6 règles à suivre en photographie

Date de la dernière mise à jour : le 11 septembre 2016


Temps de lecture : 5 minutes et 40 secondes


Cet article contient 6 règles à suivre en photographie (ce qui, avouons-le, n’est pas une surprise majeure vu le titre). Ce sont des conseils, glanés au fil des lectures et de l’expérience que j’applique à ma propre pratique et qui vous seront certainement utiles. En revanche, rien à voir avec des commandements bibliques, pas de pluie de sauterelles si vous ne les respectez pas.

1. Acheter des livres et non du matériel

Bon, alors, je vais faire des déçus, mais on va le dire une fois pour toute, l’écrire dans le marbre : le matériel ne sert à rien. Une fois que vous avez acheté votre appareil (et on se fiche royalement duquel) vous n’avez plus besoin de rien pour pratiquer, pour exercer, pour vous exprimer. Comme je l’expliquais ici, la plupart des appareils se valent actuellement.

Alors, comment faire pour s’améliorer ? Tout simplement garder en tête la chose suivante : le plus important en photographie est de vous exprimer, de construire votre démarche, vos sujets de prédilection et de travailler votre sens esthétique. Et le matériel n’a rien à voir là dedans, il n’intervient qu’après cela, ce n’est qu’un outil pour arriver à votre but(1). Sans cette réflexion, sans cet usage intensif de vos neurones, vous ne vaudrez pas mieux qu’un photomaton !

Des bonnes idées valent toujours mieux qu’un bon appareil, la preuve en image, via la chaîne Youtube Digital Rev et son Cheap Camera Challenge. Le principe consiste à défier des photographes célèbres, en les faisant travailler avec des appareils bas de gamme ou pour enfants.

De plus, les grandes marques sortent des nouveaux modèles avec des « nouveautés » à un rythme effréné. Mais cela n’a pas toujours été le cas, par exemple le célèbre Nikon F3 a été commercialisé pendant 21 ans ! Et ça n’a empêché personne de travailler. Il faut donc résister aux sirènes du marketing, un livre peut faire de vous un meilleur photographe, pas un énième objectif.  Mais ne vous méprenez pas, si tel objectif, par sa focale ou son ouverture, vous permet de réaliser un type recherché d’image pour un projet : foncez. Je dis seulement qu’acheter un « meilleur » appareil ne fera jamais de vous un meilleur photographe, qu’il n’y a que des livres qui peuvent faire cela (dit comme ça, on dirait presque qu’ils sont magiques).

Ps : si vous ne savez pas quoi lire en premier, tout est dans cette bibliographie maison.

2. Se laisser du temps

Il faut avoir conscience que le temps de la pratique photographique n’est pas celui des réseaux sociaux, des plateformes de publication, des mails et des MMS. C’est un temps long :

  • Vous passerez très peu de temps à photographier au final. Ce sont les étapes d’avant et d’après qui sont les plus longues. Concevoir votre projet, et le développer.
  • L’éditing (la sélection des clichés) est comme un bon vin : c’est meilleur si on laisse la matière un peu à la cave. Il est difficile en tant que photographe d’avoir un avis objectif sur son travail : on détache difficilement le souvenir de la prise de vue de l’analyse objective de son travail. Par exemple : on aura toujours tendance à préférer la photographie d’une montagne prise après 6h de marche et 1h de réglage, que celle prise juste après s’être garé. Même si celle-ci est objectivement meilleure. Seul le temps vous permet d’avoir cette objectivité, c’était d’ailleurs un des intérêts de la photographie argentique : l’analyse se fait à froid. Eric Kim en parle sur son blog, pour développer ses photographies, il attend parfois 1 an !
  • Construire une esthétique prend du temps. J’en parle un peu dans l’article sur les séries : je préfère développer tous mes clichés en une fois pour avoir un rendu uniforme. Mais même en faisant cela petit à petit, photo après photo, il faut du temps pour développer « son » esthétique. Il faut prendre cela en considération dans son travail, et ne pas se presser dans ses traitements / publications.

Ainsi : après les livres et l’aventure, la patience aussi vous rendra meilleur !

3. Préparer vos photographies

Construire un portefolio cohérent, développer un style et une vision des choses se construit principalement en amont. Cela est lié au travail en série, mais pas uniquement. C’est aussi une question de démarche. Il est certes agréable de se balader, appareil à la main, dans l’attente de trouver un sujet « photogénique », mais il est beaucoup plus productif d’avoir une idée « a priori » de ce que l’on cherche. Cela peut-être juste une photographie pour compléter une série, ou une idée entière que l’on a eue à part : on appelle ça l’écriture photographique (2).

Une fois que vous avez trouvé votre sujet : allez au bout, faites ce qu’il faut pour le réaliser. C’est cela qui garantira votre cohérence, vous êtes la seule personne qui peut trouver comment vous exprimer, quels sujets sont importants, comment votre sens esthétique voit les choses. Ainsi : soyez vous-même, toutes les autres personnalités sont prises.

C’est ce qu’a fait Bruce Gilden par exemple. Il a trouvé une esthétique à lui, parfois très controversée, mais il s’en fiche, il continue. Comme il le dit si bien « The older I am, the closer I get« .

Photographie de B. Gilden

4. Imprimez vos photos.

Oui, à l’heure du numérique, cela peut paraître un peu daté, mais c’est pourtant utile pour plusieurs raisons.

Déjà parce que cela ne coute pas si cher si vous le faites vous même (vous pouvez avoir une très bonne imprimante photo pour moins de 200€, et 100 feuilles de papier mat 10×15 pour moins de 15€, vous aurez de quoi faire !). Et croyez-moi, c’est très plaisant d’essayer des combinaisons de papier et de retouche, de formats, de voir ses clichés sortir de la machine, on y prend vite goût !

Cela vous permet aussi de mieux analyser votre travail, rien de tel d’avoir ses clichés dans les mains pour se rendre compte des quels « fonctionnent »  ensemble,  lesquels sont à améliorer, etc.

C’est aussi la meilleure façon de vaincre le temps : dans la vraie vie je travaille dans le milieu patrimonial (bibliothèques, musées, archives) et je n’y ai jamais vu de disque dur du XVe siècle… Trêve de plaisanterie, vous trouverez facilement des conseils pour conserver vos images numériques (faire des copies sur plusieurs disques, utiliser un cloud, etc.) mais rien ne sera jamais plus pérenne que le papier.

Pensez aussi à votre futur : dans 10 ans, il sera beaucoup plus agréable d’ouvrir une boite photo, de montrer ces clichés à vos enfants, de retrouver les traces de votre travail, que d’analyser un disque dur.

Enfin, cela fixe votre travail, une fois l’image sur le papier, peu importe qu’elle soit issue de l’argentique ou du numérique, votre travail est terminé, vous avez écrit de la lumière (photo-graphié) et c’est une jolie finalité qu’il convient de conserver.

Après, vous n’êtes pas obligés d’en imprimer autant…

5. Désactiver l’écran LCD de votre boitier

L’écran LCD de votre boitier, surtout quand il est tactile, est très pratique pour de nombreuses choses : paramétrer l’appareil, choisir un mode de prise de vue particulier, modifier les ISO, etc. Cela est d’autant plus vrai si vous n’avez pas de petit écran sur le dessus, comme les modèles milieu de gamme Canon & Nikon. Mais il y a une chose qui ne sert vraiment à rien, et qu’on utilise tout le temps : la visualisation des photos prises (les anglo-saxons appellent ça le chimping). Et cela pour plusieurs raisons :

  • Vous vous imposez une pression inutile : si lors de votre séance aucune photo n’est correcte, vous allez stresser, commencer à regretter d’être sorti, et sans doute rater LA photo à faire.
  • Vous allez rater des choses : si vous avez réussi à faire ce que vous voulez, vous allez relâcher votre attention et ne plus vous intéresser à ce qui se passe et sans doute manquer des choses.
  • « Oui, mais comme ça je sais si la photo est bonne ! » : oui, mais pas vraiment en fait. Il n’y a, à mon sens, que sur un écran que l’on peut voir ce que vaut vraiment un cliché, un écran LCD 4″ pouces n’offre pas du tout le même confort de visualisation. Comme je le disais au point 3 : soyez patient !
  • « Oui, mais ça me permet de peaufiner mes réglages » : oui, mais… toujours pas. Je rappelle que 95% de l’histoire de la photographie s’est fait sans écran sur le boitier, et que ça n’a jamais empêché personne de faire des photos correctes. Il suffit juste de connaître correctement le triangle d’exposition et quelques astuces. Par exemple, pour éviter un sujet flou, shootez toujours a minima à 1/focale ou 1/(focale*1.6) sur un APS-C. N’ayez pas peur de la formule, c’est très simple : à 50mm on shoote à 1/50e de seconde minimum sur FF pour éviter le flou de bouger, et à 1/(50*1.6) soit 1/80e si votre boitier est APS-C. Certains appareils permettent d’ailleurs de calibrer cela (on peut shooter 1/3 de stop en dessous, ou au dessus de cette vitesse) , fouillez dans votre manuel !

Donc : restez concentré sur l’instant, vous avez tout le temps de regarder ces images plus tard.

6. Arrêter de lire des tutoriels, conseils, et tops.

Bon, c’est un peu paradoxal de finir un top par ce conseil, mais la plupart des tops que vous lirez ne vous apporterons rien (j’en parle un peu dans cet article). La plupart présentent des conseils sont issus de la photographie commerciale, ce qui en tant qu’amateur-artiste (peu importe votre niveau) vous apportera assez peu (surtout une fois la technique de base maîtrisée). Vous y trouverez des conseils du type « 50 idées pour avoir de l’inspiration en hiver », « Les 352 objectifs à acheter », « Quel objectif pour photographier le ciel… » et ainsi de suite.

Si vous avez besoin d’inspiration ou d’idées pour continuer votre pratique, recommencez la lecture de cette liste.


Notes :

(1) Voir à ce sujet : « Pourquoi » avant « Comment ». (retour au texte).

(2) Idem précédent, note (1). (retour au texte).


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4 Comments

  1. Stéphanie

    Toujours plein de bon sens tes articles. Merci !

  2. Bon et bein si on applique le 6 on ne vient plus lire tes articles 🙁
    Je ne vais suivre que les 5 premiers dans un premier temps 😀

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