Il y a une sorte de pression, issue des réseaux sociaux, qui pousse à toujours publier plus. Cela vient sans doute notre addiction aux likes, des hébergeurs de site web voulant rendre vivants au maximum leurs sites ; ainsi, peu de photographes travaillent en série, du moins au début. On pourrait démontrer l’intérêt de travailler en série en utilisant la métaphore suivante : la différence entre série et « cliché unique » est exactement la même qu’entre sortir un single chaque été, et un album tous les 2 ans. Dans le 2e cas on trie, on regroupe ce qui va ensemble, on construit une réflexion, on y applique un « son ». La série en photographie fonctionne exactement pareil. A titre d’exemple, pour l’album Californication les Red Hot Chili Peppers ont enregistré 50 titres, pour n’en garder qu’une quinzaine au final : le tri a du bon !

Becher Bernd et Hilla – Tours de réfrigeration 1965-1991

Ps : la suite de l’article est ici Travailler en série II : Regard sur la jeune photographie européenne

Avant tout, qu’est-ce que la série photographique ?

Il y a globalement deux façons de procéder :

La première, la plus courante, consiste à anticiper, réfléchir à l’avance à la série que l’on souhaite faire, en choisissant un thème, un lieu, des personnages ou une façon particulière de photographier, etc. Le choix de la série impose un effort de réflexion pour chaque image, afin de conserver le fil rouge qui relie chaque photo aux autres. Cette approche permet de construire un style, une façon personnelle de photographier. Mais le risque de la série pensée à l’avance est qu’elle vous enferme dans la construction de ces images. Elle exige d’y consacrer un temps et des moyens importants, sans garantir que le résultat sera à la hauteur de vos espérances. Cette approche nécessite une certaine patience, mais il faut toujours garder en tête que vous ne travaillez jamais qu’une série à la fois. Pour ma part j’ai quelques séries de prédilection, que j’alimente au fur et à mesure de mes trouvailles.

La deuxième façon de faire une série est la méthode spontanée, non réfléchie, hasardeuse, de l’a posteriori. A la différence de la série anticipée, la réflexion se fait non pas avant les prises de vue, mais après. Cette série va donc se constituer en consultant ses propres archives photographiques, en essayant d’organiser le travail passé, de définir le fil rouge que l’on n’avait pas vu à l’époque. Est-ce qu’en réunissant quelques images je peux raconter une histoire, trouver une cohérence ? Y-a-t-il un sujet qui revient souvent dans les photographies que j’ai faites ? Des images qui marchent bien ensemble ? Etc.

Il est aussi possible de mélanger ces deux approches. C’est comme ça que j’ai construit la série « L’image d’une ville » et que je la poursuis maintenant : un classement a posteriori, qui a débouché sur une série que je travaille encore, et je l’espère indéfiniment.

Une des premières séries par Muybridge, étudiant le galop du cheval

Plus qu’un concept, la série nécessite une certaine cohérence technique. Non pas qu’un ou deux stops en plus par-ci par-là vont la ruiner, mais il est important de garantir une certaine cohésion visuelle entre les images. Cela va se jouer sur tous les aspects de la photographie : longueur focale, exposition, profondeur de champ, post-traitement, etc. C’est pour cela que je conseille d’effectuer tout le post-traitement en une seule fois, c’est la meilleure façon de garantir cette cohérence. Pour ma part je fonctionne ainsi : j’ai un dossier / série, que j’alimente en RAW + JPEG. Les JPEG me servent à visualiser immédiatement les images, et à construire la série petit à petit. Les RAW sont à développer ensuite une fois la sélection faite. Comme je l’ai expliqué dans cet article, la photographie prend du temps, donc pas de hâte dans la construction des séries !

Enfin, cela permet de travailler ses images autrement. Certaines photographies seules n’ont que peu d’intérêt, mais intégrées à une série, elles peuvent prendre beaucoup de force, et avoir un message beaucoup plus intéressant. C’est le cas des séries de Bernd et Hilla Becher que j’aime beaucoup. Leur démarche consiste à inventorier le bâti industriel en photographiant des ensembles menacés d’obsolescence et souvent à l’abandon. Une caractéristique esthétique domine : les constructions apparaissent comme des formes géométriques ou tortueuses qui se répètent au long des séries. On peut alors comparer les variations entre les bâtiments photographiés, sorte de « sculptures anonymes ».

Si les séries vous intéressent, n’hésitez pas à consulter cet article, un peu daté, qui retrace leur histoire depuis la peinture.

(Désolé pour ceux qui croyaient à cause du titre que j’allais parler de Buffy contre les vampires).

Buffy contre les vampires, dans toute leur splendeur.


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