« Vous avez le droit de prendre en photos les gens dans la rue ? »

Date de la dernière mise à jour : le 2 novembre 2018


Introduction

Vous aussi on vous l’a déjà posée ? C’est sans doute, de toutes les questions que j’ai eues, de la plus farfelue à la plus attendue (« C’est quoi ton matériel ?« ), celle qui est revenue le plus souvent. Et comme j’aime bien échanger avec les lecteurs du Blog (ce qui est un de ses moteurs) ou plus généralement avec l’internaute de passage qui s’intéresse à ce que je peux faire, j’y ai souvent répondu. Bon, j’avoue que je regarde un peu le contexte et la personne en face avant de me lancer, internet étant une jungle (ou une fête foraine selon les endroits), certaines discussions sont inutilement chronophages, et l’on sait dès le début qu’elles n’aboutiront pas. Donc, à quoi bon se lancer ? Bref, il arrive régulièrement que l’on redirige des personnes vers mes comptes sur les réseaux sociaux pour répondre à cette question, et je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un billet qui bouclerait le sujet une fois pour toutes. L’idée de base est donc de vous filer une cartouche à réutiliser au besoin la prochaine fois que ça vous tombera dessus, une sorte d’arme ultime à brandir pour éviter les discussions sans fin et potentiellement stériles. Il s’agira ici de traiter la réponse à cette question, de vous donner les éléments concrets pour traiter le sujet, particulièrement quand le sous-entendu derrière la question elle est négatif (la remarque suivante étant souvent « Non, vous n’avez pas le droit parce que X« ). Bien évidemment, certains développements ici présents seront parfaitement inutiles face à une personne ouverte d’esprit et à la discussion. Mais, une telle personne ne court pas les rues (sans mauvais jeu de mots).

Avant de commencer il faut que je précise deux éléments, premièrement, ce billet ne portera pas uniquement sur l’aspect légal de la chose, parce que ça a déjà été fait, et que ça serait extrêmement ennuyeux pour vous, comme pour moi. Deuxièmement, ce billet portera aussi sur l’aspect légal, malgré le fait qu’il ait déjà été traité partiellement dans un autre article du Blog. J’évite le plus possible de me répéter, ou de revenir sur des choses déjà expliquées, mais là je ne peux pas vraiment faire autrement, déjà parce que le paragraphe en question est dans le making-of d’un de mes projets, et que ce n’est pas forcément la première porte que l’on pense à aller ouvrir pour avoir une réponse sur le sujet, et deuxièmement parce que je veux que cet article soit exhaustif donc… pas le choix. Bref, démarrons.

Un art de la méconnaissance

Dans le nuage de la méconnaissance

Dans le nuage de la méconnaissance

Le premier élément qui me vient à l’esprit quand on aborde ce sujet, c’est que la plupart des gens, dans leur façon de l’aborder, se comportent comme avec la vaccination. A chaque fois qu’une loi, un décret ou qu’un médecin renforcent l’injonction de se vacciner, d’un coup et d’un seul, tous les internautes deviennent des médecins, prêts à déverser leur savoir partout. C’est un comportement qui pourrait être acceptable avec des sujets qui laisseraient plus de place à l’interprétation personnelle et qui ne sont pas basés sur des faits vérifiés scientifiquement depuis des décennies (le premier exemple qui me vient à l’esprit est la religion). Mais dans notre exemple, la vaccination, ça n’est pas le cas. Les faits sont là, que l’on soit d’accord avec, et ce ne sont pas 3 ou 4 exemples empiriques qui vont venir en casser les fondations. Eh bien, pour la photographie de rue, c’est pareil.

Les premiers avis / arguments auquel on fait face, sont soit de l’empirisme, soit de la pseudo connaissance intuitive. Donc c’est au mieux basé sur une expérience personnelle (« moi, j’ai vu ça« ), au pire basé sur des interprétations bancales de sujets non maîtrisés (« mais si la loi dit que« ), bref, ce n’est pas le mieux pour avancer. Dans le domaine de la logique, les façons de mal réfléchir ne manquent pas, et sont plus ou moins sournoises (je pense notamment au biais de confirmation, une tendance naturelle du cerveau à ne s’intéresser et à ne retenir que ce qui va dans son sens, ce qui explique pourquoi les gens de droite lisent Le Figaro et pourquoi les gens de gauche L’Humanité). Mais l’empirisme, c’est vraiment le degré 0 de la construction de la connaissance/réflexion, c’est la conséquence soit d’une faiblesse intellectuelle (« je ne me renseigne et ne me documente pas parce que je pense savoir que« ), soit d’un manque d’humilité et de recul sur ses propres connaissances (« je sais que je ne sais pas, mais je vais tenter de bricoler un truc rapidement avec ce que je crois savoir, parce que je veux réagir à ce sujet« ).

Donc, que vous soyez un lecteur fidèle du Blog, ou que l’on vous ait envoyé cet article en réponse parce que vous avez posé la fameuse question, vous lisez entre ces lignes, que pour vous apporter une réponse correcte et qu’elle vous soit utile, il va vous falloir deux choses :

  • Oublier ce que vous pensez savoir, à moins d’être rôdé sur le sujet bien évidemment.
  • Être ouvert d’esprit et prêt à apprendre plein de trucs. Vous verrez, c’est plus facile que ce que la télévision peut laisser penser.

Ceci étant posé, démarrons les hostilités.

Considérations sociales

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La première des réflexions à avoir, pour comprendre l’importance et le rôle de la photographie de rue, en dehors de toutes considérations légales ou de son apport à l’histoire, est de réfléchir à son utilité sociale. Alors, je ne suis pas sociologue (si cette discipline vous intéresse, je vous conseille d’ailleurs l’excellent blog d’André Gunthert), mais vous allez voir, j’vais vous bricoler un petit truc de derrière les fagots.

La plupart des individus qui rejettent la photographie de rue (perçu, dans les diverses critiques que j’ai pu lire, comme une pratique de voleur, voyeur, fieffé filou, chenapan), n’arrivent pas à la détacher de leur moi, à avoir une vision plus large. Ils ont peur pour eux, craignent l’usage que l’on pourrait faire de ces images. Ce qui est outrageusement paradoxal dans une société où chacun est doté d’une propension sans équivalent dans l’histoire de l’humanité à disperser sa vie sur les réseaux sociaux, à filer des données personnelles à la pelle aux GAFAM et j’en passe. Derrière cette attitude, il y a la peur de ce qui pourrait être fait de ces images, de l’image de soi qu’elles renvoient, qui pourrait être diffusé et de qui pourrait la voir. Il y a aussi, et surtout une incompréhension totale (ou une inculture pardonnable) de l’aspect artistique d’une telle pratique. Bref, rien qui ne puisse être réduit à néant avec un peu de pédagogie. S’ajoute à cela, et c’est sans doute le plus récent, une des conséquences de la culture procédurière américaine qui a dû s’installer peu à peu chez nous et qui n’était absolument pas présent aux débuts de la photographie de rue (selon des pontes comme Doisneau ou Henri Cartier-Bresson) : un rapport à l’argent. Est-ce que le photographe va vendre ces images ? Est-ce qu’il va gagner de l’argent avec une photo de ma tête ? Pourquoi je n’en aurais pas ? Sur ce point, je peux rassurer tout le monde une bonne fois pour toutes : il n’existe aucun photographe de rue milliardaire, l’écrasante majorité (dont je fais partie), n’en vit pas, n’en vivra pas (ou par des moyens détournés, comme la formation), et pratique cela pour la beauté du sport, pour le plaisir artistique. Donc bon, si le magot à partager dépasse le prix de 2 kebabs, c’est déjà une réussite.

Ça c’était pour la vision sociologique « micro » du problème, qui à mon avis explique les interrogations des personnes qui posent la fameuse question (oui, je vais l’appeler officiellement comme ça). Mais quel serait le rôle de la photographie de rue à une échelle plus grande ? En quoi est-ce qu’elle est utile à la société, saine, et surtout nécessaire ? Eh bien, les réponses à ce sujet ne manquent pas.

Mais avant, il faut avoir une idée précise de qui pratique la photographie de rue, car ça conditionne la suite. A votre avis, ça se passe comment la photographie de rue ? Vous pensez que des gens talentueux, sortis de grandes écoles ou de familles artistiques, de la trempe de Brassaï ou Doisneau, se baladent, et photographient, emplis de leur talent & légitimité, les gens dans la rue ? En fait, c’est tout le contraire. La plupart du temps, c’est des gens comme vous et moi (avant qu’ils ne soient découverts, gardons espoir), et souvent inconnus du grand public. L’exemple le plus probant en est Vivian Maier, une nounou de Chicago qui a photographié la rue, la vie, les gens, tout sa vie et a été découverte une fois sa mort passée (le hasard est une enflure). Notez au passage que si elle s’était fait secouer dans le métro par un malotru sûr de ses certitudes, on n’aurait sans doute pas ce témoignage unique de la vie dans les rues à cette époque (vous la voyez l’utilité sociale qui pointe le bout de son nez ?).

Parce que c’est là qu’est l’essentiel, ce ne sont pas les grands reporters qui iront photographier la vie quotidienne de monsieur et madame tout le monde, la vraie vie des gens, comment elle se passe, et pas l’image idéalisée que les films et la culture populaire en laisseront. Ce sont les photographes de rue qui feront ça, ce sont eux qui de décennie en décennie, laissent un témoignage de l’esprit de leur époque, nourrissent l’histoire. En les empêchant d’exercer leur art (qui rappelons-le, ne fait de mal à personne), c’est un pan d’histoire sociale que l’on tue dans l’œuf. Dans la grande photothèque de l’histoire, c’est laisser la plus grande place aux célèbres, aux puissants, aux connus, à ceux qui font l’histoire, et oublier tous les autres. Ceux qui vivent dans la société telle qu’elle est. C’est ça que vous voulez ? Vous en imaginez les conséquences sur un siècle ? Et de ça, découle un sentiment valorisant pour la personne photographiée, et qui n’est que trop peu souvent évoqué dans les échanges sur le sujet : la personne qui vous a photographié(e) vous a trouvé(e) digne d’intérêt, a voulu retenir votre image, et pourquoi pas (avec de la chance, du hasard et un brin de talent), glisser votre image dans la grande histoire de la photographie. Il y a aussi un aspect humain plus primaire : un autre humain a eu un geste positif envers vous, vous ne l’avez peut-être pas perçu comme cela sur le moment, mais c’est plutôt quelque-chose dont on devrait être content non ? Passé la surprise du début s’entend.

Notez que toutes ces considérations n’ont aucun lien avec la qualité de la production des photographes de rue. Être un bon, ou un mauvais photographe de rue ne change absolument rien à l’affaire, au rôle social et historique de la pratique. Et puis, si à chaque fête de la musique, on ne va pas frapper tous les guignols qui jouent du Nirvana, il n’y a pas de raison de le faire pour les photographes de rue qui seraient médiocres. D’ailleurs, même s’il est mauvais, manque de discrétion, s’explique mal sur sa pratique n’est pas clair sur son projet artistique, il a toute la légitimité de pratiquer. Et quand je dis toute, c’est absolument toute, donc ni plus ni moins qu’un Joël Meyerowitz ou qu’un Saul Leiter. Si vous débutez, gravez ça dans un coin de votre tête et ne l’enlevez jamais : vous êtes utile. Le témoignage que vous laisserez servira peut-être aux prochaines générations. Et, je ne dis pas ça pour taper sur les voisins pour faire valoir ma cause, mais rares sont les branches de la photographie à pouvoir se targuer de cette légitimité sociale et historique : on doute aisément de l’utilité de la photographie de couchers de soleil pour les générations à venir, même si l’exemple est exagéré, vous comprenez l’idée. D’autant plus qu’il s’agit de pratiques, répondant souvent aux canons du beau populaire, et qui sont tolérées, jamais contestées ou critiquées, parce que, Tata Josiane aime ce qu’elle comprend d’un seul regard.

Enfin, si votre soif pour le paradoxe n’a pas été satisfaite aujourd’hui, nous allons finir sur un autre pour conclure cette partie. N’est-il pas paradoxal, dans une société croyant à l’idéal de la méritocratie (par le travail et l’école républicaine), que les photographes qui travaillent le plus, soient ceux dont on ait l’image la plus biaisée ? Encore une fois, il ne s’agit pas de brûler l’église du voisin pour vous inviter à venir prier dans la mienne, mais objectivement, on reconnaîtra que la photographie de rue, pratiquée à un certain niveau, nécessite des aptitudes difficiles à acquérir, et cumule les contraintes. Il faut agir vite et bien (comme dans la photographie animalière) car l’occasion ne se présentera qu’une fois. Il faut disposer de compétences sociales (comme les photographes de portrait), pour expliquer, désamorcer les situations potentiellement tendues, mais aussi être discret quand le besoin se fait sentir. Alors certes, la récompense est belle (les photographes de rue dans l’assemblée le confirmeront : quoi de mieux qu’une image réussit après une éreintante sortie ?), mais le parcours est plein d’embuches, et il faut avoir un goût avéré pour l’échec. Bref, autant de difficultés qu’il devrait être valorisant d’avoir franchies, et contre lesquelles on devrait encourager les gens qui se lancent.

S’ouvrir l’esprit et y déverser de la culture

Knowledge+is+Golden

Le savoir est d’or.

Si la partie précédente a mis des bâtons dans les roues dans le train de la méconnaissance et du rejet, celle-ci sera probablement celle qui le fera dérailler. Je l’ai dit, j’ai voulu traiter la partie sur l’aspect sociologique et le rôle historique de la photographie de rue avant l’aspect culturel, tant le coup de massue est fort, sans appel, et n’aurait pas laissé la place à d’autres arguments. J’évoquais il y a quelques lignes les biais de réflexion dont il faut se méfier. Celui que je vais employer ici en est un, mais qui est utile dans une certaine limite. Il s’agit de ce que l’on appelle « L’argument d’autorité », soit, pour donner un exemple, les arguments du type « X a dit qu’il fallait faire Y. Et comme X est célèbre et reconnu, il faut donc que vous fassiez Y« . Généralement, il faut prendre ces arguments avec prudence, parce qu’on ne sait pas toujours qui est X et quel est le crédit réel que l’on peut lui apporter. Le plus bel exemple étant le pléthore de formateur en tous genre sur les internets, se gargarisant de leur audience pour employer de l’argument d’autorité à tout va par la suite. En revanche, et cela va être le cas ici, quand tous les pontes d’un domaine sont d’accord sur un sujet, l’argument d’autorité fonctionne, ne laisse la place à aucun débat, et à d’ailleurs le mérite d’accélérer ceux-ci. Pour prendre un exemple(1) : La terre est ronde, parce que la NASA, le CNRS, et tous les scientifiques dignes de ce nom depuis Erastosthène le disent. Cela rend futile toutes les démonstrations plus poussées à Jack O’Kallaghan du Minnesota qui va prétendre le contraire sur son blog. Tout simplement parce qu’autant de références aussi sérieuses ne peuvent pas se tromper.

SPAIN. Madrid. 1933.

Madrid. 1933 – H. Cartier-Bresson

Dans le cas de la photographie de rue, tous les établissements faisant autorité dans la photographie lui ont laissé sa place et reconnu sa valeur artistique. Et ça ne date pas de ce matin hein. Par exemple, Cartier-Bresson a été exposé à (liste non exhaustive) :

  • aux Rencontres d’Arles (en 1979 comme invité d’honneur) avec projection de son œuvre au théâtre Antique.
  • En état de voyage: Henri Cartier-Bresson, Robert Frank, William Klein, Max Pam, Bernard Plossu, 1982, les Rencontres d’Arles.
  • Paris à vue d’œil, 1984, Musée Carnavalet.
  • Des Européens, 1997, Maison européenne de la photographie.
  • Henri Cartier-Bresson – The Modern Century, New York (2010), Chicago (2010), San Francisco (2010-2011), Atlanta (2011)
  • The Man, the Image & the World, 8 mars – 26 mai 2013, Fotografiska, Stockholm.
  • Rétrospective au Centre Pompidou, du 12 février au 9 juin 2014
  • Henri Cartier-Bresson – Photographe, 24 avril – 24 août 2015, au Musée juif de Belgique,

Le centre Pompidou, la Maison Européenne de la photographie, ou les rencontres d’Arles, ce ne sont pas les photo-clubs d’un village de Corrèze. Quand on est adoubé par leur sceau (si tant est que Cartier-Bresson en ait un jour eu besoin, tant son aura chez les photographes aurait suffi à le faire passer à la postérité) on est tranquille pour un moment. Honnêtement, je pourrais vous sortir assez de listes de ce genre pour vous occuper jusqu’à la prochaine décennie, mais ça serait aussi fastidieux pour vous que pour moi, donc on va considérer que c’est suffisant ainsi.

Plus que la reconnaissance du milieu des institutions culturelles internationales, la photographie de rue a aussi été primée (enfin les photographes la pratiquant), par de prestigieux prix. Je pense notamment au prix de la fondation Hasselblad, l’un des plus célèbres. Encore une fois, ça n’est pas une kermesse le prix Hasselblad, le gagnant repart avec une somme avoisinant les 35 000€ pour réaliser un projet, et est accompagné pour produire une exposition, un livre, et bénéficie d’une visibilité internationale. Voici une liste, encore non exhaustive, des photographes de rue qui l’ont remporté :

SPAIN. Madrid. 1933.

Madrid. 1933 – H. Cartier-Bresson

1982 : Henri Cartier-Bresson

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Photographie – M. Alvarez Bravo

1984: Manuel Álvarez Bravo

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Photographie – E. Haas

1986: Ernst Haas

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Photographie – E. Boubat

1988 : Édouard Boubat

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Photographie – W. Klein

1990 : William Klein

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Photographie – R. Frank

1996 : Robert Frank

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Palma De Mallorca, 1959 – C. Strömholm

1997 : Christer Strömholm

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Photographie – W. Eggleston

1998 : William Eggleston

Boris Mikhaïlov

Photographie – B. Mikhaïlov

2000 : Boris Mikhaïlov

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Photographie – L. Friedlander

2005 : Lee Friedlander

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Photographie – D. Goldblatt

2006 : David Goldblatt

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New Orleans (Woman Eating). 2004 – P. Graham

2012 : Paul Graham

Comme précédemment, on pourrait multiplier les exemples, mais on n’y gagnerait pas grand-chose. Dites-vous que n’importe quel prix photographique non spécialisé (il est évident que pour un prix dédié à la photographie animalière, ce que je vais dire est faux), vous retrouverez des photographes de rue. Ainsi, la photographie de rue est une pratique reconnue par les institutions culturelles (par le biais d’exposition ou simplement par la place qu’elle a dans les institutions via les acquisitions d’œuvres et leur conservation), et régulièrement récompensée par des prix. Je ne parle même pas des dizaines de festivals, de taille variable, qui lui sont consacrés. Donc si on prend du recul, dire que la photographie de rue « ça n’est pas de l’art« , ou « c’est du vol pas de la vraie photographie« , c’est se hisser tout en haut de son inculture pour faire face à l’expertise de tout un milieu artistique établit. Je ne donne pas cher de la peau de tels arguments dans tout débat sérieux.

On retrouve un peu la même incohérence que précédemment, bien que totalement installée dans le paysage culturel, la photographie de rue souffre sans doute de méconnaissance de la part du grand public, ce qui aboutit parfois aux raisonnements empiriques déjà cités.

Le droit chemin

A ce stade, vous ne devriez plus avoir de doute tant sur l’utilité de la photographie de rue que sa place dans l’art. Mais il reste toujours le fameux argument du « Mais vous n’avez pas le droit de faire ça ! C’est illégal je vais prévenir l’armée !« . Bon, on me l’a rarement sorti formulé ainsi, mais il y a toujours ce petit discours juridique avec une menace glissée entre les lignes, comme la redevance télévisuelle sur la feuille de la taxe d’habitation. Il est donc temps de parler de droit, parce que oui (spoiler) vous avez parfaitement le droit de prendre des photographies dans l’espace public et de les exploiter à des fins artistiques (et uniquement artistique, l’aspect commercial ou informatif/journalistique ne sera pas abordé ici, retenez juste que sur ces plans là vous n’êtes pas libre). Comme je le disais dans l’introduction, il va y avoir un poil de répétition, parce que j’ai déjà abordé le sujet dans le making-of du projet Intercité. Si ce sujet est clair pour vous, vous pouvez sauter jusqu’à la conclusion. Sinon, vous pouvez continuer, cela sera une séance de révision. Pour commencer, soyons très clairs, je ne suis pas du tout un spécialiste du droit, d’autres font ça beaucoup mieux que moi sur internet. Ainsi, afin de partir sur des bases saines (et parce que l’on est toujours mieux informé en croisant différentes sources), je vous invite à lire ces deux billets :

  • Cet article de Focus-Numérique qui l’explique très bien (en deux parties) : Droit à l’image et photo de rue.
  • La jurisprudence du cas de François-Marie Banier contre Isabelle Chastenet de Puységur, vous la trouverez ici et expliquée par Joëlle Verbrugge, bloggeuse/juriste spécialisée sur la question du droit à l’image, ici : La Jurisprudence ne perd pas la tête.

Mais, ayant lu tout ça pour vous, je peux vous lister 3 éléments qu’il est capital de retenir à ce sujet :

  1. Faites appel à votre bon sens. Il ne faut pas que vos images causent un tort factuel et démontrable (l’exemple le plus parlant est celui d’une photographie d’un couple illégitime dont l’image provoque un divorce, ou d’une personne dans une situation dégradante etc.).
  2. Si vous photographiez l’espace public, le juge considère que le droit à la créativité artistique est supérieur au respect de la vie privée (vu que vous êtes dans un espace… public). « le droit à l’image doit céder devant la liberté d’expression chaque fois que l’exercice du premier aurait pour effet de faire arbitrairement obstacle à la liberté de recevoir ou de communiquer des idées qui s’expriment spécialement dans le travail d’un artiste, sauf dans le cas d’une publication contraire à la dignité de la personne ou revêtant pour elle des conséquences d’une particulière gravité » (CA Paris, 5/11/2008, I. de C. c/ Gallimard). Ce jugement a fait jurisprudence, cela veut dire que, parce que le droit est le même pour tous (les citoyens naissent libre et égaux en droit), vous pourrez vous appuyer là-dessus (et gagner) si l’on vous fait un procès dans des conditions similaire. Cela veut aussi dire (implicitement) que l’autorisation d’être photographié dans l’espace public est tacite, parce que (et on ne le dira jamais assez) cette espace, la rue, est public. Donc pour le dire plus prosaïquement, si vous ne voulez pas être vu, et photographié, et bah restez chez vous. Enfin, le juge défend la création artistique, et son importance dans la société. Ce n’est pas mon cousin zadiste qui dit ça, mais un juge. La justice considère que l’expression artistique est importante et prime sur votre droit à l’image quand aucun tord ne vous est causé. Magnifique, on en conviendra.
  3. Prenez des photographies et réfléchissez après (sauf si le type a un flingue, là, ne faites pas les malins, la photographie vaut rarement le coup de risquer sa vie). C’est la diffusion qui peut être sujet à débat parfois, mais jamais la prise de vue dans l’espace public. Donc dans le doute, déclenchez. Personne n’a le droit de vous demander d’effacer les images prises dans un espace public. Si jamais un jour cela vous arrive, proposez à la personne d’aller régler cela au commissariat (souvent elles font demi-tour avant). Les policiers sauront que vous êtes dans votre droit, donc vous ne risquez rien.

Ainsi, en considérant le cadre légal et l’état de la jurisprudence, vous comprenez que tous les conseils du type « il faut demander l’autorisation et faire signer un papier aux gens dans la rue » sont parfaitement infondés, et totalement inutiles. Pire, ils entretiennent l’idée que le photographe n’est pas dans son droit dans l’esprit commun, et contribuent à diffuser de mauvaises pratiques.

Eric kim

Photographie – E. Kim

Je ne dis pas qu’il ne faut pas interagir avec les gens, mais c’est à vous de placer le curseur en fonction de la dose de spontanéité que vous souhaitez dans vos images. Certains photographes aiment bien les portraits de rue posés (je pense notamment à Eric Kim qui défend beaucoup cette pratique dans ses écrits) et d’autres (dont je fait partie pour le projet Intercité) ne jurent que par la spontanéité. Ce n’est pas pour autant que l’on ne peut pas aller discuter après la prise de vue, expliquer quand on est face à un regard surpris ou amusé, mais c’est à vous de décider. Cela peut surprendre, mais légions sont les photographes de rue timides et souhaitant juste pratiquer leur passion tranquillement. Si c’est votre cas, il ne sert à rien d’aller contre votre nature, et aucun élément ne vous y oblige. D’ailleurs, un petit tuyau que je vous donne, vous pouvez simplement dire « Je suis photographe, j’adore la photographie de rue comme celle de Doisneau ou Cartier-Bresson » et partir. La plupart des gens ne vous poursuivront pas, et l’argument d’autorité suffira à avoir la paix. Et puis, il ne faut pas dramatiser, les interactions sont le plus souvent positives, j’ai déjà été repéré après coup (une fois les photographies en ligne), la personne était amusée. Je lui ai offert un tirage, et tout le monde était content.

Conclusion

J’insiste sur le fait que, si le ton de ce billet peut-être parfois grinçant, il ne fait que traduire un agacement face à la récurrence de la fameuse question ( 😀 ) posée par des personnes qui n’y connaissent pas grand-chose, mais viennent quand même vous expliquer que vous avez tort et n’êtes pas dans vos droits. On ne le dira jamais assez mais, si la personne en face de vous est sympa, simplement curieuse et ouverte d’esprit : prenez le temps de lui expliquer ce que vous faites, en réutilisant les éléments ci-dessus. C’est la meilleure façon de changer la vision de la photographie de rue dans l’imaginaire collectif, ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais on avancera quand même.

Plus généralement, je souhaitais que ce billet s’adresse à tous, et ne convainc pas uniquement les convaincus. Avoir développé une audience avec le temps, c’est clairement une chance (on va être honnête), mais il y a un revers à la médaille : à s’entourer de gens uniquement d’accord avec soi, on fini dans un microcosme et le discours se biaise petit à petit. J’essaie d’y faire attention, le niveau moyen des lecteurs est assez élevé, vu que les sujets abordés sont pointus et loin des carcans du type : « test du matériel X » ou « Les 10 astuces pour réussir un portrait« , ce n’était pas le cas au début du Blog où je criais un peu seul dans le désert. Si c’est la première fois que vous atterrissez ici, parce que vous avez posé la fameuse question, j’espère que ce billet vous aura été utile, n’hésitez pas à partager votre ressenti dans les commentaires.

Enfin, pour l’indécrottable casse-pied qui pensait avoir raison et qui n’aurait pas changé d’avis : arrêtez de parler aux gens de ce sujet. Si ce billet ne vous a pas convaincu du poids, de l’utilité et de l’importance de la photographie de rue, c’est que probablement personne ne pourra rien pour vous. Je suis assez honnête sur la qualité de mon travail, et sait reconnaître quand il en manque des pans (ce qui est souvent l’occasion d’écrire un nouveau billet), et honnêtement, là, je ne vois pas quelle pierre je pourrais ajouter pour que l’édifice à la gloire de la photographie de rue soit complet.

A plus dans l’bus !


Notes :

(1) L’exemple est un peu bancal, la science n’admettant pas définition pas d’autorité (un scientifique trouve quelque-chose, les autres testent et cherchent les failles. Si l’on échoue suffisamment de fois à prouver que c’est faux/érroné, alors on commence à accorder du crédit à une thèse). Pour l’exemple que je cite, la bonne approche serait de dire : On voit un homme à 1km. Le mont Everest fait la taille de 3 000 hommes, pourquoi est-ce qu’on ne le voit pas depuis Paris ? Parce que la Terre est ronde. Mais on est dans le domaine de la connaissance factuelle est démontrable, ce qui n’est pas le cas de l’Art. Domaine dans lequel, je maintiens que l’autorité fonctionne dans une certaine mesure (si elle est ouverte, et à l’écoute, comme ce fut le cas pour la photographie qu’elle a laissé entrer sous son giron). On m’a fait la remarque suite à la parution de l’article, mais pas honnêteté (et parce que ça n’est pas le sujet direct), je l’ai laissé.
Si le sujet vous intéresse, je vous invite à regarder cette excellente vidéo d’Hygiène mentale. (retour au texte)


J’ai écouté cet album en boucle pendant l’écriture. Et franchement, je ne sais pas si c’est moi qui l’ai retourné ou l’inverse.

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62 Comments

  1. Merci beaucoup pour ce billet.
    Je suis fasciné par les photos de rue, mais bien trop timide pour tenter d’en prendre.
    Votre billet me donne une nouvelle confiance !

  2. Jérémy

    Je ne pratique pas du tout la photographie de rue mais étant donné que je fait quand même de la photo, les gens dans mon entourage m’ont déjà posé cette fameuse question et j’étais un peu désemparé. Je pourrai maintenant leur répondre, ET BIM !
    (ps: attention à la relecture il y a quelques oubli/rajout de mots)
    Merci pour ces armes 😉

    • Haha, c’était le but !
      Je vais regarder ça, tu peux me dire où ?
      On a changé d’outil pour la relecture (un truc déconnait, bref), donc c’est possible qu’on ait été moins propre que d’hab.

      • Jérémy

        Du coup j’ai relevé quelques erreurs ici :
        Introduction : 1er paragraphe L11 « je me suis qu’il »
        Considération sociale : 2ème paragraphe L5 « C’est qui est »
        6ème paragraphe L4 « si à chaque la fête de la musique », L17 « et et qui »
        Conclusion : 1er paragraphe L9 « mais on avancer quand même »
        avant dernière ligne « je ne vois pas ce quelle pierre je pourrais »
        Voilà, ravi de t’avoir aidé.
        A la prochaine !

        • Pfiou, merci ! J’ai honte haha.
          Heureusement que j’ai des lecteurs vigilants 😉 (y)

          • Antonine

            Du coup je l’ai lu et vais évidemment m’en servir vu que la question est aussi bien souvent posée à Laurent, et qu’il cautionne ton article 🙂
            MAIS pas seulement, je l’ai lu avec intérêt jusqu’au bout car j’aime beaucoup ce point de vue qui sort du cadre juridico-homo-égocentrique et qui prend du recul pour nous offrir une vision sous le plus grand angle de la culture. J’aurais même envie qu’il aille encore plus loin d’ailleurs car cela fait écho à ce que je connais de la psychologie sociale et du paysage, me donne envie de mettre tout ça en perspective pour ouvrir les consciences 🙂

            Bon je n’avais pas prévu tout ce commentaire sinon je ne l’aurais pas glissé ici comme « ma contribution à son amélioration orthographique » :
            – « l’occasion en se présentera qu’une fois »
            – « une image réussit après une éreinte sortie »
            Et un autre participe passé vers la fin que je trouve plus…

          • Hey !
            Merci pour les corrections déjà.
            Pour la psychologie, ça n’est pas du tout mon domaine, mais ça serait carrément cool que quelqu’un (genre toi ! :D) écrive un suite sous cet angle là .

  3. Comment fais-tu ? Oui, comment fais-tu pour toujours pondre un texte remarquablement argumenté, fondé, pertinent ? Un seul souci en fait, tes articles sont tellement solides qu’ils ôtent l’envie de les commenter si ce n’est pour dire « Bravo et merci ». Alors, juste pour le plaisir de débattre, je me permets un petit commentaire : j’adhère à ce que tu dis de la valeur que confère à une discipline artistique le fait d’être reconnue par les grandes institutions telles musées, salles d’expo, éditeurs, … Toutefois, il faut reconnaître que la pensée artistique dominante se trompe aussi plus souvent qu’à son tour. Il ne manque pas d’exemples de courants artistiques qui ont été largement vilipendés de leur temps avant d’être reconnus et admirés 1 ou 2 générations plus loin.

    • Comment je fais ? Bah la plupart du temps ça part d’un truc que je trouve débile. Du coup j’écris, je me documente, et voilà, easy as abc..
      Tu as raison dans ce que tu dis, la photographie en est d’ailleurs un très bon exemple. C’est aussi une des limites de l’argument d’autorité. Après, dans les faits, c’est un peu plus subtiles que ça, il y a des pratiques dont on sait très bien qu’elles ne passeront jamais la porte des musées dédiés à l’art (genre le macramé, ou le scrapbooking), et celles qui ont dès à présent toutes les chances de le faire (je pense à tout ce qui est création numérique, robots, 3D & cie). C’est un phénomène qui se déroule souvent de la même façon : ça part de la base et ça monte petit à petit. La photographie a d’abord été défendue comme arts par ceux qui la pratiquent (la base) pour être reconnue par les institutions.

  4. Galinier Christophe

    Tes articles sont très intéressant. Merci pour la petite piqûre de rappel et merci pour les arguments à avancer au cas où.

  5. Je kiffe tes goûts musicaux 🙂

  6. Frédéric

    Bonjour Thomas, j’apprécie cette article qui clarifie une bonne pour toute la pratique de la photographie de rue. Je l’exerce de façon amateur depuis plusieurs années et je suis ravi de partager tes convictions. Peux-tu m’en dire un peu plus sur l’exploitation à des fins artistiques : une exposition dans une galerie ou sur les murs d’un resto , l’édition et la publication d’un livre,la mise en ligne sur instagram par exemple sont-ils tous à mettre selon toi sur le même plan artistique ?

    • Je ne suis pas sûr de comprendre la question. C’est la projet, les images, qui sont l’œuvre artistique. Ce que tu me cites c’est juste differentes exploitation / utilisations d’une même œuvre.

  7. Merci pour cet article bien argumenté, comme d’habitude…
    Je pratique un peu la photographie de rue, discrètement, car je ne suis pas très « courageuse » s’il faut affronter des gens mécontents. J’ai eu 2 mésaventures. Une fois, sur une plage de Marseille, je prenais des photos du lieu, sans avoir vu un SDF qui dormait dans un coin ; il était furieux et menaçant et je n’ai pas discuté, j’ai effacé mes photos, j’ai eu la trouille….
    Une autre fois, dans une gare, et une autre fois dans un centre commercial, une personne chargée de la sécurité m’a sommée de cesser, en me disant que c’était strictement interdit. Dans ce cas-là, est-ce lié aux plans vigi-pirates, ou est-ce un abus que l’on pourrait discuter ?….Tu as peut-être une idée sur la question.
    Souvent, pour prendre les photos dans la rue, je pratique « le regard flottant/indifférent », c’est-à-dire que je prends ma photo en donnant l’impression que les personnes ne m’intéressent pas, c’est plus facile pour moi.
    A plus !

    • Haha. Oui il m’arrive de faire pareil, j’appelle ça « jouer au touriste perdu ».
      Pour les centre commerciaux (je ne suis pas expert du sujet), mais de mémoire ça reste des lieux privés, mais ouverts au public. J’aurais tendance à penser que comme pour le reste c’est la diffusion pour laquelle il faut faire attention, pas la prise de vue, mais j’en n’en suis pas certain.

  8. Coronel Silva

    Très intéressant, pour une vielle débutante!!Merci

  9. Muriel SORNAY

    Bonjour Thomas,

    Merci pour cet article béton ! Comme Jérémy , je ne pratique pas la photo de rue , mais j’aurai des arguments de poids pour répondre quand on me branchera sur le sujet !
    Une petite coquille en plus : dans le titre [considérations sociale ], j’enlèverais bien ou rajouterais un  » s  » en fin de mot !
    C’est tout , bon travail pour la suite du blog !

  10. GAUTHIER

    Bonjour Thomas
    Je rentre d’un voyage au Maroc ou j’ai pas mal pratiqué la photo de rue. Pas de gros problème juridique dans ce pays mais plutôt une demande constante de quelques pièces mais devant mon refus et après quelques compliments cela ce passe toujours bien. Je reprend donc la lecture de tes articles et une fois de plus celui ci résume bien ce qu’il faut retenir au cas ou.J’ai noté que certains te découvre et qu’ils sont assez heureux de lire des choses intelligentes et documentées !! Pour ma part, étant depuis longtemps convaincu, je vais lire ce que tu as produit en attendant ton livre avec impatience.

    • Merci beaucoup Gauthier (ou Christian, ton message n’est pas signé) !
      Oui, l’audience grandit petit à petit, ça fait plaisir après tout ce travail 🙂
      Le bouquin avance bien, je suis en vacances, j’écris tous les jours.

  11. Alain Poussier

    ce qui m’agace dans ton blog… C’est que je suis d’accord. En lisant ton blog, je suis dans la position du type de droite qui lit Le Figaro ou du type de gauche qui lit L’Humanité ».
    Je ne blog pas, je blague, je vais continuer à te lire.

  12. Lucien Labbé

    Lucien Labbé. Merci pour ce texte. Je débute dans la photographie de rue et ce texte m’est bien utile, me rassure je pourrais dire.

  13. Russus

    Merci Thomas. Réussir à donner des arguments pour répondre à la fameuse question et en même temps faire une déclaration d’amour à la photo de rue tout en expliquant sont intérêt général, le tout en motivant les troupes… Bravo ! Tout comme Georges je suis admiratif de ta capacité à écrire ces articles.

  14. Bonjour Thomas
    Comme toujours, c’est argumenté avec la pointe d’humour qui va bien, et ça répond sans charabia juridique à la fameuse question. L’article de focus numérique, qui date de 2013, au moment où j’ai commencé à m’intéresser à la photo de rue, m’avait vraiment beaucoup aidé à l’époque. J’y ai fait référence sur une page de mon blog pour expliquer ma pratique à ceux qui passeraient par là, si par le plus grand des hasards, quelqu’un se retrouvait sur mes photos. Vu mon audience, ça a autant de chance d’arriver que de trouver un diamant sur une plage de galets… On m’a posé deux fois la question, avec la version « et vous faites quoi du droit à l’image ? » et « vous allez la mettre su facebook? » … Sur 4 ans de pratique, c’est finalement bien peu. Mais l’argument, « j’adore la photo de rue, comme celle de Doisneau » me semble le plus approprié pour couper court, je retiens l’idée au cas où ! Le regard flottant, ça marche aussi très bien 😉
    Je vais rajouter sur ma page « droit à l’image » un lien vers ton article 🙂

    • Haha il y a plein de techniques comme ça, le touriste perdu, le mec qui galère dans les réglages… Etc. C’est sans fin !
      Merci pour le lien

  15. Merci Thomas pour cet article très clair !
    Je te lis depuis quelques temps, tes articles sont toujours pertinents, motivants et bien construits (side note : la playlist est un plus très sympa).
    Et ton travail photographique est tout aussi intéressant. Alors merci de partager tout ça avec nous.

  16. Denis Gosselin

    Je pratique la photo de rue depuis quelques années et ton article exprime bien mon ressenti sur ce sujet.
    J’ai rarement eu des réactions négatives ou agressives. Il n’y a qu’avec les enfants qu’il pourrait y avoir un problème, les parents n’aiment pas vraiment que l’on photographie leurs petits. Je peux comprendre leurs raisons et je n’insiste jamais.

    Si possible, j’aimerai te montrer quelques images sur ce sujet. Sachant que je ne suis pas sur Facebook, je peux faire comment?
    Merci à toi.

  17. Gino Ricci

    Bonjour,

  18. chrisomac

    Très long préambule avant de venir à l’essentiel, est il moral de prendre quelqu’un en photo qui ne le veut pas même dans un lieu public?

    • Alors, de base, évitez de supposer quel devrait être le déroulement des articles à ma place. Donc non, ce n’est pas un long préambule, qui aurait oublié cette question.

      Pourquoi ?

      Parce que la seule façon d’y répondre ça serait de demander leurs avis à toutes les personnes dans la rue avant de les photographier. Donc de tuer la photographie de rue en fait. Est-ce qu’il serait moral de brider la création artistique dans une démocratie ? Lequel est le plus grave des deux ? (Ps : la réponse est dans l’article).

      L’accord est tacite, implicite. On SAIT que ça peut arriver. Il peut pleuvoir quand on sort, on peut être sur la photo d’un touriste chinois ou d’un photographe de rue. Ça faut partie du jeu, CQFD.

  19. Merci beaucoup pour cet article complet et très intéressant et instructif. Ça me donne envie de tenter l’aventure !

  20. Ça ne va pas du tout.

    Je suis évidemment d’accord et content de trouver sous la main ton article qui défend la photographie de rue au-delà de l’aspect de la loi.

    Mais combien de chance pour que le quidam de la rue clique, lise ton article, dépasse l’introduction, n’épuise sa maigre attention, continue à lire sans faire défiler rapidement jusqu’à la conclusion, et finalement ne se dise pas que tu es photographe de rue donc de parti pris ???
    Autant que la chauve-souris qui sonne et monte au 4e étage…

    Mais je vais peut-être m’en faire une fiche à avoir dans la poche, comme l’inverse de la carte des droits que lisent les policiers dans les films américains quand ils arrêtent quelqu’un.
    🙂

    • Ha mais non, ce n’est pas prévu pour fonctionner comme ça. C’est clairement fait pour entre envoyé par un photographe de rue à quelqu’un qui lui aurait posé la question.

  21. Merci Thomas d’apporter un éclairage différent et complémentaire que celui de la Loi.
    J’ai très envie de me mettre à la photo de rue mais il me faudrait dépasser deux obstacles : la timidité et définir ce que je cherche dans la photo de rue… Je m prends peut être trop la tête et je devrais tout simplement aller shooter et voir ensuite ce qui en ressort 😉

  22. Sauvat Patrick

    Bonjour Thomas

    Comme toujours superbe article.

    Je fais également un peu de photos de rue et depuis pas mal de temps de ne me pose plus de questions je fais ce que je sent pouvoir faire et si ça pose problème à la personne ça se ressent aux niveaux des tripes.Je peux en discuter et si ça marche alors ça devient un portrait avec la promesse d’envoyer la photo « toujours », sinon tant pis.

    Je suis toujours admiratif de la qualité de tes lettres et stupéfait de ta capacité de travail même si c’est pour le plaisir.

    J’ai fais parvenir ta lettre aux membres de mon club photo qui à déjà bien apprécié et vas susciter bien des discutions.

    Je ne peux ouvrir la page VALPARAISO ?????

    • Merci beaucoup pour ton soutient !
      Pour ce dont tu parles, c’est normal. La newsletter est partie vers quelques lecteurs suite à un bug (désolé !), je l’ai corrigé mais je ne sais pas qui l’a reçu.
      L’article paraît dans 15 jours.

  23. Rebonjour (je suis déjà intervenu un peu plus avant).
    J’adore la photo de rue, et il est vrai que présenté comme ça, c’est très valorisant.
    Bravo donc pour la présentation … et l’argumentation.
    Tu as déjoué la facilité en n’abordant pas, en premier, l’argumentaire juridique, ce que font la majeure partie des gens qui tentent de répondre à cette question … et qui est la 1ère qui vient à la tête en général, il faut bien le dire. Et qui est sans contestation (sauf abruti armé et accompagné de sbires …. Bon. Même simplement abruti ! ).
    Je suis par contre impressionné par les arguments « historique » et « sociologique » jusqu’auxquels je ne suis jamais allé. Merci donc pour ce positivisme que tu nous adresses.
    Néanmoins, je ne peux souscrire à l’argument : « Pour prendre un exemple : La terre est ronde, parce que la NASA, le CNRS, et tous les scientifiques dignes de ce nom depuis Erastosthène le disent. … …Tout simplement parce qu’autant de références aussi sérieuses ne peuvent pas se tromper. »
    Je te rappelle qu’avant d’être reconnue ronde, la terre était plate. Et qu’il était tout simplement impossible que des gens cultivés, comme le Pape, les Rois, les érudits (Ptolémée …) se trompent. Ce qui a couté la vie à Platon. Elle était également le centre du monde. Galillée, le 22 juin 1633, alors âgé de 70 ans, est condamné à la prison à vie par la congrégation du Saint-Office, le bras judiciaire de l’Inquisition, après avoir été obligé d’abjurer le système héliocentrique de Copernic, dont l’œuvre a été mise à l’Index 15 ans plus tôt…. Il faudra attendre 1750 pour que la théorie selon laquelle la Terre tourne autour du Soleil soit acceptée par tous.
    Donc méfiance sur la valeur de « l’autorité ».
    Mais ceci n’enlève rien au charme, la vitalité et l’humour de ton argumentation. Cordialement, Dan

    • Hello !

      Merci pour ce retour.
      J’ai bien conscience des limites de l’argument d’autorité dans un contexte scientifique. Son usage (à mon humble avis) dépend de trois paramètres : le sujet, le public visé, et le consensus (si le dernier est absent, difficile d’émettre un argument d’autorité). Dans tout débat scientifique sérieux et un peu éclairé (avec le type d’arguments que tu présentes) en effet ça ne tient pas. Là dans l’exemple que j’ai pris (un niveau 0 caricatural) c’est une façon d’éviter un débat technique inutile avec une personne n’ayant pas les billes pour suivre. Alors certes, c’est toujours mieux d’expliquer et d’être pédagogique, mais on n’en aura pas toujours la patience (toujours selon le sujet, le public et le consensus). L’exemple de la rondeur de la Terre ce n’était peut-être pas le bon, si j’avais pris un truc du style « Tous les médecins / nutritionnistes conseillent de manger des fruits et des légumes, donc une alimentation à base de confiseries semble être à éviter » ça aurait peut être été plus juste.

  24. Francine

    Très bon article, comme d’hab. Si je ne devais en retenir qu’une chose, ce serait que la photographie de rue est un témoignage et qu’il est utile de la pratiquer.

    Pour ce qui est des règles du droit à l’image, en Suisse c’est un peu différent, un peu plus restrictif, même, je dirais. Pour tes lecteurs helvètes, voici un petit résumé que j’ai trouvé.

    Le droit à l’image en Suisse: photographier les foules, pas les individus

    En Suisse, le droit à l’image est un droit de la personnalité, protégé par l’article 28 du Code civil. Le principe est simple: on ne peut pas prendre quelqu’un en photographie sans son consentement, à moins d’un intérêt prépondérant privé ou public – le droit à l’information par exemple – ou d’une base légale. A partir de là, il s’agit d’être pragmatique. «On ne peut évidemment pas attendre qu’une rue soit vide pour photographier, note Vanessa Chambour, spécialisée en droit à l’image à Lausanne. Une scène de rue, d’ambiance, ne constitue pas une atteinte lorsque les personnes y figurent comme des accessoires. Si quelqu’un est ciblé ou individualisé, alors il devient le sujet du cliché et l’on peut parler d’atteinte.»

    Une foule ne pose donc pas de problème, tant que personne n’y est particulièrement mis en valeur. Adieu les élégantes et les canailles de William Klein, les passants attrapés par Meyerowitz ou Burri. Même pris dans la masse, un individu en situation gênante peut s’estimer lésé. Au revoir les clochards et les misérables de Cartier-Bresson. Quant aux personnalités publiques, elles doivent tolérer un degré d’exposition plus important que les anonymes. Une image les représentant dans un acte relevant de la vie privée doit cependant contribuer au débat d’intérêt général pour être justifiée.

    «Il y a peu d’actions en justice en Suisse, soit parce que les personnes ignorent avoir été photographiées, soit parce qu’elles sont flattées, soit parce qu’elles appréhendent les coûts et la longueur d’une procédure judiciaire. Les litiges sont souvent réglés à l’amiable», souligne l’avocate. Outre l’image en elle-même, le contexte de publication ou la légende peuvent porter préjudice aux individus photographiés. Il revient aux journaux de ne pas détourner le sens d’un cliché.

    • Hello !

      Merci d’avoir pensé à nos voisins Suisses !
      C’est plus contraignant en effet, pas pratique 🙁

    • Bonjour Francine,

      En France comme en Suisse le « droit à l’image » existe bel et bien , il est fondé sur l’article 9 du Code Civil : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » Mais ce droit doit être balancé par le droit à la liberté d’expression (ici essentiellement artistique mais également par le droit d’être informé). Ce que font les juges et qui crée la jurisprudence conduisant à l’état actuel du droit décrit par Thomas.

      Il faut donc pour savoir ce qui est réellement autorisé en Suisse, connaitre quelle est la jurisprudence des tribunaux helvètes en la matière.

      • Francine

        Merci pour ces précisions, hpchavaz, que je ne découvre qu’à l’instant. Effectivement, il est intéressant de connaître la jurisprudence des tribunaux sur ce sujet.

  25. Charles

    Bonjour Thomas, et merci pour ton blog et cet article très intéressant. Je me permet de rebondir et de suggérer une vidéo qui m’avait beaucoup parlé sur l’argument d’autorité et son utilité/ses limites, d’une chaîne YouTube qui gagne à être connue: https://www.youtube.com/watch?v=eLLIm-GpJh4 . Je l’ai trouvée très claire lorsque j’ai essayé d’éprouver les limites du recours aux experts 😉

    Au plaisir de continuer à te lire,
    Charles.

  26. Bonjour,,

    Je ne suis pas juriste, il me semble toutefois que concernant l’équilibre jurisprudentiel entre le droit à la vie privée et le droit à l’expression, il va falloir suivre avec attention les effets de l’entrée en vigueur du RGPD et des modification apportées à la « Loi Informatique et Libertés » (LIL) le 20 juin 2018 .

    Seule la photographie à usage exclusivement personnel semble ne pas être concernée (art. 2 de la LIL),

    Pour ce qui concerne la création artistique dont la photographie de rue, seules certaines dispositions de la loi et du règlement sont non applicables . L’obligation de collecter les données de manière loyale et licite (art. 6 de la LIL) reste notamment applicable.

    Par ailleurs, le considérant 51 du RGPD indique que les photographies, tant qu’elles n’ont pas fait l’objet d’un traitement par un dispositif biométrique, ne devraient pas systématiquement être considérées comme étant des données pour lesquelles les traitements ne sont autorisés que dans des cas limités. Toutefois, on peut, d’une part, remarquer qu’il ne s’agit que d’un considérant, et d’autre part, se poser la question de sa pérennité compte tenu des avancées des logiciels de reconnaissance faciale.

    Concernant la photographie de rue d’enfants : s’il ne me semble pas que jusqu’à présent de dispositions particulières même je n’ai aucun doute sur le fait que l’appréciation de l’existence d’un préjudice aurait été extensive . A présent les consentements explicites des enfants et des parents sont nécessaires (art. 7-1 de la LIL)

    Dans son article « GDPR — how bad is it for photographers? » sur medium ( https://medium.com/@hwieduwilt/gdpr-how-bad-is-it-for-photographers-d964c401c2 ), Hendrik Wieduwilt partage des interrogations proches.

    Henri-Pierre

  27. Annick Feroldi

    merci pour cet article toujours très bien documenté et argumenté, je sais qu’il n’y a pas de problèmes dans l’espace public juste je me suis posée la question des enfants, faut il avoir l’approbation des parents et peut on exposer une photo avec un enfant .
    deuxième chose pour les photos prises dans le métro ou les gares en général on a tout de suite quelqu’un de la sécurité qui nous tombe dessus en nous disant que c’est interdit idem dans les parkings

    • Alors, je ne suis pas un spécialiste du droit, mais les enfants ça me semble OK aussi. Tant que c’est dans une démarche artistique. Doisneau et Ronis l’ont fait, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait plus.

      Les gates sont des lieux publics, à priori c’est OK. De toute façon, la question se pose à la diffusion pas à la prise de vue. A la limite ils peuvent interdire les trépieds qui gênent le passage mais c’est tout. En gare je n’ai jamais eu de soucis.

  28. Dominique LEPRETRE

    Bonjour
    Pas encore lu l’article, mais pour dire que à la news letter depuis longtemps, c’est un peu lourd de devoir à chaque fois se réabonner pour y accéder, et une fois sur l’article, d’avoir des pop-up proposant de s’abonner … à la newsletter ! Même en écrivant ce post !
    Marketing marketing, un peu beaucoup lassant.
    Pour conclure sur un point positif, ce que vous partager avec nous est original et tout à fait passionnant. Merci beaucoup du temps passé à formaliser toutes ces idées. Votre livre est un beau challenge, pourquoi ne pas le publier en version papier, par exemple en passant par le site http://www.publier-un-livre.com/fr/

    • Dominique,

      La gestion des pop-ups est basée sur les cookies, donc si vous les supprimez, si vous changez d’appareil ou autre, ils réapparaîtront.
      Quoi qu’il en soit, vous n’êtes pas obligé de vous réabonner à chaque fois, vous pouvez cliquer sur « fermer ». Ce n’est pas bien cher payé pour un contenu que vous jugez « original et tout à fait passionnant » 😉
      Si je vois une chose lassante ici, c’est plutôt le fait de se plaindre alors que l’on a accès au contenu gratuitement.

      Pour le livre, je ne souhaite pas l’auto-éditer en version papier. Mais il sera peut-être disponible un jour sous ce format, je ne me suis pas encore décidé. 🙂

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