Le nu masculin en photographie

Date de la dernière mise à jour : le 16 septembre 2017


Introduction

Je suis obligé de commencer l’introduction de cet article par une petite blague. J’ai tendance à penser que toutes les blagues sont bonnes, ce qui n’est jamais le cas, et je me suis retenu d’utiliser celle-là. Je donne toujours des titres provisoires aux articles, des titres qui m’amusent, et celui de cet article était : Who lets the dicks out ? Mais comme il est en anglais, à cause du risque de confusion, je ne l’ai pas gardé. C’était un jeu de mot avec la chanson suivante, que j’ai en tête depuis, et il n’y a pas de raisons que je ne partage pas ça.

Bref, trêve de plaisanteries, revenons au sujet.

Je trouve la question du nu masculin d’autant plus intéressante  qu’elle est éclipsée par celle du nu féminin. Il n’y a qu’à faire un simple tour sur Google, souvent très révélateur de nos mœurs pour se rendre compte de la chose. La recherche d’image, avec le terme « Photographie nu », ne renvoie à aucun homme. Comme si nous, les hommes, vivions nos vies habillés, et quoiqu’il arrive, loin des appareils photo.

photonu

Voyez par vous-même.

Du coup, il me semble assez légitime de se demander d’où sort cette énième différence de traitement, basée sur la possession ou non d’un pénis, et comment on en est arrivés là. Voici une citation qui résume tout le problème :

Lorsque le corps dévêtu est celui d’un homme, on comprend mieux l’intérêt de notre bonne vieille pudeur. On ne peut nier que le corps de l’homme puisse être sexuellement attirant pour une femme, ainsi que pour quelques hommes. On ne peut nier non plus que le nu masculin occupe une place traditionnelle et honorable dans l’histoire de l’art. Néanmoins, il y a quelque chose de déconcertant dans la vue d’un corps d’homme présenté comme un objet sexuel.

Gene Thornton, New York Times.

Donc si le problème n’est pas la beauté, l’attirance sexuelle, ou le rôle dans l’histoire de l’art, cela ne peut être que ce qu’il reste : le pouvoir de l’homme qui est rabaissé par la nudité. Bienvenue dans la société patriarcale et son influence sur les arts. Mais on va voir ça en détails. L’article ci-présent se compose principalement de deux parties, une première centrée sur l’histoire du nu masculin en photographie, afin de poser le contexte, et une deuxième qui en présentera les acteurs. Pour cette deuxième partie, j’ai choisi d’être moins linéaire que d’habitude (ce que j’avais pu faire dans l’article Qui a peur des femmes photographes ? par exemple) et de mélanger photographes, courants, idées, etc. Le but étant de donner une vision claire et surtout nourrie du sujet, à vous d’explorer ces pistes ensuite. Allez, voyons un peu who lets the dicks out. 

Ps : une petite alerte avant de démarrer tout de même, si tu as moins de 18 ans et que tu lis cet article, que tu sois un garçon ou une fille, réjouis-toi, tu vas apprendre plein de trucs.

Micro-histoire

Actuellement, on en est là :

Justin Bieber pour Calvin Klein

Alors, si la vue de ce jeune artiste aussi talentueux que poilu ne choque plus personne aujourd’hui, si elle peut s’afficher dans le métro, la rue ou les magazines, et s’il existe désormais beaucoup d’hommes et de femmes qui photographient le corps masculin pour tout un assortiment de revues ou de collectionneurs, de musées ou de galeries… Bah, ça n’a pas toujours été le cas.

Sandow

A la fin du XIXe siècle, il était quasiment impossible de voir un homme nu, à l’exception de Sandow, un culturiste blond de Konigsberg. Ancien modèle d’atelier, comprenez d’atelier d’artiste – pas de couture, Sandow fut surnommé « l’homme le plus fort du monde ».  Les cartes postales d’alors, très populaires, le présentaient vêtu d’une simple feuille de vigne, ce qui est quand même plus classe qu’une planche de bois. Il était cependant le seul à pouvoir se le permettre car la nudité masculine se cachait soigneusement, ne faisant que quelques rares apparitions fugitives dans les tableaux ou sur les scènes de vaudeville. Quoiqu’il en soit, elle se devait de faire référence à la tradition artistique, ce qui lui conférait un certain degré de respectabilité. Par ce que oui, si l’on devait montrer l’homme nu, ça devait être en dieu grec, ou héros, un truc qui a de l’allure. Si c’est pour passer pour l’idiot du village, c’était non. Mais voyons un peu quelles sont ces traditions. 

De l’Antiquité à la Renaissance

Pour bien comprendre comment on en est arrivés là, il va falloir remonter un peu dans le temps, genre, remonter beaucoup. Et beaucoup, ça veut dire la Grèce antique. Alors, je sais, la photographie n’existait pas encore à l’époque (MERCI), mais la vision  que l’on a actuellement du corps de l’homme est l’héritière d’une longue histoire qu’il va falloir décortiquer un peu. Dans la Grèce antique, le corps de l’homme était le sujet de prédilection des sculpteurs. Cela s’explique certainement par le fait que les hommes se promenaient partout en petite tunique ou en toge, et que le corps n’était pas tabou, en plus il fait chaud en Grèce, donc c’est pratique la toge. Néanmoins, le fait que les athlètes participent aux compétitions sportives entièrement nus n’était pas tout à fait innocent de la part des Grecs. Au départ, les jeunes sportifs portaient bien un petit quelque chose, comme un slip en lin, jusqu’à ce qu’il soit décidé officiellement que, dorénavant, ils courraient, lutteraient, lanceraient le javelot et le disque dans le plus simple appareil, ce qui veut dire le sifflet au vent. Cela vient du fait que la forme d’homosexualité admise par les Grecs, à savoir l’attrait des hommes mûrs pour les hommes plus jeunes (la relation éraste/éromène,voir ici), incitait les amateurs de compétitions sportives à vouloir admirer leurs protégés à l’oeuvre dans toute leur perfection et simplicité. De toute évidence, le corps de l’homme était alors considéré comme un objet de désir ; plus que celui de la femme, qui était moins fréquemment sculpté et le plus souvent drapé dans des étoffes.

Statue, combattant grec, musée du Louvre

Et c’est quelque-chose que l’on a retrouvé pendant des siècles dans l’espace public, la tradition qui consistait à embellir les monuments publics et les villas avec des sculptures d’hommes nus perdura dans la Rome antique, puis disparut avec l’avènement du christianisme. De fait, sous l’influence de l’Eglise de rite oriental, qui interdisait les images, toute représentation humaine disparut. Lorsque l’Eglise chrétienne finit par s’assouplir, elle autorisa les icônes de saints et de personnages importants, mais sous la forme de mosaïques. Et, je le précise au cas où ça ne soit pas évident : ces personnages représentés étaient habillés. Faut pas déconner non plus, la religion c’est un truc sérieux, donc pas du tout nu.

Sculpture, David de Michel-Ange

Mais pas de panique, après des siècles de pudeur, les hommes nus reviennent à la Renaissance. Cela grâce à Michel-Ange, qui ouvrit la voie avec son David et de nombreuses autres sculptures destinées à orner les tombeaux et les palais. Ses fresques de la chapelle Sixtine lui permirent d’appliquer le même style dans sa sculpture, créant des hommes nus imposants, nobles et inspirés de l’art antique. Du coup, c’est un moment de réveil : on se mit à creuser la terre pour déterrer les statues grecques et romaines, considérées comme le summum de la beauté masculine.  Ainsi, le nu masculin, sculpté et coulé dans le bronze par Michel-Ange, Donatello, Cellini et bien d’autres encore, devint un genre artistique reconnu. Lorsque, au début du XVIe siècle, la Renaissance se déplaça en France grâce à François 1er, le nu masculin fit parti du voyage. Entre homme et femmes les canons de beauté divergeaient : les femmes idéalisées, longilignes, avec des hanches étroites et de longues jambes, étaient alors proches de nos canons de beauté actuels. Le nu masculin, lui, resta le vaillant guerrier bien bâti qui prédominait en Italie, parce que bon, faut pas déconner non plus, à poil oui, mais bien musclé comme il faut. Le contexte artistique de la Renaissance facilite aussi le retour du nu, en effet la formation artistique de l’époque requérait des étudiants qu’ils dessinent leurs sujets nus avant de les habiller, ce qui favorisa l’acquisition d’une connaissance de l’anatomie et du fonctionnement du corps humain. Léonard de Vinci fit de nombreuses esquisses de cadavres, et l’art et la médecine progressèrent ensemble dans leur étude du nu.

Autoportrait nu – Durer.

Tout au long des XVIe et XVIIe siècles en France et en Europe, les dieux de l’Antiquité et les scènes mythologiques continuèrent à offrir de nombreux prétextes pour montrer des hommes nus. En Allemagne, Durer, qui était fort bel homme, se dessina en tenue d’Adam et réalisa de nombreux nus masculins et féminins. Il ne s’inspirait pas de la tradition classique et ses corps d’hommes étaient plus réalistes. Ailleurs en Europe, les nus n’étaient pas présents de façon homogène, pour une raison toute simple : la température ! Par exemple, ils étaient moins courants dans les pays du Nord, dont les températures n’encourageaient guère la nudité (rester couvert était une question de survie, j’aimerais bien voir y voir vous, sur la banquise, en slip. Vous feriez moins les malins). En revanche, les climats plus cléments d’Italie et de France donnaient au corps une plus grande liberté. Voir celui-ci partiellement dévêtu n’y était ni une nouveauté, ni un véritable problème.

De Napoléon à l’apparition de la photographie

Au début du XIXe siècle, l’arrivée au pouvoir de Napoléon entraîna un regain d’intérêt pour le classicisme, qui fut souvent exploité par l’Empereur comme un outil de propagande. L’idée était de conférer une légitimité à son trône chancelant en l’associant le plus possible aux traditions du passé.

Napoléon en Mars – A. Canova

C’est ce que le sculpteur Antonio Canova parvint à faire, en réinterprétant les traditions classiques dans des formes pures et sensuelles en marbre blanc. Malheureusement, son grand nu de Napoléon ne plut pas à l’Empereur. La statue finit par trouver sa place dans le somptueux hôtel particulier du duc de Wellington à Londres, comme une sorte de trophée de guerre après sa victoire à Waterloo. Oui, mais aussi j’ai trouvé ça particulier d’avoir un nu de son ennemi chez soi, mais bon.

Après la chute de Napoléon et l’avènement d’un gouvernement plus orienté vers les affaires (incarné par Louis-Philippe, « le roi commerçant ») les images d’hommes nus disparurent brusquement de la scène. Cela étant dû à la contradiction entre l’image des bourgeois collet monté, habillé de redingotes noires et des chapeaux haut de forme, et le nu masculin traditionnel.

Ce fut l’époque de l’apparition de la photographie, qui dès ses débuts découvrit l’intérêt de faire poser des modèles pour vendre leur image aux artistes. En effet, les modèles vivants coûtaient cher pour les jeunes peintres qui pouvaient ainsi réaliser des études du corps humain à moindre frais. La photo de nu masculin venait de naître. Oui, voilà, on y est. Tout ça pour ça. Accroupi, corps fléchi, soulevant des poids, luttant avec un autre homme nu, toutes ces poses étaient reproduites et utilisées comme source d’inspiration par de nombreux artistes, surtout à Paris.

Thomas Eakins – Etude pour les lutteurs

Thomas Eakins – Les lutteurs (1899)

La seconde moitié du XIXe siècle sera celle où les photographes vont s’emparer du monde de l’art, et donc du nu masculin. C’est à ce moment qu’à Philadelphie, le peintre Thomas Eakins commence à photographier des scènes et des modèles qu’il utilisait ensuite dans ses tableaux. Il alla au-delà de simples études pour créer des photographies qui étaient de l’art à part entière, comme ci-dessus. Son travail avait également un léger parfum de voyeurisme, il prenait manifestement un certain plaisir à convaincre de beaux jeunes hommes de se déshabiller devant son objectif, ce qui était, il faut le souligner, très inhabituel en cette période de pruderie victorienne.

Photographie – T. Eakins

D’une guerre à l’autre

Juste avant la première guerre mondiale, les ballets russes débarquèrent de Russie, révolutionnant la musique, la peinture et le comportement général. Leurs vedettes avaient une attitude ouvertement érotique sur scène et le répertoire des ballets dégageait une puissante atmosphère d’émotion et d’abandon sensuels. En outre, les costumes des danseurs ne cachaient rien de leur corps souple et élancé.

Quand la première guerre mondiale arriva, elle asséna un coup rude à l’hypocrisie et la pruderie victoriennes, sans doute en partie parce que les vêtements devinrent moins formels. Les hommes en uniforme et les femmes, qui participaient à l’effort de guerre, ne pouvaient se permettre d’avoir leurs mouvements entravés par des tenues trop étriquées ou sophistiquées, parce que oui, la guerre est aussi question de commodité. Ainsi pour les femmes notamment, la mode abandonna les corsets et les jupes longues. Ce qui fut aussi suivi d’un relâchement des mœurs. L’Europe devint plus assoiffée des plaisirs de la vie et plus ouverte sexuellement, et accueillit favorablement l’évolution de la photographie … et de ses nus masculins de plus en plus nombreux. Pour le dire en des termes plus directs : la guerre libère les zizis.

Mont Rainier 5 – I. Cuningham

Des photographes d’art s’engagèrent dans cette voie, tout en travaillant avec des objectifs flous, ceux-ci restant le dernier rempart de la bienséance . Notamment Fred Holland Day qui montrait de jeunes éphèbes mélancoliques perchés sur de gros rochers ou allongés au bord d’étangs, toujours nus, ou Imogen Cunningham qui photographia son beau mari Roi escaladant le mont Rainier dans le plus simple appareil.

Fred Holland Day – Jeune assis sur un rocher

A la première guerre mondiale succèdent les années 20, dites « Années folles », durant lesquelles les vedettes de cinéma, hommes et femmes, ne voyaient pas d’objection à être photographiés très légèrement vêtus.

Ramon Navarro, publicité pour Ben-Hur

Par exemple Rudolf Valentino et Ramon Novarro étaient tous deux des vedettes à la sexualité ambiguë dont le corps était le principal outil de travail. L’industrie cinématographique se rendit bientôt compte que montrer des hommes objets remplissaient les salles. Il y avait là un terrain fertile que seul Sandow avait exploré auparavant. Un nouveau pas venait d’être franchi.

Ted Shawn – Photographe inconnu

Quand au vaudeville il présentait aussi régulièrement des danseurs tels que Ted Shawn, et les photographies destinées à leurs admirateurs les montraient généralement dans leur tenue de scène, à savoir pas grand-chose.

Avant la première guerre mondiale, les nudistes et les naturistes, qui passaient leurs vacances nus, avaient anticipé la libération du corps. Les hommes cherchaient de plus en plus à améliorer leur physique. Cela ne nécessitait pas forcément d’être nu mais, après tant d’efforts pour se muscler, ils avaient généralement tendance à vouloir se montrer. Dans la période d’après-guerre, un nouveau genre de revues apparut, s’adressant à ceux qui s’intéressaient au corps humain. Les magazines de nudisme et de naturisme avaient certes leurs lecteurs assidus, mais ils offraient surtout la possibilité à tous et à toutes de voir des hommes et des femmes nus, et ils ne s’en privèrent pas. En dépit de leur caractère innocent, ils étaient généralement rangés sur le rayon le plus élevé des kiosques à journaux ou sous le comptoir, et le client devait rassembler tout son courage pour les demander, ou beaucoup de discrétion pour les voler. Les premiers temps, les magazines de culturisme étaient, eux aussi, d’innocents véhicules pour échanger des conseils de régime et de musculation. Mais leurs images de jeunes malabars sains et vigoureux séduisaient également un lectorat d’homosexuels qui ne mettaient jamais les pieds dans un gymnase. Cela ne manqua pas d’attirer l’attention des éditeurs qui le comprirent rapidement et commencèrent à présenter leurs champions de culturisme sous des formes plus affriolantes. Parce que bon, si on peut se faire un peu de sous, y’a toujours moyen de s’arranger sur la ligne éditoriale.

Avant la Seconde Guerre mondiale, les amateurs de nudité devaient se con-tenter de clichés d’acteurs, de danseurs, de nudistes et de culturistes. Il y avait bien des photos artistiques de nu masculin, réalisées par George Platt Lynes aux Etats-Unis, Angus McBean en Angleterre ou Raymond Voinquel en France, mais elles étaient généralement réservées à leurs amis. Il arrivait qu’un nu masculin parvienne jusque dans une exposition de photographies, mais c’était rare. La réticence des hommes à se voir tels que la nature les avait faits ne se dissipait pas facilement.

Bruce of Los Angeles

La Seconde Guerre mondiale fit encore se relâcher d’un cran les mœurs et les codes vestimentaires. A la fin des années 40, les magazines de culturisme réapparurent sous un format très différent. Cette fois, on montrait de beaux gosses pour le plaisir de voir de beaux gosses, comme ceux de Bruce of Los Angeles et de bien d’autres encore, parce qu’à la fin, la pudibonderie, ça suffit.

La libération du XXe siècle à nos jours

Couverture du magazine Physique Pictoral

Toutefois, le nu masculin déclenchait encore les foudres de la censure. Les photographes, et notamment la revue de Bob Mizer, «Physique Pictorial», essuyaient les feux croisés d’âmes plus prudes. L’éditeur de «Grecian Guild Pictorial» se débattit jusque devant la Cour Suprême étasunienne, qui décida enfin que la nudité n’était pas obscène. Oui oui, on a eu besoin de la Cour Suprême pour ça, le bon sens ne suffisait pas. Cette fois, c’est un grand pas qui venait d’être franchi, et de nombreux photographes et magazines sautèrent sur l’occasion, because… money bitch.

Si les photos de nus se multiplièrent rapidement dans une presse toujours vendue sous le comptoir, elles avaient encore plus de mal à se faire accepter dans le monde des galeries d’art. Dix ans après le jugement de la Cour Suprême, la première exposition consacrée au nu masculin s’ouvrit à la Marcuse Pfeifer Gallery à New York. Elle reçut un accueil glacial de la part des critiques hommes. Pour eux, le nu masculin appartenait au domaine des homosexuels et de féministes qui souhaitaient voir des images d’hommes rabaissés et vulnérables. Seul René Ricard déclara : « Vous ne trouvez pas que les organes génitaux de l’homme ont un certain aspect… décoratif ? Comme un accessoire qu’on aurait placé là en guise de détail amusant. » Ainsi donc, le problème, c’était le pénis. Les hommes ne voulaient pas que leur pénis prête à rire, ce qui est quand même paradoxal, étant donné que la première chose que l’on dessine partout une fois bourré, c’est ça.

Robert Mapplethorpe himself

A l’époque de cette exposition, Robert Mapplethorpe (dont on reparlera ensuite) était déjà sur la scène new-yorkaise. Il devait bientôt être reconnu comme une force artistique majeure grâce à sa savante utilisation du sex-appeal et son sens aigu des relations publiques (on va voir ça dans la partie qui lui sera consacrée). Ses fleurs, ses portraits de personnalités du beau monde et ses gros plans de sexes masculins offraient une combinaison enivrante pour les nouveaux riches des années 80. Le disco battait son plein, les libidos étaient galopantes et le sida n’était encore qu’une lointaine rumeur. Le nu masculin devint un art, et le public l’apprécia.
Des photographes de publicité emboîtèrent le pas à Mapplethorpe : Bruce Weber, Herb Ritts, Francesco Scavullo, Greg Gorman et bien d’autres encore. Et d’un coup d’un seul, sans crier gare, des hommes nus vendirent des sous-vêtements, des parfums et de la mode féminine. Les livres, les calendriers, les cartes postales proliférèrent, tout comme l’industrie du porno gay dont les stars évanescentes devinrent des célébrités.

Aujourd’hui, la nudité frontale, si elle n’est pas encore devenue banale, est partout. Les stars de cinéma laissent entrevoir quelques fragments intimes de leur anatomie, suivant les traces de Sharon Stone dans Basic Instinct.

Qui a fait quoi : Photographes & courants

Comme expliqué en introduction, il ne s’agit pas ici de rentrer dans les détails pour chaque photographe et de détailler son influence et son rôle dans l’histoire de la photographie. Déjà parce que ça serait super fastidieux, à écrire comme à lire et qu’ensuite ce n’est pas le propos. L’idée est plus de vous donner une première vision, certes nébuleuse, des différents acteurs, travaux, courants et événement liés au nu masculin dans la photographie. Et même, pour être honnête, certains photographes sont plus anecdotiques que d’autres (je dis ça sans jugement péjoratif), il me semble donc plus pertinent de se concentrer sur l’essentiel. Quoiqu’il en soit, et comme pour tous les articles, le dernier kilomètre du voyage est toujours à charge des lecteurs 🙂

Eugène Durieu

Eugène Durieu est un photographe français connu pour ses photos de nus, dont certaines servirent de modèle pour Eugène Delacroix. Il les photographiait dans un style très classique, rappelant l’esthétique des statues grecques.

Photographie – E. Durieu

Eadweard Muybridge

Eadweard Muybridge fut l’un des premiers à se servir du prétexte de l’art pour admirer des hommes nus. Fasciné par l’appareil locomoteur humain et animal, il inventa un système photographique qui lui permettait de décomposer le mouvement. Il photographia des hommes et des femmes nus en train de courir, sauter, danser, lancer le poids. L’objectif était d’analyser la manière dont s’articulait le corps en action, ce qui ne se voit, forcément, que nu. Ces clichés attendirent longtemps avant d’être publiés dans l’Amérique puritaine des années 1870 et 1880, mais la science eut le dessus et certains privilégiés purent enfin voir des nus masculins.

Photographie – E. Muybridge

Wilhelm von Gloeden & Guglielmo Plüschow

Les premières photographies de nu masculin qui cherchaient à n’être rien d’autre que ce qu’elles étaient, furent prises par le baron Wilhelm von Gloeden à Taormina, en Sicile. Expatrié et ruiné, le baron photographiait des adolescents
vêtus d’une simple couronne de fleurs, et encore ! Ces images, censées évoquer le quotidien de la Grèce antique, étaient vendues aux touristes. Le cousin du baron, Guglielmo Plüschow, concoctait des images similaires à Naples. Bon, on ne va pas se mentir, le côté « histoire antique » était clairement un prétexte pour vendre du nu masculin, et les acheteurs n’étaient pas du tout des amateurs d’histoire.

Photographie – Wilhelm von Gloeden

Photographie – Wilhelm von Gloeden

Photographie – Guglielmo Plüschow

Photographie – Guglielmo Plüschow

Pajama

Pajama est la concaténation du nom de 3 photographes qui ont longtemps travaillé ensemble , à savoir : Margaret French, George Tooker and Jared French. Ces artistes se photographiant les uns les autres pour créer des tableaux tant romantiques que rêveurs, comme ci-dessous.

L’âge des artistes

Non pas que les précédents photographes ne soient pas des artistes, mais il s’agit ici de souligner l’intérêt qu’ont eu des photographes de très grande renommée, et ayant eu une influence majeure sur le nu masculin. Parce que oui, disons le clairement, le nu masculin n’est pas l’apanage de quelques figures fantasques de l’histoire de la photographie.

Man Ray

Man Ray, pseudonyme d’Emmanuel Radnitsky, est un peintre, photographe et réalisateur de cinéma, ayant eu une influence majeure dans le monde de l’art, en participant notamment au dadaïsme à New York, puis au surréalisme à Paris. C’est d’ailleurs vraiment un personnage qui mérite qu’on s’intéresse à lui, et qui en plus écrit très bien, je vous conseille vivement de lire son autobiographie.

Bref, en photographie, il est surtout connu pour ses solarisations, sa méthode consistant à ré-exposer des négatifs, afin d’obtenir des contrastes très graphiques. C’est une méthode qu’il a employée dans le nu ci-dessous par exemple.

Photographie – M. Ray

George Hoyningen-Huene

George Hoyningen-Huene est un photographe de mode fécond des années 1920 et 1930, comme Man Ray au passage. Il passa sa vie en France, en Angleterre et aux États-Unis, où il prit la nationalité américaine. Ses nus masculins sont à la fois très graphiques, et avec une lumière soignée.

Photographie – G. Hoyningen Huene

Photographie – G. Hoyningen Huene

Cecil Beaton

Cecil Beaton est un photographe de mode et de portrait britannique. Il est également au cours de sa vie scénographe, concepteur de costumes pour le cinéma et le théâtre.

Photographie – C. Beaton

Photographie – C. Beaton

George Platt Lynes

George Platt Lynes est un photographe de mode et de publicité américain. Son travail, délicat par sa forme et son traitement, porte sur des hommes peu musclés, et surtout très bien éclairés. Ce en quoi il s’éloigne des stéréotypes de son époque.

Photographie – G. Platt Lynes

Photographie – G. Platt Lynes

Minor White

Minor White (né en 1908) est un photographe américain, dont le travail sur le nu masculin est assez touchant, dans le sens où on sent l’importance pour lui des hommes qu’il photographie, notamment via la tendresse qui émane de ses photographies. White était bisexuel et fut toute sa vie tourmenté par ce penchant qui à cette époque, la première moitié du XXe siècle, était inacceptable socialement. Ses photographies d’hommes nus sont considérées comme des chefs-d’œuvre du genre, mais n’ont été publiées qu’à la fin des années 80.

Photographie – M. White

Photographie – M. White

Le temps des célébrités

Les années 70, et la libération des mœurs aidant, les célébrités vont aussi s’intéresser au nu masculin et vouloir se faire photographier. On est très loin des stéréotypes d’après-guerre (du type de Bruce of Los Angeles présenté précédemment). La mode va plus aux stars au physique androgyne. Deux exemples connus de cette période sont Mick Jagger, photographié par Cecil Beaton sur le tournage de Performance, et Yves Saint-Laurent, photographié par Jeanloup Sieff pour une publicité.

Mick Jagger par Cecil Beaton

Yves Saint-Laurent par Jeanloup Sieff

Robert Mapplethorpe

Bon, il est clairement impossible de parler du nu masculin (voire de photographie) sans évoquer Robert Mapplethorpe. C’est un photographe américain célèbre pour ses portraits en noir et blanc très stylisés, ses photos de fleurs et ses nus masculins. Le caractère cru et érotique des œuvres du milieu de sa carrière a déclenché des polémiques sur le financement public de l’art aux États-Unis. En fait, il faut bien comprendre l’importance centrale de son oeuvre dans la photographie américaine, pour le dire en des termes actuel, on pourrait considérer qu’il a hacké le monde de l’art.

En effet, Mapplethorpe photographie avec une esthétique extrêmement soignée (il est dans le top de mes photographes favoris pour ça). Ses images, de l’éclairage à la composition sont extrêmement travaillées, réfléchies. Le fait est qu’il photographie tout avec cette même esthétique. Femmes, fleurs, bourgeoises, enfants, et homme nus. Et c’est là que ça coince, surtout quand il porte son dévolu pour des hommes noirs (je rappelle que ça se passe dans les 70-80).

Les choses démarrent peu après son décès, le Contemporary Arts Center de Cincinnati, et son directeur Dennis Barrie, sont inculpés pour obscénité suite à la présentation de l’exposition The Perfect Moment centrée sur le travail de Mapplethorpe (pas que le nu). S’en suit une vague de protestation gigantesque, défendre Mapplethorpe (homosexuel) c’était défendre l’art, la liberté d’expression, la liberté de mœurs, et presque une vision de la société. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé propulsé comme icone de la photographie. Barrie sera finalement acquitté et la valeur du travail de Mapplethorpe, compromise dans ces débats polémiques, finira par s’imposer définitivement.

Manifestations à Cincinati

Bob Love par Robert Mapplethorpe

Photographie – R. Mapplethorpe

Oh, et juste pour votre culture, là comme ça, ça c’est aussi le genre de photographie qu’il faisait, à peine provocatrice :

Mapplethorpe – Autoportrait au fouet | Il est où le fouet ? Il est où ? Voilà.

Quand les femmes prennent le pouvoir

Oui, parce que ça suffit à la fin hein. Les hommes par-ci, les hommes par là. Gnia gnia gnia. Les femmes ont aussi participé à la construction du nu masculin, plus au XXe qu’au XIXe, cela à cause de la libération des mœurs nécessaire, mais quand même. Je vais vous en présenter quelques unes ayant retenu mon attention.

Vivienne Maricevic

Vivienne Maricevic est une photographe active depuis 1975, elle explore différents aspects de l’érotisme, de la sexualité et du genre.

Photographie – V. Maricevic

Photographie – V. Maricevic

Eva Rubinstein

Eva Rubinstein est une photographe américaine d’origine polonaise ; j’apprécie beaucoup son travail pour sa maîtrise de la composition. Malheureusement, il n’y a que peu de reproductions en ligne de ses nus masculins (genre pas du tout). Je vous invite à vous tourner vers l’ouvrage présent en conclusion pour en apprendre plus sur son travail (et sur celui de tous les photographes présentés ici).

Photographie – E. Rubinstein

Dianora Nicolini

Dianora Niccolini est une photographe d’art, qui est largement considérée comme une des pionnières de la photographie féminine de nu masculin. Elle a aussi été présidente de l’association des Femmes professionnelles de la photographie dans les années 80. Comme pour la photographe précédente, il est assez difficile de trouver son travail en ligne. Ce qui est bien dommage, la qualité de ses composition et de son traitement de la lumière la rapproche à mon avis de Mapplethorpe (ou l’inverse !).

Photographie – D. Nicolini

Photographie – D. Nicolini

Photographie – D. Nicolini

Séducteurs ou non ?

J’ai rassemblé les photographes suivants, parce qu’ils avaient tous tendance à présenter les hommes photographiés avec un certain aspect de séduction. Chacun à leur façon, il s’entend.

Richard Avedon

Richard Avedon est un photographe de mode puis un portraitiste américain. II est connu pour ses innombrables portraits en noir et blanc et a su faire du portrait photographique un art véritable, art qu’il emploie aussi au service du nu masculin.

Nureyev, photographed par R. Avendon, Paris, 1961.

Joe Dallesandro et Candy Darling Par R. Avedon, 1969.

Nureyev, photographed par R. Avendon

Herb Ritts

Herb Ritts était un photographe de mode américain, ses photos les plus célèbres sont des nus d’hommes et de femmes. Il est particulièrement célèbre pour ses photos en noir et blanc et ses portraits inspirés de la sculpture grecque classique, ce que l’on peut retrouver ci-dessous, qui n’est pas sans rappeler les bustes de la Grèce antique.

Photographie – H. Ritts

Greg Gorman

Greg Gorman est un photographe américain, je l’ai découvert dans le livre présenté en conclusion, mais on trouve assez peu d’informations sur lui. A part qu’il bosse plutôt bien, surtout en noir et blanc. Voilà.

Photographie – G. Gorman

Photographie – G. Gorman

Bruce Weber

Bruce Weber est un photographe et cinéaste américain. Il est surtout célèbre pour ses campagnes de publicité pour les marques de vêtements Calvin Klein, Abercrombie & Fitch, Moncler, et Ralph Lauren. Il a aussi œuvré dans le nu masculin, qu’il met en contexte et s’éloigne ainsi des photographes précédents, plus portés sur le studio.

Photographie – B. Weber

Photographie – B. Weber

L’âge de la supervirilité

L’influence de la photographie sur la perception des corps n’a pas été négligeable. En effet, suite à l’adulation des corps musclés dans la photographie des années 80, les gays vont de plus en plus dans des clubs de musculation qui se développent partout. Ainsi, comme Oscar Wild l’a dit un siècle plus tôt :

La nature imite l’art

O. Wild

Cette supervirilité est donc associée aux gays dans les années 90, dans l’imaginaire collectif. Ce explique le retour vers des corps plus androgynes, comme dans la campagne de Calvin Klein pour CK Fragrance en 1995 ci-dessous. Cela constitue aussi un retour vers les années 70, et le type de corps mis en avant dans les photographies de Jagger et St. Laurent que l’on a vu esprécédemment.

Campagne CK Fragrance de Calvin Klein en 1995

Jim French

Jim French, est malgré son nom un photographe américain, qui a longtemps officié sous le pseudonyme de Rip Colt. Il a fondé le Colt Studio qui lui a permis de diffuser des livres de sa photographie homo-érotique. Il est très loin des canons du nu masculin présentés jusqu’ici dans ce billet, sa nudité est frontale, clairement mise en avant, en cela il rapproche pornographie et art.

Photographie – J. French

Photographie – J. French

Patrick Sarfati

Photographe français, il  travaille sur la représentation des corps virils masculins. Ses mises en scène sont souvent travaillées, avec une mise ne scène méditerranéenne avec des allusions aux périodes antiques.

Photographie – P. Sarfati

Photographie – P. Sarfati

Pierre et Gilles

Pierre et Gilles est le pseudonyme du couple d’artistes français formé par le photographe Pierre Commoy et Gilles Blanchard. Depuis les années 70, ils développent une œuvre à quatre mains entre peinture et photographie. Leurs tableaux mettent en scène leurs proches, anonymes ou célèbres, dans des décors sophistiqués construits grandeur nature en atelier. Une fois la photographie tirée sur toile, commence un méticuleux travail de peinture. Ces créateurs d’images ont constitué une iconographie singulière explorant la frontière entre l’histoire de l’art et culture populaire. Le tout avec un goût très prononcé pour le kitsch et la culture et l’esthétique de la publicité des années 50-60.

Photographie – Pierre et Gilles

Photographie – Pierre et Gilles

Photographie – Pierre et Gilles

Hans Von Manen

Hans Von Manen est un photographe, chorégraphe et danseur nééarlandais. Je l’ai inclus pour ses mises en scène très stylisées.

Photographie – H. Von Manen

Photographie – H. Von Manen

Terry Ridchardson

Choc, trash, polémique, impossible de faire un article sur le nu masculin sans mentionner Terry Ridchardson, dont l’oeuvre défraie la chronique depuis plusieurs décennies. Ses photographies apparaissent dans les magazines Rolling Stone, GQ, Vogue, Vanity Fair, i-D, Purple Magazine, Vice ou encore Lui. Il a photographié quasiment tout le monde, et quelque-fois, tout nu.

Adam Driver et T. Ridchardson, photographiés par T. Richardson

F. Sagat par T. Ridchardson

Conclusion

En 150 ans d’histoire de la photographie, l’homme d’affaires victorien collet monté et obsédé par les attributs du pouvoir a disparu. Enfin ce n’est pas qu’à cause de la photographie, non plus hein.  Il aura fallu deux guerres et la détermination de nombreux photographes, hommes et femmes, pour que l’homme baisse enfin son pantalon et renoue avec la vision de l’homme des artistes de l’Antiquité et de la Renaissance: celui-ci doit être beau.

Aujourd’hui, hommes et femmes partagent les mêmes emplois et responsabilités (enfin à 25% prêt), et être beau est autant la responsabilité de l’homme que celle de la femme. Paradoxalement, les qualités que les homosexuels ont toujours admiré chez les hommes et qui se sont retranscrites dans la photographie sont celles que les femmes apprécient. C’est juste que personne ne leur avait auparavant demandé leur avis : dépendantes des hommes, elles se taisaient. A présent, elles sont libres d’admirer une belle cuisse, un dos large, un abdomen en tablette de chocolat, ou tout ce qui leur chante. Ce qu’on a exigé d’elles pendant des siècles, « Sois belle », on l’exige désormais aussi des hommes.
Tout comme il y a peu de chances que les femmes retournent un jour dans leur cuisine et abandonnent leurs libertés, il est peu probable que le nu masculin se couvrira à nouveau. Il lui aura fallu un siècle pour se dépêtrer de ses vêtements, ça serait quand même dommage de faire marche arrière. La libération du corps des hommes est donc, au final, très liée à la photographie, et aura été rendue possible par la persévérance, le courage, voir les fantasmes, de certains acteurs de la discipline.

Comme je l’ai dit dans le billet, nombre des photographes cités sont très peu connus, et les reproductions de leur œuvres sont très difficiles à trouver. Je vous conseille donc, si le sujet vous intéresse, de lire cet ouvrage de Taschen (qui a été à la base de billet), suffit de cliquer dessus :

Ps : si vous voulez acheter un ouvrage, cliquez sur la couverture 😉
Ps² : Pour l'article sur la photographie de l'intime, un lecteur m'avait reproché de ne pas avoir été assez loin (commencé début XXe par Lartigue) j'espère qu'il aura été servi cette fois ci !
Ps3 : Cet article sera aussi l'occasion d'une révélation plus personnelle, que je n'ai pas souhaité mettre plus en avant : j'ai moi-même servi de modèle à un photographe s'intéressant au nu masculin récemment, c'est à retrouver ici.

J’ai écrit cet article en écoutant principalement ces albums :

 

 


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19 Comments

  1. Baptiste

    J’ai pas encore lu l’article que j’ai déjà attrapé un fou rire avec ta blague! 😉

  2. Je suis allé voir l’expo Mapplethorpe à Montréal il y a 6 mois, les réactions des gens étaient une exposition à elles seules. Particulièrement devant les photos de fist-fucking et de SM gay (voilà, j’ai pourri les keywords de ta page mouhaha). Dans le genre « j’accumule les superlatifs creux pour faire genre je suis trop ouvert d’esprit et émotionnalisé », les gens sont prêts à aller loin pour cacher leur malaise. Alors qu’alterner des photos d’orchidées et des photos de phalus en érection réalisés avec la même perfection graphique, c’est quand même avant tout une forme d’humour décalé. À la fin, certaines photos de légumes ont l’air plus obscènes que certaines photos de sexe.

    Ce qui est vraiment cool avec le nu, c’est de mettre les gens face aux paradoxes de notre société, qui récupère la morale et les tabous chrétiens sans oser l’admettre et sans remise en cause (encore que…).

    Ce qui est pénible, par contre, c’est que les gens ne peuvent pas s’empêcher de voir de la sensualité partout, dès qu’une fille y est présente. Pas étonnant que le nu masculin n’ait qu’un succès limité hors de la communaunté gay, puisqu’apparemment la qualité d’un nu se mesure à la facilité d’appropriation par le public, à l’aune de ses propres fantasmes…

    Peut-être qu’à force de voir des gens à poil, on arrivera enfin à séparer l’anatomie de la promesse de sexualité.

    • Haha, merci pour les mot-clés, ça va m’aider à trouver une petite niche à moi sur Google 😀

      Ça devait être intéressant comme exposition en effet, et a priori, je partage ton constat dessus.

  3. Super intéressant, merci 😉

  4. Baptiste

    Bon, j’ai enfin fini la lecture de cet article!


    Et je me suis fait rickrolled comme un connard. Très bien joué, j’ai vraiment cru qu’on allait voir des photos de toi tout nu!

    Sinon, que dire si ce n’est que c’est très instructif, surtout que c’est un sujet peu abordé, même dans les conversations entre photographes!

    • Haha, t’es le premier à avouer t’être fait prendre, je pensais que la blague était tombé à l’eau !

      Et oui, je suis d’accord, c’est ce constat là qui m’a incité à l’écrire.

    • Baptiste

      Faudra aussi que tu files l’adresse de ton dealer, parce qu’écouter The Algorithm sobre (ou même sous drogues douces) c’est assez violent pour le cerveau sur certaines chansons! 😉

      • Haha, c’est trop cool comme groupe ! Et non, je n’ai pas de dealer, j’en parle justement ici.
        J’aime bien genre, c’est le mélange parfait du metalcore et de l’électro.

        • Baptiste

          Je vais devoir écouter les albums plusieurs fois avant de m’y faire je crois!
          Pourtant j’aime beaucoup le metalcore et l’électro (bon… J’ai une préférence pour le premier, certes) mais là ça retourne la boîte crânienne ce truc!

  5. Jon Snow

    Bonjour,

    Super article, très instructif pour moi qui n’y connait que très peu en histoire de l’art.
    Pour la petite histoire Mapplethorpe était bisexuel puisqu’il est sorti pendant un temps avec Patti Smith 🙂
    Idéalement (je sais je suis casse-c***) il serait chouette d’expliquer en quoi telle photo (exemple: un pénis émergeant d’un costume) constitue une oeuvre d’art et pas une vulgaire obscénité, même si la conclusion, et l’intervention d’Aurélien Pierre dans les commentaires, nous y aident un peu.

    En tous les cas merci pour cette présentation
    Cordialement

    • Oh, je ne savais pas du tout pour Patti Smith !
      Oui, j’aurais pu faire ça. Mais comme je l’ai dit dans l’introduction, l’idée était plutôt de donner une vision générale de ce style méconnu, que de rentrer dans les détails (ce qui aurait été beaucoup trop fastidieux… j’aurais réécris le livre !).

      Merci de ta fidélité ! 🙂

  6. Merci pour ce billet très instructif.
    Je constate que je suis sorti du moule de la société occidentale et beaucoup de photos illustrant l’article m’ont dérangé. Mais avec ton article, au moins je comprends pourquoi 😉

    Maintenant, la frontière entre art et pornographie et bien mince, les spéculations sur la valeur d’un artiste font bouger cette frontière…

    • La différence entre art est pornographie est mince, et aussi difficile à définir. Par exemple, on pourrait dire : quand on suggère c’est érotique et quand on montre c’est pornographique mais dans ce cas, où mettre les travaux d’Agata, d’Ed Fox & d’Araki ?
      A mon avis, si la frontière est si fine et indéfinissable, c’est sans doute parce qu’elle n’existe pas, et n’est que question de moeurs, intérêt, projet de l’auteur & co.

  7. Jai tout lu
    C.est super intéressant et tres bien illustré
    Bravo
    Ca donne juste envie de continuer
    Surtout quil y a beaucoup à dire sur l’esthétique du sexe lui meme : taille forme poils prepuce etc
    Felicitation

  8. Pascal MEYER

    J’ai découvert un photographe new yorkais dont certains clichés sont extrèmement osés, montrant parfois des actes sexuels (souvent, mais pas toujours, dans une ambiance sadomaso), des sexes parfois en érection… mais ne relevant pas pour moi de la pornographie. Il mériterait à mon avis d’être cité dans cet article. Il s’agit d’Aeric Meredith-Goujon. Ses clichés sont, entre autre, visibles là : http://aericmg.tumblr.com/archive/filter-by/photo

    • Merci pour la référence !
      L’article n’a pas particulièrement vocation à être exhaustif (tâche impossible), mais les suggestions des lecteurs en commentaire sont les bienvenues !

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