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NORLANDO : Le making of

Introduction

Depuis le temps que j’ai ouvert ce Blog, j’ai écrit des billets pour toutes sortes de raisons. C’est parfois parce que le sujet me semble important et essentiel (notamment tout ce qui concerne la méthode et la pratique) ; d’autres fois parce qu’un lieu commun m’agace et que j’ai envie de le traiter, ou tout simplement parce que le sujet du jour m’amuse. Mais dans tout ce fatras de texte lâché sur un coin perdu du web au fil des années, il y en a peu que j’avais autant hâte d’écrire que celui-ci.

Toute cette histoire a démarré par un événement des plus prévisibles mais néanmoins révélateur d’une certaine avancée dans la vie : j’ai eu 30 ans. Où pour le dire de façon plus cosmique : ma carcasse a fait 30 fois le tour du Soleil, soit 30 milliards de kilomètres parcourus à la vitesse de 30km/seconde.

A cette occasion, j’ai eu envie de voyage, mais dans des proportions toutes moindres, tant en vitesse qu’en distance : je suis parti aux Etats-Unis d’Amérique. Le pays du burger et des grosses voitures, mais on y reviendra.

Lors de ce voyage, j’avais emmené du matériel photo ainsi que la ferme intention de revenir avec un projet photo terminé. Du coup, ce billet va vous raconter cette aventure, un texte à mi-chemin entre le récit de voyage et l’analyse d’un projet photographique. De toute façon, les deux sont étroitement liés dans le cas présent et puis, pour ne rien vous cacher, il m’est quand même agréable de varier un peu les formats. Bref, démarrons.

Ps : L'intégralité des photographies se trouve ici : NORLANDO. C'est quand même mieux de les voir avant de lire la suite.

Un peu de contexte

Je suis parti deux semaines aux Etats-Unis. Le plan était très simple : aller à Orlando, y passer une nuit, puis reprendre l’avion pour la Nouvelle-Orléans. De là, louer une voiture et revenir à Orlando pour prendre l’avion du retour. En anglais d’Amérique, on appelle ça un road-trip. Qui a été permis grâce à ces deux engins :

Mis à part le lieu d’arrivée et de départ, je n’avais rien prévu. J’ai suivi les conseils des Américains au fur et à mesure, et j’ai été dans les endroits où tant l’odeur et la température que la nourriture me convenaient.

Le parcours ressemblait à ça.

Au final et après moult errances, le parcours a été : Nouvelle-Orléans > Biloxi > Pensacola > Jacksonville > St. Augustine > Daytona > Orlando. Je suis donc passé à travers la Louisiane, le Mississippi, l’Alabama (je n’y suis resté qu’une heure, un record) et la Floride.

Ah, et quitte à mentionner la nourriture, autant y aller à fond. C’est une question qui revient souvent quand on parle de photographie de voyage : est-ce que l’on ne doit faire que ça ? Ne s’intéresser qu’à notre projet photo au détriment du reste ?

Eh bien dans mon cas, la réponse est non. Je photographie aussi comme un bon vieux touriste et ça concerne beaucoup la nourriture (je vous épargne les images du reste). Tout est différent et c’est assez amusant. Je vous laisse savourer ce florilège d’images gustatives.

Notez qu’à la Nouvelle-Orléans, tous ces repas se sont faits avec comme fond sonore du bon vieux jazz, comme en témoigne la vidéo ci-dessous.

Jan Marie & The Mean Reds – House Bourbon, New Orleans.

Enfin, mention spéciale à cette affiche qui m’a beaucoup fait rire. Le bite squad qui livre ton plat préféré sur le pas de ta porte, c’est cocasse.

Bon, tout ça, c’était pour vous donner le contexte général et l’ambiance autour de ce projet photo. J’étais seul (ma compagne n’ayant pas pu prendre ses vacances à la même date) et joyeusement perdu dans un pays dont j’ignorais quasiment tout. Avec ma voiture j’allais de ville en ville, en photographiant ce qui m’intéressait au passage et c’est de ça qu’il va être question désormais.

L’idée de base

Je ne vais pas vous mentir et vous dire que je savais exactement ce que je voulais en partant en voyage, c’est plus subtil que ça. J’avais des idées, des envies et des influences, mais rien qui ne ressemble de près ou de loin à une to-do list à compléter afin de revenir avec les images que je voulais.

Pour être précis, j’avais envie de couleurs à la Joël Meyerowitz (j’ai toujours apprécié sa façon de photographier la côte), du sens du voyage et de la façon de transmettre son regard de Shore, et il va sans dire que William Eggleston et sa façon de photographier la lumière et le quotidien du sud des Etats-Unis étaient aussi dans un coin de ma tête.

D’ailleurs, en parlant d’Eggleston, une de ses citations m’a beaucoup guidé concernant la méthode (et doit bien expliquer la moitié de ma façon de faire) :

Je suis en guerre avec l’évidence

William Eggleston

Je ne voulais pas photographier l’évidence. Je ne souhaitais surtout pas rapporter l’image classique et éculée du pays des grosses voitures, des Américains obèses et des paysages extraordinaires. A l’inverse, je voulais me laisser guider par ce que j’avais envie, moi, de photographier. En ça, c’est une approche qui est liée au courant de conscience (un mouvement littéraire) dont le but est de traduire par l’écrit (ici par la photographie) la pensée du personnage principal, son monologue intérieur. Cela a notamment déjà été appliqué par Robert Frank pour son livre Les Américains.

Ainsi, s’il est vrai que je n’avais pas d’idée précise en partant de ce que je voulais rapporter, j’avais au moins des influences pour me guider et une méthode stricte : suivre ma petite voix intérieure, “photographie ceci, ne photographie pas cela”, à laquelle je me suis tenu. Ensuite, l’essentiel du projet s’est défini lors de l’édition qui consistait à me rapprocher le plus possible de ce monologue interne en évinçant le reste. Mais ça, on le verra un peu plus tard.

Influence(s)

Avant de passer à la suite, je vais faire un petit point sur les influences en photographie. J’en parle assez régulièrement en échangeant avec l’audience : certaines personnes ont peur d’être influencées en se cultivant à l’histoire de la photo et de ne plus être “elles-mêmes”. En vrai c’est quelque-chose auquel je ne crois pas du tout, je suis certain que votre culture vient nourrir votre pratique, sans jamais la corrompre. Sauf si bien évidemment vous avez décider de ne baser votre carrière que sur la copie, mais même si quelques noms me viennent à l’esprit, il n’en sera pas question ici.

On va prendre 3 exemples. Dans le premier, ci-dessous, l’influence est clairement assumée. La photographie a été prise derrière l’hôtel où je séjournais à St. Augustine. Le gravier et la voie ferrée remplacent la voie piétonne de la photo de Gursky, mais en prenant l’image, j’avais la sienne dans un coin de ma tête. Il faut voir ça comme un clin d’œil amusé à un artiste qui m’a beaucoup influencé par son sens de la grandeur et de la composition. Après ça s’arrête là, les couleurs ne sont pas les mêmes, et surtout, je ne ferai jamais de tirages similaires (je préfère les petits formats aux gigantesques de Gursky).

Deuxième influence, plus amusante celle-là : Joël Meyerowitz. J’ai toujours apprécié son travail, mais j’ignorais tout de son projet Bay/Sky (dont la photographie ci-dessous est extraite) avant d’acheter le livre à St. Augustine. Ce qui est assez drôle, c’est que la photographie qui est similaire dans mon projet a été prise à Biloxi… quelques jours avant. Comme quoi, quand on a des goûts similaires et qu’on passe par des lieux similaires, on peut être tenté d’avoir la même approche.

Enfin dernier exemple : ces deux photographies représentant un arbre. Avant de faire la recherche pour le billet, je n’avais jamais vu l’image d’Eggleston (bien que j’apprécie beaucoup son travail et que j’ai déjà quelques livres de lui). M’intéresser à son oeuvre m’a appris à aimer la lumière du sud, le banal et les compositions très centrées. C’est sans surprise que l’on peut sentir cette influence sur la ligne d’arrivée.

Tout ça pour dire que les influences que nous avons nous marquent, nous guident et laissent des petites similarités (que l’on découvre parfois après coup, quand on est familier du travail d’un photographe), mais ne nous corrompent pas pour autant. Faire ce que l’on aime, c’est aussi parfois faire un peu de ce que l’on a aimé, et c’est normal.

Si le sujet vous intéresse je vous invite à lire Influences: un jeu photographique, de Jean-Christophe Béchet que je présente dans l’article ci-dessous.

Le titre

Bon, j’avoue qu’il semble plus logique de parler du titre d’un projet une fois qu’on l’a réalisé. Mais dans le cas présent, j’avais le titre avant même de quitter le territoire français. Le but de ces photographies, c’était de retranscrire la vision d’un type qui découvre un pays, seul, pendant deux semaines (et en l’occurrence, le type, c’est moi). N’ayant pas la prétention de révolutionner la vision qu’a le monde des Etats-Unis, j’envisageais plus un titre qui contenait la notion de voyage qu’un énième “This is America”. Les Etat-Unis ça reste un pays immense, très contrasté et complexe, et il m’aurait fallu beaucoup plus de temps.

Et c’est donc là qu’est venu le nom : NORLANDO. En fait c’est tout bête, les habitants de la Nouvelle-Orléans (dites “New-Orleans”), appellent leur ville NOLA. Je ne sais pas d’où ça vient, mais c’est comme ça. Et moi, j’allais donc de NOLA à Orlando, et quand on contracte les deux, ça fait NORLANDO, et on est bon.

Au passage, si vous vous posez des questions sur la façon de choisir les titres pour vos travaux, je vous raconte tout ici :

Réalisation

Il est temps d’aborder la réalisation du projet. Parce qu’avoir des idées et des envies c’est bien, mais encore faut-il aller les photographier et c’est tout le sujet de cette partie. Les making-of, je les fais toujours dans un souci d’ouverture et de transparence. Je me dis que mes erreurs, mes questionnements et mes essais à moi peuvent aider mon prochain à faire son projet (et aussi qu’à une époque j’aurais bien aimé trouver ce contenu, donc je le fais à mon tour). Bref, c’est le seul endroit où je parle de matériel, parce que forcément, j’en utilise certains et pas d’autres pour aboutir à ce que je veux. Pour ce projet j’ai donc utilisé :

  • Un sac Paul Marius Petit reporter. J’en parle pour deux raisons : autant j’en ai rien à carrer du matériel, autant je suis un peu une fashion victim de la photo et j’aime bien avoir des sac et sangles qui soient jolis. L’autre raison, c’est que j’ai littéralement trimbalé ce sac partout pendant 15 jours et qu’il ne m’a jamais fait défaut. Bon après, chargé, c’est un peu lourd sur l’épaule mais je me déplaçais principalement en voiture.
  • Mon fidèle Fujifilm X-Pro2, avec un 23mm F/2, un 35mm F/2 ainsi qu’un petit flash EF-X20. Je comptais utiliser ce dernier pour faire des portraits au flash dans les bars (un peu à la Bruce Gilden) mais finalement je ne m’en suis jamais servi, je me suis contenté de déguster des pintes de stout (ma bière préférée !) en papotant avec les locaux. Quant aux objectifs, je les ai utilisés plutôt indifféremment, sauf le 23mm dont je me sers beaucoup en photo de rue.
  • Un Yashica Mat 124G. Étonnement, j’avais acheté un Nikon F100 en rentrant de vacances l’année dernière pour avoir un appareil argentique efficace à emporter en vacances, mais au moment de partir j’ai préféré emmener le moyen-format (comme il était très différent de mon numérique, je me suis dit que je pourrais faire plus de choses). Le Yashica est un appareil moyen-format argentique, à visée TLR, personnellement j’adore. Si vous voulez en apprendre plus, je vous renvoie vers cet article.
  • Une cellule à main Lunasix 3. Bon, pour le coup je l’ai trouvée à la braderie de Lille pour 3 francs six sous et je ne regrette pas du tout. La cellule du Yashica mat est très bien pour les scènes “simples”, mais dans les situations contrastées elle a tendance à privilégier les hautes lumières. On se retrouve vite avec des ombres bouchées et en argentique, c’est la cata. La cellule permet de s’en sortir dans toutes les situations (surtout qu’elle n’est pas limitée à 400iso comme celle du Yashica et qu’elle permet de mesurer la lumière incidente, pratique !).
  • Le plein de pellicules. J’en ai pris environ trois fois plus que ce que j’ai utilisé mais bon, autant viser large (pour ce que ça pèse). Tant en France qu’aux USA, je n’ai eu aucun problème pour obtenir des contrôles manuels lors des contrôles de sécurité. J’ai pris avec moi :
    • De la Portra 400, ma pellicule “à tout faire”.
    • De la Ektar 100, pour les scènes très lumineuses. Les jours où j’allais à la plage, avec le sable blanc qui réfléchissait beaucoup la lumière, c’est très pratique.
Ps : Veuillez noter que j'ai utilisé ce matériel parce qu'il correspondait à mes besoins, mes envies et mon budget. Je ne tiens absolument pas à avoir de débats sur le sujet. Utilisez ce qui vous convient, ça sera merveilleux aussi.

Du coup me voilà, avec cette tête là, à parcourir le Sud des USA :

Globalement, j’avais cette dégaine là pendant 15 jours.

Pour l’anecdote, il y a eu un moment un peu gênant. Avec Richie Lem’, on est parti en voyage en même temps et chacun à un bout du monde différent (l’Asie pour lui, l’Amérique pour moi). On avait pour projet de shooter de la diapositive et de la développer nous-mêmes en rentrant (c’est beaucoup moins coûteux). Sauf qu’au moment de partir je me suis trompé, j’ai embarqué l’Ektar au lieu de la Provia 100F. Et ça, je m’en suis rendu compte en changeant de pellicule, j’étais à la plage de Pensacola, dans la voiture pour éviter le vent et le sable, la climatisation coupée pour éviter de déplacer des poussières partout, et il faisait un bon 40° : bref, j’ai eu chaud comme jamais. Une petite photo souvenir du moment fatidique pour l’occasion :

Là, j’me rends compte que j’ai merdé.

Bon, tout ça c’est bien joli, mais clairement ça ne sert à rien si ça reste au fond de la valise. Du coup, pour obtenir ces images (et les autres que vous verrez après), j’ai procédé de la façon suivante :

  • J’avais mes appareils tout le temps sur moi, qu’il pleuve, qu’il vente, ou qu’il neige (c’est beaucoup plus rare en Floride quand même).
  • Je me suis beaucoup promené (à pied ou en voiture) un peu au hasard, et j’ai photographié ce qui m’interpellait, sans hésiter. Toujours avec la même logique : autant prendre la photo et se décider après. Et ça, même avec le moyen format argentique, dont une photo coûte environ 1,60€ (pellicule, développement et scan inclus). C’est un peu une peur que l’on a au début : chaque photo coûte et on a tendance à se demander si ça “vaut vraiment le coup de déclencher”, mais bon, quitte à acheter et emmener du matériel, autant s’en servir.
  • Je déchargeais tous les soirs les images de l’appareil numérique sur Dropbox, la sauvegarde dans le cloud ça reste le plus efficace (aucun risque de vol, perte ou détérioration du support de stockage). Les motels avaient souvent une assez bonne connexion Wi-Fi pour le permettre.

Concernant l’usage à proprement parler des appareils :

  • J’ai utilisé le numérique pour les photographies d’ambiance / de paysage urbains et la photographie de rue. Souvent, je m’en sers en priorité ouverture en utilisant des presets ISO qui sont des sortes de “bornes” : 1/250e min et 6400iso max pour la photographie de rue 1/80e min et 6400iso max pour le reste. Ensuite je le laisse se débrouiller.
  • Le Yashica pour le paysage urbain / paysages / ambiances. Sa cellule étant un peu capricieuse, je m’en servais quand la scène était peu contrastée, sinon j’utilisais la cellule avec une mesure de lumière incidente. Je suis très satisfait des négatifs obtenus qui étaient parfaitement exposés comme ça. Clairement, la cellule m’a sauvé les miches dans les situations compliquées.
  • J’ai aussi pris un trépied avec moi (au cas où je me retrouvais avec la Ektar 100iso chargée le soir), mais c’était inutile. Je ne m’en suis servi qu’une fois et ça encombre la valise. La prochaine fois, je ferai sans (soit avec un mini trépied, soit juste en posant l’appareil sur un truc qui traîne).

Edition

En rentrant, je me suis retrouvé avec ça, et une carte SD pleine (enfin un dossier Dropbox).

L’édition, c’est l’étape qui comprend toutes les tâches entre “j’ai plein d’images dans un coin” et “j’ai un projet fini et cohérent”. C’est clairement celle que je préfère dans le travail photographique. C’est à ce moment que l’on peut amener un projet vers un point A ou le tirer légèrement vers un point B. Si le sujet vous intéresse et que vous voulez un peu de méthode, je vous invite à regarder cette vidéo :

J’ai l’air sérieux, mais en vrai c’est rigolo dedans.

Avant d’obtenir un lot d’images à éditer, il a fallu les traiter. Parce que bon, je photographie certes en RAW+JPG (j’utilise ces derniers assez souvent pour la photographie perso/familiale) mais j’aime bien triturer un peu les images à ma sauce pour les projets plus sérieux. Pour obtenir les images finales :

  • Pour le numérique, j’ai développé les RAW sous Lightroom. Depuis le projet AdieuParis j’ai un petit preset à moi que je réutilise souvent (les couleurs et contrastes correspondent bien à ce que j’aime, et ça permet d’avoir une production “stable” visuellement). Je corrige juste l’exposition ensuite et parfois l’orientation des images si elles ne sont pas totalement droites.
  • Pour les pellicules, je les ai données au Laboratoire Photolix à Lille. Ils se sont chargés du développement et du scan, puis m’ont rendu une belle bande par négatif, que j”ai découpée et rangée dans des pochettes (c’est mon petit plaisir à moi). Je demande le scan en 4k (4000 pixels de côté) sur le Fuji Frontier (c’est celui qui a le rendu que je préfère), et avec un scan “wide”, qui permet de voir les bords du film et de recadrer précisément comme je veux. Le Yashica ne fait pas des images exactement carrées, c’est plus pratique comme ça. En tout cas, ils ont fait un super boulot sur mes petits négatifs chéris, je ne peux que vous recommander d’y aller. Sous Lightroom je ne fais que recadrer, corriger l’orientation si besoin et un peu l’exposition quand c’est nécessaire (je ne touche pas aux couleurs, j’aime rester proche de celles du film).
  • Je n’ai pas spécialement travaillé à faire coïncider le rendu des images argentiques et numériques pour plus de cohérence, ça s’est fait assez naturellement (grâce à mon super preset de la mort qui est déjà proche des rendus que j’aime et donc un peu “argentique”).

Une fois que l’on a fini de traiter les images, on peut passer à l’édition, et la fête commence. Je ne vais pas revenir sur la façon dont je procède pour le tri à proprement parler (qui est détaillé dans la vidéo) mais uniquement sur les choix que j’ai faits à ce moment là.

Le but du jeu, je le rappelle, c’était de me rapprocher le plus possible de ce que moi j’ai perçu des USA en m’y promenant deux semaines. J’ai d’abord commencé par sortir deux “blocs” d’images, qui ne cadraient pas avec ça.

Le premier, c’est des photographies qui iront un peu plus tard dans le projet InColors, c’est une série ouverte, sur la couleur en milieu urbain, que je complète petit à petit. Je dois y rajouter des images une fois par an environ. Je préférais garder ce projet séparé que de le voir mélangé dans NORLANDO. Du coup, et même si je les aimais bien, j’ai supprimé ces images :

De même, j’ai supprimé les photographies de rue de l’édition finale. Alors ça m’a fait mal au cœur, parce que j’y ai passé beaucoup de temps (environ la moitié des photographies prises au numérique étaient des photographies de rue), mais c’était mieux comme ça. En fait, j’ai fait beaucoup de photos de rue au tout début du projet (à la Nouvelle-Orléans) et à la fin (à Orlando), parce que j’étais en milieu urbain. Le reste du temps j’étais dans des villes plus petites, plus périphériques, sans réel centre et ça n’est pas du tout l’idéal pour pratiquer. C’est lié au fait que l’on se déplace difficilement à pied aux USA (tout est fait pour la voiture, il n’y a que les SDF et les types paumés comme moi qui tentent de marcher) ce qui rend très compliqué la photographie de rue.

Du coup, comme les images n’étaient pas représentatives de ce que j’avais vu aux USA (elles ne montrent que le tout début et la toute fin), et qu’elles détonnaient un peu avec le reste, j’ai préféré les supprimer. Petit florilège de ces petits anges partis trop tôt :

Bon, on en arrive au moment où l’on va parler de chiffres. J’avais environ 1 000 photographies numériques pour ce projet, et 84 à l’argentique. Une fois les étapes que je viens de vous décrire passées, il m’en restait une soixantaine.

C’est là que l’on passe à l’étape des bouts de papier. Grossièrement, il s’agit d’imprimer ses images sur du papier de bureau (de préférence en petit), de les découper et de peaufiner l’édition en manipulant les images. C’est assez difficile à faire avec un ordinateur parce qu’il est plus compliqué de réorganiser les images, de voir ce qui marche, d’en enlever, remettre, bouger, etc. Pour ce travail-là, le papier facilite vraiment le travail et ça coûte trois fois rien.

L’édition papier, en action.

Une fois tout ce travail effectué, on arrive à la sélection finale des 43 images que j’ai retenues. Cela donne :

  • 24 images sur les 1 000 prises au numérique.
  • 19 sur les 84 prises à l’argentique.

Bon, on se rend vite compte que le fait d’utiliser un appareil qui demande beaucoup plus de réfléchir, ça aide (2,4% contre 22%, j’ai gardé 10 fois plus d’images au Yashica en proportion ). Forcément, on ne fait pas 50 versions d’une photo pour choisir après.

D’ailleurs, pour l’anecdote, il n’y a qu’une fois où j’ai fait 2 fois la même image au Yashica, c’était parce que la lumière venait de changer.

Ce que je dis souvent c’est qu’une bonne édition, ça doit faire mal. Et là, ça a été le cas en retirant des éléments qui me plaisaient mais qui ne faisaient pas sens. Pour résumer :

Une édition, c’est comme une épilation, si ça ne fait pas un peu mal, c’est que tu n’enlèves rien d’important.

Thomas Hammoudi

Le livre

Il est désormais temps de parler de bouquins. Bon avant de vous présenter ce que j’ai fait avec ces images, voici les livres que j’ai rapportés des USA (comme d’habitude, listés dans la bibliographie) :

Quelques achats dont le poids a fait mal une fois revenu à l’aéroport.

Rapporter des livres c’était à la fois une très bonne idée (le livre sur la photographie du sud des USA, New Souther Photography est très difficile à trouver en Europe, et Bay/Sky est la première édition du livre de Jöel Meyerowitz) et une très mauvaise vu ce que ça m’a coûté à l’aéroport.

Bref, plus que de rapporterdes bouquins, j’ai eu envie d’en faire un pour moi. C’est quelquechose que j’aime bien faire, je les range dans ma bibliothèque et ça fait un objet que l’on garde de ce travail. Après, les livres photo personnels ont l’inconvénient de figer le travail et d’empêcher les modifications ultérieures, mais bon, maintenant je fais aussi des tirages que je range dans des boites d’archives (ça fait du stock pour les montrer, les offrir, les lectures de portfolio et Cie). Le meilleur des deux mondes en somme.

Pour ce livre j’ai eu l’occasion de tester la nouvelle gamme de livres professionnelles de Saal Digital. J’en avais déjà parlé sur la page Facebook lors de précédents tests : j’aime bien ce qu’ils font, c’est propre, carré et les tarifs sont abordables (je trouve le rapport qualité/prix de toutes les gammes très bon). Pour faire le livre, ça s’est passé en 3 étapes :

  1. J’ai réalisé une première maquette du livre via leur logiciel. Bon, il est parfois un peu casse pied (il n’y a pas de fonction annuler, donc quand on teste une mise en page et que l’on veut revenir en arrière on est obligé de refaire ce que l’on avait fait). Mais globalement, la mise en page est assez simple, il y a plein de modèles et il cale les images tout seul comme un grand.
  2. Une fois que c’était fait, j’ai fait un export PDF du document, je l’ai envoyé à quelques personnes (3, ça suffit) à qui je fais confiance tant pour la qualité de leurs avis que leur capacité à me dire quand un truc est naze.
  3. Après avoir modifié le séquencement quelques fois (l’édition est un travail itératif), j’ai imprimé le livre sur du papier de bureau (paper for ever!), pour vérifier une fois l’objet en main que l’enchaînement se faisait bien. Encore une fois, j’ai fait quelques modifications et ensuite on était bon pour commander.

Je vous mets quelques photos de la bête ci-dessous.

Si vous voulez tester les produits de Saal vous aussi, vous pouvez utiliser ce code promotionnel : f88vkbMugu-THU, il vous donne droit à 10% de réduction sur votre commande. Il est valable jusqu’à la fin des temps (ou au pire, jusqu’à l’effondrement de la société capitaliste).

De même, si vous souhaitez acquérir un exemplaire du livre, vous pouvez m’envoyer un message via le formulaire de contact (je préviens tout de suite qu’ils sont assez coûteux, il s’agit d’une gamme professionnelle, et produits uniquement sur commande). Comme d’habitude, il est aussi possible d’acquérir des tirages via cette page, numérotés et signés par votre serviteur.

Pour finir, et comme ma bonté ne connaît aucune limite, vous pouvez télécharger mes fichiers intermédiaires (planches contact, maquettes du livre) via le bouton ci-dessous. Cela vous permettra de voir les coulisses du processus que je viens de décrire, en espérant que ça vous aide pour vos travaux à vous.

Conclusion

Comme toujours, j’espère que ce retour d’expérience vous aidera pour vos travaux à vous et vous éclairera sur ce que j’ai voulu faire de ces images. Partager mon travail, c’est toujours un moment important, vu que je le fais rarement (une fois par an environ). Je considère que le temps a une part très important dans le résultat final et pour ma part ça ne va pas aller en s’arrangeant. NORLANDO a été fait à l’occasion d’un voyage, j’ai encore une série ouverte (InColors) où je publie de temps en temps, et pour le reste… je compte m’y consacrer quelques années avant de montrer quelquechose 🙂

N’hésitez pas à me raconter comment vous faites vos projets ou à poser vos questions en commentaires, je me ferai un plaisir d’y répondre.

Et si ça vous intéresse, j’en raconte plus sur le projet ici :

Et merci à ceux qui se reconnaîtront, pour leurs conseils pendant ce travail ;)

Pendant l’écriture de ce billet, j’ai énormément écouté cet album (une merveille dans ce monde de brutes). Je conseille les titres Diamond Lost et Chemical.

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Date de la dernière mise à jour : le 16 octobre 2020


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55 Comments

  1. Hello Thomas,

    Après ADIEU PARIS, voici mon interprétation de ton projet NORLANDO.

    MON INTERPRETATION PREND EN COMPTE

    # l’objectif du projet :
    C’est le récit d’un road trip en solo et non une quelconque vision des Etats-Unis.

    # ta pratique photographique :
    Plus centrée vers toi. C’est le sens de l’esthétique qui prime plutôt que la volonté de rendre compte objectivement de la réalité.

    # mes goûts personnels :
    Dur d’être totalement objectif. J’ai essayé, autant que possible, de m’en détacher.

    CE QUI EST TRES REUSSI (SELON MOI)

    # l’ambiance générale :

    On ressent la grande solitude du voyageur telle que l’on peut l’imaginer lors d’un road trip en solo dans le sud des Etats-Unis. Des kilomètres en voiture sans croiser personne.
    C’est un choix fort de n’avoir sélectionné aucunes photographies de rue. Au final, aucun être humain n’apparait (sauf des silhouettes lointaines sur les photos 11, 14, 17 et 23). Aucun animal non plus (sauf le pigeon esseulé sur la 36).
    C’est un excellent choix je trouve, même si tu en avais des bonnes, en particulier celle des 2 faux jumeaux qui se répondent, et celle du vieux beau – polo blanc et petit veston impeccables – dont le bras traverse l’image dans sa diagonale.

    # mes photos préférées :

    ++++ Photos 1 et 2 : diptyque dans la chambre d’hôtel, surtout la photographie de la table avec le rai de lumière qui effleure les chaises. J’adore ces deux photographies sur des objets sans valeur, recomposées dans une démarche d’auteur. Et on voit bien sûr la belle influence de William EGGLESTON qui sublime le banal.
    J’y vois également un parallèle avec le travail d’un photographe français qui a migré aux Etats-Unis : Arnaud MONTAGARD (http://www.arnaudmontagard.com/). Sa sensibilité se rapproche de la tienne je trouve.

    ++ Photo 3. La symétrie du motel et le rouge des portes qui contraste avec l’obscurité bleue fonctionnement très bien.

    +++ Photos 9 et 10 : le crâne et le drapeau américain. C’est mon 2ème diptyque préféré et ce qui marque le plus c’est son esthétique. Cette noirceur due à la sous-exposition mais pas que. Tout cet espace négatif noir autour du crâne dans la première et cette obscurité autour du drapeau américain dans la seconde.

    ++++ Photo 16 : le parking vide. C’est ma photo préférée parmi celles prises au moyen format. La lumière est juste sublime. La symétrie fonctionne parfaitement avec ce cadre presque carré dans lequel les horizontales du marquage au sol répondent aux verticales des lampadaires, tandis que le ciel bleu pastel répond à l’ocre du sol. J’ai même testé cette photo avec l’outil d’analyse des couleurs et le résultat est une parfaite complémentarité. Double coeur.

    ++ Photo 25 : plage minimaliste. Comme la 24 d’ailleurs, elles détonnent avec le reste du projet, plus urbain. Mais elle est réussie, comme un hommage involontaire au projet Bay/Sky de Joel MEYEROWITZ ou aux paysages marins d’Hiroshi SUGIMOTO.

    # l’objet physique en lui-même :
    La couverture unie ocre parait magnifique. Elle fait bien écho à ce voyage solitaire.
    Le titre « NORLANDO » est bien trouvé aussi. Pouce en l’air.

    CE QUI EST MOINS REUSSI (SELON MOI)

    # Le rythme des images :

    Les différents formats, carré avec le moyen format et 2/3 avec le fuji, ne gênent pas. Au contraire, ils évitent la monotonie et apportent du dynamisme.
    Par contre, au regard de l’ambiance générale du voyage (solitude, pas d’humains tout ça tout ça), as-tu envisagé d’ajouter davantage d’espace et réduire la taille des images ? C’est une piste de réflexion car je n’ai pas vu ce que donnait le livre en vrai.

    # les photos avec réserves :

    – Photos 4 à 8 : objets abandonnés au sol. La série pourrait être la variation d’un même thème mais ici, je trouve que cela sonne plus comme des répétitions. Grande étendue de verdure + objets abandonnés au 1er plan + habitations isolées au second plan. Et la lumière est parfois perfectible. Ce sont les photos pour lesquelles j’ai le plus de réserves.

    – Photos 11 à 21 (sauf la 16) : milieu urbain ocre avec lignes géométriques. La plupart fonctionnent très bien même si certaines photos architecturales sont construites sur le même moule je trouve. La photo 14 : quitte à n’inclure aucun être humain, tu aurais pu poussez la logique jusqu’au bout ;). J’aime beaucoup la 20, il lui manque un petit quelque chose pour rentrer dans les best, je ne sais pas trop quoi, peut-être un côté graphique encore plus prononcé.

    – Photo 26 à fin : quartiers résidentiels avec verdure. Il y en a de très bonnes, par exemple celle avec le pigeon. J’aime la composition très nette avec toutes ces lignes. Mais même remarque que précédemment : lumière parfois perfectible + images qui se répètent parfois plus qu’elles ne se répondent véritablement.

    CONSEIL

    Je t’ai écrit sans filtre, comme à un copain. Le résultat est au final très satisfaisant. Si je devais terminer par un conseil, je te dirais de continuer à t’éloigner de la street photography performancielle (jeux visuels drôles, parfait « moment décisif » tout ça tout ça) pour tendre vers une photographie plus intellectuelle, plus poétique, avec un travail sur la lumière accru.

    • Hello 🙂

      C’est vraiment cool d’être dans cette demarche, si tout internet fonctionnait comme ça, les gros problèmes de beaucoup de photographes (“avoir un avis sur mon travail”) disparaîtrait assez vite.

      Globalement j’ai le même avis que toi, avec le recul. J’ai à peu près les mêmes préférences (je ne vais pas tout te détailler, on s’en fout haha). Pour la 14 oui, elle m’emmerdait, mais j’aimais bien la compo.
      En vrai c’était à la Nouvelle-Orléans je crois. Je me souviens surtout de la chaleur écrasante, j’en ai fait quelques unes, c’était celle qui me plaisait le plus. J’pense que la durée ça a été un facteur un peu limitant au final, t’as moins de temps à “cramer” en vain. J’étais toujours dans le rythme, rouler > découvrir > dormir > recommencer. Mais bon, je ferai autrement une prochaine fois.

      T’as aussi bien cerné les influences, Sugimoto et surtout Meyerowitz “Bay/Sky”. C’est marrant parce que j’ai fait les photos de la plage à Biloxi, quelques jours avant de rejoindre St. Augustine où j’ai trouvé le bouquin dans un bouquiniste (j’te raconte pas la surtaxe à l’aéroport haha). J’le connaissais pas avant.

      Pour le bouquin, je ne suis pas éditeur disons, même si j’en ai lu beaucoup (des livres, des livres sur l’histoire du livre, des livres sur comment faire des livres…). Il est pas parfait mais… c’est le meilleur que j’ai fait jusque-là. Donc j’avance ! 🙂 En vrai y’a aussi certaines images qui ont été coupées en pleine page, c’était pas forcément l’idéal. Mais bon.

      Je ne l’ai pas vendu (je préfère vendre des tirages), aussi parce que je l’ai fait avec un test Saal, et qu’à 100€ le bouquin, si tu rajoutes les charges et le port, ça devient beaucoup trop. Par contre ça fait un bel objet à conserver, c’est vraiment pour ça que je l’ai fait.

      Du reste, il est marrant ton conseil. C’est le virage que j’ai déjà pris y’a quelques mois déjà (d’où la vidéo sur “Pourquoi j’ai arrêté la photo de rue” que je dois faire depuis, qui traîne, dont je t’ai peut-être déjà parlé). J’ai eu quasiment EXACTEMENT la même conversation avec Cédric Roux, qui m’a donné le même conseil. Et c’est marrant en fait, parce que ça m’a soulagé. J’avais l’impression de faire de la photo de rue parce que c’était “bien vu” et apprécié, mais quand ça n’était plus lié à moi (comme Intercité & AdieuParis qui étaient liés à mon rythme de vie) bah… j’avais du mal.

      Au final là j’bosse sur InColors (qui est une série ouverte, que je n’arrive pas à arrêter haha) et un autre truc, ça fera 2 ans cet été que je suis dessus, mais j’ai pas encore assez de matière je pense.

      Merci pour tes analyses en tous cas, c’est cool !

      • Laurent

        Hello,
        Tout d’abord, les remerciements habituels pour les ressources blog+YT.
        J’aime bien l’analyse ci-dessus (idem celle sur AdieuParis); mais surtout surtout surtout (j’hésite à en mettre un 4e), ta réponse avec « l’arrêt » de la photo de rue.
        Depuis quelques mois, c’est exactement ce que je ressens.
        J’aime beaucoup la photo de rue « performative », j’essaie d’en faire, mais finalement je ne trouve pas ça assez personnel, ça ne me correspond pas vraiment.
        A se focaliser sur ça, on risque d’en oublier ses sensations. J’ai par exemple en tête un voyage où j’étais dans cette démarche de photo de rue performative, et au final les photos que j’en ressors me déçoivent car ce n’est pas ce que j’ai réellement ressenti de mon voyage.

        J’ai donc hâte de voir ta vidéo à ce sujet !

  2. Olivier Duverger

    Bonjour Thomas,

    et bravo pour ce très beau projet et toutes ces informations !
    Je suis moi-même en train de réaliser mon premier projet, avec du matériel accumulé depuis 18 mois, et j’ai quelques questions si tu as un peu de temps.
    Voilà comment j’ai procédé :
    J’ai commencé par me laisser guider par ce que je voyais, ce qui me plaisait, par mes influences (Todd Hido, Joël Meyerowitz, Harry Gruyaert, Ernst Haas, Saul Leiter, mais aussi dans une moindre mesure Alec Soth et Matthew Genitempo, entre autres)
    Petit à petit j’ai dégagé des tendances dans ce que je faisais, des sujets qui reviennent (fenêtres, reflets, immeubles, paysages déteriorés, portraits ‘absents’ – c’est-à-dire de moments où les gens sont soit absents à eux-mêmes, soit où j’essaye de représenter la distance qui me sépare d’eux- et natures mortes/intérieurs)
    Ensuite j’ai essayé de creuser ces tendances, en repartant photographier, pour étoffer, pour faire consciemment ce que je faisais inconsciemment avant.

    J’en suis à un point où j’ai envie de donner une première forme au projet, peut-être en le mettant en ligne et en tirant un livre pour moi-même, et éventuellement pour pouvoir demander un retour sur ce premier travail.

    Viennent maintenant mes questions, dont certaines sont assez triviales, j’en conviens (pour ce qui est de l’édition, et des questions de fond, ton blog m’a apporté et m’apporte déjà beaucoup) :
    – premièrement, j’ai parfois du mal à unifier le résultat visuel, certaines photos datant de plusieurs mois, au moment où je voyais moins bien la lumière qu’aujourd’hui, certaines dont le sujet m’a paru plus important que la lumière aussi, d’autres qui viennent de l’étranger où la lumière était différente, ou alors d’une autre saison. Tu parles de ton preset personnel, sur quels paramètres influe-t’il ? Quelles catégories y as-tu travaillées (contraste, courbes, virage partiel, couleurs) ? Que me conseillerais-tu de travailler pour avoir un rendu simple mais avec une identité visuelle cohérente ? Retouches-tu ce preset sur chaque photo ou as-tu trouvé une solution pour que son rendu te plaise à chaque coup ? (j’ai quelques preset que j’ai travaillés, certains rendent très bien sur certaines photos mais PAS DU TOUT sur d’autres… je ne sais pas si j’ai mal travaillé en y étant allé de manière empirique)
    – ensuite, concernant l’impression sur papier bureau pour l’édition, chez moi ça donne souvent un résultat assez dégueulasse, difficile du coup de travailler là-dessus. Comment paramètres-tu ta sortie imprimante ? Passes-tu en CMJN pour imprimer ? Si oui, y-a-t’il une façon facile de le faire sans passer chaque photo par photoshop ? (peut-on passer par Lightroom pour exporter/imprimer ?) – Sinon, et si c’est juste parce que mon imprimante n’est pas une bonne solution pour ça : y-a-t’il une solution pour avoir des tirages ‘bas de gamme’ en ligne pour l’édition ?
    – même question pour ton livre, concernant le CMJN, est-ce nécessaire ?

    Et enfin, la question la plus importante et la moins ‘technique’ :
    – serais-tu d’accord pour jeter un oeil à mon travail si je le mets en ligne lorsque ce processus d’édition a abouti à un premier travail ? J’ai une lointaine connaissance en école de photos aux USA et je pense lui demander aussi, mais ton œil et tes connaissances pourraient sûrement m’aider si tu as un peu de temps…

    Merci d’avance pour ta réponse, j’espère que tu trouveras le temps de me répondre, sinon je comprendrais, tu dois être submergé de demandes comme celle-ci ! Tu as mon adresse mail ici si c’est plus facile de me répondre ainsi.

    Bonne journée et merci encore pour ton travail, que ce soit le blog (et le regard qu’il m’apporte), ta chaîne youtube et tes projets !

    • Hello,

      Déjà félicitations, j’crois que tu es le premier qui poste un commentaire plus long que l’article haha.

      Je n’ai malheureusement pas le temps de te répondre en détails. Mais voilà rapidement ce que je peux te dire :

      • Pour l’édition, soit dur avec toi-même. Si c’est moins bien que maintenant, c’est moins bien. Tant pis. On ne va pas tourner autour du pot : ne garde pas ces images, tu referas mieux plus tard.
      • Pour mon preset, je n’en ai aucune idée haha. C’est un truc bricolé plusieurs fois, je ne me souviens plus de tout ce qu’il fait. J’en ai un pour la rue en couleurs, que j’ai utilisé sur AdieuParis et ici en numérique. Je repasse un tout petit peu sur l’exposition après, des fois, mais c’est tout. J’en ai un aussi pour InColors, là je repasse systématiquement sur la couleur “dominante” de la photo pour qu’elle soit comme je veux.
      • Je n’ai jamais utilisé de CMJN. Je fais une planche contact avec Lightroom et je l’imprime. Les couleurs sont correctes et permettent de bosser le tout. Si c’est 3 pages : imprimes ça au bureau haha.
      • Pour la revue : surveilles ta boîte mail. Je fais des revues que je tourne en vidéo et que je mets sur la chaîne (enfin ça va arriver bientôt), la prochaine fois que je fais une demande, envoie-moi ton projet. Je verrai ce que je traite à ce moment là.

      Merci pour tes encouragements 🙂

      • Olivier Duverger

        Salut,

        Aïe aïe c’est vrai, je ne sais pas écrire court (mais maintenant que tu as répondu je ne regrette pas) ! En plus j’ai posé des questions pour moi en dessous de ton travail, oups

        Merci pour ta réponse ! Pour l’édition je pensais que ça finirait comme ça, tu as raison je vais garder seulement les images qui me plaisent vraiment. Et si finalement je manque un peu de matière après ce tri je repasserai par de la pratique et c’est que mon projet n’était pas encore assez complet pour choisir assez d’images et éloquentes et qui collent au sujet et cohérentes visuellement entre elles et… ´belles´
        Dac pour le CMJN et les presets, ça a l’air de bien fonctionner pour toi je vais continuer comme ça.

        Et pour les revues ça marche j’avais vu le premier appel j’étais pas sûr que tu le referais régulièrement, je viendrai quand mon projet aura déjà un premier jet correct.

        Bonne continuation et tu es le bienvenu à Strasbourg quand tu veux !

  3. Salut Thomas et merci pour le partage d’expérience.
    J’ai moi même été bosser aux 4 coins des U.S. et cela m’a rappelé des souvenir, j’ai deux albums complets de photos souvenir, pas vraiment édités car à l’époque je n’y connaissais rien….et aujourd’hui non plus d’ailleurs!!!
    J’avais pour matos juste un petit canon ixus avec pellicule APS. Très pratique, tout automatique.
    La prochaine fois je viens avec toi…..
    J’ai bien rigolé avec la photo des bidons de sauces en grande surface, la base en cuisine américaine.

  4. Tes vidéos et tes articles sont toujours passionnants.
    merci beaucoup pour ce travail.

  5. Bonjour Thomas, J’ai beaucoup aimé lire et regarder la narration de ton voyage, vivante, explicite, variée. Et puis je trouve que tu fais merveilleusement tiennes les influences des photographes qui t’inspirent, on les sent tout en légèreté, c’est super. Très grand merci pour ce partage !

  6. Vraiment très très intéressant et enrichissant, j’apprends pleins de choses grâce à vous. J’ai changé ma façon de travailler depuis que je vous lis (blog et ouvrage). Merci

  7. LEPERS Philippe

    Très très interessant Thomas, j’ai dévoré ta présentation.

  8. Salut Thomas,

    C’est toujours intéressant de lire ces making-of, de pouvoir confronter sa pratique à celle d’un autre, du coup je te remercie ;).
    J’avais une question par rapport à ton matériel (ne t’enfuis pas !!), quand est-ce que tu as choisi de shooter à l’argentique plutôt qu’au numérique (et inversement) dans ce projet, dans la mesure où tu avais toujours les deux sur toi ?

    • Merci !

      Je n’en ai franchement aucune idée haha. A part la photo de rue au numérique (sinon j’aurais eu 500 pellicules haha), c’était un peu selon la scène.
      La luminosité dispo joue aussi, le soir je privilégiais le numérique à cause de ça.

  9. rousseau

    Merci pour ce retour d’expérience très didactique
    Dommage pour le florilège des anges partis trop tôt.
    Il y en a pas mal où j’aurais été preneur

  10. Merci beaucoup!
    Je ne me lasse pas de lire tes billets.
    Luc

  11. Merci de partager ce making-of, intéressant de voir comment tu procèdes. Ce n’est pas très fréquent.

    Je suis un peu perplexe sur l’utilisation de formats différents (6×6 et 2×3 et 3×2) au sein d’une même série. C’est le genre de chose que j’aurai tendance à écarter lors de l’édition d’autant plus que j’ai l’impression de voir des patterns se dessiner selon le format.

    Bravo pour le boulot et ce billet instructif.

    • En vrai, quand t’as le petit bouquin dans les mains ça ne choque pas du tout, les changements dynamisent le tout. La mise en séquence lisse les différences.
      Je l’ai déjà vu plein de fois, c’est plus trop un truc qui me dérange/interpelle.

      Par contre j’ai envie de faire couleur & nb pour un projet et ça me questionne beaucoup plus là.

      • Denis Gosselin

        Un exemple : le livre European Puzzle de JC Béchet alterne photos couleur et N&B en format carré, 2×3, 3×2 sans que cela ne gêne la lecture. Et pourtant, il a utilisé des appareils aussi différent qu’un Leica, un Fuji 6×7 et un Blad argentique que des outils numériques. Je crois même me souvenir qu’il a employé une chambre 4×5 inches…
        Le tout en fait un livre homogène, rythmé et jamais ennuyeux.
        Perso, dans mes livres photos, je préfère une photo par page et du même format. Je ne mélange la couleur et le N&B que si les sujets sont différents : paysages et photos de rue par exemple.
        C’est mon coté « carré »… ah ah ah.

  12. rousseau

    comme toujours très intéressant J’apprends toujours

  13. Merci Thomas pour ce retour toujours aussi passionnant et instructif pour ma pratique.
    J’ai une petite requête concernant ton preset LR. Peux tu partager (ou envoyer un mail ou ce que tu veux) ta config (copie d’écran par ex) ? L’idée n’est pas de reproduire bêtement ton preset, aucun intérêt mais plutôt de voir ta « philosophie » de traitement.
    Merci d’avance et on attend mercredi pour la prochaine vidéo !

    • Hello!
      En vrai je ne sais pas si ça sera utile. Il utilise le preset classic chrome de fujifilm. Si tu ne l’as pas et que tu fais la même chose le résultat ne sera pas le même.
      Après si tu as un appareil fuji je peux te l’envoyer si tu veux voir.

  14. GAUTHIER Christian

    Bonjour Thomas
    Un voyage sous influence mais dont le résultat me plait beaucoup.
    Une question cependant : Je note une grande proportion d’images qui concernent des batiments et ce choix doit signifier une chose importante pour toi. Peux tu éclairer ma lanterne ?

  15. Joffrey CHOUELA

    Ta photo de rue avec le couple de retraités hilares sous l’enseigne de banque est vraiment très très bonne.
    Personnellement, j’aurai du mal, a l’heure actuelle, a me faire un bouquin en retour de voyage, sans mettre des gens dedans. Si je part quelque part, à l’autre bout du monde, c’est pour les gens avant tout…
    Avant une lumière ou un décorum esthétique. Ce qui n’empêche pas d’essayer d’intégrer des gens dedans et inversement.
    Ton univers et tes influences photographiques (Meyerowitz, Eggleston) se ressentent bien dans ce projet, c’est visuellement réussi.

    • Merci beaucoup ! En fait je n’ai pas photographié les gens avec qui j’ai passé du temps. J’étais dans le moment.
      Je ne connais donc pas trop ces gens, ils ne sont pas très importants dans le cadre du projet.

  16. Merci pour le partage, et belle série, effectivement on retrouve certaines influences !
    Je viens de quitter la Floride où j’ai vécu 4 ans, à Miami précisément , et je dois dire qu’étant moi-même un grand adepte de la photo de rue j’y étais photographiquement malheureux . Certes il y a de belles lumières, mais il ne se passe rien dans les rues et le paysage est désespéramment plat !
    J’ai quand même réussi à mener à bien quelques projets photo, surtout de nuit paradoxalement..
    L’endroit où je vis désormais est, disons, légèrement différent (Tananarive). Ici c’est plutôt l’inverse : trop de choses partout tout le temps, il faut réussir à en extraire ce qu’on veut montrer, il y a presque trop de matière !
    En tout cas bravo pour ton blog que j’apprécie beaucoup, surtout continue dans la même voie sans concessions !

  17. Bruno Beaudoin

    J’ai apprécié ce reportage. Merci »

  18. Sympa cette selection, et de voir le processus du voyage. Il faut oser y aller comme ca, sans rien (perso je pourrai pas haha) mais c’est super interessant ^^
    En tout cas c’est cool de revoir ces ambiances south !
    Et au fait : NOLA > New Orleans, LA (Louisiana) 😀

  19. Salut Thomas,

    Tout d’abord un avis général sur la série complète de Norlando : je trouve que par rapport à tes autres série, tu as évolué dans ta photographie. Je trouve ton travail plus esthétique (en tout cas pour ce qui correspond à mon sens de l’esthétisme 🙂 ). Beaucoup de tes photos m’ont parlé, notamment parce que j’aime aussi prendre des lieux sans humains dedans.
    Lorsque tu cites tes “influences” on les retrouve clairement sans que se soit non plus du pastiche.
    J’applaudis donc des deux mains!
    Sinon, c’est un bien chouette article. Je m’interroge sur ton temps de décantation qui a été assez court. Tu préconises de laisser reposer les images et de n’y toucher que bien plus tard. Pourquoi n’as tu pas respecté cette “règle” ici ?
    question subsidiaire : en quoi est-ce un projet et non une série ? ( j’ai lu ton article et vu la vidéo de Laurent mais ça reste toujours flou pour moi 😉 )

    • Hello!

      Merci déjà. Alors je dirai projet à cause de la taille : je n’ai fait QUE ça pendant deux semaines. Et que c’est un peu gros pour une série, il y a 43 images. Une série je vois ça comme un truc plus petit quand j’en parle. 10-15 images sur un même sujet.

      Quand au temps c’est lié à un truc tout bête : je ne peux pas retourner aux USA bosser. Par exemple j’ai commencé un projet sur la photo de nuit y’a plus d’un an et je n’ai toujours rien montré. Le tri est à peine fait. J’en suis encore à accumuler de la matière, je laisse ça prendre tranquillement.

      Là était essentiellement de l’édition, soit j’arrivais à faire un ensemble d’images qui me plaisaient soit non, mais ça s’arrêtait là. Et j’ai aussi quelques semaines sans rien voir le temps de revenir France, tout développer etc. J’ai redecouvert les images à froid.

      Voilà voilà.

  20. Félicitations pour cette nouvelle présentation où vous partagez le vécu avec un lien vers vos blogs antérieurs. Instructif, vivant et agréable. Bonne route et bonne continuation, merci et Bravo.

    • Merci beaucoup François !

    • Bravo pour le projet et merci pour ce making of qui permet de mettre une bonne dose de concret dans la théorie que l’on peut lire sur ton super blog ou dans quelques autres trop rares lieux.
      Une petite question concernant les gens sur ta série. Ben il n’y en a aucun. Je voulais savoir si toutes les photos où était présentes des personnes ont été éliminées d’office car faisant partie pour toi de la catégorie “photo de rue” (que tu as décidé d’éliminer j’ai bien lu !)? Sinon était-ce une volonté/contrainte/nécessité ? Les gens croisés ne font ils pas partie du sentiment laissé par un lieu, chose que tu voulais il me semble montrer dans ton livre ?
      Dans tous les cas bravo encore.

      • Hello 🙂

        En effet, j’en ai enlevées beaucoup en enlevant la photographie de rue.
        En vrai, j’étais assez souvent seul quand je faisais des photos, donc ça correspond quand même assez à ce que j’ai vu.
        J’interagissais pas beaucoup avec les gens la journée (un peu le soir quand je sortais). Donc comme c’est là, c’est assez fidèle à ce que j’ai vu.

        • Merci pour l’info ! Bonne continuation et au plaisir de te lire sur le blog ou sur YouTube (à être omnibulé par les ouvrages derrière toi et rien écouter… )

        • Gérard Barré

          Bonjour, c’ est effectivement ce qui est très gênant dans cette série ; cette totale ou quasi totale absence d’ être humain. Une “impersonnellisation” qui fait que cet ensemble de juxtaposition de lieux aurait pu être réalisé à Lille, ou ici, ou là, ou ailleurs, avec un “Stars and Stripes” à une fenêtre . Cela m’ amène à poser une question : pourquoi le choix des USA ? S’ agissait-il d’ exorciser les démons de l’ influence en mettant ses pas dans d’ illustres autres, (auxquels il est fait référence dans le making-off) ? Et donc, en creux (…) : aura t-on le plaisir de découvrir quelques photos de rue, extraites de la série, un peu vivantes, sinon vivifiantes ?
          Il ressort de l’ ensemble un indéniable sentiment d’ ennui, de mélancolie froide. On n’ a trente ans qu’ une fois. Montrez le !!! J’ en serais heureux pour vous.

          • Bon Gérard, vous commencez à être casse-pieds avec vos parti-pris complètement HS et jugements de valeur.

          • L’absence de personnes est un choix, c’est expliqué dans l’article que vous commentez : cela correspond à l’expérience que j’ai eu de cette découverte des USA. D’ailleurs un bon projet ne nécessite pas forcément d’avoir des gens dedans, cf. les exemples que je présente dans l’article. S’il fallait automatiquement des personnes pour se rattacher à un lieu, on serait bien emmerdé.
          • Non, je n’aurais pas pu le faire à Lille. Ou faudra m’expliquer comment photographier Orlando ou la Nouvelle-Orléans depuis là.
          • Les photographies de rue que j’ai retirées que vous voulez découvrir sont aussi dans l’article que vous commentez.
          • Je suis heureux du projet tel qu’il est, et il n’y a aucun rapport avec mon âge. C’est une clé de lecture parfaitement stupide, parce que l’on a 30 ans, on doit faire un certain type de photographie ? Dois-je attendre de vous des photos de rues plus posées et calme du coup ? Cela n’a aucun sens.
          • Vous confondez contemplation et ennui, calme et mélancolie.
            Il existe d’autres approches que la photographie de rue Gérard, et ça aussi c’est expliqué dans l’article.

  • Gérard Barré

    D’ accord pour le calme…

  • Très intéressant et enrichissant à lire (comme toujours). Merci.

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