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38 conseils sur la photographie par Todd Hido

Cet article sera un peu particulier. Déjà parce que c’est sans doute le plus long du blog (voire des internets), et ensuite parce qu’il s’agit d’une traduction-synthèse (je vais vous expliquer ça). À l’origine, il est paru sur le blog d’Eric Kim, qui lui-même l’a écrit suite à la lecture du livre de Todd Hido, On Landscapes, Interiors and Nudes, publié par Aperture.

71miwhjc1ul - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi
Todd Hido on landscapes interiors and nudes

Le livre fait partie de la série “Photography Workshop Series” qu’Aperture a publiée ; on y retrouve aussi Alex Webb on Street Photography et Larry Fink on Composition. Pour l’instant, aucun n’a été traduit, et c’est là que j’interviens. Le contenu du bouquin est vraiment très riche, et Eric Kim a fait un excellent boulot en le diffusant.

Au début, je me suis donc attelé à la traduction, en modifiant seulement quelques éléments mineurs pour le rendre un peu plus général (son article est très centré sur la photographie de rue, ce qui est certes son centre d’intérêt principal, mais pas forcément celui de Todd Hido). Cependant, je me suis rendu compte que ça ne marchait pas du tout. J’ai longtemps énormément apprécié le travail de Kim pour sa philosophie, ses idées, etc. (avant qu’il ne vire zinzin avec ses schémas absurdes), mais il faut avouer qu’il a une écriture assez simple. Le vocabulaire est limité, il y a beaucoup de répétitions, et pas mal d’expressions qui sont difficiles à traduire. Son billet fait quand même 17 000 mots (Le nu masculin en photographie c’est 5 800 à titre de comparaison). Arrivé à la moitié, je me suis rendu compte que l’article était inutilement verbeux, très peu dense, et que le ton ne collait pas au reste du Blog. Sur un petit billet, ça ne m’aurait pas dérangé, mais je ne voyais pas l’intérêt de vous infliger une longue lecture, quand je pouvais efficacement raccourcir le texte.

Du coup, j’ai opté pour la réécriture que vous allez lire, une sorte de traduction synthétique et qui correspond plus à ma vision des choses. Cependant, cela reste une traduction, si je l’avais écrite à 100% de A à Z, elle aurait sans doute été différente. Dans l’article original, ce qui est dit à la première personne l’est par Kim. Cependant, pour ne pas créer de confusion entre ses idées et les miennes, c’est moi qui m’exprime derrière toutes les interventions à la première personne. Quand le propos est de Kim, je le préciserai. Ha, et en toute logique, toutes les photographies de ce billet, sauf précision contraire, sont de Todd Hido. La route va être longue, en chemin, ne prenez que ce qui vous y intéresse et démarrons sans plus attendre.

1. Des images percutantes ou rien

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Dans l’introduction de l’ouvrage, Gregory Halpern (un ancien étudiant de Todd Hido) raconte combien il était surpris que les livres de Hido soient si courts. Il lui a demandé comment il éditait son travail, et partage l’anecdote suivante :

Le second livre de Todd Hido « Outskirts » venait de sortir, et je passais beaucoup de temps à le regarder, tout comme son premier livre « House Hunting. » Ces livres étaient assez courts, et je me demandais comme il était possible qu’ils paraissent si complets et puissants avec si peu d’images. Je voulais savoir comment il avait édité le livre, et lui ai posé un jour une question sur sa façon de procéder. Il a souri et m’a répondu du tac au tac « Des images percutantes ou rien ». J’ai toujours ses mots en tête à chaque fois que j’édite.

Gregory Halpern

Nous avons tendance à montrer trop d’images, nos portfolios sont trop remplis (voir De l’art de l’édition & Comment arrêter de faire des portfolios tout moisis). Il faut favoriser les images percutantes, et supprimer celles qui ne sont là que pour combler des espaces vides, faire le remplissage.

C’est un peu comme à la télévision, j’me souviens de quand je la regardais encore, il y avait toujours (dans les séries, dessins animés, & co) des épisodes « de remplissage » qui étaient là sans que leur présence n’apporte rien à la série. C’est un peu le même problème ici.

Quand vous éditez vos images, ne montrez que celles qui sont les plus percutantes. All killer, no filler, comme disent les Anglais. Ne postez pas sur les réseaux sociaux juste histoire d’y avoir mis quelque chose. Je peux comprendre la crainte d’être oublié, ou de perdre de l’intérêt si on ne publie pas, et le flot de publications qui en découle. Mais, ça ne sert à rien. La plupart d’entre nous ont la chance d’avoir un job stable, et la photographie n’est qu’un exutoire créatif, une passion. Peu d’entre nous vivent de la photographie, donc il n’y a pas de raison de ressentir une quelconque pression et de publier des images pour « remplir » vos comptes sur internet.

A retenir :

Vous êtes aussi bon que votre plus mauvaise photo. Ne montrez que le meilleur de votre travail sur internet.

Je l’ai mis en pratique il y a quelques mois/années, en retournant sur mon Instagram et en supprimant toutes les images les moins intéressantes. Mon compte était ouvert depuis quelques années, et il y a moins d’une centaine d’images dessus maintenant. De la même façon, je limite le nombre de projets sur mon site web.

Donc n’hésitez pas à vous replonger dans vos photos et à les éditer, et demandez-vous à chaque fois : est-ce que cette image est percutante ou est-ce qu’elle est là pour remplir mon portfolio ?

2. Travaillez dur

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Dans l’introduction de l’ouvrage, Gregory Halpern parle aussi de la façon de travailler de Todd Hido :

La façon de travailler de Todd Hido est légendaire. Il ne dit jamais « Travaille plus dur ». Je l’ai juste vu travailler, donc j’ai travaillé plus dur. Le mieux est de travailler dans le laboratoire pour faire des tirages couleur quand Todd Hido y est. Il travaille souvent très tard, et sera là jusqu’au petit matin. Une fois, il quittait le labo, et j’étais fier d’y être encore, il m’a dit « ne fais plus de tirage jusqu’à 16h demain, arrête toi à minuit et va dormir. Je rentre chez moi maintenant, pour avoir plus d’énergie demain pour continuer les tirages ».

Gregory Halpern

J’ai écrit quelques articles maintenant, et une des choses qui ressort est l’importance d’une bonne méthode de travail. Peu importe à quel point vous êtes talentueux, si vous ne vous y mettez pas, vous ne ferez jamais rien de bien. Il n’y a pas de raccourcis pour éviter cela.

Cependant, il y a une différence entre travailler beaucoup (le travail pour le travail) et travailler intelligemment. C’est pourquoi Todd Hido a dit à Gregory de s’arrêter de travailler, pour être plus efficace et continuer à être productif.

A retenir :

Si vous faites de la photographie de rue, je ne vous conseille pas de marcher 12h par jour pour prendre des images sans réfléchir. Travaillez beaucoup, avec intelligence.

Par exemple, Alex Webb ne photographie que deux fois dans la journée : au lever et au coucher du soleil. Entre deux, il se repose, explore d’autres endroits, ou joue passionnément au bilboquet. Il ne photographie que pendant les heures dorées, donc il ne gâche pas d’énergie quand la lumière ne lui convient pas.

Joel Meyerowitz a aussi dit dans une interview qu’après avoir arpenté les rues de NYC comme un chasseur, il a découvert une meilleure stratégie : trouver un bon coin de rue et attendre que les gens y viennent. En attendant à un endroit (avec une belle lumière et de l’action), il était capable de conserver son énergie.

Donc réfléchissez à votre façon de travailler. Si vous voulez photographier des scènes avec des gens, allez là où ils sont. Si vous voulez de la belle lumière, photographiez à ce moment-là. Si vous marchez toute une journée et vous vous sentez fatigués, asseyez-vous dans un café, prenez un café, et détendez-vous. Ça ne sert à rien de continuer à vous mettre la pression si vous êtes crevés.

Si vous voulez vraiment devenir un grand photographe, il va falloir des heures de pratique acharnée. Malcolm Gladwell, dans Outliers, parle de 10 000 h de pratique pour maîtriser n’importe quelle discipline. Donc autant ne pas gaspiller du temps bêtement.

3. Ne cachez pas vos secrets

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J’ai choisi d’avoir une approche « open source », héritée de la philosophie de Kim, quant à mon travail, la construction de mes projets (d’où les Making-of), mes lectures, etc. Kim, lui, va jusqu’à permettre le téléchargement de ses photographies et presets Lightroom sur le net, c’est peut-être quelque chose que je ferais un jour, si ça intéresse quelqu’un. Je n’y ai pas encore vraiment réfléchi.

Globalement, cette approche ouverte est plutôt positive, cela crée de l’émulation, j’ai beaucoup appris avec le Blog et l’interaction avec les lecteurs. Gregory Halpern partage aussi le point de vue radical de Todd Hido sur le partage du savoir et le succès qu’il en a tiré :

Je suis étonné que quelqu’un ayant autant de succès que Todd Hido puisse être aussi généreux. Les artistes peuvent garder leur secret, mais Todd Hido ne fonctionne pas comme ça. Il veut vraiment que vous réussissiez. C’est vraiment cet esprit qui est au cœur de ce livre.

Gregory Halpern

A retenir :

Si vous voulez progresser comme artiste ou comme photographe, essayez d’être d’une grande aide, d’être ouvert. Ne cachez pas vos secrets, de toute façon, personne n’essayera de vous les voler. Plus vous serez généreux avec votre temps, connaissances, et les informations que vous diffuserez, plus vous augmentez vos chances de construire une audience, une autorité.

4. Ayez une raison de déclencher

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Nous prenons tous des photographies pour une raison. Certains déclenchent parce qu’ils en ont le besoin en eux, d’autres parce que c’est une façon de s’aérer après une longue journée de travail, ou encore parce qu’ils ont besoin de partager une histoire, et bien sûr, parce que nous avons besoin de partager nos expériences.

La raison pour laquelle vous déclenchez n’a pas d’importance, mais nous avons quand même besoin d’en avoir une.

Todd Hido partage cette règle qui dirige sa photographie :

Je ne suis pas quelqu’un qui peut sortir et photographier n’importe quoi. Je n’ai jamais été un photographe de rue ou documentaire, qui irait découvrir et photographier la terre entière. Cela ne m’a jamais correspondu. Il doit y avoir une raison qui m’implique, j’ai besoin d’une raison d’appuyer sur le déclencheur. Je ne prends pas des photos juste pour en prendre. Il doit y avoir quelque chose, à propos de cette endroit, cette personne, que je reconnais, que j’ai besoin d’enregistrer pour me souvenir ou y repenser.

Todd Hido

A retenir :

Il est d’abord essentiel de photographier pour vous, et après pour les autres. En se concentrant à vous satisfaire, vous suivez votre cœur. Cela vous permet de créer des images plus authentiques et personnelles (plutôt que d’imiter les autres photographes). En tant que photographes, nous avons tous quelque chose à dire. Nous avons tous une vision du monde, une perspective unique, tout comme des origines, des vies, expériences, et cultures dans lesquelles nous avons grandi.

Il me paraît important que vous sachiez pourquoi vous prenez des photographies. Faites-vous des photos pour enregistrer des souvenirs ? Parce que ça vous permet de dire quelque chose sur la société ? Parce que vous deviendriez fou si vous ne le faites pas ?

Écrivez ces raisons, et pourquoi pas, collez un post-it sur votre bureau, votre ordinateur, ou votre appareil photo. Cela vous fera un rappel constant de la raison pour laquelle vous prenez des images, et vous aidera à rester inspiré et motivé à continuer.

5. Exploitez votre passé

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Je pense qu’en photographie, chaque cliché est une forme d’autoportrait. Lorsque nous capturons des images, nous photographions ce qui nous touche émotionnellement.

Par exemple, imaginez : Si vous vous sentez un peu déprimé(e), vous aurez tendance à remarquer des personnes isolées ou des scènes mélancoliques. À l’inverse, dans un jour de bonne humeur, vos photos pourraient refléter des ambiances plus joyeuses. Bien sûr, le contraire est aussi possible (quand vous êtes d’humeur maussade, vous pourriez être attiré par des scènes heureuses, et vice-versa).

En tant que photographes, nous devrions cultiver l’empathie envers nos sujets et établir une connexion émotionnelle avec eux. Nous pourrions également puiser dans nos expériences passées pour nourrir notre création photographique.

Prenez l’exemple de Todd Hido : il photographie des lieux qui lui rappellent son passé personnel. C’est une manière de tisser un lien intime entre son vécu et son art. 🏡📸

« La principale chose qui m’attire est lorsque je vois quelque chose qui me rappelle des endroits où j’ai été auparavant, qui me rappelle l’endroit où j’ai grandi dans l’Ohio. Depuis que j’ai quitté la maison après le lycée, j’ai toujours essayé de le retrouver d’une manière ou d’une autre. Un jour, j’ai regardé une carte de mon ancien quartier, juste pour revoir d’où je viens, et j’ai réalisé que presque tout sur la carte apparaissait dans mon travail d’une manière ou d’une autre. »

Todd Hido

De plus, Todd Hido puise dans ses propres expériences et souvenirs passés lorsqu’il s’agit de créer des images :

« Parfois, il est important d’explorer le monde qui est juste devant vous, mais à d’autres moments, vous avez besoin de voyager et de vous éloigner de votre vie pour la reconnaître. Pour moi, je continue de trouver et d’explorer le même endroit, peu importe où je vais. Je puise en moi, dans mon propre passé, comme base de mon travail. Tous les souvenirs et expériences de mon passé se regroupent inconsciemment et forment une sorte de récit fragmenté. »

Todd Hido

A retenir :

Un excellent exercice pour un photographe est de retourner dans son ancien quartier et de le photographier. Ce sera sans aucun doute une expérience nostalgique et personnelle et les images que vous créerez seront beaucoup plus chargées d’émotions.

Je pense aussi qu’un bon exercice est de photographier votre propre quartier. Mais quand on est tellement habitué à son environnement, il est difficile de trouver ce qui est unique et intéressant dans son propre jardin. Dans ces circonstances, il est parfois bon de s’éloigner de chez soi pendant un moment, puis de revenir avec un regard neuf et frais.

Si jamais ce genre de pratique vous intéresse, j’avais fait cette vidéo il y a quelques années :

6. Mesurez deux fois, coupez une fois

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Un des meilleurs conseils de Todd Hido vient du début du livre : « Mesurer deux fois, couper une fois. » Todd Hido développe ci-dessous :

« Je vais vous donner mon meilleur conseil dès maintenant : Mesurez deux fois, coupez une fois. Et si jamais vous passez devant quelque chose que vous pensez vouloir photographier et que vous vous dites, ‘Je reviendrai plus tard pour le prendre,’ arrêtez-vous maintenant et photographiez-le, parce que vous ne reviendrez jamais, ou si vous le faites, ce ne sera pas pareil. Vous devez prendre la photo tout de suite, quand l’impulsion est là. Utilisez n’importe quel appareil photo que vous avez avec vous, même si ce n’est que votre téléphone. »

Todd Hido

J’ai trouvé que c’était l’un des meilleurs conseils en photographie en général – car il y a beaucoup de fois où je passe devant quelque chose (soit en marchant, soit en voiture) en pensant que ça pourrait faire une photo intéressante, mais je suis trop flemmard pour m’arrêter (ou me garer) et le photographier. Je pense qu’en tant que photographes, nous devrions essayer de vivre une vie sans regrets, quand vous voyez une scène géniale, saisissez cette impulsion initiale et photographiez-la.

Je suis sûr que vous avez eu de nombreuses occasions où vous avez vu une super photo potentielle, mais vous avez hésité ou vous vous êtes senti nerveux à l’idée de la prendre. Dans cette situation, vivez sans regrets. Prenez la photo, et vous gérerez les éventuelles conséquences plus tard.

Todd Hido nous encourage aussi à travailler dur pour faire une belle photo, en nous incitant à essayer d’avoir nos photos « justes » dès la prise de vue :

« Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas travailler pour obtenir une bonne photo. Beaucoup de gens pensent, ‘Je le corrigerai dans Photoshop, ou je le corrigerai en post-production.’ Vous serez dix fois meilleur en tant que photographe si vous ne comptez pas sur ces choses. C’est bien et pratique que ces outils existent, et il est vrai que vous pourriez corriger la photo dans Photoshop. Cependant, je crois que nous devrions tous nous efforcer de la réussir directement dans l’appareil photo. »

Todd Hido

Je pense que ça nous arrive souvent en tant que photographes – quand on se dit « Oh, je recadrerai la photo plus tard » (quand on est vraiment loin de nos sujets). Sans vouloir être maniaque, je pense que trop recadrer nos photos nous amène à devenir négligents avec nos compositions.

Non seulement ça, mais faites aussi attention quand vous cadrez vos arrière-plans. Essayez d’éliminer les distractions de vos arrière-plans quand vous photographiez (plutôt que de penser que vous pourrez recadrer des éléments ou pire encore – les « retoucher » plus tard). D’ailleurs, à ce sujet :

A retenir :

Jeff Bezos vit selon un « cadre de minimisation des regrets », se demandant s’il regretterait certaines actions non accomplies à 80 ans sur son lit de mort. En tant que photographes, nous devrions adopter cette approche. J’ai raté d’innombrables photos potentielles par paresse ou par peur. Vivons donc sans regrets et photographions tout ce qui nous interpelle, même si ça semble banal. Efforçons-nous aussi d’obtenir la meilleure image possible dès la prise de vue. Pour améliorer vos compositions, essayez de photographier pendant un an sans recadrer. Cette discipline vous poussera à être plus attentif et créatif dans vos cadrages, évitant ainsi la tentation de corriger des erreurs en post-traitement.

7. Mettez-y du cœur

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Beaucoup de photographes essaient de faire des images intéressantes avec des compositions sophistiquées, des techniques d’éclairage complexes, ou un bokeh généreux.

Cependant, peu importe à quel point nos compositions ou nos techniques sont élaborées, nos photos manqueront d’âme si elles sont dépourvues d’émotion.

Todd Hido souligne l’importance de trouver de l’émotion dans notre travail :

« Aux premiers jours de l’école de troisième cycle, nous présentions notre travail, et je me souviens comment Larry Sultan a remarqué la photo [d’un garçon accroché à un arbre] immédiatement. Il a été touché par la tension dans les mains. Il a reconnu quelque chose là et a dit, ‘Cette photo parle de la condition humaine et non de quelqu’un dans un arbre. C’est émotionnel.’ C’est l’une des choses les plus importantes que j’ai apprises de Larry ; il a légitimé le fait de faire des photos qui étaient émotionnelles, et c’était vraiment important pour moi d’ouvrir cette porte. »

Todd Hido

A retenir :

Dans votre pratique photographique, cherchez les émotions. Trouvez des sujets avec lesquels vous pouvez ressentir de l’empathie. Si vous voyez une personne âgée seule dans un café, lisant le journal avec une tasse de café, pensez peut-être à votre propre solitude et à votre peur de finir seul.

Si vous apercevez quelqu’un en costume qui se précipite, l’air paniqué, un gobelet Starbucks dans une main et son smartphone dans l’autre, vous pouvez peut-être vous identifier à son sentiment d’être pressé, dépassé et occupé. C’est un peu pour ça que j’ai déclenché pour cette photo :

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Paris, 2024.

Si vous voyez quelqu’un se relaxer sur la plage, assoupi au bord de l’eau, vous pouvez peut-être ressentir cette émotion de détente, de bonheur et de joie.

Essayez de trouver plus d’émotions quand vous photographiez – vous créerez ainsi des images plus significatives et mémorables.

8. Adoptez l’alter ego d’un autre photographe

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Je pense qu’il existe une culture de « l’originalité » dans les sociétés occidentales. On regarde de haut ceux qui ne font que « copier » – et le plagiat est mal vu dans les écoles.

Pourtant, l’une des meilleures façons de s’inspirer en photographie est d’imiter ses idoles. C’est ainsi que la plupart des peintres, photographes et artistes commencent leur parcours.

Todd Hido partage son expérience personnelle de son entrée à l’école d’art, non pas pour continuer ce qu’il avait toujours fait, mais pour essayer quelque chose de différent :

« Certaines personnes vont à l’école de troisième cycle pour s’organiser et professionnaliser leur pratique. Je voulais utiliser le temps à l’école de troisième cycle pour changer mon travail, voir ce que je pouvais faire d’autre, faire des photos différentes de celles que j’avais prises dans le passé. »

Todd Hido

Todd Hido raconte comment on lui a donné un exercice « d’alter ego » qui l’encourageait à imiter un autre photographe. Cet exercice lui a été très bénéfique, car il a pu essayer de nombreuses nouvelles idées uniques (ce qui l’a aidé à trouver sa propre voix/vision dans sa photographie) :

« L’un de nos premiers devoirs était le devoir de l’‘alter ego’, où vous devez devenir un autre artiste et créer son travail au lieu du vôtre. C’est un excellent devoir car il vous libère pour essayer différentes idées. C’est une chance de faire ou d’être tout ce que vous voulez, de reconnaître que vous n’êtes pas lié à votre passé ou au chemin que vous suivez. La photographie de nuit, pour moi, a évolué à partir de ce devoir. »

Todd Hido

A retenir :

Si vous êtes un photographe débutant (ou même plus avancé) l’une des meilleures façons d’apprendre et de grandir est de sortir de votre zone de confort et d’essayer quelque chose de nouveau et de frais.

Si vous êtes un photographe de rue qui aime rester caché et discret (comme Cartier-Bresson), peut-être pouvez-vous essayer d’être plus agressif dans votre prise de vue (comme Bruce Gilden). Si vous photographiez principalement des personnes, peut-être pouvez-vous changer et photographier davantage de paysages urbains (comme Stephen Shore, William Eggleston, Lee Friedlander).

Si vous allez à une exposition ou voyez un certain livre de photographie que vous aimez : essayez d’imiter ce photographe. Adoptez un « alter ego » et voyez comment cela peut aider à développer votre propre vision, à grandir et évoluer.

9. Soyez minimalistes

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Je pense que la tendance en photographie de rue est de rendre les images plus compliquées et complexes (comme Alex Webb). Cependant, certaines des meilleures photographies de rue sont très simples et minimalistes (comme Henri Cartier-Bresson, Diane Arbus, Martine Franck).

L’un des points forts de la création d’images minimalistes est qu’elle vous aide à vous concentrer et à isoler vos sujets. Todd Hido partage comment il applique le minimalisme à son propre travail :

« Vous ne le remarquerez peut-être pas au premier abord, mais je suis un minimaliste. J’aime que le cadre soit propre et organisé. La nuit, la majeure partie du cadre est noire, et cela fonctionne pour moi esthétiquement. Toute cette obscurité et cet espace négatif aident à concentrer et isoler le sujet. Cela m’amène (et le spectateur) directement au sujet. »

Todd Hido

A retenir :

Si vous avez du mal à identifier un sujet unique dans votre photo (ou le sujet principal) – vous êtes en difficulté. Vous voulez créer des images qui ne rendent pas trop difficile pour vos spectateurs l’identification des sujets principaux.

Trouvez aussi comment ajouter plus d’espace négatif pour donner plus d’espace positif à votre sujet. Si vous avez trop d’éléments dans votre cadre – trop de choses qui se passent (trop de sujets, d’éléments, de formes compositionnelles), il sera difficile pour votre spectateur d’identifier ce qu’il devrait regarder.

K.I.S.S. : (Keep It Simple, Stupid – Gardez ça simple, idiot).

10. Concentrez-vous sur la psychologie et les relations

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Une des meilleures techniques de composition en photographie est la « juxtaposition » (placer ensemble dans un cadre deux objets ou éléments apparemment sans lien mais pourtant liés). Par exemple, photographier une personne corpulente à côté d’une personne mince peut créer une juxtaposition. Capturer quelqu’un habillé tout en rouge qui entre dans un cadre vert offre une belle juxtaposition de couleurs. Un cadre rempli de femmes avec un seul homme au centre peut aussi créer une juxtaposition intéressante.

Pourquoi les juxtapositions sont-elles si efficaces en photographie ? C’est simple : elles mettent l’accent sur les relations. Les meilleures scènes de juxtaposition explorent aussi la psychologie.

Todd Hido explique comment, dans sa série « House Hunting », il a utilisé les lumières des fenêtres comme métaphore des relations humaines :

« La plupart du temps, je suis intéressé par une certaine lumière dans une fenêtre ; c’est ce qui attire mon attention. Quand vous regardez une maison la nuit avec ses lumières allumées, vous ne pouvez pas vous empêcher d’imaginer les personnes à l’intérieur. L’intérieur s’infiltre littéralement à l’extérieur à travers cette lumière. Peut-être parce que j’ai eu une enfance traumatique, j’ai toujours regardé les maisons des gens et me suis demandé ce qui se passe là-dedans. Est-ce comme ce qui s’est passé chez moi ? D’une manière étrange, je fais une photo d’un lieu qui parle en réalité de personnes. Presque dès que j’ai pris ma première photo d’une maison avec une fenêtre allumée, j’ai reconnu que ce n’était pas à propos de la maison. C’était à propos de la psychologie et des relations. »

Todd Hido

A retenir :

La photographie parle des êtres humains, de la société et des relations. Si vous voulez réaliser une photo forte (pleine d’émotion), réfléchissez à la façon dont vous pouvez ajouter certaines personnes ou éléments qui se juxtaposent.

Si vous avez plus d’un sujet dans un cadre, demandez-vous : « Quelle relation ces personnes ont-elles entre elles ? Interagissent-elles d’une manière qui suggère une histoire ? »

Pensez aussi à la psychologie de la scène. Que vous fait ressentir la photo ? Vous rend-elle heureux, tendu, effrayé, timide, excité, engagé ou enragé ?

11. La photographie est une question de position

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Une leçon que j’ai apprise de David Hurn (photographe de chez Magnum Photos) est qu’en photographie, il y a deux principales variables que vous contrôlez : où vous vous tenez et quand vous déclenchez l’obturateur.

Cette leçon est également reprise par Todd Hido qui souligne l’importance de la position (où vous vous tenez) lorsque vous faites des images :

« Emmet Gowin m’a dit un jour, « la photographie, c’est une question de position. » J’utilise beaucoup cette perspective diagonale. Il y a un point de fuite ou un coin. En fait, je pense qu’il n’y a qu’une seule photographie que j’ai prise d’un bâtiment qui est prise de face comme un Walker Evans. Lorsqu’on photographie un espace, il est utile d’utiliser la perspective pour attirer le spectateur dans le cadre. La ligne diagonale crée de la profondeur, et la profondeur fonctionne souvent bien pour décrire un environnement. Les lignes diagonales prolongent votre photographie vers l’infini d’une certaine manière. »

Todd Hido

A retenir :

La position est absolument cruciale en photographie. En tant que photographe, vous devez constamment anticiper l’avenir. Observez votre environnement et prévoyez où les éléments intéressants seront dans les prochaines secondes, puis positionnez-vous stratégiquement pour les capturer. Identifiez de bons arrière-plans et placez-vous de manière à créer la composition souhaitée. Pour remplir le cadre, rapprochez-vous de vos sujets. Si vous recherchez des images intenses et énergiques, essayez la prise de vue frontale. Inspirez-vous des travaux de Garry Winogrand ou William Klein. En maîtrisant votre position, vous améliorerez considérablement la qualité de vos photos.

12. Laissez votre spectateur combler les vides

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Une des principales sources d’inspiration de Todd Hido est le cinéma et le film.

Il décrit comment, lorsqu’il se promène dans les banlieues, il voit toujours des scènes et des drames d’histoires imaginées :

« Quand je me promène dans les banlieues, je les vois comme si c’était un décor où des drames se déroulent en permanence. Je mets en place la scène pour une histoire imaginaire. »

Todd Hido

En tant que photographes, nous pouvons nous identifier à cela. Nous essayons de capturer la beauté de la vie quotidienne. Les histoires que nous capturons ne sont ni factuelles ni « objectives ». Ce sont nos propres interprétations de la réalité – et nous tentons de créer ce drame humain à travers notre photographie. A ce sujet, vous pouvez relire cet article :

Dans le projet « House Hunting » de Todd Hido, il essaie de créer un sens imaginaire du drame à travers les fenêtres illuminées qu’il capture. Il décrit le pouvoir de l’imagination – que le spectateur utilise pour combler les vides. Cela rend les images beaucoup plus engageantes :

« Je n’ai rien montré de ce qui se passe réellement derrière les fenêtres. Tout ce que vous pensez qui se passe se passe dans votre propre imagination. Les rideaux rétroéclairés déclenchent simplement cela. Quand je photographie, je commence à combler les lacunes de l’histoire dans mon esprit, même si le spectateur ne perçoit peut-être pas cette histoire dans la photo finale. J’exagère certains détails dans la scène pour donner un sens de quelque chose au-delà de ce qui est vu. »

Todd Hido

Hido souligne aussi l’importance de laisser certains détails de côté. En montrant trop de la scène ou de l’histoire, cela devient ennuyeux. Vous voulez laisser l’interprétation finale au spectateur :

« Je laisse volontairement des choses de côté pour que les gens puissent apporter leurs propres histoires à l’image, de sorte que la signification de l’image réside finalement chez le spectateur. »

Todd Hido

Mais y a-t-il une « interprétation » ultime, objective et singulière ? Définitivement pas. Chaque spectateur interprétera vos photos différemment en fonction de ses expériences de vie personnelles, et de la manière dont il voit et éprouve le monde. Vous ne voulez pas que vos photos soient trop évidentes pour vos spectateurs :

« Ce que j’aime le plus, c’est créer des images qui sont suggestives de cette manière, qui ont le potentiel d’être interprétées avec des significations différentes. Je ne veux pas que l’histoire soit entièrement évidente. »

Todd Hido

Souvent, « ne pas savoir » nous rend plus intrigués par les images :

« Quand je ne comprends pas ce qui se passe, je suis plus intrigué. Souvent, ce qui n’est pas montré est plus intéressant. Cela active les sens. Il y a une sorte de plaisir à ne pas savoir, à devoir prêter attention. »

Todd Hido

A retenir :

Laissez vos spectateurs combler les vides dans vos images. Ne rendez pas les histoires trop évidentes.

  • Vous pouvez utiliser la méthode de « décapitation » en coupant intentionnellement les têtes de vos sujets. Cela rendra les images plus mystérieuses car on ne connaît pas entièrement l’expression, l’humeur ou le visage du sujet.
  • Vous pouvez isoler votre sujet et le photographier sur un fond sans contexte. Cela pourrait intriguer davantage votre spectateur en le faisant se demander : « Où sont-ils ? »
  • Une autre façon d’ajouter de l’intrigue à vos photos est d’incorporer des ombres et des silhouettes dans votre travail. Photographiez lorsque l’éclairage est dur (ou pendant l’heure dorée) et essayez de photographier de manière à obscurcir le visage du sujet avec les ombres.

Ne rendez pas vos photos faciles à interpréter. Faites-en un puzzle, une énigme, ce qui est finalement plus amusant pour le spectateur.

C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle j’aime bien la photographie de rue de dos. J’avais (un peu) râlé à ce sujet dans ce post Instagram :

13. Créez de l’ambiguité

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Dans la continuité du point précédent, créez de l’ambiguïté dans vos photographies. N’offrez pas trop de réponses dans vos images (suggérez plutôt plus de questions). Todd Hido explique :

« L’ambiguïté est l’un des meilleurs outils pour créer de l’art. À mon avis, les images devraient susciter plus de questions qu’elles n’apportent de réponses. »

Todd Hido

Todd Hido mentionne également l’importance d’activer le désir du spectateur d’en savoir plus :

« Je veux que mes photographies fassent se demander aux gens ce qui se passe au lieu de tout révéler. Je ne dis pas forcément que lorsque le travail vous dit quelque chose directement, c’est une mauvaise chose. Mais, j’aime quand je dois me demander, « Que se passe-t-il ici ? » En tant que photographe, je veux vous en dire juste assez avec les images pour activer votre désir d’en savoir plus. »

Todd Hido

A retenir :

La curiosité est un outil puissant en photographie. Comme une bonne histoire, vous voulez attirer votre spectateur par l’intrigue – et vous voulez qu’il continue à tourner les pages pour découvrir la suite.

Dans les bons romans policiers, le livre commence généralement par une scène de meurtre. Puis, pendant le reste du livre, vous essayez de découvrir qui l’a fait. Si le premier chapitre expliquait qui a tué qui, le livre serait plutôt ennuyeux.

Appliquez la même philosophie à vos photographies. Faites-en un mystère – faites-vous demander à vos spectateurs ce qui se passe dans votre scène. Faites-leur identifier les principaux protagonistes, le drame, et faites-leur essayer de découvrir ce qui se passe.

Quand je regarde des photographies, j’aime celles qui me font m’arrêter, réfléchir et me demander : « Comment ce photographe a-t-il fait cette image ? Que se passe-t-il ici ? »

D’autres moyens d’ajouter de l’intrigue à vos photographies : photographiez à travers des fenêtres, des reflets, et ajoutez du surréalisme. La photographie de rue ne consiste pas simplement à définir la réalité « objectivement » – il s’agit de créer votre propre réalité subjective.

14. Enrichissez la conversation

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Une des grandes difficultés que j’ai eue pendant longtemps en photographie (que j’ai encore, et que sans doute tout le monde a) est d’identifier mon propre « style » ou ma voix.

Au final, je pense que tout ce que nous faisons est authentique et unique (nous ne l’avons jamais fait auparavant) – mais en même temps, nous voulons « enrichir la conversation ».

Que veux-je dire par là ? Dans le monde universitaire, vous devez faire des recherches dans un domaine et créer une thèse qui n’a jamais été faite auparavant. Vous ne voulez pas étudier des choses que les gens ont déjà résolues. Vous voulez travailler sur des problèmes nouveaux et trouver des solutions nouvelles.

De même en photographie, vous voulez étudier le travail des maîtres, voir le travail qui a été fait avant vous, et voir comment vous pouvez contribuer au travail qui a déjà été fait.

« Enrichir la conversation » ne signifie pas que vous devez créer un travail entièrement unique à 100%. Vous pouvez plutôt remixer et ajuster des projets qui ont déjà été réalisés. Cependant, vous voulez toujours ajouter votre propre touche unique et votre perspective sur les choses.

Todd Hido explique comment, dans sa série « House Hunting », il a ajouté sa propre touche et « enrichi la conversation ». Des gens avaient photographié des maisons la nuit avant lui – mais il l’a fait de manière suffisamment différente pour que ce soit significatif et unique :

« Quand j’ai commencé à réaliser que mes photos de maisons parlaient en fin de compte de relations, de foyer et de famille, j’ai aussi compris que c’est ce qui les rend différentes du travail de ceux qui ont photographié ce genre de sujets avant moi. Mon approche plus personnelle rend mon travail très différent de celui de, disons, Robert Adams ou Henry Wessel. Nous ferions tous les trois une étude de cas intéressante car nous photographions tous des maisons la nuit mais obtenons des résultats complètement différents. »

Todd Hido

Hido explique comment il différencie son travail de celui d’autres photographes qui ont photographié des maisons la nuit, comme Robert Adams. La principale différence ? Le travail de Hido est beaucoup plus subjectif, tandis que celui d’Adams est beaucoup plus objectif :

« Dans ‘Summer Nights’ (1958), Robert Adams photographie le même style de quartier dans lequel j’ai grandi et que je photographie encore. Mais d’une certaine manière, il peut photographier une maison la nuit et je peux photographier une maison la nuit et ce ne sont pas la même chose. (…) Adams adopte une position plus objective, tandis que mes photos sont plus subjectives. Cela montre que tout n’a pas été fait avant. Il y a toujours de la place pour enrichir la conversation. »

Todd Hido

La leçon ultime de Hido est qu’il « y a toujours de la place pour enrichir la conversation ». Ne laissez pas le fait que certains projets photographiques aient déjà été réalisés vous freiner. J’avais d’ailleurs écrit un article à ce sujet :

Cependant, même Todd Hido doit se rappeler l’importance de sortir et de travailler (et de ne pas se décourager) :

« Parfois, je dois me le rappeler. Il y a un million de façons de se décourager de faire son travail, et se dire que cela a déjà été fait en est une grande. Tout n’a pas été fait avant. Allez faire votre travail. Vous pourrez voir où cela mène et comment cela s’intègre une fois que c’est fait. »

Todd Hido

A retenir :

Quand vous travaillez sur un projet, ne vous laissez pas arrêter par l’idée que « ça a déjà été fait », mais ne l’ignorez pas non plus. Étudiez en profondeur ce qui existe déjà et cherchez à le faire différemment. Persévérez, informez-vous sur le travail de vos prédécesseurs, mais restez vous-même. Ne copiez pas, inspirez-vous. Photographiez ce qui vous attire naturellement, pas ce que vous pensez plaire aux autres. Créez un projet qui vous satisfera personnellement, peu importe l’opinion des autres.

15. Exploitez la répétition et la variation

Image 29 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

L’une des tensions créatives auxquelles un photographe est confronté est toujours la même : créer un corpus d’œuvres unique (qui soit facilement identifiable et ait un « style ») tout en évitant l’ennui.

Alors, comment combiner ces deux aspects ?

Hido partage ce dilemme qu’il avait de ne pas toujours avoir de nouvelles idées, et de stresser au sujet des prochains projets sur lesquels il travaillerait :

« J’avais l’habitude de paniquer quand je n’avais pas de nouvelles idées, en pensant, « Oh mon Dieu, que vais-je faire ensuite ? » Je pensais que je devais tout changer, et bien sûr, vous ne pouvez pas simplement aller faire cela parce que vous ne pouvez pas vous changer. »

Todd Hido

Cependant, Hido se souvenait de l’idée que c’est acceptable de continuer à faire ce dans quoi on est à l’aise pendant un certain temps. Vous n’avez pas toujours besoin de faire quelque chose de nouveau. Il le dit à la fin de cet extrait :

« Je garde cette liste de règles pour les étudiants en art dans mon bureau, la même liste que John Cage gardait dans son studio. Elles sont de Sister Corita Kent, et la première règle est, ‘Trouvez un endroit auquel vous faites confiance et essayez de lui faire confiance pendant un certain temps.’ Il est acceptable de rester au même endroit pendant un certain temps et de faire confiance au désir de le faire. J’allais dans les mêmes banlieues et prenais des photos de maisons la nuit avec les lumières allumées. Je voyais qu’une photo était vraiment bonne, puis j’en faisais une autre pour voir ce qui se passait. Je revenais encore et encore, prenant des photos aux mêmes endroits. Petit à petit, le travail évoluait. Je ne pense pas que notre nature humaine nous permette de vraiment nous répéter. La répétition fait simplement partie du processus créatif. »

Todd Hido

Hido continue en disant que dans la photographie, il y a des moments où il est important de se répéter encore et encore et d’avoir de la cohérence dans son travail :

« Frederick Sommer disait souvent que ‘la variation est un changement.’ C’est ce qui est si curieux dans la photographie. Il y a quelque chose d’essentiel dans le fait de répéter le même ensemble d’actions encore et encore. C’est une sorte de rumination. »

Todd Hido

Cependant, il mentionne l’importance d’éviter trop de confort ; vous voulez éviter l’ennui. Parfois, de petites variations feront l’affaire :

« Il y a un confort et une cohérence dans la répétition, mais ce n’est pas trop confortable. Vous n’êtes pas ennuyé. Il y a toujours quelque chose qui attise votre intérêt, qui vous tire en avant. Vous devez faire confiance au fait que vous allez trouver quelque chose de différent, arriver à un endroit nouveau dans le processus. Cela peut commencer par faire une photo d’une maison qui est orange au lieu de bleue. »

Todd Hido

Todd Hido continue en partageant les dangers de la répétition ; et comment cela peut être nuisible pour nous :

« La répétition est votre amie et aussi votre ennemie. Bien que vous vouliez que votre travail soit cohérent, qu’il ait un style, vous devez trouver le bon équilibre entre cohérence et monotonie une fois que vous travaillez sur un projet depuis un certain temps. Je me souviens que lorsque j’étais très impliqué dans la photographie des maisons la nuit, il est arrivé un moment où j’étais vraiment conscient que les photos ne pouvaient pas toutes être prises les nuits brumeuses ; je ne pouvais pas compter sur le brouillard pour être la partie séduisante. »

Todd Hido

Il partage l’importance d’ajouter de la variation et de la diversité à son projet :

« J’avais déjà un certain nombre de ces clichés et devais introduire plus de variations. Je devais sortir les nuits claires aussi. Je devais aller en périphérie des banlieues et prendre des photos. Quand j’avais atteint une masse critique de photos de maisons, je sortais et photographiais des appartements. Je ne faisais pas de grands changements. Ce type d’attention à la répétition et à la variation m’apporte des changements. »

Todd Hido

À retenir :

Quand vous vous ennuyez à travailler sur un certain projet, vous n’avez souvent pas besoin de faire de grands changements. Parfois, tout ce dont vous avez besoin, ce sont de petites variations subtiles pour vous sentir à nouveau créatif.

Par exemple ; disons que vous êtes intéressé par la prise de « portraits de rue ». Mais après un certain temps, prendre des portraits de visages de personnes dans la rue ne vous intéresse plus. Cela ne signifie pas nécessairement que vous devez arrêter de prendre des portraits complètement. Peut-être devez-vous juste changer un peu. Peut-être pouvez-vous commencer par photographier différents types de visages. Si vous êtes principalement attiré par les personnes âgées, vous pouvez commencer à photographier davantage de jeunes visages. Si vous prenez la plupart de vos portraits en noir et blanc, essayez peut-être de passer à la couleur.

Il y a donc de nombreuses façons d’incorporer de la variété et de la cohérence dans votre travail. Vous pouvez peut-être utiliser une variété d’appareils photo pour photographier des sujets similaires. Ou vice-versa : vous pouvez utiliser une seule caméra et un seul objectif pour photographier différents types de sujets.

En fin de compte, la clé est la suivante : vous voulez éviter l’ennui. Essayez de rester aussi cohérent que possible dans votre travail, et suivez votre curiosité.

16. Ne suivez pas ce qui est populaire

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Les tendances vont et viennent. Le plus drôle avec les tendances, c’est que lorsque vous essayez de les suivre, elles semblent disparaître très rapidement. Dès que vous essayez de monter dans le train en marche, il est déjà parti.

Alors, plutôt que de regarder ce qui est populaire et d’essayer de l’imiter, suivez simplement votre propre intuition. Todd Hido nous encourage à éviter ce qui est populaire ci-dessous :

« Vous ne pouvez pas regarder ce qui est populaire à l’instant et simplement aller et le répéter. C’est une recette pour un désastre. Vous ferez de l’art vide si vous essayez cette approche ou si vous ne vous souciez que du succès. Vous serez toujours en train de courir après quelque chose, parce que les tendances changent constamment. Un moment, la photographie allemande froide, nette et conceptuelle est au sommet, et le moment suivant, le travail documentaire émotionnel est en vogue. »

Todd Hido

Il partage son expérience personnelle ; bien qu’il soit personnellement attiré par des sujets plus subjectifs (avec de l’émotion), il a été encouragé à adopter une position plus objective et froide. Cela ne lui convenait pas :

« Quand j’ai commencé ma carrière, c’était l’ère de la théorie et du post-modernisme. L’émotion subjective et la beauté n’étaient pas à l’ordre du jour. C’était un cliché d’avoir quoi que ce soit à voir avec cela. On m’a encouragé à photographier à une distance uniforme, à utiliser une palette de couleurs plus neutres, à travailler de manière plus conceptuelle et à adopter une position plus objective ; en gros, à travailler comme si j’avais travaillé avec les Bechers à Düsseldorf. »

Todd Hido

Il explique comment il a ignoré ce conseil ; et a continué à faire les types de photographies qu’il voulait faire :

« Mais ce conseil, aussi bien intentionné soit-il, ne me convenait pas. Ce n’était pas le genre de photos que je voulais faire, et je savais mieux que de suivre cette voie. Il y aura toujours trop de gens qui vous donneront leur avis. Quand vous recevez des conseils, il est important que vous, en tant qu’artiste, sachiez quoi laisser de côté et quoi considérer. Vous ne pouvez pas devenir quelqu’un que vous n’êtes pas. »

Todd Hido

Todd Hido ne nous dit pas de simplement rejeter tous les retours et conseils que nous recevons des autres. Au contraire, écoutez avec un cœur ouvert ; et sachez quoi prendre (et quoi ignorer).

Quel est le conseil ultime selon lui pour trouver votre propre vision (et ne pas simplement imiter les autres, et ce qui est populaire) ? Suivez vos instincts :

« Cela m’a bien servi tout au long de ma carrière de suivre mes propres instincts. J’ai appris très tôt que je devais simplement faire ce que je voulais vraiment faire, et je voulais que mon travail reste émotionnel et subjectif. En réalité, je ne pouvais rien faire d’autre que cela. Je peux honnêtement dire que même si je n’avais pas atteint un certain niveau de succès avec mon travail, je continuerais à le faire parce que j’en ai besoin et que je veux le faire. »

Todd Hido

À retenir :

Suivez vos instincts. Photographiez ce qui vous passionne vraiment, que ce soit subjectif et émotionnel ou géométrique et composé. Faites les photos qui vous rendent heureux, pas celles que vous pensez populaires ou vendables. Vous ne pouvez pas prédire les goûts des autres, mais vous connaissez les vôtres.

Visez à vous satisfaire avant tout avec votre photographie. Le reste suivra.

17. La couleur de l’émotion

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Ce que j’aime vraiment dans le travail de Todd Hido, c’est la couleur et l’ambiance de ses images. Mais il ne photographie pas simplement en couleur pour le plaisir ; il est très conscient des émotions que font surgir les couleurs :

« Une autre chose principale qui transmet des émotions dans les photographies, c’est la couleur. Le bleu sera presque toujours perçu comme froid pour nous, surtout dans les paysages. Le vert représente la croissance ou la maladie, selon la teinte. Les couleurs apportent leurs propres significations et ambiances à une image. »

Todd Hido

Aussi, en ce qui concerne sa photographie, Todd Hido n’était pas intéressé par la capture d’une vision objective du monde. Au contraire, il voulait créer un monde imaginaire :

« Quand j’ai commencé à photographier, je faisais du noir et blanc. Je n’avais jamais vraiment photographié en couleur parce que je n’avais pas accès à un laboratoire couleur et chaque fois que je travaillais en couleur, j’envoyais les négatifs à un labo, et ils créaient toujours un tirage neutre. Je n’étais pas intéressé par cela ; je trouvais le tirage trop réaliste. Il y avait quelque chose à ce sujet qui se rapprochait trop du monde réel au lieu de ce monde imaginaire que j’essayais de créer. »

Todd Hido

Todd Hido partage également une histoire lorsqu’il a pris un cours de tirage en noir et blanc avec Roy DeCarava. Assez drôle, Todd Hido voulait initialement suivre un cours de tirage en couleur (mais il y avait des conflits d’emploi du temps) et il s’est retrouvé coincé avec Roy DeCarava à la place :

« Je sortais mon tirage du laboratoire dans le bac humide et le montrais à Roy. Chaque fois, il disait, « Rends-le plus sombre. Rends-le plus sombre. » J’ai vu que bien que les photos sortent d’une certaine manière dans leur forme négative brute, vous pouvez les pousser dans une direction complètement différente lors du tirage. C’est en grande partie ce que j’ai fait dans le laboratoire pendant des années. »

Todd Hido

Avec les avancées de Fujifilm et de Ricoh sur les JPG, beaucoup de photographes essaient d’obtenir des photos entièrement faites dans l’appareil. Bien que j’encourage les photographes à essayer d’obtenir une composition aussi bonne que possible dans l’appareil, il y a quand même une certaine quantité de post-traitement que vous devez faire à vos photos pour transmettre une certaine émotion ou un certain sentiment. Enfin, c’est dommage de s’en priver si c’est nécessaire.

Todd Hido ne sort pas non plus ses photos directement de son appareil ; beaucoup d’émotion est créée ensuite dans le laboratoire :

« Mes photos ne se matérialisent pas sous forme directement depuis l’appareil ; je choisis leur apparence et leur ressenti ensuite. Prendre la photo n’est que le point de départ. Souvent, mes planches-contact ne ressemblent en rien au tirage final. Je manipule beaucoup dans le laboratoire, et maintenant, sur l’ordinateur. »

Todd Hido

Todd Hido partage l’importance qu’il a apprise dans le cours de tirage en laboratoire avec Roy DeCarava ; que la manière dont vous faites un tirage est totalement subjective :

« Cet atelier d’une semaine a complètement influencé toute ma carrière ; apprendre que un tirage peut être interprété pour ressembler à ce que vous voulez qu’il ressemble. Il n’y a pas de bonne façon. C’est totalement subjectif. »

Todd Hido

Todd Hido partage également une autre pensée lorsqu’il a commencé à expérimenter le tirage en couleur ; « Que dirait Roy DeCarava ? »

« Quand j’ai commencé à expérimenter avec le tirage en couleur, j’ai pensé à ce que ce serait si Roy DeCarava se tenait à l’extérieur du laboratoire pour me donner des conseils. Il pourrait dire, ‘Supprime totalement la couleur.’ Ou, ‘Rends la couleur super bleue.’ »

Todd Hido

Ansel Adams a dit un jour, « Vous ne prenez pas une photographie, vous la faites. » Adams passait énormément de temps dans le laboratoire, à manipuler son négatif pour obtenir la tonalité dans les paysages en noir et blanc qu’il capturait. Todd Hido fait également cela en couleur ; il rend les photos telles qu’il veut qu’elles soient ressenties (en ajustant les couleurs d’une certaine manière) :

« Je n’ai jamais vraiment appris à tirer en couleur, donc j’ai ajusté les couleurs dans mes photographies pour qu’elles ressemblent à ce que je pensais qu’elles devraient ressembler ou transmettre. La façon dont j’utilise la couleur est très subjective. »

Todd Hido

Quels types de couleurs Todd Hido aime-t-il finalement ? Il partage les pensées émotionnelles derrière ses couleurs ci-dessous :

« J’aime les couleurs qui sont plus atténuées et plus douces que dans la réalité. Je ne suis pas marié à la réalité ; je ne ressens pas le besoin de décrire fidèlement un lieu. J’ajoute mon propre contenu émotionnel dans les choix que je fais dans le processus de tirage. La couleur définit absolument une ambiance. Il n’y a aucun doute là-dessus. »

Todd Hido

Cependant, en même temps ; il veut rendre ses couleurs pas trop folles ou bizarres ; il veut les rendre « crédibles » :

« Lorsque je choisis les couleurs, tout est permis, mais je veux toujours que l’image semble réelle, comme si elle pouvait avoir eu lieu. »

Todd Hido

À retenir :

En photographie couleur, ne vous contentez pas de capturer des éléments colorés pour le plaisir. Réfléchissez plutôt à l’ambiance que la couleur apporte à votre image.

Pour un ton plus doux et neutre, privilégiez les teintes froides (bleu, vert, violet). À l’inverse, pour plus d’intensité et d’énergie, tournez-vous vers le rouge, l’orange ou le jaune.

N’oubliez pas que les couleurs n’ont pas à être fidèles à la réalité. Le film couleur interprète déjà la scène différemment de ce que vous avez vu. En post-traitement, visez le rendu qui vous plaît, pas forcément la réalité.

Essayez de rester cohérent dans votre traitement des couleurs, surtout au sein d’un même projet. Si vous optez pour des tons chauds, gardez cette ligne directrice. En argentique, restez sur le même type de film. En numérique, créez un préréglage et tenez-vous y.

18. Prenez beaucoup de petites décisions

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En tant que photographe, vous allez devoir prendre de nombreuses décisions. Ci-dessous, Todd Hido partage certains des défis auxquels vous pourriez faire face :

« Prendre des décisions est l’une des choses les plus crucial dans la création artistique. Vous êtes toujours en train de décider. Quelle caméra vais-je utiliser ? Vais-je photographier cela en noir et blanc ou en couleur ? Horizontal ou vertical ? Vais-je imprimer cela en jet d’encre ou en Lightjet ? »

Todd Hido

Todd Hido partage l’importance de prendre de nombreuses petites décisions pour créer de l’art :

« Larry Sultan disait que l’acte de créer de l’art est l’acte de prendre de nombreuses, nombreuses, nombreuses petites décisions. Chaque question que vous rencontrez peut vous mener sur un chemin particulier. »

Todd Hido

Mais comment pouvons-nous être sûrs que les petites décisions que nous prenons nous mènent dans la bonne direction ? Nous devons avoir foi ; et avancer par petites étapes :

« Si vous pouvez être déterminé et avancer pas à pas dans vos décisions, vous aurez plus de succès. La vraie question est la suivante : qu’est-ce qui est bon pour vous en ce moment ? Et la réalisation de ce qui est bon pour vous évolue au fil du temps.. »

Todd Hido

À retenir :

Votre photographie changera et évoluera avec le temps. Ne vous sentez pas sous pression ou stressé de prendre de grandes décisions à long terme concernant votre photographie ou vos projets.

Planifiez vos projets pour qu’ils durent des années, mais essayez de rester orienté vers le présent et prenez les petites décisions quotidiennes qui vous concernent.

Par exemple, vous pourriez avoir en tête de faire un projet de photographie de rue en Amérique. Mais au lieu de vous inquiéter de tous les détails à long terme comme obtenir une exposition, un livre ou commercialiser votre projet ; concentrez-vous sur les petits détails (dans le moment présent). Déterminez quelle caméra et quel objectif vous allez utiliser. Décidez si vous voulez le photographier en noir et blanc ou en couleur (ou les deux). Déterminez quelles villes ou états vous aimeriez visiter.

Continuez à avancer avec ces petites décisions ; et gardez les yeux fixés sur vos objectifs à long terme.

19. Définissez des paramètres

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Je crois que la créativité a besoin de restrictions. Parfois, en créant avec des paramètres, vous deviendrez plus créatif. Todd Hido explique :

« Il n’y a pas de règles, mais parfois, vous avez besoin de paramètres. Ils peuvent être conceptuels. Parfois, il y a de la valeur à simplement nommer ce que vous faites en ce moment en tant que concept : “Je photographie des maisons la nuit.” Vous pouvez ensuite ajouter au concept, comme, “Je crée aussi une ambiance. Je cherche des choses mélancoliques la nuit.” Ou, “Je ne photographie que les jours nuageux.” Le concept peut changer et évoluer. Vous pouvez toujours le modifier à tout moment parce qu’il vous appartient. »

Todd Hido

À retenir :

Si on vous demande quel type de photos vous faites, vous pouvez commencer par définir un cadre général. Par exemple, « Je fais de la photographie de portrait ». Cela pose un paramètre – en disant que vous faites de la « photographie de portrait », vous indiquez que vous n’êtes pas autant intéressé par la photographie de paysages.

Avec le temps, votre pratique deviendra probablement plus spécifique. Ainsi, au lieu de dire simplement « Je fais de la photographie de portrait », vous pourriez préciser « Je fais des portraits en lumière naturelle qui mettent en valeur la personnalité du sujet ». Ou encore « Je me concentre sur les portraits en noir et blanc de personnes âgées ».

Sachez vous définir en tant que photographe, tout en gardant à l’esprit que cette définition peut (et va) évoluer au fil du temps.

20. Photographiez ce qui vous émeut

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Lorsque vous êtes en train de photographier ; vous voulez photographier ce qui vous excite et vous émeut. Ne photographiez pas ce que vous pensez que les autres trouveront intéressant. Photographiez ce qui vous excite vraiment. Todd Hido partage certaines de ces leçons :

« Vos paramètres doivent être suffisamment flexibles pour que vous puissiez toujours simplement photographier ce qui vous émeut. Photographiez ce qui attire votre attention, ce qui vous fait vous lever de votre chaise pour aller photographier. »

Todd Hido

Souvent, nous avons un critique intérieur qui nous dit de ne pas prendre une certaine photo (car elle pourrait être ennuyeuse ou stupide). Ignorez cette voix. Prenez la photo de toute façon, car vous ne savez jamais à quoi la photo ressemblera (sauf si vous essayez de la photographier) :

« Prenez la photo et voyez ce qui se passe, car vous ne savez jamais. Parfois, le monde a l’air différent en photographie. Comme l’a dit Garry Winogrand, “Je photographie pour découvrir à quoi ressemblera quelque chose une fois photographié.” Cela laisse la porte ouverte à la surprise. Souvent, avec l’inattendu, avec la contradiction, il y a de la croissance. »

Todd Hido

À retenir :

Je pense que lorsque vous faites de la photographie, vous devriez suivre votre instinct. Photographiez ce qui vous rend personnellement heureux, excité ou même effrayé. Canalisez vos émotions dans votre processus de prise de vue.

Ne regrettez pas non plus lorsque vous êtes en pleine séance. Il est préférable de photographier quelque chose (et de l’éditer ou supprimer plus tard) que de ne jamais prendre la photo. Le pire des scénarios est que vous ayez une photo ennuyeuse. Le meilleur des scénarios est que vous fassiez une photo brillante.

21. Faites de courts voyages

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Beaucoup d’entre nous s’ennuient et perdent leur créativité quand ils passent trop de temps à la maison. Quel est le conseil de Todd Hido pour ce problème ? Faites juste un petit voyage en dehors de la ville :

« J’ai aussi commencé à faire de courts voyages hors de la ville ; en Ohio quand je pouvais et aussi dans des endroits plus proches qui me parlaient. Un vol de deux heures pouvait m’emmener dans l’est de l’État de Washington, par exemple. J’aime travailler de cette manière parce que parfois, il m’est difficile de me concentrer sur mon travail à la maison ; il se passe trop de choses. Je peux vouloir quitter la maison à 10h00, mais je finis par partir à 12h30 parce que je réponds au téléphone et me fais entraîner dans d’autres choses. Je suis un père célibataire de jumeaux. Il n’est pas toujours possible d’être créatif quand je le veux. Ce n’est pas la vraie vie. Si je peux partir pour un court voyage, je suis non seulement transporté dans un endroit différent mais aussi dans un espace mental différent ; et je sais que mon temps là-bas sera consacré à prendre des photos. »

Todd Hido

À retenir :

Parfois, vous avez besoin d’un petit changement de décor pour vous réinspirer. Et cela n’a pas besoin d’être loin. Ce petit voyage peut être à 30 minutes ou une heure de route de chez vous. Cela peut être une partie de la ville où vous n’allez normalement pas.

Essayez d’injecter de la nouveauté et de la variété dans les endroits où vous prenez des photos et cela suffira à vous inspirer pour entrer dans un nouvel espace mental et créatif.

22. Savoir quand s’arrêter

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Todd Hido se concentre sur des projets. Mais beaucoup d’entre nous, sont confrontés à ce dilemme : comment savoir quand terminer un projet ? Todd Hido partage ses propres opinions à ce sujet :

« Comment savez-vous quand vous en avez fini avec un projet ? J’ai continué à faire des photos de paysages parce que le sujet me captivait encore. Je ne les faisais pas pour l’art en lui-même ; je les faisais parce que j’avais besoin de les faire. »

Todd Hido

Todd Hido nous donne ce conseil : faites des photos parce qu’il y a une partie de votre âme qui vous pousse à les faire. Ne photographiez pas juste pour le plaisir de le faire ; photographiez parce que cela apaise ce besoin intérieur de votre âme.

Todd Hido nous donne également un autre conseil pratique : lorsque vous êtes trop paresseux pour faire des photos d’un projet (et que vous avez perdu la passion pour celui-ci) ; vous devriez arrêter :

« Et donc je dirais que vous en avez fini avec quelque chose quand vous arrêtez de sortir de votre voiture pour le photographier, ou quand vous arrêtez de sortir votre caméra de votre sac pour prendre une photo. C’est là que vous en avez fini : lorsque vous n’êtes plus poussé à photographier le sujet. »

Todd Hido

À retenir :

Lorsque vous faites de la photographie, vous devez apprécier le processus. Ne photographiez pas parce que quelqu’un vous y oblige. Photographiez ce qui vous excite et vous stimule.

Si vous travaillez sur un projet, faites-le parce qu’il y a quelque chose qui vous y pousse. Vous n’avez pas besoin de vous forcer. Ça devrait être sans effort (comme le concept taoïste de « wu-wei » ; l’action sans action).

Donc, lorsque vous travaillez sur un certain projet ou sujet, suivez votre cœur. Si vous tombez en désamour avec un projet, peut-être devriez-vous l’abandonner (ou trouver comment y travailler d’une manière différente).

23. Photographiez inconsciemment

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L’une des grandes citations que j’ai reçues du photographe suédois Anders Petersen est : « Shoot from the gut, edit with your brain. » (« Photographiez avec vos tripes, éditez avec votre cerveau. » )

Que veut dire Anders Petersen par là ? Que lorsque vous êtes en train de photographier, photographiez avec votre intuition et vos tripes. Mais lorsque vous êtes à la maison devant votre ordinateur, éditez avec le côté plus analytique de votre cerveau.

Todd Hido reflète la même philosophie ; il n’analyse pas trop ses photographies lorsqu’il est en train de prendre des images :

« Je n’analyse pas mes photographies comme ça pendant que je photographie. La prise de vue et l’analyse sont des processus complètement différents. »

Todd Hido

Hido admet qu’il faut un peu d’analyse lorsqu’on photographie ; mais pas trop :

« Vous devez examiner les choses un peu quand vous photographiez ; il y a une certaine reconnaissance consciente dans le fait de vouloir prendre une photo ; mais autant que possible, vous devriez simplement faire. Voir, réagir et cliquer. Et plus vous cliquez, probablement mieux c’est. »

Todd Hido

Hido partage également l’importance de tirer parti de votre subconscient lorsque vous travaillez :

« Beaucoup de choses qui se passent dans une photo sont subconscientes au moment où je la prends. Je vois vraiment ce qui est là plus tard, quand une photo est terminée. Joan Didion le dit ainsi : ‘J’écris entièrement pour découvrir ce que je pense, ce que je vois et ce que cela signifie. Ce que je veux et ce que je crains.’ Je ressens la même chose à propos de la photographie. J’apprends des choses grâce à mon travail sur ce que je pense. Mon esprit est bien plus sophistiqué que je ne le réalise. Parfois, je sors des choses de mon chapeau pendant que je travaille et plus tard, je pense, ‘Whoa, d’où cela vient-il ?’ »

Todd Hido

Parfois, le meilleur aspect de la photographie est que les résultats sont totalement inattendus (dans le bon sens). Lorsque nous prenons des photos, nous ne savons jamais à 100 % comment elles vont se révéler. C’est le plaisir, le mystère et l’excitation de la photographie :

« L’acte de photographier peut faire remonter des choses intérieures à la surface. Je regarde mes photos lorsqu’elles sont terminées et je réalise qu’elles touchent vraiment quelque chose de plus profond. Un des grands plaisirs de faire des photographies est d’être surpris par les résultats. »

Todd Hido

À retenir :

Lorsque vous êtes en train de photographier ne sur-analysez pas vos compositions. Photographiez avec vos tripes, faites ce qui vous semble juste. Si vous passez trop de temps à surcomposer vos scènes, vous n’obtiendrez probablement aucune photo.

  • J’essaie d’éviter d’être perfectionniste lorsque je suis en train de photographier. J’essaie juste de prendre la photo.
  • Cependant, je suis beaucoup plus méticuleux et perfectionniste lorsque je fais l’édition (choisir mes meilleures images) sur mon ordinateur portable.

Nous avons très peu de contrôle lorsque nous sommes en train de photographier en lumière naturelle. Tout ce que nous pouvons contrôler, c’est où nous nous tenons et quand nous appuyons sur le déclencheur. Nous ne pouvons pas contrôler la lumière, les vêtements que portent les gens ou l’apparence des bâtiments.

Cependant, ce sur quoi vous avez finalement le contrôle est de savoir si vous gardez ou non une photo. L’édition est entièrement sous votre contrôle.

24. Les gens n’ont pas besoin de voir toutes vos photos

Image 38 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Il y a un truc que j’entends souvent, sans pour autant avoir en attribuer l’auteur : « Si vous photographiez en film, vous êtes un photographe, si vous photographiez en numérique, vous êtes un éditeur. »

Cette citation m’amuse beaucoup, parce qu’elle identifie le problème que beaucoup d’entre nous, photographes utilisant le numérique, rencontrons : nous prenons tellement de photos et avons du mal à décider quelles images garder (et lesquelles jeter).

Mais rappelez-vous ceci : nous n’avons pas besoin de montrer toutes nos photos au public. Il est acceptable de laisser certaines de nos photos mourir sur notre disque dur (ou sur des rouleaux de film). Toutes les images n’ont pas besoin d’être montrées.

Todd Hido partage ce concept ci-dessous :

« Ce n’est pas parce que je prends une photo que quelqu’un doit la voir. La plupart du temps, l’idée est de faire des photos que personne ne verra. »

Todd Hido

Comment savoir si nous avons une bonne photo qui vaut la peine d’être montrée ? Pour Todd Hido, les bonnes images ont « une certaine puissance ou électricité » et sont généralement significatives pour lui (et pour les autres) :

« Il y a tellement de photos que lorsque vous appuyez sur le déclencheur, c’est la fin de leur existence. C’est fini. Elles ne prennent jamais vie. Vous les voyez sur une planche-contact, et vous ne les regardez même pas deux fois. Les bonnes photos ont toutes une certaine puissance ou électricité. Pour qu’une photo ait une longue vie, elle doit me parler, avoir une signification pour moi. Et puis, bien sûr, j’espère qu’elle contient suffisamment d’espace pour contenir une gamme de significations pour les autres. Vous pourriez avoir besoin de prendre 10 000 clichés pour produire 500 vraiment bonnes photos. »

Todd Hido

Mais est-ce que chaque photo que nous prenons doit être pour un projet ou doit être « sérieuse » ? Pas exactement. Todd Hido prend beaucoup de photos aléatoires dans sa vie quotidienne, mais son organisation vient principalement de l’édition après :

« Lorsque vous voyez mon travail dans un livre ou une exposition ou une présentation, il peut sembler très organisé et rigoureusement cohérent. Mais ce n’est pas représentatif de ma vie quotidienne en tant qu’artiste. Si vous regardez mes planches-contact, je suis partout, comme la plupart des photographes vraiment. Si je vois quelque chose que j’aime, je prends une photo, et cela me mène sur de nombreux chemins différents en même temps. L’organisation de mon travail vient plus tard. Vous devez simplement photographier et vous saurez comment tout cela s’assemble plus tard. »

Todd Hido

À retenir :

Dans votre vie quotidienne, vous prendrez souvent beaucoup de photos aléatoires que personne ne verra jamais. Ne vous sentez pas anxieux ou gêné à ce sujet. Cela arrive à tous les photographes.

Je pense que nous devrions aussi travailler dur pour être des éditeurs rigoureux de notre propre travail. Ne montrez que vos meilleures œuvres et créez de bonnes éditions de votre travail. Moins, c’est plus.

J’en avais d’ailleurs fait un article complet il y a quelques années :

Et il est acceptable de prendre des photos qui sont juste pour vous-même (que personne d’autre ne verra jamais). Prenez des photos amusantes de la famille, des photos de votre nourriture, ou cette photo HDR d’un coucher de soleil. Appréciez le processus pour vous-même.

25. Sur les gestes simples

Image 39 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Todd Hido est célèbre pour photographier des maisons la nuit, des paysages oniriques et aussi des nus émotionnels. Que recherche Todd Hido lorsqu’il photographie des portraits de personnes ? Il recherche des gestes subtils des mains, des yeux et du corps :

« Chaque fois que vous travaillez avec une personne comme sujet, que ce soit un portrait ou un nu, des gestes très simples deviennent fascinants. Vous n’avez pas besoin de viser de grandes poses ; les gestes subtils des mains et les expressions des yeux et de la bouche disent tout. Nous sommes des communicateurs si complexes avec nos corps que le moindre mouvement peut altérer le sens d’une image. Si une personne baisse ou lève les yeux, cela change tout. »

Todd Hido

À retenir :

En photographie, je pense que les images les plus puissantes sont celles avec des émotions fortes. Comment transmettre des émotions dans vos photos ? Il suffit de chercher les gestes subtils.

Le geste peut être la position des yeux de votre sujet, un mouvement de la main ou de la jambe, ou encore une expression faciale.

Ne photographiez pas simplement des personnes avec des expressions vides et leurs mains le long du corps. Attendez qu’elles aient ces gestes subtils ; puis essayez de les capturer.

26. Faites des photos qui vous parlent

Image 40 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Lorsque vous photographiez les autres, vous faites des portraits de vous-même.

Je pense qu’en tant que photographes, nous n’avons pas une sorte d’obligation morale de montrer « la vérité » dans nos images (comme le font les documentaristes et les photojournalistes). Nous créons nos propres « vérités » à travers nos photographies. Nous créons nos propres réalités subjectives

Todd Hido partage sa perspective :

« Quand je photographie des gens, le genre de personne qu’ils sont en réalité n’est pas pertinent. Peu importe s’ils sont gentils, méchants, drôles ou cools pour la photo. Ce sont des acteurs, des remplaçants pour une personne ou une situation de mon histoire. Donc, je peux immédiatement me détacher de tout besoin de les enregistrer tels qu’ils sont. Je ne suis pas comme Bruce Davidson dans East 100th Street, photographiant des gens à qui je pourrais avoir la responsabilité de raconter leur histoire fidèlement. Je n’ai pas besoin de faire cela. Ce qui m’intéresse, c’est de faire une photo qui me parle, qui raconte ma propre histoire d’une nouvelle manière. »

Todd Hido

À retenir :

Lorsque vous photographiez des gens, essayez de raconter votre propre histoire (à travers eux).

27. Sur la création de fiction

Image 60 - 38 conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Une autre analogie lors de la création d’images est de penser à « créer de la fiction ». Todd Hido partage l’importance de créer des histoires imaginaires :

« Vous pouvez créer une fiction, mais peut-être que vous racontez une histoire qui est réelle à la fin. »

Todd Hido

Parfois, la fiction est une représentation plus précise de la réalité (que la non-fiction) :

« Picasso a dit un jour, ‘Donnez un masque à un homme, et il vous dira la vérité.’ Je pense que cela se produit avec mon travail. Ce sont des histoires vraies : les miennes, celles d’un ami ou d’un modèle. Parfois, ce sont des histoires que j’entends aux nouvelles. »

Todd Hido

Todd Hido montre également comment, bien que l’appareil photo soit censé capturer la réalité de manière factuelle, il raconte des mensonges :

« C’est l’un des cadeaux du médium. L’appareil photo est une machine magique qui peut enregistrer quelque chose de complètement vrai, et en même temps, un mensonge total ; simplement en s’arrêtant au mauvais moment. Les sujets peuvent avoir l’air de pleurer alors qu’ils rient, ou avoir l’air ivres alors qu’ils ont juste les yeux fermés. Le point est que la photographie peut décrire tout ce qui est dans le cadre en détail, mais le sens de ce qui est décrit est ambigu. »

Todd Hido

La question ultime qui importe est ce que vous essayez de dire en tant qu’artiste :

« Que la photographie soit vraie ou non n’a pas d’importance. Ce qui importe, c’est ce que vous voulez dire en tant qu’artiste au monde, même si le sens vous échappe aussi. C’est engageant de faire exprès une photo où la vérité est glissante, qui résiste à une signification définitive, qui reste dans la zone de ‘est-ce réel, est-ce pas réel ?’ J’aime travailler dans cette zone. »

Todd Hido

À retenir :

Posez-vous ces questions : Qu’est-ce que j’essaie de dire en tant que photographe et artiste ? Qu’est-ce qui rend ma vision subjective du monde unique par rapport aux autres ? Quel genre d’histoires fictives essaie-je de raconter à travers mes images ? Comment le spectateur peut-il en apprendre davantage sur qui je suis en tant que personne à travers les gens que je photographie ?

Pour vous inspirer à créer de meilleures histoires dans vos photos, ne regardez pas seulement des photographies. Regardez des films, lisez des romans et étudiez des histoires. Découvrez quel genre de fictions vous fascinent, et essayez de les reproduire à travers votre photographie.

28. Les détails sont cruciaux

Image 42 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Il y a un dicton qui dit : « Le diable est dans les détails ».

Les détails comptent.

En photographie, je cherche toujours ce petit détail qui fera la différence. Ce sont souvent ces éléments subtils qui transforment une bonne photo en une excellente photo (c’est pas pour autant que j’y arrive hein 😂). Dans son livre, Todd Hido partage l’importance des petits détails en photographie. Les détails peuvent être le lieu, l’arrière-plan ou de petits éléments dans le cadre :

« Vous pouvez avoir une histoire incroyable à raconter, mais vous devez obtenir le bon cadre. L’emplacement est tout. Le lieu fait partie de l’histoire, et les détails sont cruciaux. Si le lieu n’est pas bon, peu importe ce qui se passe dans l’image. Lorsque vous prenez un portrait de quelqu’un, si vous n’avez pas le bon arrière-plan, ou si vous n’avez pas déplacé les objets qui ne font pas partie de l’histoire, la photographie ne va pas transmettre ce que vous essayez de dire. Quand je photographie, tout ce que je vois au début, ce sont les erreurs potentielles en arrière-plan ; je ne peux même pas voir la personne avant de corriger tout cela. »

Todd Hido

À retenir :

Lorsque vous éditez vos propres images, demandez-vous : « Quels sont les petits détails qui font de cette photo une véritablement grande photographie ? »

Un petit détail ou la « cerise sur le gâteau » peut être un geste de la main, une certaine personne dans le cadre, une certaine couleur dans le cadre, ou un certain « événement » se produisant, etc.

Recherchez ces petits détails à la fois lorsque vous photographiez (et aussi lors de la phase d’édition).

29. Laissez de la place au hasard

Image 56 - 38 conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Vous ne pouvez pas tout prédire lorsque vous êtes en séance photo. La photographie est l’un des genres les plus aléatoires et imprévisibles qui existent. Nous ne savons jamais ce que nous allons obtenir jusqu’à ce que nous sortions réellement et commencions à photographier.

Par conséquent, apprenez à embrasser l’aléatoire dans votre pratique, cela rend souvent une photographie bien meilleure. Todd Hido partage comment il intègre l’aléatoire dans ses photographies pour les rendre plus intéressantes, uniques et « crédibles » :

« Une des choses que j’ai apprises de Frederick Sommer est que si vous essayez de créer une nature morte et que vous arrangez chaque partie de celle-ci, elle ne sera pas bonne. On pourrait dire la même chose d’un portrait. Vous devez créer un environnement où des choses aléatoires peuvent encore se produire et ensuite reconnaître quand prendre la photo. Les choses peuvent très facilement paraître artificielles ou forcées dans une photographie. Si vous prédéterminez tout ce qui se passera devant vous, la photographie aura l’air trop particulière. »

Todd Hido

C’est pourquoi nous détestons souvent les photographies mises en scène. Elles semblent trop fausses. Trop artificielles. Pas intéressantes. Ennuyeuses. Raides. Sauf celles de Gregory Crewdson, mais on en reparlera plus tard.

Cependant, en tant que photographe, vous pouvez mettre en scène votre prise de vue. Vous pouvez choisir un certain arrière-plan que vous trouvez intéressant, ou photographier à un certain moment de la journée lorsque la lumière a un certain aspect. Mais ensuite, ce qui se passe avec les sujets est totalement inattendu.

De même, lorsque vous photographiez des portraits les gestes et les réactions des gens à votre appareil sont souvent imprévisibles.

Donc, embrassez cette aléatoire. Todd Hido continue :

« Donc, vous préparez la scène pour que quelque chose de naturel et d’inattendu puisse se produire. Ensuite, la photo aura une authenticité et cela est vraiment important. Je n’aime pas les choses qui ont l’air super mises en scène. Je trouve les images plus captivantes quand elles sont plus brutes et réalistes. Je me fiche que vous mettiez en scène, ne faites pas simplement en sorte que cela a l’air mis en scène. »

Todd Hido

À retenir :

Personnellement, je me fiche qu’une photographie soit mise en scène. Je suis plus intéressé par la façon dont j’interprète une image, et si elle m’intéresse (plutôt que si elle était vraiment « spontanée »).

Je ne pense pas non plus que juste parce qu’une photographie est spontanée, elle est intrinsèquement « meilleure » qu’une photographie mise en scène. Certaines de mes photos préférées sont soit mises en scène soit fabriquées.

En fin de compte, vous voulez faire des images intéressantes. Donc, embrassez l’aléatoire dans vos prises de vue et évitez de faire des photographies ennuyeuses.

30. Photographiez les moments intermédiaires

Image 44 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Nous pensons généralement qu’une photographie posée de quelqu’un est un cliché. Nous détestons lorsque les gens font le signe de « paix » ou affichent leur « visage de profil Facebook ». Nous nous efforçons de capturer « l’authenticité » de nos sujets, et l’une des façons de le faire est de photographier les « moments intermédiaires ».

Geoffrey Dyer appelle cela le « moment sans garde » ; lorsque le sujet d’un photographe baisse sa garde. Dans ces « moments intermédiaires » ; vous obtenez une lueur ou un aperçu intérieur de l’esprit et de la psychologie du sujet.

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Marilyn Monroe (1957) – R. Avedon

Todd Hido parle d’une photographie de Marilyn Monroe prise pendant l’un de ces « moments intermédiaires » et lorsque Richard Avedon a pu capturer quelque chose de plus profond dans sa psyché :

« Il y a une photo vraiment merveilleuse d’Avedon de Marilyn Monroe prise dans l’un de ces moments intermédiaires. C’est l’une de mes photos préférées de tous les temps. L’histoire derrière la photo est que lorsque Monroe a dit, ‘Est-ce qu’on est en route ?’ Avedon a dit, ‘Non.’ Et c’est à ce moment qu’Avedon a pris la photo. À ce moment-là, elle n’a pas sa garde levée ; elle n’a pas son visage heureux, elle n’est pas une actrice, elle est juste une personne perdue dans son âme. »

Todd Hido

À retenir :

Lorsque vous photographiez ; efforcez-vous de capturer ces « moments intermédiaires » et ces « moments sans garde ».

Quand je fais un portrait de mes proches, je leur demande souvent de regarder directement dans mon objectif. Cependant, le problème avec cette approche est que les sujets apparaissent souvent très raides et maladroits ; et ils n’ont généralement pas d’expressions ou d’attitudes intéressantes.

Une autre stratégie que j’utilise si je suis pris en train d’essayer de prendre une photo spontanée est de dire à la personne, « Faites comme si je n’étais pas là ; continuez simplement ce que vous faisiez avant que je sois là. » Étonnamment, la plupart des gens en rient et commencent effectivement à vous ignorer ; et continuent de faire ce qu’ils faisaient (avant que vous ne les voyiez et ne vouliez les photographier). Après, mes proches ont l’habitude de faire comme si je n’étais pas là quand je veux les photographier, donc ce n’est plus trop un sujet. Sinon, une autre technique qui marche bien, c’est de faire semblant d’avoir pris la photo et qu’on a ce qu’on veut, puis redéclencher juste après pour avoir le moment « entre deux ».

31. Sur l’association d’images

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L’un des grands talents de Todd Hido est la création de livres. Dans cet extrait ci-dessous, il parle de la magie de l’association des images dans un livre ; et comment vous pouvez créer de nouvelles significations grâce à ce processus :

« L’une des choses les plus magiques de la photographie se produit lorsque vous placez une image à côté d’une autre pour créer de nouvelles significations. Lorsque vous voyez une image d’une personne et une autre d’un lieu, votre esprit comble automatiquement les lacunes comme s’ils étaient connectés. »

Todd Hido

Hido continue en partageant comment nos esprits suivent une intrigue ou une histoire comme au cinéma :

« Dans une approche cinématographique classique, vous descendez une route, rencontrez un personnage et comprenez que c’est là qu’il vit. Et puis dans la scène suivante, vous comprenez que l’intérieur est à l’intérieur de cette maison. Si je mets une photo de l’extérieur d’un hôtel avec une photo d’une femme sur un lit ; bam ; je vous ai donné assez de matière pour créer une histoire. Si vous prenez une photo d’un moment froid, sombre et pluvieux, et que vous mettez cette photo à côté d’un portrait, cela influencera la façon dont cette personne est comprise et établira le ton pour comprendre la situation. »

Todd Hido

Quand il s’agit de raconter une histoire, ce ne sont pas les photos elles-mêmes qui font l’histoire. Plutôt, c’est dans les espaces entre les photographies que beaucoup de significations se créent :

« Quelque chose se passe dans l’espace entre les photos quand vous les enchaînez. Elles mettent automatiquement en mouvement une narration dans nos esprits. »

Todd Hido

À retenir :

Lorsque vous assemblez un livre ou un projet (et que vous souhaitez créer une narration) ; pensez à la façon dont vos images se déroulent comme un film ou une histoire.

Par conséquent, réfléchissez soigneusement à la séquence des images dans votre projet (quelle image est l’image principale, quelle image suit celle-ci, et quelles images termineront le projet) ainsi qu’à l’édition du projet (quelles images garder et quelles images ne pas garder).

Le secret pour créer une narration est également de créer une sorte d’espace ou d’ambiguïté entre les photos. Laissez votre imagination jouer dans les moments intermédiaires ; ne ressentez pas le besoin d’expliquer chaque scène.

32. Sur la création de récits

Image 46 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Todd Hido nous en dit plus sur la manière de créer une narration et sur l’importance de la personne, du lieu et de l’émotion :

« Il ne faut vraiment pas trop de composants différents pour créer une narration. Il y a trois éléments de base : la personne, le lieu, l’émotion. Parfois, j’ajoute des actions ou les conséquences des actions dans mon travail. »

Todd Hido

Nous n’avons pas toujours besoin de créer des histoires ultra-compliquées. Parfois, les histoires les plus directes sont les meilleures. Mais dans le travail de Todd Hido, il cherche à créer des histoires compliquées pleines de sens, de nuances et de mystère. En ajoutant le mélange parfait de personnes, de lieux et d’émotions, il crée des projets permettant à des histoires complexes d’émerger :

« Vous pouvez faire presque n’importe quoi avec ces quelques composants fondamentaux. Vous pouvez raconter une histoire vraiment compliquée, et c’est ce que je recherche. J’ai chargé le jeu pour que le sens se produise. »

Todd Hido

À retenir :

En photographie (et plus particulièrement en photographie de rue), pensez à la façon dont vous pouvez incorporer les trois éléments de création d’une histoire : les personnes, les lieux et l’émotion dans votre travail.

  • Personnes : Identifiez les bons sujets que vous voulez photographier. Quel genre de sujets voulez-vous photographier ? Pourquoi voulez-vous les photographier ? Cherchez-vous des personnes simples et ordinaires dans les rues ? Ou cherchez-vous des « personnages » ? Essayez-vous de photographier un certain type de personnes (par exemple, des personnes en costume d’affaires) ou un certain groupe démographique (personnes âgées, jeunes ou personnes asiatiques) ? Comment les personnes que vous sélectionnez vont-elles jouer dans votre histoire et votre narration ; qui sera votre protagoniste, leur acteur de soutien et l’ennemi ?
  • Lieux : Si vous voulez créer une histoire, où voulez-vous que l’histoire se déroule ? Faites-vous un projet dans les banlieues de Californie, les rues de New York, les ruelles de Paris ou les montagnes du Tibet ? Le lieu est absolument crucial ; car il transporte le spectateur dans un certain endroit auquel il peut s’identifier et imaginer les acteurs interagir à cet endroit. Donc, lorsque vous travaillez sur un projet, ne prenez pas seulement des photos de personnes ; essayez de faire des « portraits environnementaux » (photographier des personnes avec l’arrière-plan dans lequel elles se trouvent) ou photographiez simplement des paysages du cadre dans lequel vous voulez que votre spectateur soit transporté. Donc, si vous faites un projet sur Tokyo, peut-être prenez-vous des photos de la ligne d’horizon de Tokyo pour donner aux gens un sens du lieu où l’action se déroule (ne prenez pas seulement des gros plans des gens).
  • Émotion : Probablement le puzzle le plus important pour créer une grande histoire ou une narration est d’avoir une forte émotion. Une photographie de rue sans émotion est morte. En tant qu’êtres humains, nous sommes des créatures hautement sociales et émotionnelles. Lorsque nous regardons un film, lisons un livre ou regardons une pièce de théâtre ; nous avons soif de drame et d’émotion. Nous voulons de l’action, des rebondissements, des surprises et des retournements de situation. Quel genre d’histoires les gens détestent-ils le plus ? Les histoires ennuyeuses. Donc, pensez à la façon dont vous pouvez injecter plus d’émotion, de drame et de suspense dans vos images. Cherchez des gestes faciaux, des gestes de la main, des juxtapositions.

33. Maîtrisez les bases ; éliminez les variables

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Le problème que rencontrent beaucoup de photographes débutants est qu’ils essaient de faire trop de choses au début. Par exemple, ils essaient chaque appareil photo, chaque objectif, chaque film, chaque réglage, chaque genre de photographie, etc.

Cependant, l’une des meilleures façons de devenir vraiment bon en photographie est d’éliminer les variables ; et de maîtriser les bases. Todd Hido explique ce concept ci-dessous :

« Si vous êtes encore en train d’apprendre, vous devez maîtriser une chose à la fois, éliminer les variables, avant de pouvoir vous diversifier. Sinon, vous perdez simplement du temps. Vous trouvez un film qui fonctionne et vous continuez à l’utiliser jusqu’à ce que vous le maîtrisiez. Vous trouvez un objectif qui fonctionne et vous continuez à l’utiliser jusqu’à ce que vous n’ayez plus besoin d’y penser. »

Todd Hido

À retenir :

Je ne pense pas que vous devez uniquement poursuivre un type de photographie ou utiliser un appareil photo/un objectif pour le reste de votre vie. Cependant, je suis d’accord avec Todd Hido : vous devriez essayer de maîtriser un équipement ou un genre avant de passer au suivant (ou du moins vous sentir à l’aise).

Donc, par exemple, si vous êtes nouveau en photographie de rue (ou intermédiaire) ; restez avec un appareil photo et un objectif et perfectionnez-les avant de passer à autre chose. Il m’a fallu pas mal de temps pour être à l’aise dans la rue avec mon matériel, puis à passer sur un autre.

Essayez donc de simplifier vos variables. Si vous photographiez avec un télémètre et un DSLR, vous aurez du mal à vraiment maîtriser les deux en même temps. Essayez de vous concentrer sur un système de caméra ou un objectif avant de passer au suivant. Si vous photographiez en noir et blanc, essayez de le maîtriser avant de passer à la couleur. Si vous aimez le film 35mm, essayez de le maîtriser avant de passer au moyen format. Si vous aimez la focale de 35mm, essayez de la maîtriser avant de passer à quelque chose de plus large comme un 28mm.

34. Élargissez votre palette

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Comme je l’ai écrit dans la section précédente, vous ne voulez pas simplement photographier avec un appareil photo et un objectif pour le reste de votre vie. Il arrive un moment où vous voulez expérimenter davantage et « élargir votre palette » comme le souligne Hido ci-dessous :

« Parfois maintenant, j’utilise deux ou trois appareils photo. Je comprends pourquoi on voudrait utiliser plusieurs appareils photo, avoir une palette plus large. Chaque appareil photo fait un type de photo différent. Chaque appareil photo est comme un pinceau différent. Ils enregistrent les scènes de différentes manières. »

Todd Hido

Hido est un artiste et ne veut pas limiter sa créativité ou sa vision. Par conséquent, en utilisant différents supports (35mm, moyen format, etc.), il crée une vision multifacette de la réalité qu’il veut transmettre :

« L’utilisation de plusieurs appareils photo et formats a ajouté de nouvelles couches de richesse à mon travail. »

Todd Hido

À retenir :

Donc, une fois que vous avez maîtrisé un certain support, un certain système de caméra, etc. ; essayez de travailler à « élargir votre palette ».

Picasso n’a pas peint un seul style toute sa vie, Andy Warhol a beaucoup expérimenté avec différents processus d’impression, et Josef Koudelka est passé de la photographie en film noir et blanc 35mm à la photographie avec un appareil photo panoramique.

En tant que photographe, vous êtes aussi un artiste. Vous voulez montrer le monde et la réalité d’une certaine manière ; et utilisez donc le bon ensemble d’outils ou de pinceaux pour transmettre cette réalité.

35. Sur la composition de livres photo

Image 49 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Dans cette section, Hido partage de nombreux conseils utiles sur la manière de réaliser des livres photo.

Pour commencer, il partage l’importance d’un livre photo ; de créer un corpus de travail permanent et l’importance d’avoir une structure :

« Ce dont je parle ici, c’est de réunir des séquences de photos qui seront regroupées dans un livre. Le livre peut vous amener à synthétiser des idées et peut devenir votre enregistrement permanent d’un corpus de travail. Lorsque vous prenez un livre, vous en attendez quelque chose. Il a une structure : un début, un milieu, une fin. C’est un médium fermé que vous pouvez presque perfectionner. »

Todd Hido

Hido commence le processus de création de livres en associant des photographies individuelles, puis en créant des chaînes d’images qui forment la structure de son projet :

« Souvent, je commence simplement par associer des photographies individuelles, en gardant à l’esprit que chaque image doit devenir plus forte en étant associée. Et lorsque vous avez un certain nombre de paires, vous commencez à associer les paires. Et tout d’un coup, vous avez ces chaînes de photos qui commencent à montrer la forme et la structure de l’histoire. »

Todd Hido

Bien que Hido adopte la technologie numérique, il croit que la meilleure façon est d’adopter l’approche analogique ; imprimer de petites photos, les mettre sur les murs ou sur la table. Pour lui, la physicalité des objets est importante ; et ils permettent également à l’aléatoire et à la sérendipité de se produire :

« Je trouve vraiment utile de travailler avec des photos sur papier, de petites impressions que vous pouvez déplacer sur une table ou sur un mur. Je n’ai jamais trouvé une association fabuleuse ou une séquence géniale sur un écran d’ordinateur. Pour moi, les choses commencent à se produire lorsque je travaille avec des objets physiques. J’ai accidentellement séquencé quelques paires d’images vraiment géniales et surprenantes parce que j’avais la capacité de déplacer du papier. Les photos se dispersent d’une manière que vous ne pouvez pas contrôler ou planifier. Vous posez quelques photos et réalisez qu’elles fonctionnent ensemble. Lorsque vous commencez à assembler des choses et qu’elles commencent à former des chaînes, vous pouvez déplacer des sections entières. C’est comme faire un film en papier. »

Todd Hido

Une autre analogie que partage Todd Hido est de penser à la musique. Si vous écoutez une bonne chanson, il y a un certain tempo, un rythme et une cadence dans la musique qui vous maintiennent en haleine :

« Lorsque vous assemblez des photos pour un livre, il est utile de penser à la musique. Il peut y avoir des motifs qui apparaissent et se répètent sous différentes formes dans une longue séquence. Vous pouvez créer un rythme en étant cohérent d’image en image et en faisant attention à la manière dont les images se tiennent ensemble. »

Todd Hido

Cependant, parfois, la musique est ennuyeuse lorsqu’elle se répète. Dans ces cas, il est parfois bon de mélanger les choses ; et de surprendre ou choquer l’auditeur (ou le spectateur) :

« Mais une fois que vous avez établi un schéma, une fois que le rythme devient familier, cassez-le. Le spectateur doit être mené et puis surpris. Juste au moment où le spectateur sait ce qui vient, faites quelque chose de différent. Lorsqu’ils viennent de voir plusieurs maisons de nuit, introduisez un paysage de jour. Le lecteur pensera, ‘D’où cela vient-il, et pourquoi est-ce si flou ?’ Cette photo est là spécifiquement pour maintenir l’intérêt du lecteur, pour être la mauvaise photo au bon moment. D’une certaine manière, elle contamine le rythme et gâche la séquence, mais de la bonne manière. »

Todd Hido

À retenir :

Pensez encore aux films : certains des meilleurs films sont ceux qui vous choquent et vous surprennent au milieu. On appelle cela un « plot-twist ».

Pensez à la façon dont vous pouvez ajouter des « plot-twists » à vos propres séries photographiques. Quelles images pouvez-vous ajouter à une certaine séquence pour choquer ou surprendre votre spectateur ?

Mais jusqu’à ce moment de choc : pensez à la musique et à la manière dont vous pouvez faire suivre le rythme et le flux à votre sujet.

Donc, visez les deux : la cohérence dans le flux des images et la séquence, mais aussi casser la chaîne avec quelque chose de totalement inattendu ; une image qui ne correspond pas. Faites-le exprès, puis montrez la séquence à un ami ou à un autre photographe en personne et jugez leurs réactions via leurs expressions faciales ou lorsqu’ils s’arrêtent sur certaines images.

Soyez un excellent conteur, avec beaucoup de chocs et de surprises.

36. L’importance de créer des objets

Image 50 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Dans cette section, Todd Hido partage davantage sur l’importance de créer des objets physiques (plutôt que purement numériques).

Je pense que c’est une chose très importante à noter ; surtout que notre monde devient de plus en plus numérique. Avec les appareils photo numériques, nous photographions en numérique, les téléchargeons sur Internet, mais nous ne les voyons jamais imprimés dans la « réalité ».

Surtout lorsque vous réalisez un livre de photographie ; un livre de photographie numérique ne suffit pas. La physicalité de tourner les pages est une expérience incroyable ; et quelque chose que vous devez faire dans le monde des objets (pas seulement sur un ordinateur) :

« Une fois que vous avez fait le film en papier, vous devez le convertir en tournage de pages ; il n’y a rien de tel que de tourner les pages. Quand je travaille sur un livre, je dois avoir une maquette. En simuler une sur un ordinateur n’est pas acceptable. Vous devez l’imprimer et la tenir dans vos mains. »

Todd Hido

Donc, si vous travaillez sur un projet de livre, faites plusieurs maquettes ou brouillons différents. Vous pouvez le faire très simplement ; je connais des photographes qui réalisent de petites impressions 10×15 cm et les collent simplement dans un carnet ou un moleskine. Vous pouvez faire des copies bon marché avec votre imprimante à domicile et les assembler avec de la colle ou des agrafes. Faites-le simplement physique ; Todd Hido en explique plus ci-dessous :

« Vous faites un objet. Par conséquent, vous devez le faire entrer dans le monde des objets en papier et encre. Même si vous faites une maquette grossière en noir et blanc qui est imprimée comme de la crap et assemblée avec du ruban adhésif ou autre, vous devez pouvoir tourner les pages. »

Todd Hido

Peu importe si vous photographiez en film ou en numérique ; vous devez simplement créer un objet physique en photographie. Cet objet physique peut être des tirages, un livre ou une expérience (comme une exposition) :

« Créer un objet est crucial pour la photographie. Tous ceux qui ne font que photographier des jpegs, ils ont des problèmes. Ils doivent apprendre à créer un objet, que ce soit une image dans un livre ou un tirage sur le mur. »

Todd Hido

À retenir :

Pensez à la façon dont vous pouvez rendre votre photographie plus physique. Si vous avez toujours photographié en numérique, peut-être pouvez-vous essayer d’expérimenter avec de la pellicule. Apprenez à photographier sur pellicule, à le charger dans votre appareil photo et à le traiter à la main par la suite. Peut-être même suivre un cours de tirage en chambre noire et apprendre à faire des tirages à la main.

Ps : On le verra dans la conclusion, j'ai mis plusieurs années à terminer cet article. Entre temps... les prix de l'argentique ont pas mal augmenté, je ne le conseillerai plus autant.

Si vous photographiez en numérique, peut-être que tout ce que vous devez faire est simplement d’imprimer davantage de votre travail. Imprimez-les à la maison ou envoyez-les à un laboratoire pour les faire imprimer. Faites de petites impressions 10×15 cm lorsque vous éditez ou séquencez votre travail, ou faites des tirages plus grands à offrir en cadeau. Cadrez votre travail. Imprimez vos photos et faites des maquettes de livres. Imprimez des livres via des services d’impression à la demande comme Blurb. Pensez à faire une exposition et à mettre des tirages sur un mur.

Essayez de penser à la façon dont vous pouvez rendre votre photographie une expérience plus physique ; et vous trouverez plus de joie, de nouveauté et d’émerveillement dans votre photographie.

Si ce sujet vous intéresse, on en avait beaucoup parlé ici avec Jean-Christophe Béchet :

37. Prenez votre temps

Image 63 - 38 conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Avec l’ère numérique ; nous sommes concentrés et obsédés par la vitesse. Nous avons l’impression de devoir photographier plus, éditer plus rapidement et publier plus de travaux.

Mais souvenez-vous ; vous pouvez prendre votre temps. Ne vous sentez pas pressé de diffuser votre travail. Il vaut mieux réaliser moins de projets (et qu’ils soient tous solides) que d’avoir beaucoup de travaux qui sont médiocres.

Todd Hido partage cette même philosophie ; il photographie depuis plus de 25 ans et il n’a qu’une poignée de projets sur lesquels il a travaillé au fil des années. Il explique davantage :

« Une chose que je vois souvent chez les jeunes photographes est cette précipitation à diffuser leur travail. Je suis très ambitieux, mais je sais aussi qu’il est acceptable d’attendre jusqu’à ce que vous soyez vraiment prêt à montrer un corpus de travail. Les gens ont ces différents onglets sur leurs sites web qui montrent les portfolios de dix ou quinze projets. Je n’ai pas dix projets, et je suis dans ce domaine depuis 25 ans. »

Todd Hido

Une partie de la pression pour partager beaucoup de travail est le fait qu’Internet a facilité le partage. Mais souvenez-vous ; prenez votre temps, et rappelez-vous également d’apprécier le processus de création des photographies. Ralentissez :

« Partager votre travail avec le public est plus facile et plus rapide que jamais ; mais ce n’est pas parce que vous pouvez le faire que vous devez le faire. Les photographes pensent aussi qu’ils doivent avoir un livre ou une exposition tout de suite. Ce n’est pas le cas. Quand le moment sera venu, les choses se mettront en place. En attendant, essayez de profiter de la création des photos. Ralentissez et réfléchissez à votre art. »

Todd Hido

À retenir :

Ne pensez pas que vous devez vous précipiter avec votre photographie. Si vous n’êtes pas un photographe à plein temps vivant de la photographie ; pourquoi se précipiter ? Vous ne payez pas vos factures avec vos projets photographiques personnels. Vous travaillez sur votre photographie parce que c’est une passion et un amour.

Ralentissez et appréciez le processus. Je trouve souvent le processus de création des photos, de les éditer et de les séquencer plus agréable que de regarder le projet final et achevé.

Souvenez-vous, le voyage en photographie est la récompense.

38. Connaissez vos motivations

Image 52 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Nous avons tous des motivations et des raisons différentes pour lesquelles nous faisons des photographies. Mais souvent, nous ne mettons pas ces motivations et ces raisons sur papier. En identifiant ce qui nous motive et nous touche ; nous pouvons rester inspirés.

Todd Hido partage la difficulté de rester motivé et inspiré en photographie. Nous trouverons constamment des excuses pour ne pas faire de photographies ; et nous deviendrons insatisfaits et frustrés en conséquence :

« Une fois qu’un livre est imprimé et que l’exposition est terminée, vous devez rester motivé pour passer à la prochaine étape et faire de l’art pour vous-même sur le long terme. C’est l’un des plus grands défis pour un artiste en activité. Il y a toutes sortes de distractions. Comme nous tous, j’ai des choses à faire la plupart des jours qui ne sont pas créatives. Vous n’êtes pas autorisé à utiliser les obligations de la vie ou votre travail comme excuse pour ne pas faire de photographies. »

Todd Hido

Todd Hido explore en profondeur l’importance de savoir ce qui nous motive :

« Savoir ce qui vous motive est essentiel. Une fois que vous avez quitté l’école, vous êtes seul. Il n’y a pas de délais. Personne n’attend de travail de votre part chaque semaine. Vous devez trouver une méthode, quelle qu’elle soit, qui vous maintienne sur la bonne voie pour créer des œuvres d’art. Pour certains, suivre un cours ou rencontrer un groupe régulièrement est une motivation suffisante. Certains d’entre nous ont juste besoin que quelqu’un dise, ‘Hé, je veux voir ce que tu fais.’ »

Todd Hido

Certains d’entre nous sont intrinsèquement motivés (motivation intérieure) et certains d’entre nous sont extrinsèquement motivés (motivation par les autres). L’un n’est pas nécessairement meilleur que l’autre ; ils sont juste différents. Sachez ce qui vous motive. Si vous êtes plus motivé par l’extérieur, peut-être avez-vous besoin d’un groupe de soutien, d’un club de photographie ou d’un ami pour vous maintenir sur la bonne voie dans votre photographie.

Parfois, avoir des attentes ou des horaires est un bon moyen de rester motivé en photographie (ou en étant dans une classe) comme l’explique Todd Hido à travers cette histoire :

« Mon ami Paul suit ce cours d’introduction à la sérigraphie chaque semestre dans un collège communautaire local. Il l’a suivi tellement de fois qu’ils lui ont finalement dit qu’il ne pouvait plus s’inscrire. Alors maintenant, il s’inscrit en tant que Todd Hido, avec ma carte de crédit ; tout cela pour pouvoir continuer à suivre ce cours. Le fait que chaque mercredi, il sache qu’il doit y aller et faire de la sérigraphie est ce qui le maintient en activité. »

Todd Hido

À retenir :

Qu’est-ce qui vous motive en tant que photographe ? Est-ce que faire des photographies est un moyen pour vous d’échapper à la monotonie de la vie quotidienne ? Est-ce que faire des photographies est un moyen de capturer votre réalité et de la partager avec le monde ? Est-ce que faire des photographies est une excuse pour rencontrer d’autres personnes et socialiser ? La photographie est-elle un moyen pour vous de rester créatif ? La photographie est-elle un moyen pour vous d’être reconnu dans quelque chose que vous faites bien ? Est-ce que photographier seul, ou avec d’autres personnes, vous motive ? Avez-vous besoin de rester dans un cours de photographie pour continuer à avancer ? Voulez-vous finalement publier ou imprimer votre travail dans un livre ? Qui est votre public cible ? Vous-même, ou d’autres personnes ?

Réfléchissez à certaines de ces questions pour rester motivé et inspiré dans votre photographie.

Conclusion

Image 53 - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi

Nous voilà arrivés à la fin. Cet article vous a semblé long ?

Eh bien imaginez pour moi : j’ai mis SEPT ANS à l’écrire. Oui. Le brouillon date d’août 2017. Je l’ai retrouvé en mettant à jour le Blog. En fait, c’est vraiment un article qui n’a été possible que grâce à une évolution technologique récente : l’IA. J’en parle dans cet article d’ailleurs si le sujet vous intéresse :

Quand Eric Kim l’a publié, je trouvais ça hyper intéressant de le traduire pour qu’il soit disponible en français. Seulement voilà, 17 000 mots à se coller ; 38 parties ; ça a été super long. Surtout en devant gérer la mise en forme, j’ai avancé un peu puis abandonné plusieurs fois. Quand DeepL (un traducteur basé sur l’intelligence artificielle) est arrivé quelques mois après, j’ai retenté le coup. Mais c’était, là encore, beaucoup trop long, de copier un paragraphe, le traduire, refaire la mise en forme, puis l’adapter à mon audience/ton/vision de la photo. Pour les plus techniques d’entre vous, j’ai fini par réussir à le traduire en utilisant Claude 3.5 Sonnet. J’ai pu traduire le code source directement, donc conserver la mise en forme, et pouvoir me concentrer sur le fond. Ce qui avait traîné des années a pu être traduit en une journée. J’en suis d’ailleurs assez content, toutes ces années après, je trouve toujours le propos de Todd Hido aussi pertinent.

Si vous avez apprécié l’article (et le travail derrière 😅) n’hésitez pas à laisser un commentaire. Faites-le en 2 temps :

  1. Commencez votre commentaire par le nom d’un fruit ou d’un légume, ça sera la preuve que vous avez tout lu et êtes arrivés ici 💪🏻,
  2. Parlez-moi de votre conseil préféré, et de ce que vous auriez ajouté en conseil n°39 et 40.

Pour finir, je pense qu’il y a pas mal de leçons précieuses que nous pouvons tirer de Todd Hido pour notre photographie. Personnellement, j’ai appris à mieux séquencer les images (en pensant aux films ou à la musique), à mieux éditer (moins c’est plus, que le meilleur, pas de remplissage), et l’importance de prendre mon temps (sans avoir besoin de précipiter mon travail). Je me reconnais dans pas mal de conseils que je donne aussi moi-même. Ce que vous en retirez personnellement vous appartient, je pense que nous pouvons beaucoup apprendre de ses philosophies et de sa façon de travailler.

71miwhjc1ul - Une flopée de conseils sur la photographie par Todd Hido - Thomas Hammoudi
Todd Hido on landscapes interiors and nudes

Pour en apprendre davantage de Todd Hido et rester inspiré, n’hésitez pas à vous procurer un exemplaire de son livre chez Aperture, ainsi que ses monographies sur ses projets photo.

À la prochaine, et avant 7 ans promis.

Ps² : Merci à Paul et Miguel pour leurs relectures attentives, seul, je ne m'en serais pas sorti.

Pendant la durée de l’écriture de cet article, j’ai écouté un million de trucs, mais je l’ai fini en écoutant cet album en boucle.


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Andres vera bewktzmv7v0 unsplash - Buy me coffee (café) - Thomas Hammoudi

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Commentaires

52 réponses

  1. Avatar de Hélène
    Hélène

    Banane, que cette article est d’une grande richesse autant pour un amateur comme moi. S’écouter est pour moi une devise. Merci pour ce partage.

  2. Avatar de Didier
    Didier

    Figue
    Ce que je retiens principalement c’est de se faire confiance et de persister dans ses choix tout en montrant son travail. Et de même, l’aboutissement du travail photographique est la création d’un objet. Je n’en était pas convaincu, mais ces dernières années le fait d’exposer mon travail m’a fait progresser dans mes choix artistiques.
    Enfin et pour terminer, le conseil le plus important concerne l’émotion, sans laquelle il ne peut y avoir d’art photographique. C’est certainement la réflexion la plus forte que chacun se doit d’appliquer, comment restituer l’émotion que j’ai reçue ?
    Conseil 39 : Ne change pas ton matériel, utilise celui dont tu disposes, il est sans-doute suffisant
    Conseil 40 : prends ton 50mm et marche !

    1. Avatar de Thomas Hammoudi

      Je valide les commentaires 39 et 40 !

  3. Avatar de chiarappa
    chiarappa

    Salut Thomas,
    Bon je ne comprends pas la nécessité d’écrire un fruit pour te prouver que je suis allée jusqu’au bout, mais si tu y tiens, je dirais myrtilles. En tous cas bravo et merci xxxxxxxxxxx j’ai lu tout tout tout, copié/collé certaines citations sur un doc pour me les relire les moments de coup de mou.
    Les conseils de Todd, confirment mes intuitions et mes décisions. Par contre à la différence de certains conseils déjà entendu ici ou là, lors de la création d’un livre, lui dit que chaque image doit être à son max là ou d’autres disent, une max et une moyenne, alors le bon conseil comme il dit est de continuer à suivre ses émotions, ses intuitions, son propos.
    Prendre son temps pour écrire une histoire, trouver la bonne association, créer du suspens, des ruptures.
    Comme tu l’écris Thomas, chaque photographie est une forme d’auto-portrait, cependant, je crois qu’un livre, un photo n’informe pas que sur son auteur-e, je repense à cette phrase de Lacan qui dit en gros que ce que je regarde, Ça ma regarde, photographier pour moi n’est pas un acte narcissique qui aurait pour objectif de me dévoiler à la face du monde, mais peut-être, si tant est que j’y parvienne un jour, créer un dialogue avec le spectateur, d’un regard l’autre, que se produit-il? il y a eu l’ici et maintenant de la photo et se rejoue à chaque nouveau regard, s’immisce là une poétique de l’auteur-e en résonance avec le regardeur. Enfin bref on pourrait en écrire des kilos. Merci à toi pour cet article qui m’a vraiment régalé et que je garde sous le code (j’ai fait suivre à mes ami-e-s photographes).
    PS: entre 39 et 40 faites vos jeux!

    1. Avatar de Thomas Hammoudi

      Hello,
      Merci pour le partage 🙂
      Pour le fruit, c’est juste parce que vu le travail, j’trouve ça sympa d’échanger avec des gens qui prennent la peine de le lire avant de commenter 😊.
      L’histoire du min/max j’ai dû y répondre dans un autre commentaire je crois. En disant que c’est pas à prendre dans le sens où un livre doit être un « best of », mais plus que chaque image doit y avoir vraiment sa place.
      Une « moins spectaculaire » mais qui fait sens dans la narration et l’enchaînement, c’est plus du killer que du filler je pense.

      ✌🏻

  4. Avatar de Carine Durig
    Carine Durig

    Bonjour Thomas,
    Je choisis l’oignon, parce qu’on est multi-couches et notre pratique photographique aussi !

    Improductive depuis un moment, ça fait quelques temps que le boitier recommence à me démanger et cet article a méchamment intensifié cette démangeaison !!
    Un de mes gros souci en photo est l’édition… j’ai beaucoup de mal à écarter une photo même si je suis bien consciente qu’elle n’apporte pas grand chose à part le souvenir du moment où je l’ai prise !
    Mais je crois que le conseil qui m’a le plus inspiré c’est « adopter l’alter ego d’un autre photographe ». Ca m’a donné envie de tenter l’expérience. Et tout l’article m’a donné envie de m’essayer à la photo de rue que je n’ai que très rarement pratiqué.

    Alors un immense merci pour ce travail de longue haleine que tu as fourni et pour l’effet que cet article a eu sur moi. Je pense le relire à l’occasion !
    Bonne continuation

    1. Avatar de Thomas Hammoudi

      Ha yes, l’édition c’est central. Pour l’alter ego c’est top je trouve. J’avais fait un peu ça après avoir découvert Ray K. Metzker. J’en avais parlé dans un article. C’est un truc assez plaisant à faire, de tester un peu, d’essayer de comprendre de l’intérieur quand on découvre des travaux qu’on aime bien.

  5. Avatar de Serge

    La pomme est un excellent fruit, c’est plein de bonnes choses. Comme ton article. Merci pour ce gros gros travail et super super merci de nous l’offrir et en plus j’adore le travail de Todd Hido.
    Un coucou du Cotentin.

  6. Avatar de Marc Schreder
    Marc Schreder

    Bonsoir,
    Je dirais artichaut : plus tu creuses plus tu dois creuser pour arriver au coeur.
    Mon conseil favori, le 28 ; Se parler à soi même et ne pas attendre l’approbation des autres.
    Merci pour ce merveilleux travail que tu nous offre, je vais le conserver précieusement pour y revenir régulièrement.

    1. Avatar de Thomas Hammoudi

      Content que ça te soit utile 😊

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