Rouen : Le making of

Date de la dernière mise à jour : le 10 août 2017


Temps de lecture : 6 minutes et 47 secondes


Introduction

Ce qui n’était à l’origine qu’un petit billet pour accompagner la publication de mon dernier projet (cf. InColors : Le making of) va sûrement devenir un format de billet récurrent sur le Blog. La bonne nouvelle, c’est qu’il vous est désormais assez simple de deviner le sujet de quelques un des prochains billets ;-).

Plus sérieusement, j’y vois certains intérêts. Tout d’abord, ça me force à écrire un peu sur mon travail, à y réfléchir, et ça n’est pas peine perdue, étant donné que je fais ça assez peu naturellement. Sur la cinquantaine de billets du Blog à l’heure actuelle, c’est seulement le deuxième consacré à mes propres projets. Soit… 4% du total. Bon, le Blog n’a pas vocation à ne parler que de mes projets, hein, mais il y a sûrement un juste équilibre à trouver. L’autre aspect que j’aime beaucoup, c’est que ça démystifie un peu les choses. Parce que d’une certaine façon, en montrant les coulisses, je ne montre qu’une chose : il faut juste s’y mettre, et ça n’est pas bien compliqué une fois qu’on est lancé. C’est quelque chose d’assez positif, et une idée que j’aime bien diffuser. Et puis bon, si je regarde du côté des photographes qui m’inspirent (au hasard William Eggleston, Robert Frank ou Cartier-Bresson) ils sont plus enclins à expliquer, raconter et partager  pour inspirer et aider, qu’à l’inverse. Donc, on est reparti.

Comme le précédent Making-of, ce billet sera assez court, il n’y a pas matière à s’étendre pendant des heures non plus.

Ps : la série dont il est question est visible ici : Rouen

L’idée de base

Le vieux marché

Le vieux marché

Cette série d’images est la plus ancienne que j’ai commencée sérieusement. J’ai dû la démarrer dès la fin de 2013 (on y reviendra) et je la continue encore actuellement. L’idée de base était simple, j’avais envie de photographier ma ville (oui, je suis Rouennais), comme je la voyais moi. Enfin, pour être plus précis : comme j’avais envie de la voir moi. Parce que Rouen, c’est certes une ville que j’adore, mais c’est un méchant bordel, où rien n’est droit ni cohérent, ce qui en fait d’ailleurs le charme.

Plan de Rouen

La ville se situe sur deux rives, et est l’inverse de Paris : la rive droite est la rive historique, tandis que la rive gauche est plus populaire. Côté rive droite se trouvent mélangés des quartiers datant du Moyen-âge, comme le quartier des antiquaires, avec des coins plus modernes, comme la Fnac, la fac de droit, ou tout ce qui est entre la Cathédrale et les quais, qui ont été reconstruits après la guerre. C’est aussi une ville très touristique, qui, dans l’imaginaire populaire est représentée par son Gros-Horloge, et généralement avec une esthétique des plus flashy. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

Rouen, image office du Tourisme

Rouen, image office du Tourisme

Rouen, image office du Tourisme

Bref, tout ça pour souligner que c’était très loin de satisfaire mon petit esprit fait de rouages mécaniques et ne jurant que par l’ordre. Du coup, je me suis mis en tête de photographier la ville, à ma façon, pour en quelque sorte ranger tout ça. Enfin, conceptuellement hein, parce que la ville, elle, n’a pas bougé d’un pouce.

Le titre

Rouen à la Détroit

Rouen à la Détroit

Bon, pour le coup, c’est vrai que je n’ai pas été chercher le titre bien loin. La série porte sur Rouen, et s’appelle donc… « Rouen ». Et quelque part, c’est assez logique, je voulais que les images soient directes, sans fioritures, donc bon, il aurait été un peu mal venu de trouver un titre pompeux simplement pour faire joli dans le menu de mon site web. Comme je le dis souvent (mais l’écris rarement), les solutions les plus simples sont souvent les meilleures.

La série est accompagnée de cette phrase :

Entre mes racines et mes branches, à l’architecture alambiquée, voici ma ville en instantanés rangés.

Il s’agit d’une petite référence à ma vie personnelle, j’ai grandi dans une ville de campagne (Gaillon représente !) mais je vis à Rouen, où j’ai fait mes études. Désormais, j’oscille entre cette ville et Paris. Comme il s’agit d’une sorte de transition, on peut considérer qu’elle se situe « entre mes racines et mes branches ». Pour le reste, le texte ci-dessus vous l’a déjà expliqué.

Réalisation

Jeanne

La réalisation de cette série s’est étalée sur plusieurs années, je l’ai commencée fin décembre 2013 quand j’ai racheté un boitier, et je la poursuis encore actuellement. C’est un projet que je mène tranquillement, par exemple certaines des images que j’y ai ajoutées récemment ont été prises… il y a 2 ans. Étaler la production sur une longue période correspond aussi au projet, mais j’en parlerai un peu plus dans la partie suivante.

Quant au matériel, nécessaire à la réalisation et passage obligé d’un Making of, j’ai dû utiliser à peu près tout ce qui m’est passé sous la main. Honnêtement, si je regarde les données EXIF (que vous pouvez trouver tout seuls si vous êtes malin s!), c’est un peu la foire du Trône. Comme quoi, l’unité visuelle ne se bâtit pas uniquement sur la cohérence technique, et encore heureux. En vrac j’ai dû utiliser :

  • Un boitier reflex d’entrée de gamme, et mon boitier actuel.
  • Un objectif équivalent à 75mm en plein format.
  • Un objectif équivalent à 17-24mm  en plein format.
  • Un objectif équivalent à 120-300mm en plein format.
  • Un objectif équivalent à 38mm en plein format.
  • Un objectif équivalent à 24-70mm en plein format.

Bref, tout ce que j’ai eu à un moment ou à l’autre entre les mains. Exception faite de mon Smartphone, qui shoote pourtant en RAW. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, étant donné que je l’ai toujours avec moi, bref. Je précise, pour la forme, que ça peut paraître beaucoup comme matériel, mais qu’il faut considérer les points suivants :

  • Je n’ai pas possédé tout ça au même moment. J’ai acheté, revendu, essayé, etc. Ainsi, je n’ai pas démarré la série avec tout ça dans le sac à dos. La production s’étant étalée sur plusieurs années, forcément il y a des images prises avec un peu tout.
  • Certains des objectifs m’ont coûté une bouchée de pain sur le marché de l’occasion (grâce à la marque de mon boîtier, qui a conservé la même monture longtemps). Je vous mets au défi de me dire quelles images ont été faites avec l’objectif le moins cher et inversement. C’est impossible à deviner.
  • Globalement, on s’en fout (cf. Pour en finir avec le matériel), j’aurais pu faire cette série avec n’importe quel zoom d’entrée de gamme et un peu de jugeote. Je liste le matériel, parce que c’est le principe d’un making of, et parce que pour ce que ça dit du travail sur la cohérence, c’est intéressant, mais ne vous prenez pas le chou à ce sujet. Faites avec ce que vous avez, et ça sera toujours mieux que rien.

Concernant la technique, là aussi, les situations ayant été très différentes, il n’y a pas eu un réglage constant comme je peux l’avoir sur d’autres projets (on y reviendra dans un prochain Making of). Les conditions lumineuses, entre la nuit noire et le plein cagnard sont très vastes et j’ai fait en fonction d’elles. Pour le fun, en voici 2 qui méritent d’être retenues :

Place de la cathédrale

Place de la Cathédrale

Pour cette image, je voulais photographier la place de la Cathédrale, vide de monde. Ce qui est extrêmement compliqué à faire de jour, étant donné qu’elle est au croisement de deux rues commerçantes et d’un des lieux qui attire le plus les touristes (la Cathédrale, suivez un peu). Du coup, cette image est une compilation de 80 prises de vues, faites toutes les 10 secondes pendant 65 minutes. Ce qui va clairement à l’opposé de l’image suivante.

Le passant

Le passant

J’ai pris cette photographie le 31 décembre 2013 (ou le 1er janvier 2014), je ne me souviens plus, j’avais picolé. Bref, c’était maximum deux semaines après que je me sois sérieusement remis à la photographie. J’étais à la fenêtre, l’homme au milieu de la rue l’a traversée, j’ai déclenché deux fois, la deuxième était la bonne. Des fois, il n’en faut pas beaucoup plus.

Tout ça pour dire que, si ce n’est pas via le matériel, ni via la technique que l’on produit un projet cohérent, enfin pas exclusivement, c’est bel et bien via… l’édition.

Edition

Vitraux

Vitraux

Alors voilà la grande question : comment un projet étalé sur plusieurs années, avec un matériel très variable, et une technique qui l’est tout autant, on aboutit à un projet cohérent ? Eh bien, en sachant dès le départ ce que l’on veut.

Comme je le disais ci-dessus, le principal trait de ce projet, c’est d’ordonner la ville, via la photographie. Donc je n’ai gardé que les images qui étaient rigoureusement composées, et avec une grande profondeur de champ. J’ai aussi une préférence pour les images symétriques (comme pour plus haut, où j’ai méticuleusement compté les petits saints pour être sûr d’en avoir autant de chaque côté), et droites.

L’autre trait caractéristique de ces images est leur relative intemporalité. Ce n’est pas aussi vrai pour toutes, mais c’est un élment qui lie les images. Toutes ces photographies auraient pu être prises une heure avant, une semaine après, voire plusieurs années, on aurait eu la même photographie. Cela sert aussi le projet, l’ordre n’existant vraiment que s’il se maintient dans le temps. C’est aussi pour ça qu’il y a peu, voire pas de personnes sur les images, les vêtements des gens les lient trop à une certaine époque, ce qui casse le sentiment que je voulais développer. C’est une chose que j’ai découverte au milieu du projet, et qui m’a encouragé à continuer dans ce sens (en cela, c’est donc une influence), mais on retrouve ça aussi dans l’oeuvre de Gabriele Basilico, un photographe italien.

Photographie – G. Basilico

Enfin, il ne vous aura pas échappé que ces images sont en noir et blanc. Cela n’a pas toujours été le cas, il y avait quelques photographies en couleur au début, que j’ai retirées dans un souci de cohérence. C’est aussi ça le travail d’édition, savoir enlever, même quand ça fait mal, pour que le reste n’en soit que meilleur. Je ne suis pas parti d’une simulation de pellicule ou autre pour ces noir et blanc, j’ai produit les images au fur et à mesure selon le rendu que je voulais. Au final, j’en ai fait un preset Lightroom, que j’utilise et adapte au besoin. Cela me permet d’être encore plus cohérent d’une image à l’autre. Car, comme je le disais, c’est un projet au long cours, d’où l’on dévie plus facilement.

Cathédrale

Cathédrale, photographie qui a finalement été retirée du projet.

 

Tirages

Pour cette série, je n’ai pas fait de carnet comme pour InColors, car je trouve que cela s’y prête encore assez peu. C’est un projet de long terme, je le ferai sans doute mais d’ici 10-15 ans, quand le corpus d’image sera vraiment exhaustif. Oui, quand je dis long terme, je pèse mes mots (en général).

En revanche, les images étant intemporelles, et symétriques, elles se prêtent très bien à l’exposition. Si vous souhaitez commander un tirage, toutes les informations sont ici : Tirages.

a-citys-contrast-rouen-framed-prints

Exemple de tirage  avec encadrement : « Contraste citadin », série Rouen

Conclusion

Le making of est un format qui me plaît bien au final, le premier était plutôt un essai, mais les retours que j’ai eus à son sujet, comme ce que ça m’a personnellement apporté de coucher ça noir sur blanc en ont fait une expérience positive. J’en ai presque hâte de faire le prochain.

N’hésitez pas à utiliser la boite à commentaires pour me raconter comment vous vous faites vos projets, ou me poser des questions sur ce que j’aurais pu oublier de préciser, pour cette série. Prenez des photos et prenez soin de vous.


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6 Comments

  1. Aurelie.A

    Bonjour Thomas
    Enfin un article qui parle concrètement de ton travail. C’est assez intéressant de comprendre comment monter une série. « Rouen » nous permet de voir qu’elle est ta définition de l’ordre. Encore un article qui m’a beaucoup appris. En attendant les prochains making of, passe de bonnes vacances, personnellement je me plongerai dans les archives de ton blog pour être à jour en Septembre pour la reprise.

  2. Hello Thomas,
    J’adore ce concept du « making off », décomplexé et sans prise de tête; Une belle leçon pour nous autres, amateurs plus ou moins éclairés, sur la construction, la réalisation et le suivi d’un pojet.
    Le choix du N&B me plait particulièrement et je découvre une ville que je ne connais pas du tout (pour le moment…)
    Une question cependant, relative à la dernière photo publiée dans ce billet, juste avant la conclusion. Les 2 grues que l’on distingue… ? Sont-elles vraiment nécessaires ? Apportent-elles un plus à l’image ?
    Personnellement j’aurais eu tendance à les enlever (ce que je fais régulièrement sur mes images) rapport à l’esthétique d’une part, mais aussi à l’intemporalité sur laquelle s’appuient vos clichés.
    Merci pour ce billet très enrichissant.
    Je vous souhaite un bel été.

    • Hello! Content que le billet vous ait plu.
      En fait je les ai laissées, tout simplement parce que je les aimais bien. Sans elles la zone est trop grise et uniforme. Et puis, le degré d’intemporalité n’est pas le même sur toutes les images. Certaines scènes sont restées comme ça quelques semaines. D’autres quelques siècles. Difficile d’être parfaitement uniforme sur ce point.

      Bonne journée !

  3. annick

    Article très intéressant, on comprend les motivations, et surtout les choix qui doivent servir le projet.
    Une question : pourquoi n’avoir pas converti certaines photos couleurs (dont l’avant dernière du billet par exemple ) en Noir et Blanc ? c’est une volonté ?…
    Il m’arrive de convertir des photos couleur en noir et blanc lorsque j’aime bien certaines images mais que, telles quelles, elles ne se « calent » pas dans une série.
    En tout cas, j’attends bien volontiers les prochains making off !
    Bonne soirée

    • Merci !
      J’aurais pu le faire oui. Mais je l’aime bien comme ça. Je n’avais pas spécialement envie d’en avoir une version dégradée. Et puis la cathédrale c’est relativement classique comme sujet pour la ville, ça ne me dérangeais pas de l’enlever.

      Bonne soirée 🙂

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