fbpx

Noctabilia : Le making of

Aujourd’hui on va parler de mon dernier projet photo et on pourrait le résumer comme suit :

On-on fait la même chose toutes les semaines,

On sait-on sait qu’ça va être naze mais on sort quand même,

On-on-on-on-on fait la même chose toutes les semaines,

Tout-tout-tout-tout c’qu’on ramène à la maison c’est des problèmes.

ORelsan – Soirée Ratée

Bien évidemment, il ne s’agissait pas de fêtes à faire, mais de sorties photo, soir après soir. Et la nuit, en argentique, tout ce qu’on ramène à la maison, c’est en effet des problèmes. 😅

Et il est temps d’en parler, 4 ans après le démarrage quasiment. D’habitude mes projets photographiques sont un peu plus courts (surtout entre le début du projet et la diffusion, même si je le boucle un peu plus tard). J’ai entamé Noctabilia à l’été 2018, dans la foulée d’AdieuParis. Au moment où j’écris ces lignes, plusieurs années se sont donc écoulées, j’ai des souvenirs clairs de la fin, des idées sur le début, et des notes sur ce qui s’est passé au milieu. Bref, cet article a la saveur d’une expédition archéologique. Je serai presque tenté de l’écrire avec mon chapeau d’Indiana Jones.

PS : d'ailleurs, je le dis là, mais je me suis pas mal servi de Notion pour prendre des notes tout au long du projet (et gérer l'expo, comme le projet de zine à venir). Si jamais vous voulez voir le contenu que je produis sur ce sujet, c'est sur ma deuxième chaîne YouTube.
PS² : il y aura quelques images du projet dans cet article (pour illustrer ce que je raconte), mais il n'a pas encore de page dans le menu avec tout. De même, il n'y aura pas les textes de l'exposition. C'est pour la simple et bonne raison que je vais faire un zine, et que je souhaite garder la surprise de la découverte à ceux qui l'achèteront. Une fois que le zine sera  sorti, je mettrai tout en ligne, images, textes, tout au propre. Je vous demande juste un peu de patience. 😉

L’idée de base

Avant de démarrer et de vous parler de l’idée derrière ce projet, un bref rappel : j’ai déjà fait une vidéo à ce sujet. Elle est ici :

La vidéo sur laquelle je me suis tué au montage.

La vidéo et cet article sont complémentaires : dans la vidéo j’explique comment s’est déroulée l’exposition du projet, mais je passe assez vite sur la création du projet en soi. Et comme vous comprenez, ici ça sera l’inverse. On va parler du projet dans tous les sens et passer sous silence l’exposition. Et maintenant, on peut démarrer pour de vrai.

Commençons par une vraie bonne question : pourquoi est-ce que j’ai fait ce projet ?

Alors, je pourrais bêtement vous copier-coller le texte de l’exposition (qui dit ça assez joliment, j’en suis fier), mais j’ai dit que je le gardais pour le zine. On va donc recommencer.

Bon, disons que c’est compliqué et à la fois assez simple. Voyons par quel bout expliquer ça.

Quand je parle de création de projets photographiques, que ça soit ici, sur YouTube ou dans ma formation dédiée, j’insiste toujours beaucoup sur les aspects personnels d’un projet photographique. Et c’est normal : comment se consacrer plusieurs mois à un travail qui ne nous concerne pas ? Qui ne nous touche pas ? Je vous invite donc régulièrement à réfléchir à ce sujet, trouver ce qui vous fait vibrer, puis dérouler la pelote (c’est une métaphore, on est photographes, pas des créateurs de mode) .

Et pour ce projet, ces raisons personnelles ont été un peu l’étincelle.

Tout d’abord, je pense qu’après AdieuParis, j’avais envie de calme, photographiquement et dans ma vie en général. Je venais de passer deux semaines à temps plein à faire de la photographie de rue sous le soleil de juillet, en pleine ville. Je venais aussi d’arrêter de travailler à Paris en habitant à Rouen (et les trajets qui vont avec). AdieuParis c’était de la photographie de rue, colorée, dynamique, dans le mouvement. Je pense que, consciemment ou non, une fois que j’avais fait ça j’avais envie de faire tout l’inverse. Parfois, quand on a fait un projet photo, on a tendance à penser que c’est ce qu’on attend de nous. Un photographe ayant fait un livre de photographies de paysages pensera que son audience en attend un deuxième. Il y a une forme de confort là-dedans, à faire ce que l’on sait faire, mais aussi d’enfermement. J’ai eu, je pense, un petit moment « et puis merde » et je me suis lancé là-dedans.

L’autre raison, c’est ma vie personnelle. Au début, je ne savais pas tellement si j’allais en parler, mais les années sont passées, ma vie actuelle n’a plus rien à voir avec celle de l’époque, donc j’ai tendance à me foutre royalement de raconter ça.

En 2018, j’étais encore avec mon ex, avec qui j’étais depuis près de 10 ans. On avait grandi ensemble en quelque sorte (de 20 à 30 ans), mais pas vraiment dans la même direction. Bref, ça n’allait plus tellement et je pense que j’ai un peu trouvé un refuge dans la photographie. Il m’était plus agréable d’aller me balader seul avec mon appareil photographique que d’être chez moi. En 2019, nous avons eu des opportunités professionnelles mais pas dans la même ville, elle à Rouen, moi à Lille. On a donc chacun pris un appartement dans une ville différente, théoriquement de façon temporaire. Et c’est avec une grande joie que ça a été finalement définitif.

Noctabilia, c’est un peu un projet photographique de cette transition, très « journal intime » (il y a plein de sens caché dans les images, je vous en expliquerai quelques unes).

Et pour finir l’historique, en 2020-2021 nous avons eu les différents confinements, mais cela ne m’a pas vraiment arrêté. J’ai pu continuer à photographier mon environnement proche, de nuit. Le covid n’attaque pas la nuit. Mais c’est surtout que j’ai rencontré ma compagne actuelle, et le besoin initial de ne plus être chez moi étant passé naturellement, le projet a touché à sa fin. J’ai réalisé les dernières images début février 2022 en prévision de l’exposition. L’une des dernières images de l’exposition est littéralement l’une des boîtes aux lettres de ma rue. D’un foyer à l’autre, la boucle était bouclée, la transition faite.

La fameuse boîte aux lettres.

Donc, j’ai commencé à sortir la nuit avec mon appareil photographique, parce que j’en avais besoin. Mais ce ne sont pas les seules raisons, il y en a évidemment certaines plus liées à la photographie.

Déjà, j’ai toujours aimé la nuit. Quand j’étais étudiant, je travaillais dans un centre de produits frais Intermarché où je remplissais les camions livrant les supermarchés le matin (je suis incollable sur la localisation des Intermarché dans l’ouest de le nord-ouest de la France). Sauf que les jours de repos, j’avais la pêche la nuit. J’allais parfois courir un peu, histoire de me fatiguer pour mieux dormir, dans ma ville vide de province.

Bieke Depoorter en parle dans la formation qu’elle a faite pour Magnum, Chance Encounters : d’une certaine façon, notre cerveau ne fonctionne pas de la même façon la nuit. Et évidemment cela joue sur notre photographie. Comme elle l’a si bien dit :

La réalité est plus lumineuse la nuit tombée

Bieke Depoorter

Au-delà de ce goût pour la nuit, j’avais envie de prendre la photographie un peu dans l’autre sens. Avec moins de lumière, alors qu’on court un peu après d’habitude. Je crois que c’est une idée que j’ai découverte dans le livre Saisir la lumière au cœur de la photographie de Michael Freeman. Dans un des chapitres il parle des maisons japonaises, et de comment elles intègrent aussi l’ombre dans leur conception, pour travailler l’espace. Que tout n’est pas nécessairement lumière. Et c’est évidemment très bien développé dans le fameux livre l’Éloge de l’ombre de Jun’ichirō Tanizaki. Morceau choisi, sur les objets brillants :

De plus, la brillance de sa surface étincelante reflète, quand il est placé dans un lieu obscur, l’agitation de la flamme du luminaire, décelant ainsi le moindre courant d’air qui traverse de temps à autre la pièce la plus calme, et discrètement incite l’homme à la rêverie. N’étaient les objets de laque dans l’espace ombreux, ce monde de rêve à l’incertaine clarté que sécrètent chandelles ou lampes à huile, ce battement du pouls de la nuit que sont les clignotements de la flamme, perdraient à coup sûr une bonne part de leur fascination.

Jun’ichirō Tanizaki – Éloge de l’ombre

Et c’est comme ça que je me retrouve à me dire que photographier la nuit, ça pourrait être très intéressant. Concernant les influences photographiques pures, je pense que mon goût pour le travail de Ralph Gibson a joué. J’en avais parlé dans cet article, je vous invite à le lire :

J’aime surtout la poésie des images de Gisbon, leur aspect parfois ésotérique, et la douceur de leurs tons. Enfin, ça n’est pas une influence, mais plutôt un heureux hasard : en allant au Portugal en 2020, je suis tombé sur le livre After Nightfall de José Carlos Marques. Ce qui est assez marrant : c’était à 98 % proche de ce que j’essayais de développer (sans doute pour des raisons bien différentes). On s’est écrit, et il m’a aussi dit que certaines de mes images pourraient aller dans son projet. Du Wi-Fi de l’esprit à travers les Pyrénées. J’avais aussi parlé de ce livre ici :

Maintenant, vous comprenez un peu mieux d’où m’est venue l’idée de cet article 😉

Donc, on met tout ça bout à bout : je me sentais bien à photographier la nuit, j’avais envie de travailler sur la nuit en tant que sujet, avec les quelques influences que je vous ai citées. Comme je le disais, notre cerveau (enfin le mien) donne l’impression de fonctionner différemment la nuit, c’était aussi ça que je voulais photographier. Comme notre expérience change, comment le familier devient inquiétant. Et voilà, vous avez toutes les briques de l’idée de base.

Le titre

Le titre Noctabilia est lui par contre assez facile à expliquer. Ça m’est venu assez vite d’ailleurs, j’ai fouillé un peu, mais je n’ai pas trouvé de traces de dossiers ou autres (comme des tags dans Lightroom ou des notes dans Notion) mentionnant un autre nom pour le projet.

C’est une contraction de deux mots en latin :

  • Notabilia, ce qui mérite d’être remarqué, ce qui est notable.
  • Noctus, la nuit, évidemment.

Et c’est comme ça qu’on arrive à Noctabilia, ce qui est notable la nuit. Par un type perdu avec son appareil. Parlons-en d’ailleurs de l’appareil.

Réalisation

Donc, j’avais à peu près une idée d’où je voulais aller (le travail nous guide toujours un peu de toute façon) et il fallait mettre ça en images. Pour ça, il y a vraiment une règle absolue à retenir et à appliquer scrupuleusement : il ne faut JAMAIS trahir la matière première.

Dans mon cas, on s’intéresse à la nuit. L’expérience que l’on a de la nuit n’est pas parfaite. Elle n’est pas précise, ni non plus nette. L’écrasante majorité du temps, la nuit, on dort. Soit on ne se souvient pas vraiment de nos rêves, soit ils sont imprécis, illogiques, parfois absurdes. Pour ce qui est des parties que l’on vit, dans nos contrées en tout cas : c’est le temps des sorties, de la vie sociale, de la fête, des retours de soirées un peu pompette… bref, toujours (ou presque) une expérience différente, approximative, et bien évidemment, plus sombre.

L’idée, c’est de respecter ça. D’avoir un rendu organique, viscéral, imprécis si possible. C’est pour ces raisons que j’ai écarté le numérique. J’aurais pu faire toutes les photographies du projet beaucoup plus rapidement et facilement avec mon numérique, un trépied et un logiciel de retouche. J’aurais sans doute mis 6 mois et non pas plus de 3 ans, mais en y laissant sans doute 99 % de l’authenticité que j’aime y voir.

Je suis donc parti sur une prise de vue en argentique. Ce n’est généralement ni mieux ni moins bien (je pense faire le prochain projet en numérique), c’est juste que c’était ce qui correspondait le mieux ici.

Aussi, l’argentique a un autre avantage : il permet de ralentir. Comme je l’ai dit, c’est l’ambiance de la nuit qui m’intéresse, que je veux capturer. Sauf que si on ne fait que traverser la nuit, on ne rentre pas vraiment dedans. Il faut laisser le temps à la magie d’opérer, et pour ça, l’argentique est une bonne solution. Déjà parce que la mise en place est un peu plus longue (vu qu’on paie chaque image, on ne s’amuse pas à faire 500 tests à chaque image) et les temps de pose sont rallongés à cause de l’effet Schwarzschild. C’est que du bonus.

Et donc, j’ai utilisé quoi pour faire les images ?

Alors, en tout, j’ai fait 656 images, développées avec mes petites mains pour le projet. Concernant les appareils, j’ai utilisé :

  • Un Canonet pour 16 (2.43 %) d’entre elles (pour finir une pellicule, parce que le télémétrique de nuit, c’est l’horreur),
  • Un Nikon F100 pour 501 (76 %) des images. Le F100 avait un peu tous les avantages dont j’avais besoin : très moderne dans son usage, un bon viseur (essentiel la nuit), la possibilité d’utiliser une télécommande programmable, une mise au point assez efficace, et un parc optique pas trop cher en occasion. D’ailleurs j’ai utilisé :
    • Mon 35mm F2 pour 112 photographies,
    • Mon 50mm F1.8 pour 389 d’entre elles. Tout simplement pour son ouverture, la nuit, c’est pratique. Et aussi parce que j’ai toujours été content du rendu.
  • Un Yashica Mat 124 G pour les 139 images restantes (21 %). Je trouve qu’il complétait bien le F100. Avec le F100, je peux facilement varier les cadrages, vu qu’il est léger et qu’on a une visée au niveau de l’œil. Avec le Yashica, c’était un peu l’opposé : des images plus cadrées, droites et rigides (ce que j’aime bien ! 😃) au détriment de la souplesse.

Dans un appareil argentique, il faut mettre des pellicules et donc dans le mien j’ai utilisé :

  • De la Fomapan 400 à 400 ISO pour 36 images (5,48 %). C’était un peu la catastrophe, c’est une pellicule qui est super quand elle est bien exposée, mais qui est une horreur dans toutes les autres situations, j’ai vite passé mon tour.
  • De la HP5+ pour 80 images (12 %). Dont 73 images à 400 ISO et 7 à 3 200 ISO. C’est quelque chose dont je me suis vite rendu compte : il vaut mieux allonger le temps de pose plutôt que de pousser le film. Le rendu était largement meilleur. C’est ce genre de test, entre la prise de vue et le développement, qui m’a demandé un peu de temps au début du projet. Pour trouver le bon équilibre entre les deux.
  • De la Tmax400 pour 24 images (4,16 %), juste parce qu’elle traînait là je crois 😅.
  • De la Tmax3200 pour 348 images (53 %). C’est un stock que j’ai acheté au début du projet et que j’ai pas mal utilisé pour le F100. Je crois qu’il s’agit en vrai d’une pellicule avec une sensibilité nominale de 800 ISO (j’ai dû lire ça un jour) rebadgée comme de la 3 200. Mais ça fait le café, rapidité et mobilité, c’était très pratique avec le 35mm.
  • De la Tri-X pour 170 images (25 %). Dont 28 images à 3 200 ISO, 102 à 1 600 ISO et le reste à la sensibilité nominale. Je l’avais essayée surtout au début, quand j’effectuais des tests pour trouver la bonne formule. Mais plusieurs photographies faites avec ont terminé dans l’exposition finale.
PS3 : je me rends compte que le total fait 658 images et non 656. Deux images doivent être mal étiquetées. Je vais faire comme si je n'avais rien vu, pour ne pas devenir fou à tout ressortir des classeurs d'archives. 😂

Je vais passer plus rapidement sur les aspects techniques post-prise de vue : j’ai développé moi-même toutes les images, sans exception. Je n’ai pas grand-chose à dire dessus : j’ai suivi les instructions des fabricants. À part quelques ratés (deux films morts à cause d’un développement avec une eau trop froide), globalement ça a été. Ensuite j’ai scanné les pellicules 35mm sur mon fidèle Reflecta RPS 10m avec Silverfast et les images au format 120 ont été au labo (Photolix à Lille).

Une fois les images numérisées, je les importe dans Lightroom. Je m’en sers pour corriger les soucis d’exposition (et c’est quand même beaucoup plus simple qu’à l’agrandisseur, pour avoir fait des tirages argentiques pour le projet) et cataloguer. J’ai aussi passé pas mal de temps à enlever les poussières, rayures et autres joyeusetés laissées par la production d’images en argentique.

Donc, pour conclure ce sujet, si vous voulez faire de la photographie de nuit en argentique, voici mes conseils techniques :

  • Un reflex 35mm moderne et un film rapide (la Tmax 3 200 par exemple), pour des images plus dynamiques,
  • Un moyen format et un film à sa sensibilité nominale, pour privilégier la qualité.

Il va sans dire que vous pouvez lever tous ces soucis en utilisant un flash (j’en ai un très bien pour mon Nikon d’ailleurs). C’est juste qu’ici, je ne voulais pas trahir la matière première, donc photographier les scènes telles qu’elles étaient sans intervenir sur la lumière.

D’ailleurs, il est temps de regarder quelques images.

Édition

Donc arrive novembre 2021. Louise Brunnodottir me propose d’exposer à Rouen dans sa galerie quand elle vient à Lille tourner les vidéos pour la chaîne (ici et ici). Il a donc fallu que je boucle l’édition du projet, en faisant une sélection adaptée pour l’exposition. Au final, je suis passé de 656 images à 35. Un nombre un peu généreux pour une exposition (mais j’avais toute la galerie pour moi), idéal pour un zine et un peu court pour un livre. Mais bon, comme toujours, on adapte la sélection au support final.

Et en vrai : ça a été. C’est l’avantage d’une exposition, si pendant le montage on se rend compte qu’on a produit un peu trop, on a certes perdu des sous, mais on peut toujours rattraper un peu le coup en réduisant (ce qui n’a pas été le cas).

Quoi qu’il en soit, j’ai été assez aidé par le travail fait en amont. Je ne suis pas passé de 650 images et quelques à 35 en une nuit. J’avais déjà commencé une sélection restreinte qui devait contenir une centaine d’images étant bien dans le ton que je voulais donner au projet.

L’édition s’est faite au fil de l’eau. À chaque développement j’ai trié les nouvelles images et modifié un peu la sélection déjà effectuée, en fonction de mon goût « à froid » et avec du recul. Et ainsi de suite jusqu’à la fin. Forcément, quand vous avez des images « favorites » sur plusieurs années, vous savez que vous allez dans la bonne direction. Et celles étant moins bonnes descendent naturellement au fil du temps. Ma compagne m’a aussi aidé à la toute fin, parce que j’aime bien avoir un regard extérieur. Forcément, une exposition accueille un public qui n’est pas composé que de photographes (encore heureux) et ça permet de savoir si ce que l’on fait est intelligible et fluide.

Le but étant, évidemment, d’avoir une séquence quasiment chronologique, racontant cette transition nocturne, relationnelle et géographique. Regardons ça de plus près maintenant 🧐.

PSS4 : si l'édition vous intéresse, j'ai produit une formation de près de 5h pour apprendre comment trier efficacement ses images. 

Quelques explications

Dans la sélection de l’exposition, chaque image a des raisons d’être là, bien sûr je ne vais pas tout vous détailler, pour des raisons déjà évoquées, mais on va regarder quelques morceaux.

Le plus important, c’est que l’exposition est rythmée par des autoportraits. Ce sont les temps forts, j’appelais ça des « piliers » quand je travaillais sur la séquence.

Donc, on regroupe 5 images, où mon ombre est soit projetée sur un objet, soit elle se retrouve sur des objets à l’aide de multiexpositions en argentique. On retrouve donc :

  • Un premier portrait fait sur le bâtiment d’Histoire-Géographie de l’université de Rouen. Il date vraiment du tout début du projet. C’est à l’université que j’ai commencé la photographie et rencontré mon ex-compagne. C’est le point de départ.
  • La deuxième est prise sur les quais de Rouen, où j’ai beaucoup couru le soir, à l’époque où je travaillais à Paris. On y voit aussi le 106, une salle de concert où j’ai passé une infinité d’heures à répéter avec différents groupes plus ou moins bons.
  • Dans la troisième, c’est une double exposition au CHR de Lille. J’habitais juste à côté et dans les premiers mois de mon installation à Lille, j’y ai passé pas mal de temps à faire des photographies. Un centre hospitalier, vide, la nuit a une ambiance un peu magique.
  • La quatrième photographie a été prise à Mayenne, où l’entreprise qui m’a embauché (et qui a provoqué le fameux déménagement solo) avait des locaux. Je l’aime bien, parce que les branches, avec la double exposition, ressemblent à des racines. Et c’est vraiment ça que j’ai eu l’impression de faire à l’époque : m’enraciner.
  • Et enfin la dernière a été prise à la Citadelle de Lille, c’est une double exposition d’une statue de « serpents » et de mon ombre. C’est une image que j’aime beaucoup : je suis né l’année du serpent, j’en ai de tatoués quelque part (je vous laisse imaginer où) et plus généralement c’est un lieu important pour moi pour des raisons personnelles (et romantiques disons). Bref, une façon que j’aimais bien de dire que, maintenant, j’étais là.

Et hop, avec ces 5 images on peut créer une temporalité dans la séquence. Évidemment ça n’est pas limpide pour un spectateur externe, mais j’étais là pour expliquer tout ça lors du vernissage (et je pense naïvement qu’au-delà des symboles, les images se suffisent à elles-mêmes, tant pis pour les détails).

Il y a aussi des photographies un peu humoristiques, comme celle-ci :

C’est une référence au film « Le nombre 23 », avec Jim Carrey. Dans le film, le personnage principal devient obsédé par le nombre 23 et voit des symboles partout, jusqu’à sombrer dans la folie. Je ne cache pas que ça m’amusait beaucoup de faire référence à un type devenant fou en cherchant des symboles, dans une exposition où j’en avais glissé plein.

Idem ici, c’est une double exposition d’une photographie de Jeanne d’Arc à Mayenne. Je l’ai mise là pour amener du liant dans l’exposition : c’est un peu le symbole culturel de la ville de Rouen, qui en fait des tartines et des tartines sur le patrimoine lié au personnage. Cela m’amusait aussi de la retrouver à Mayenne. Un peu de Rouen là-bas, tout se suit.

Symboles ici aussi, mais moins drôles : il s’agit de l’arrêt de bus qui était à côté du nouvel appartement de mon ex-compagne (vous suivez ?). Au début on se voyait encore un peu, mais j’allais quand même faire mes photographies. Partir photographier, être sur le départ, un arrêt de bus, vous voyez l’idée ? 😊

On va terminer avec deux images plus joyeuses. Au début de notre relation avec ma compagne actuelle, elle m’accompagnait la nuit faire les photographies du projet. Je prenais mon appareil, du film, et on allait se promener faire ces images. Elle a servi de modèle à quelques photos que je n’ai pas gardées (je me servais de sa silhouette et du temps de pose pour mettre des « fantômes » dans les images, mais ça ne marchait pas bien) et s’est aussi souvent gelé les miches pour moi (merci à elle 🥰). Celle-là doit être dans les premières qu’on a prises, au début de notre relation. Des rideaux fermés sur une pièce éclairée, le numéro de porte, je vous laisse deviner les raisons de sa présence ici.

Et pour terminer, une image « ratée ». Comme je vous le disais, le projet raconte une transition, une boucle. Les derniers mois, je ne ressentais évidemment plus le besoin d’aller faire ces images la nuit. Donc mon appareil a passé pas mal de mois dans le tiroir et s’est un peu grippé. Quand j’ai appris qu’il allait y avoir une exposition, je me suis dit que j’allais refaire quelques pellicules. Le dernier kilomètre, pour boucler le projet.

À la première sortie, j’ai terminé la première pellicule sur cette image :

Je voulais prendre en photographie les petites barrières de chantier. C’était une pose longue, sauf que mon obturateur est resté bloqué en position ouverte. Des voitures sont passées devant, et j’ai essayé de comprendre ce qui se passait avec mon smartphone, d’où ce résultat. Je ne pensais pas l’inclure dans l’exposition, mais ma compagne l’aimait bien et surtout, j’ai réalisé un truc : c’était clairement le signal de fin. D’une certaine façon, c’était comme si mon appareil me disait « hé mec, c’est bon là. J’ai donné, j’arrête. Le projet est fini, rentre chez toi ». Et je l’ai écouté.

Diffusion : exposition & zine

Donc à ce stade, j’avais un paquet d’images que j’aimais bien sur un sujet qui me tenait à cœur. Comment on montre ça à la planète entière ?

On va dire qu’il y a 3 canaux possibles :

  1. L’image accrochée au mur, l’exposition. Ça, c’est fait ✅. Le projet a été exposé à Rouen fin mars 2022 et vous pouvez retrouver un aperçu assez exhaustif de ce que ça a été dans la vidéo mise au début de l’article.
  2. L’image reliée. Là, c’est en cours, disons 🚧. C’est le projet de zine dont je vous ai parlé. Pendant les quelques années sur le projet, j’ai réalisé des tirages argentiques de certaines images, au format 13x18cm.
    Initialement, je pensais diffuser ce projet sous forme de petits coffrets « premium » contenant une sélection des tirages et un petit mot manuscrit. Mais c’est un format que j’ai abandonné, pour des raisons techniques. Quoi qu’il en soit, je tenais à garder ce côté « premium », j’ai donc dans l’idée de faire un zine en édition très limitée. J’ai 21 tirages dont la qualité me plaît, donc je compte faire 21 zines + tirage réalisé par mes petites mains à l’agrandisseur. Cependant, je me demande si le format n’est pas trop restreint, j’hésite à produire plus de zines pour avoir une option « standard » (sans le tirage).
    N’hésitez pas à me dire en commentaire si vous êtes intéressés, cela me permettra d’ajuster la quantité au mieux. 😊
  3. L’image projetée : là c’est la diffusion sur le site web et les réseaux sociaux. Ce sera la dernière étape, je ferai ça tranquillement une fois que le zine sera parti. Une façon de continuer à faire vivre le projet et, qui sait, peut-être lui trouver d’autres aventures. 😃
PS5 : Je pensais proposer les zines en même temps que la sortie de cet article, mais c'était trop à gérer en même temps (avec YouTube et d'autres projets en cours), donc je vais faire ça tranquillement dans les semaines à venir. Quand ça sera prêt, je vous enverrai un mail.

Conclusion

Mon encre est sèche, mon clavier usé, je pense qu’entre la vidéo et cet article, j’ai raconté tout ce que j’avais à raconter sur ce projet. Et sans doute même un peu plus, l’article à une teinte personnelle que j’ai rarement ici. Mais bon, comme c’était dans l’ADN du projet, je me suis dit qu’il aurait clairement manqué une brique à sa compréhension sans ces détails. Et puis, j’ai toujours présenté ce Blog comme mon carnet de bord et c’est typiquement la chose que j’y mettrais (ou que j’ai vraiment notée dans Notion).

Si malgré tout cela vous avez encore des questions sur le projet, sa conception, le tri, sa production ou que sais-je d’autre, n’hésitez pas à les formuler en commentaire, je me ferai un plaisir d’y répondre.

Enfin, si la création de projets photo vous intéresse, que vous avez besoin de réponses et d’avancer, il y a le discord. J’en ai déjà parlé plusieurs fois sur YouTube, mais jamais trop ici. C’est chose faite. Vous pouvez retrouver la team la plus chouette du monde (garantie sans Pieri) ici :

À la prochaine ✌🏻


Pour terminer, je vous laisse avec la playlist qui était diffusée lors de l’exposition. Elle aussi pleine de références. Mais étant donné qu’il s’agit d’un Blog dédié à la photographie et non à la musique, je garderai celles-là pour moi.

Vous pouvez aussi écouter celle-là, que j’ai beaucoup eue dans les oreilles lors des prises de vue :

Date de la dernière mise à jour : le 18 juin 2022


← Article précédent

6 Comments

  1. MARIE

    Merci pour la vidéo et l’article, n’ayant pu assister à l’expo, très intéressé aussi par le zine (mais très peur de ne pas l’avoir si tu restes sur 21 exemplaires)

  2. Salut Thomas, super projet plein de sens , l’exemple parfait d’une photographie personnelle, celle de l’arrêt de bus en est le parfait exemple. Concernant le zine cela m’intéresse beaucoup. Néanmoins est ce que tu as prévu de vendre des tirages de ce projet? ( juste en cas où parce 30 exemplaires on va se battre pour l’avoir :-). A bientôt.

  3. Michel

    Intéressé par un zine !

  4. Bruno

    J’en veux un !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.



Abonnez-vous ici :

Abonnez-vous à la newsletter pour recevoir le livre "10 outils indispensables pour votre projet photographique", ainsi que plein de contenus sur la photographie.

S'abonner
Et c'est sans spam, promis.
close-link

Envie de progresser ?

Abonnez-vous à la newsletter pour recevoir le livre "10 outils indispensables pour votre projet photographique", ainsi que plein de contenus sur la photographie.
S'ABONNER
Et c'est sans spam, promis. Moi aussi je déteste ça.
close-link
Envie d'avancer ? Recevez le livre "10 outils indispensables pour votre projet photographique"
S'abonner
close-image

Envie d'avancer ?

Abonnez-vous à la newsletter pour recevoir le livre "10 outils indispensables pour votre projet photographique", ainsi que plein de contenus sur la photographie.
S'abonner
close-link