) et de tout photographier sans distinction ni hiérarchie, adoptant ce qu’il appelait un regard démocratique sur le monde. Considéré parfois comme l’inventeur de la photographie en couleur dans les années 1970, Eggleston préfère se définir comme un artiste « en guerre contre l’évidence », déterminé à révéler la beauté mystérieuse de l’ordinaire.
Je suis en guerre avec l’évidence parce que l’évidence ne laisse aucune place au mystère.
William Eggleston
Retour sur la vie et l’œuvre de ce photographe visionnaire dont l’approche a bouleversé l’histoire de la photographie.
Des racines du Sud aux premiers déclics en noir et blanc
William Eggleston naît le 27 juillet 1939 à Memphis, dans le Tennessee, au cœur du sud des États-Unis. Il grandit entre la ville et la plantation de coton de ses grands-parents dans le delta du Mississippi, au sein d’une famille aisée de l’aristocratie sudiste. Enfant solitaire et imaginatif, il se passionne très tôt pour les images : il découpe des photographies dans les magazines, collectionne les cartes postales et s’initie au dessin et à la musique. Il a d’ailleurs gardé cette dernière passion jusqu’à l’âge adulte, on peut même trouver certains albums à lui en ligne, où il joue du piano.
Bref, revenons à son enfance. Comme l’a confié un membre de sa famille dans un témoignage recueilli par The Bitter Southerner (cf. les sources à la fin de cet article), Eggleston, surnommé “Cousin Bill”, était un enfant rêveur qui pouvait passer un temps infini à contempler un simple couloir, une véranda ou un coin de rue, déjà porté par son obsession des détails et de la lumière.
Envoyé en pensionnat puis étudiant indiscipliné, il fréquente sans conviction plusieurs universités du Sud (Vanderbilt, Delta State, puis Ole Miss) sans décrocher de diplôme. C’est durant ces années d’apprentissage qu’un ami lui met un appareil photo entre les mains en 1957, éveillant une vocation inattendue. Eggleston achète alors un Canon télémétrique 35mm, bientôt suivi d’un Leica, et commence à photographier son univers familier.
Ses premières images, dans les années 1950 et au début des années 1960, sont en noir et blanc, comme il se doit à l’époque pour quiconque ambitionne de faire de la « photographie d’art ». Eggleston apprend en autodidacte, en observant le travail de maîtres de la photographie. La découverte des ouvrages The Decisive Moment d’Henri Cartier-Bresson et American Photographs de Walker Evans en 1959 fait forte impression sur lui. De Cartier-Bresson, il admire le sens de la composition instantanée et le cadrage vif de l’instant décisif. D’Evans, il retient l’attention portée à l’Amérique ordinaire (façades vieillissantes, enseignes vernaculaires, intérieurs modestes) qu’il photographie avec une frontalité dépouillée. Le jeune William Eggleston s’essaie à capter à son tour ces scènes du quotidien du Sud profond.
















Ses clichés de cette époque, peu publiés à l’époque mais redécouverts plus tard, montrent déjà son attrait pour les détails banals et une certaine mélancolie du Deep South. On peut les retrouver dans ce livre, par lequel je l’ai d’ailleurs (ironiquement) découvert, parle très bien de cette période :

Néanmoins, Eggleston sent que quelque chose manque à ces images en noir et blanc : la couleur qui inonde son environnement quotidien, des vieilles voitures aux néons des diners.

Au passage (et pour l’anecdote), William Eggleston n’a jamais caché son goût pour certaines substances, notamment dans les années 1970 où il était un fervent consommateur de Quaaludes, un sédatif alors en vogue. Dans une interview, il raconte une anecdote sur la danseuse Marcia Hare, qu’il avait photographiée allongée dans l’herbe, comme une figure préraphaélite égarée dans le Sud profond des États-Unis. « Elle appelait ça des ‘bluebirds’ », dit-il à propos des comprimés, expliquant comment, après en avoir pris un par curiosité, il s’était rendu compte qu’il était incapable de se tenir debout. « Marcia, elle, en prenait toute la journée. » Eggleston, qui ne s’est jamais privé d’expérimenter – « un peu de tout sous le soleil », selon ses propres mots – dit aujourd’hui avoir troqué ces expériences pour un attachement fidèle au bourbon, son unique « drogue » désormais. Une déclaration qui en dit long sur le personnage, mélange de raffinement aristocratique du Sud et de désinvolture bohème, oscillant entre rigueur vestimentaire et vision photographique imprégnée d’un certain flou éthylique.
L’éveil à la couleur : un regard « démocratique »
Au milieu des années 1960, Eggleston opère un tournant décisif en commençant à expérimenter la photographie en couleur. En 1965, il réalise ses premières images sur film couleur (diapositives Kodachrome), puis dès 1967 il adopte la pellicule négative couleur comme support principal de son travail. Ce choix est audacieux : à l’époque, la photographie couleur est jugée vulgaire par de nombreux photographes d’art et critiques, associée soit aux instantanés amateurs, soit aux images commerciales criardes. « Seul le noir et blanc était pris au sérieux », rappellera Eggleston, tandis que Walker Evans lui-même qualifiait la couleur de médiocre et « vulgaire ». Mais Eggleston pressent que la couleur peut apporter une nouvelle dimension expressive. « J’avais cette idée d’une manière démocratique de regarder, que rien ne soit plus ou moins important qu’autre chose », expliquera-t-il plus tard pour décrire son approche iconoclaste. Plutôt que de hiérarchiser les sujets, il photographie tout ce qui l’attire, du ciel bleu traversé de fils électriques aux devantures de motels, en accordant à chaque teinte du réel une importance égale.






C’est également à cette période qu’Eggleston fait une rencontre déterminante. En 1967, lors d’un voyage à New York, il montre ses photographies au célèbre curateur John Szarkowski, alors directeur du département photo du Museum of Modern Art (le MoMA dont je vous parle tout le temps). Eggleston arrive avec sa mallette remplie de tirages couleur bon marché : « un plein carton de photos de drugstore », se souviendra Szarkowski. Contre toute attente, le regard novateur du jeune Sudiste fascine le conservateur. Szarkowski, figure influente réputée pour son flair avant-gardiste, décèle dans ces images en apparence banales une perfection formelle et une vision originale. « Parfaites », aurait-il même dit en découvrant ces photographies aux sujets triviaux. Grâce à ce soutien providentiel, Eggleston reçoit en 1974 une prestigieuse bourse Guggenheim pour poursuivre ses explorations en couleur et devient conférencier invité à l’université Harvard la même année, Un emploi qu’il a perdu, selon Walter Hopps, après avoir attaqué un professeur allemand avec un couteau à beurre, dans un accès de paranoïa causé par la drogue. Mais tout n’est pas perdu, c’est là-bas qu’il découvrira le procédé du dye-transfer.
Ainsi au début des années 1970, Eggleston multiplie les clichés aux tons saturés dans son Sud natal et au gré de voyages à travers les États-Unis. Il maîtrise de mieux en mieux l’art difficile de la couleur. En 1973, il réalise l’un de ses clichés les plus emblématiques : une pièce éclairée par une simple ampoule nue suspendue à un plafond peint en rouge sang. Intitulée Greenwood, Mississippi, 1973 mais plus connue sous le nom de The Red Ceiling (Le plafond rouge), cette photographie frappe par la violence de sa couleur et son ambiance énigmatique.

Eggleston a poussé la saturation au maximum grâce au tirage par transfert de colorants (le dye-transfer dont on vient de parler), un procédé d’impression sophistiqué emprunté à la publicité qui permet d’obtenir des couleurs d’une intensité exceptionnelle. L’image du plafond rouge, avec son ampoule blafarde, ses fils électriques blancs serpentant et ses affiches érotiques à peine visibles dans un coin, dégage un sentiment d’étrangeté quasi cinématographique. « Quand on regarde la teinte, c’est comme du sang frais sur le mur », commentera plus tard Eggleston à propos de ce rouge omniprésent. Il avouera aussi que cette photographie tenait de l’exploit technique pour lui, un « exercice à la Bach », car « le rouge est la couleur la plus difficile avec laquelle travailler ». Reproduite dans de nombreux livres, The Red Ceiling deviendra un symbole de son art – au point que l’écrivaine Donna Tartt qualifia Eggleston de « grand poète de la couleur rouge ». et pour l’anecdote, l’image aura aussi été sur la pochette de l’album Big Star de Radio City (mais je ne l’ai jamais écouté, je n’ai aucune idée de si c’est bien ou non).

Plus largement, à travers des scènes ordinaires transcendées par des teintes vibrantes, Eggleston démontre durant ces années-là que la couleur peut être le véritable sujet de l’image, porteuse d’émotion et de mystère.
1976 : William Eggleston’s Guide, la couleur fait son entrée au MoMA
En mai 1976, William Eggleston accède à la consécration grâce à l’exposition William Eggleston’s Guide au Museum of Modern Art de New York. Il s’agit de la première grande exposition monographique du MoMA consacrée uniquement à de la photographie couleur – un événement historique à lui seul. Sous la houlette de John Szarkowski, 75 tirages couleur sélectionnés parmi des milliers de photos d’Eggleston sont accrochés aux cimaises du prestigieux musée.
Un catalogue, intitulé William Eggleston’s Guide et orné en couverture d’une photographie d’un tricycle d’enfant sur un trottoir de banlieue, est publié pour l’occasion. C’est la première fois qu’un grand musée légitime ainsi la couleur en photographie d’art, ce que Szarkowski explique dans son introduction en qualifiant Eggleston de photographe « parfait » dans sa manière de voir le monde en couleur.

C’est d’ailleurs un livre que j’avais inclus dans mon top des livres les plus influents de l’histoire de la photo il y a quelques années :
Pourtant, à l’époque, l’audace d’Eggleston suscite l’incompréhension d’une partie de la critique. Une fraction conservatrice du monde de l’art n’est pas prête à accepter ces images du quotidien, sans mise en scène spectaculaire, tirées en couleurs vives comme des publicités. Le scandale Eggleston éclate dans la presse new-yorkaise : « L’exposition la plus détestée de l’année », titre le New York Times en 1976. Hilton Kramer, critique influent du Times, étrille le photographe du Sud en fustigeant des images « parfaitement banales » et « parfaitement ennuyeuses », peu dignes selon lui du statut d’œuvre d’art. « Un guide vers quoi ? » s’amusent d’autres détracteurs, raillant le titre du catalogue et le fait qu’Eggleston photographie indifféremment « un mur de salle de bain carrelé, l’intérieur d’un four ou le contenu d’un congélateur ». Aux yeux de ces critiques, habitués aux grands reportages humanistes ou à la photographie conceptuelle en noir et blanc, les sujets d’Eggleston semblent dérisoires (un tricycle abandonné, un homme assoupi, un plat de frites froides) et ses couleurs, un gadget superficiel.
Dès le départ et aujourd’hui encore, Eggleston demeure pour certains “le plus grand photographe du monde” et pour d’autres “le pire”, signe que son audace divise toujours autant.
Szarkowski prend la plume pour défendre son protégé et retourner l’argument : si ces photos paraissent banales, c’est précisément parce qu’Eggleston revendique le banal comme sujet. Leur perfection réside dans l’équilibre des formes et des teintes, et dans la révélation du beau là où personne ne pensait le trouver. Le temps donnera raison à Szarkowski. Si l’exposition de 1976 choque, elle n’en marque pas moins un tournant. Comme l’a analysé le critique Mark Feeney, cette date correspond à « un glissement tectonique dans l’histoire du médium : l’acceptation grandissante de la couleur en photographie d’art ». Eggleston apparaît dès lors comme le chef de file d’une nouvelle génération de photographes explorant la couleur : Stephen Shore, Joel Meyerowitz, Joel Sternfeld ou encore son compatriote du Sud William Christenberry suivent des voies parallèles.
Photographier en couleur le trivial (y compris un simple tricycle) n’est plus tabou, et le MoMA vient d’officialiser cette révolution visuelle.
Analyse d’une photographie emblématique : Tricycle, Memphis (1970)

Parmi les images présentées en 1976, l’une d’elles est rapidement devenue l’icône du regard d’Eggleston : la photographie d’un tricycle d’enfant, un jouet usé aux pneus sales, saisi en très gros plan dans une banlieue de Memphis. Sobrement intitulée Untitled (Tricycle) ou Memphis, 1970, cette image a souvent été appelée simplement “The Tricycle” tant elle a marqué les esprits. Elle offre un excellent exemple de la façon dont Eggleston parvient à conférer une aura quasi mythique à un sujet a priori trivial.
Le tricycle occupe tout l’avant-plan de l’image, photographié en contre-plongée, d’un point de vue si bas qu’il dépasse l’horizon et semble dominer son environnement. Vu à hauteur de jeune enfant – ou même plus bas encore – le petit vélo rouillé prend des allures de monstre de fer : ses trois roues crasseuses deviennent imposantes, et le guidon tordu s’arque dans le ciel tel un demi-cercle métallique. En choisissant ce point de vue inhabituel, Eggleston transforme ce jouet en « véhicule de dieux très jeunes », selon la formule de Mark Feeney, « un trône d’archange » dominé par le ciel. L’effet est à la fois enfantin et solennel : ce tricycle n’est plus un simple objet d’amusement, il acquiert une sorte de majesté incongrue.
À l’arrière-plan, on distingue à peine le reste de la scène : deux pavillons de banlieue aux toits bas, un bout de pelouse jaunit, l’entrée d’un garage où est garée une automobile. Un ciel d’hiver gris-blanc écrase le tout d’une lumière plate. En soi, rien qui soit remarquable – c’est l’Amérique la plus banale des lotissements pavillonnaires. Eggleston prend soin de composer son image de telle sorte que ces éléments secondaires forment un écrin neutre autour du tricycle : la bande d’herbe et l’asphalte font écho au gris du ciel, les lignes horizontales du trottoir et des toits contrastent avec les courbes du vélo. Par ces choix subtils, il donne à voir un équilibre caché dans la scène ordinaire. Les couleurs elles-mêmes jouent un rôle essentiel : le bleu-vert délavé du cadre et le rouge passé des poignées du tricycle se répondent, tandis que le blanc du plastique et du chrome fait écho aux façades claires en arrière-plan. Rien n’est saturé de manière criarde, mais l’harmonie colorée n’aurait pas la même puissance en noir et blanc – « ôtez la couleur, et tout l’effet s’effondre », note Feeney. Eggleston, qui a consciemment embrassé la couleur comme langage artistique, montre ici que chaque teinte, chaque nuance compte dans la perception du réel. Preuve en est, en noir et blanc elle perd vite de son intérêt, et devient plus confuse.

L’image du Tricycle possède ainsi une ambiguïté fascinante. À première vue, c’est une scène simple, presque banale. Mais le choix du sujet (un jouet abandonné, évoquant une présence enfantine absente), le point de vue rasant le sol, et la composition rigoureuse confèrent à la photographie une atmosphère de mystère. Est-ce un souvenir d’enfance figé sur pellicule ? Une allégorie de l’innocence perdue ? Eggleston lui-même refuse d’en donner la clé. « Comment expliquer un tel miracle de vision ? » s’interroge un critique, avant de rappeler qu’Eggleston se dérobe à toute analyse : il a depuis longtemps renoncé à expliquer le pourquoi de ses photos. Une anecdote rapportée par un documentaire montre une photo de la famille Eggleston où le petit William pose justement devant un tricycle similaire ; coïncidence troublante, qui ajoute encore au mythe, tel un Rosebud d’Orson Welles. Mais le photographe reste silencieux sur ses intentions, laissant au spectateur le soin de ressentir « l’enchantement du banal » à sa manière. En immortalisant ce modeste tricycle comme s’il s’agissait d’un monument, Eggleston prouve qu’aucun sujet n’est dépourvu de sens ou de beauté pour qui sait le regarder.
Si jamais ça vous botte, j’en avais aussi parlé en vidéo :
Et si vous voulez un autre exemple de cette approche, dans Southern Environs of Memphis #3, Eggleston capte la lumière crépusculaire du Sud avec des tons pastel, conférant à une scène en apparence anodine un rendu presque cinématographique.

Après la controverse, la consécration : une influence durable (années 1980-2000)
L’écho de l’exposition de 1976, d’abord polémique, finit par asseoir la réputation d’Eggleston dans le monde de l’art. Passé le choc initial, nombre de critiques et de conservateurs reconnaissent la force novatrice de son travail. John Szarkowski avait perçu juste : ces photos « parfaitement banales » possèdent une qualité esthétique et une portée culturelle qui ne tardent pas à être saluées. Dès 1977, Eggleston publie son deuxième grand recueil, Election Eve, fruit d’une commande du magazine Rolling Stone pour aller photographier Plains, la petite ville rurale de Georgie d’où est originaire le Président Jimmy Carter. Sans surprise, Eggleston y applique son œil neutre et coloré aux paysages et lieux de pouvoir modestes de l’Amérique profonde, loin du tumulte médiatique – prolongeant ainsi sa démocratie du regard en dehors du Sud.

À la fin des années 1970 et durant les années 1980, Eggleston multiplie les projets photographiques à travers les États-Unis et au-delà. Armé de son Leica et de pellicules Kodachrome, il parcourt des contrées variées, s’intéressant tour à tour aux bayous de Louisiane, aux rues de Los Angeles, aux campagnes anglaises ou aux temples égyptiens. Sa palette de couleurs intense et son goût pour les sujets inattendus restent sa marque de fabrique, quel que soit le lieu. Parmi les travaux marquants de cette période, on peut citer sa série de 1983 sur Graceland, la demeure d’Elvis Presley à Memphis, où il photographie les pièces kitsch du manoir du King avec le même flegme détaché qu’il appliquerait à n’importe quel intérieur bourgeois. En 1989 paraît The Democratic Forest, un livre-manifeste rassemblant des photographies prises tout au long des années 1980 aux quatre coins des États-Unis et en Europe.

Le titre, « La Forêt démocratique », reprend l’idée chère à Eggleston que son corpus d’images forme un vaste ensemble sans hiérarchie, chaque cliché étant une feuille parmi d’autres dans une forêt foisonnante. Dans la préface, Eggleston se positionne « en guerre contre l’évidence » ; reprenant sa formule choc pour revendiquer l’exploration inépuisable du monde ordinaire. Il y affirme que tout mérite d’être photographié, qu’« il faut voir ce qu’a priori on n’aurait pas regardé. Tout peut mériter l’attention, le déclic ».
La reconnaissance institutionnelle d’Eggleston ne cesse alors de grandir. En 1988, il est invité par le prestigieux MoMA une nouvelle fois, cette fois pour exposer des œuvres vidéo expérimentales (car Eggleston s’intéresse aussi à la vidéo couleur dès la fin des années 1970, explorant ce nouveau média1). En 1998, il reçoit le Prix international de la Fondation Hasselblad, saluant l’ensemble de sa contribution au médium. Une génération de photographes a désormais grandi en admirant ses images et en s’inspirant de sa liberté de ton. Eggleston est passé du statut de franc-tireur controversé à celui de maître respecté de la photographie contemporaine.





Au tournant du XXIe siècle, son travail fait l’objet de rétrospectives majeures qui consolidèrent son influence. En 2000, le musée Getty de Los Angeles l’invite pour une résidence photographique, et la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Paris lui commande une série d’images dans le désert américain. Outre le désert américain, la Fondation Cartier lui a aussi commandé une exploration photographique de Paris, où William Eggleston a appliqué son “œil démocratique” aux cafés, rues et ambiances nocturnes de la capitale française. Les expositions se multiplient : Fondation Cartier (Paris, 2001), Hayward Gallery (Londres, 2002), puis en 2008, le Whitney Museum de New York consacre à Eggleston une grande rétrospective intitulée Democratic Camera, Photographs and Videos, 1961–2008. Entre-temps, le documentariste Michael Almereyda dresse son portrait filmé dans William Eggleston in the Real World (2005), permettant au grand public de découvrir le personnage derrière les images. Dandy du Sud à la personnalité énigmatique, Eggleston y apparaît fidèle à sa réputation : modeste, parfois bourru, toujours secret sur la signification de ses clichés, préférant laisser parler ses images.
En 2012, une série de ses tirages numériques agrandis a atteint la somme record de 5,9 millions de dollars lors d’une vente aux enchères, provoquant des débats virulents sur la valeur de la reproduction photographique et la frontière entre œuvre originale et “réédition”.
Un héritage en technicolor : Eggleston et la génération suivante
La révolution silencieuse qu’a menée William Eggleston dans les années 1970 porte ses fruits dans les décennies suivantes. À mesure que la photographie couleur gagne ses lettres de noblesse, on mesure l’influence profonde d’Eggleston sur de nombreux artistes visuels. Ses instantanés colorés du quotidien deviennent une référence, voire un passage obligé, pour quiconque s’intéresse à la banalité du monde moderne. Dès les années 1980, des photographes comme Nan Goldin (célèbre pour ses chroniques intimes en couleurs de la scène underground new-yorkaise) revendiquent l’héritage de William Eggleston dans leur approche spontanée et sans tabou du réel. De même, Martin Parr, photographe britannique documentant avec humour la société de consommation, cite souvent Eggleston comme pionnier de l’esthétique du banal en couleur.


Le photographe Martin Parr l’a même qualifié de “maître absolu de la couleur” dans les colonnes du Independent, soulignant à quel point Eggleston a permis à la photographie couleur de conquérir la reconnaissance artistique.
L’influence d’Eggleston dépasse largement le cadre de la photographie pour toucher le monde du cinéma et des arts visuels. Plusieurs réalisateurs majeurs ont été marqués par l’atmosphère et la palette de ses images. Le cinéaste David Lynch, par exemple, partage avec Eggleston le goût d’un surréalisme du quotidien : ses films comme Blue Velvet ou Twin Peaks recréent cette Amérique ordinaire aux accents étranges, peuplée d’objets familiers qui deviennent mystérieux sous un certain éclairage ; une esthétique que l’on peut rapprocher des photographies d’Eggleston. Les frères Joel et Ethan Coen, originaires du Midwest américain, avouent également une dette envers Eggleston : on songe aux motels défraîchis et aux routes poussiéreuses de No Country for Old Men, évoquant par moments les scènes silencieuses du Sud profond qu’affectionne le photographe. Dans la musique, l’artiste David Byrne (du groupe Talking Heads) a non seulement été influencé visuellement, mais il a collaboré directement avec Eggleston, l’invitant à réaliser des photographies du tournage de son film True Stories en 1986. Même un réalisateur comme Sofia Coppola, avec ses palettes douces et nostalgiques dans Virgin Suicides ou Lost in Translation, a pu être inspirée par la façon dont Eggleston capte la mélancolie des paysages urbains et suburbains américains. Quant à la photographie plasticienne contemporaine, on considère souvent qu’Eggleston a ouvert la voie à des artistes comme Andreas Gursky ou Jeff Wall, qui ont conféré à la couleur une puissance conceptuelle dans de vastes compositions du monde moderne.
Ironie de l’histoire, celui qu’on qualifia hâtivement d’« inventeur de la photo couleur » a lui-même été influencé par ses pairs et contemporains. Eggleston partageait notamment des affinités avec d’autres pionniers de la couleur comme Stephen Shore ou Joel Meyerowitz, qui dès les années 1970 exploraient également les possibilités artistiques de la pellicule Kodachrome, chacun à leur manière. Mais Eggleston se distingue par l’extrême cohérence de son univers visuel, centré sur le Sud des États-Unis et ses équivalents partout ailleurs (station-service, cafétéria, vieille voiture, chambre d’hôtel miteuse – un inventaire à la Edward Hopper transposé en photo couleur). Cette cohérence a permis à son œuvre de traverser le temps et d’exercer un attrait continu. En 2019, le musée National Portrait Gallery de Londres a organisé William Eggleston: Portraits, une exposition mettant en lumière ses nombreux portraits non posés d’amis ou d’inconnus dans le Mississippi, prouvant qu’au-delà des objets et des paysages, Eggleston excelle aussi à saisir des présences humaines fugaces, toujours avec sa palette de couleurs subtile.







Ps : c'est une sélection générique de portraits issus de son travail, je ne sais pas si ce sont ceux de l'exposition particulièrement.
En 2022, plus de cinquante ans après ses premières expérimentations, une nouvelle sélection de 90 photographies inédites des années 1970 a été publiée sous le titre The Outlands, signe que l’appétit du public pour l’univers d’Eggleston ne se dément pas.

Son approche a infiltré la culture visuelle contemporaine au point que nous regardons peut-être différemment notre environnement quotidien aujourd’hui, en cherchant, nous aussi, « l’unique dans le commun ».





Qu’en retenir pour votre pratique ?
Pour les photographes d’aujourd’hui, le parcours de William Eggleston est riche d’enseignements.
- Le premier est sans doute une leçon d’audace : celle de braver les conventions esthétiques de son époque. Eggleston a osé photographier en couleur quand le monde de l’art ne jurait que par le noir et blanc, et il a persisté malgré le mépris initial de la critique. Cette ténacité paya, prouvant qu’il faut parfois savoir aller à contre-courant pour ouvrir de nouvelles voies. Si vous sentez qu’un aspect de votre vision est jugé « banal » ou n’est pas à la mode, souvenez-vous qu’Eggleston a transformé le banal en sublime. Croyez en votre regard : ce qui compte, c’est la sincérité et la cohérence de votre démarche artistique, pas l’approbation immédiate. « You can take a good picture of anything; a bad one too » rappelle Eggleston dans l’une de ses formules lapidaires. Son “œil démocratique” inclut aussi l’idée que tout sujet recèle un potentiel de beauté (ou d’échec).
- Eggleston nous apprend également à regarder notre environnement avec un œil neuf, « démocratique » et curieux. Tout sujet recèle un potentiel photographique, pour peu qu’on le considère avec attention. Comme lui, entraînez-vous à trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire : la silhouette d’une chaise contre un mur peut raconter une histoire, un vieux panneau routier peut devenir une sculpture abstraite en photo, un trottoir craquelé sous la lumière du soir peut produire une composition picturale intéressante. En élargissant votre champ d’attention à des scènes et objets a priori insignifiants, vous développerez votre créativité et votre sens de l’observation. Cet « œil démocratique » est particulièrement libérateur : il vous incite à photographier pour vous, en suivant votre instinct, plutôt qu’en fonction de ce qui est censé mériter d’être photographié.
- Sur le plan technique, Eggleston montre l’importance de la maîtrise de la couleur. Bien sûr, les procédés ont évolué, mais le principe reste le même : soignez vos couleurs comme de véritables protagonistes de l’image. Eggleston disait que sans la couleur, nombre de ses photos perdraient tout impact. Il avait raison : imaginez le plafond sans son vermillon intense. La couleur peut créer une ambiance, guider le regard, évoquer une émotion subtile. Expérimentez avec les contrastes de teintes complémentaires, avec les dominantes colorées inattendues, osez la saturation quand le sujet s’y prête. Cependant, veillez à rester au service de la scène : chez Eggleston, la palette est riche mais jamais gratuite, chaque nuance fait écho à une autre (le rouge des poignées du tricycle répond à la brique de la maison, etc.). En pratiquant ainsi une couleur réfléchie, vous enrichirez considérablement la portée de vos images.
- Enfin, l’œuvre d’Eggleston rappelle l’intérêt de cultiver son propre terrain photographique. Il n’a pas cherché des sujets exotiques ou spectaculaires à tout prix : il a photographié son monde à lui, sa région, ses proches, les routes qu’il arpentait. De Memphis au delta du Mississippi, il a trouvé une richesse infinie en restant fidèle à ses racines, puis en élargissant progressivement son horizon. De la même façon, interrogez votre environnement immédiat : il recèle probablement des trésors visuels insoupçonnés. L’herbe du voisin n’est pas forcément plus verte, Eggleston nous montre que l’on peut bâtir une œuvre universelle en photographiant sa propre banalité locale avec assez de vision. C’est une invitation à approfondir un sujet qui vous est cher, à le photographier sous tous les angles, à différentes lumières, jusqu’à en extraire une essence presque intemporelle.
En somme, s’inspirer d’Eggleston, ce n’est pas imiter son style (et aller photographier des stations services comme le dernier idiot du village) c’est s’approprier sa philosophie : ouvrir les yeux sans préjugés, s’autoriser à voir de la beauté là où personne ne la voit, et traduire cette vision en images sincères. Cette approche, à la fois humble et ambitieuse, peut nourrir votre pratique quelle que soit votre spécialité (portrait, paysage, street photography…).
La prochaine fois que vous arpenterez votre quartier avec votre appareil, pensez à Eggleston : quels détails anodins, quelles couleurs du quotidien pourraient, à travers votre objectif, révéler quelque chose d’inhabituel et d’intéressant visuellement ?
Conclusion
William Eggleston aura passé sa vie à explorer un univers en apparence ordinaire (le vieux Sud américain et ses équivalents) pour en extraire une poésie visuelle nouvelle, portée par la couleur. En quelques décennies, il a fait basculer la photographie couleur du statut de curiosité vulgaire à celui de forme d’art reconnue. Ses images, autrefois décriées comme « ennuyeuses », ont prouvé leur pouvoir d’évocation au point d’influencer profondément la culture visuelle contemporaine. « Aucun sujet n’est plus porteur de significations que le banal » : cette phrase de la romancière Eudora Welty prend tout son sens à la lumière de l’œuvre d’Eggleston, qui a su charger le banal de significations plurielles. Qu’il s’agisse d’un tricycle au soleil couchant, d’une ampoule faiblement éclairée sur fond écarlate, ou d’un homme endormi sur sa voiture, chaque photographie nous convie à regarder autrement le monde qui nous entoure, à déceler l’étrangeté, la beauté ou la mélancolie nichées dans le quotidien.
En légitimant la couleur, Eggleston a ouvert la voie à des générations d’artistes et de photographes qui, après lui, ont osé utiliser toute la palette du réel pour s’exprimer. Son héritage est visible dans les musées, dans les cinémas, dans les pages des magazines, et jusque dans nos propres albums de famille où, consciemment ou non, nous cadrons peut-être différemment nos souvenirs grâce à lui. Son regard « démocratique » a rendu la photographie plus libre, plus inclusive dans ses sujets. S’il reste discret et modeste quant à sa propre importance, l’histoire de la photographie, elle, a déjà retenu le nom de William Eggleston comme celui du père de la photographie couleur artistique. Un père tranquille en apparence, mais dont la vision a été révolutionnaire.
Eggleston nous laisse une leçon durable : la réalité la plus anodine peut devenir de l’art, pour peu qu’on lui porte l’attention, la patience et bien sûr, la lumière qu’elle mérite.
Pendant l’écriture de cet article, j’ai écouté ce petit bijou, le dernier Architects.
Chronologie de la vie de William Eggleston
- 1939 : Naissance de William Eggleston le 27 juillet à Memphis, Tennessee, dans une famille aisée du Sud des États-Unis. Enfance partagée entre la ville et la plantation familiale dans le Mississippi.
- 1957 : Premières armes en photographie. Eggleston reçoit un appareil photo (un Canon 35mm) et commence à prendre des clichés de son entourage.
- 1958-1960 : Découverte des grands photographes : il acquiert un Leica en 1958. En 1959, il étudie les livres d’Henri Cartier-Bresson et Walker Evans qui influenceront ses débuts en noir et blanc.
- 1965 : Transition vers la couleur. Eggleston réalise ses premières photographies en couleur sur film transparence Kodachrome.
- 1967 : Voyage à New York et rencontre avec John Szarkowski (MoMA). Présentation de son portfolio couleur, qui impressionne Szarkowski et jette les bases d’une future collaboration.
- 1974 : Publication du portfolio 14 Pictures, première série d’épreuves couleur par transfert de colorants, éditée par le galeriste Harry Lunn. Eggleston obtient la bourse Guggenheim la même année et enseigne à Harvard en tant que lecturer invité.
- 1975 : Bourse de la National Endowment for the Arts (NEA) pour la photographie.
- 1976 : Exposition William Eggleston’s Guide au MoMA (24 mai – 1^er août), première exposition personnelle de photographies couleur au musée. Publication du livre-catalogue William Eggleston’s Guide. Mission photographique à Plains, Géorgie, commandée par Rolling Stone (série Election Eve sur l’Amérique de Jimmy Carter).
- 1977 : Publication d’Election Eve, recueil en deux volumes de photos prises à Plains (tirage limité).
- 1978-1980 : Multiples projets : recherche en vidéo couleur au MIT en 1978 (sur invitation du cinéaste Richard Leacock). Séries photographiques commandées : sur les États du Golfe du Mexique (commande A.T.&T., 1978), sur le sud profond (Louisiana Project, 1980). Voyage au Kenya (1980) et au Mexique.
- 1983 : Réalisation de la série Graceland sur la maison d’Elvis Presley (commande). Voyage et travaux en Europe (Allemagne, Autriche) sur la série Kiss Me Kracow.
- 1986 : Collaboration avec le musicien David Byrne sur le tournage du film True Stories (Eggleston réalise des photos de plateau). Voyage en Égypte pour un projet photographique (commande du Brooks Museum, Memphis).
- 1989 : Publication du livre The Democratic Forest, vaste recueil de photographies prises durant les années 1970-80 aux USA et en Europe. Eggleston reçoit le prix du Musée photographique de Tokyo parmi les « 54 maîtres de la photographie 1960-1979 » .
- 1998 : Prix international de la fondation Hasselblad, récompensant sa contribution exceptionnelle à la photographie.
- 2000 : Commande de la Fondation Cartier (Paris) pour photographier le désert américain.
- 2001-2003 : Voyages et projets internationaux : Japon (Kyoto, 2001), Europe (Italie, Russie, France – participation aux Rencontres d’Arles 2003). Rencontre à Arles avec Henri Cartier-Bresson en 2003, symbolisant le passage de flambeau entre deux générations de photographes.
- 2004 : Infinity Award pour l’ensemble de sa carrière (International Center of Photography, New York). Prix PhotoEspaña à Madrid.
- 2005 : Sortie du documentaire William Eggleston in the Real World de Michael Almereyda.
- 2008 : Grande rétrospective William Eggleston: Democratic Camera, Photographs and Video, 1961–2008 au Whitney Museum (New York), puis itinérance à Washington D.C. (Corcoran Gallery) .
- 2010s : Poursuite des publications monographiques de prestige chez Steidl (notamment Chromes, Los Alamos, Paris – Ancient and Modern). Exposition William Eggleston: Portraits (National Portrait Gallery, Londres, 2016).
- 2019 : Eggleston, toujours actif, fête ses 80 ans. Son influence est largement célébrée dans le monde de la photographie et au-delà.
- 2022 : Publication de The Outlands, Selected Works (David Zwirner Books), recueil de 90 photos inédites des années 1970. Eggleston vit toujours à Memphis et continue d’inspirer de nouvelles générations de photographes par son regard unique.
Sources
Les sources de l’article
- Art History News Report. (décembre 2017). William Eggleston: Los Alamos. (Examen de la série Los Alamos). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Artsy. (2017). William Eggleston’s Colorful Photographs of the Everyday Shocked the Art World. (Contexte de l’usage de la couleur et description du Red Ceiling). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Artsy. (n.d.). William Eggleston – Southern Environs of Memphis #3. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Bagnall, R. (23 février 2023). Origins of … Eggleston’s trailblazing images go on display in new book. (Rôle pionnier d’Eggleston). The Art Newspaper. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Caponigro, J. P. (n.d.). 19 quotes by photographer William Eggleston. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Centre d’art de Lectoure. (2008). William Eggleston, l’œil démocratique. (Sur son approche du banal et la couleur). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- David Zwirner. (2019). In the News – William Eggleston: 2¼. (Partie sur la drogue) Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site).
- DNJ Gallery. (n.d.). William Eggleston: Timeline. (Chronologie de la vie de William Eggleston). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Encyclopaedia Britannica. (n.d.). William Eggleston. (Biographie synthétique). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Fondation Cartier. (n.d.). Paris. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- France Culture. (21 avril 2017). Le cas Eggleston : « Je suis en guerre avec l’évidence ». [Émission de radio]. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Imaging Resource. (25 avril 2013). William Eggleston : The world’s greatest photographer or the worst ?. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- LensCulture. (n.d.). William Eggleston: The Outlands. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Leith, W. (14 avril 2013). Genius of colour : Why William Eggleston is the world’s greatest photographer. (Interview). The Independent. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- MoMA. (1976). William Eggleston’s Guide. (Catalogue de la première expo couleur au MoMA). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Oxford American. (2018). Perfectly Boring. (Sur l’“ennui” chez Eggleston). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Phototrend. (20 août 2018). Zoom photographe : William Eggleston. (Synthèse biographique). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- PetaPixel – Zhang, M. (14 mars 2012). William Eggleston digital pigment prints fetch $5.9 million at auction. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Smithsonian American Art Museum. (n.d.). Tricycle (Memphis). (Commentaire sur la portée de la photo). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Smithsonian Magazine – Feeney, M. (août 2011). William Eggleston’s Big Wheels. (Analyse du tricycle et expo 1976). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Southern Spaces. (2013). Eggleston’s South : Always in Color. (Retour critique sur l’héritage de 1976). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- The Bitter Southerner. (2022). My Cousin Bill: William Eggleston. Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
- Whitney Museum. (n.d.). Greenwood, Mississippi (The Red Ceiling). (Citation d’Eggleston sur le rouge). Consulté le 2 mars 2025 (consulter le site)
Bibliographie sélective
Bon, ci-dessous, vous trouverez les principaux livres à avoir sur lui. Bon, j’ai une relation ambivalente avec ses bouquins : j’en adore certains (comme ses Polaroids), mais il faut avouer qu’ils sont un peu tous interchangeables. Je crois que j’apprécie plus son approche et sa démarche qu’un livre en particulier. Et si l’on mettait la moitié des images de l’un dans un autre, ça ne changerait pas grand-chose (bon courage pour faire la différence après). Ensuite, il participe assez peu à ses livres (de ce que j’ai compris, ce sont souvent des curateurs qui font le tri, parfois ses fils, et il valide à la fin). Ensuite, il a quand même produit des livres avec Steidl qui sont clairement abusés. Comme Morals of Vision : 75 € pour un livre de 8 photos, c’est clairement n’importe quoi. Je vous mets mes références préférées ci-après.
Ps² : Plus généralement, notez que pour trouver des livres, il vaut mieux passer par ma Bibliographie 2.0 et par le Chineur de livres photo pour les acheter.

- Eggleston, W. & Szarkowski, J. (2002). William Eggleston’s Guide. New York Cambridge, Mass: Museum of Modern Art Distributed by D.A.P., Distributed Art Publishers.
- Eggleston, W., Sire, A. & Weski, T. (2014). William Eggleston : from black and white to color. Göttingen, Germany: Steidl.
- Eggleston, W. & Nemerov, A. (2016). William Eggleston : the Democratic forest : selected works. New York, New York Göttingen, Germany: David Zwirner Books Steidl.
- Eggleston, W., III. (2017). William Eggleston: Election Eve. Steidl Verlag.
- Eggleston, W., III. (2020). William Eggleston: Polaroid SX-70. Steidl Verlag.
- Eggleston, W., III. (2021). The Outlands. Steidl Verlag.
Les documentaires sur lui
Il y a eu plusieurs documentaires sur Eggleston, et je les ai quasiment tous vus. C’est pour apprécier le personnage qu’ils sont utiles. Il est assez perché. Dans l’un d’eux, on le voit expliquer qu’il ne sait pas qui est le président des États-Unis, il vit vraiment dans un monde parallèle. Je pense que ça contribue à ma fascination pour son œuvre, j’aime bien ce genre de personnages un peu décalés et à côté de ses pompes.
- Almereyda, M. (Réalisateur). (2005). William Eggleston in the Real World [Film documentaire]. États-Unis : Palm Pictures.
- Gérard, V., & Laty, C. (Réalisateurs). (2005). Sur les chemins (un voyage avec William Eggleston) [Film documentaire]. France : Lamplighter Films.
- Cocker, J., & Holzemer, R. (Réalisateurs). (2009). The Colourful Mr. Eggleston [Épisode de la série télévisée Imagine]. Royaume-Uni : BBC One.
- Sloan, D. (Réalisateur). (2008). William Eggleston: Photographer [Film documentaire]. États-Unis : International Center of Photography.
Notes :
- Je ne me souviens plus où, mais dans un des films cités ci-dessus, je l’ai vu raconter qu’il aimait bien réveiller ses filles la nuit pour leur apprendre à « toujours être sur le vif » ou quelque chose du genre. Il les a aussi filmées, c’est pour ça que j’y pense en lisant ces lignes. ↩︎

















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