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Les derniers mois (ou quasi années), j’ai publié un peu plus de contenus sur le matos photo. Je l’ai fait principalement pour deux raisons :
- Ces contenus font énormément de vues (2/3 des vidéos ci-après sont dans les 10 plus vues de la chaîne). Bien que la course aux vues soit vaine dans l’absolu, elles permettent d’aller chercher l’audience qui ne s’intéresse pas forcément aux sujets culturels où elle est, pour pouvoir ensuite lui proposer d’autres choses. C’est une stratégie de croissance assez logique : si je ne parle que de culture photo, je ne parle qu’aux gens qui s’y intéressent déjà et c’est un peu contraire à mon envie de la faire découvrir largement.
- J’aime bien râler un peu, démystifier, emmerder les Leicaïstes (ils sont trop drôles avec leurs justifications improbables) et, partant de là, c’est aussi un excellent sujet. Faut bien que je m’amuse un peu aussi entre deux contenus sérieux, ayez pitié de mon âme. 😅
Et… si cette démarche fonctionne, elle a quand même un problème : à force de vous dire ce qu’il faut éviter et ne pas faire, je ne vous dis jamais ce qu’il faut faire et vers quoi aller. Un peu comme un GPS qui n’indique que les mauvaises directions, on conviendra que le côté pratique n’est pas optimal.
Alors que pourtant, j’en ai des choses à vous raconter : depuis que j’ai démarré la photo à la fac, j’en ai testé des boîtiers, des combinaisons, des technos. Depuis que je fais du contenu en ligne, j’en ai lu des retours utilisateurs sur le matos, sur votre matos. Parce que s’il y a bien un truc sur lequel les photographes ne sont pas avares, c’est : parler de leur matos. Allons-y donc une fois pour toutes.
Pourquoi on ne parle pas du premier appareil ? 🤔

Quand on tape « comment choisir son premier appareil photo » sur Google, on tombe sur ça :

Il y a beaucoup de résultats, sans doute des milliers, et je n’allais pas vous les screenshoter toutes. Et certains copains dedans, donc je ne vais pas râler trop fort 😬. Mais pour moi, ils ont deux problèmes :
- Les débutants n’ont aucune idée de leurs besoins réels, de ce que va être réellement leur pratique et… partant de là, tout se vaut un peu. L’important, c’est de démarrer ; ils verront très vite, en chemin et comme des grands, ce qui leur manque et quoi prendre ensuite (d’où le fait de se concentrer sur le 2ᵉ appareil photo). Pour ma première guitare, je voulais qu’elle fasse un son de guitare. Les micros, le bois de la touche ou autre… je peux lire deux heures d’articles pour qu’on m’explique ce qui est le mieux, mais je n’ai aucune idée de ce qui est le mieux pour moi.
- La plupart des gens n’achètent pas leur premier appareil photo. Ils démarrent avec ce qu’ils ont sous la main : l’appareil de papy, leur smartphone, un vieux compact qui traînait là. J’ai, très empiriquement, l’impression que les gens qui se lèvent un matin et se disent « maintenant je me mets à la photo » et vont claquer 2000 balles dans un kit sont assez rares. Ils démarrent avec ce qu’ils trouvent.
Ce deuxième point est causé par la vente des smartphones, qui sont chaque année meilleurs pour les photos (au point où c’est parfois très difficile de faire la différence entre les deux sur certains types d’images, cf. ci-après).
Avant, on achetait un appareil familial pour capter les moments de vie, puis on se prenait au jeu et on montait en gamme. Maintenant, c’est le smartphone qui a ce rôle.

Du coup, bon, le premier appareil photo est déjà dans la poche des photographes débutants (et il est peu probable qu’ils me lisent de toute façon). On va s’intéresser au véritable sujet : choisir le deuxième.
Le guide ultime pour choisir un appareil qui vous convient vraiment
Vous voulez savoir comment choisir votre deuxième appareil photo ? Le troisième ? Et ainsi de suite jusqu’à obtenir votre badge Photographe de Diogène ? Eh bien, suivez ce guide, ultime, final et définitif. Il vous permettra de choisir, bien choisir, et sans trop vous appauvrir. Le rêve d’une vie.
La règle d’or : partir de votre besoin et non des spécifications

Bon, on va se le dire tout de suite, parce que j’ai l’impression que ça n’est pas toujours clair : le but d’acheter un appareil photo, ça n’est pas de réussir la quête de trouver le meilleur appareil photo pour les euros que j’ai à dépenser. Il ne s’agit pas d’un concours de lecture de spécifications techniques et de comparatif de pages web. J’aime beaucoup le site Camera Décision et je trouve ça marrant de jouer avec quand j’hésite, ou juste pour comparer un compact de 2004 et le dernier fleuron d’une marque ayant pignon sur rue, pour voir sa perplexité. Mais ça n’est pas comme ça qu’il faut procéder.
Si vous avez 1 000 € à dépenser, le meilleur appareil photo pour 1 000 € n’existe tout simplement pas. L’appareil photographique parfait, qui fait tout bien dans toutes les situations, n’existe pas. Que ce soit pour votre budget, un budget inférieur, ou un budget terriblement supérieur. Pour deux raisons :
- On le saurait déjà depuis longtemps si le boîtier ultime existait. 90 % des chaînes YouTube photo auraient fermé et vous m’auriez vu sortir le champagne (ce qui est d’autant plus rare que je déteste ça).
- Il s’agit de produits industriels qui ont des contraintes de production ne permettant pas de faire un appareil photo à la fois d’une taille raisonnable, avec le meilleur capteur de sa génération et à un prix raisonnable. Pousser un GFX dans un Ricoh GR pour 2 000 €, c’est une utopie (ou l’équivalent d’un éléphant follement amoureux d’un raton-laveur, y’en a un qui va souffrir et à la fin on a rien de viable). C’est donc une industrie qui ne fait QUE des compromis et donc ne peut jamais atteindre d’optimal universel.
Donc, donc, donc.
Si l’appareil parfait dans l’absolu n’a jamais existé, n’existe pas et n’existera jamais, il faut chercher l’appareil qui est parfait pour vos besoins.
Et c’est là, toute la putain de clé du sujet. C’est comme ça qu’il faut réfléchir au problème.

Il faut partir de votre besoin et non des spécifications. Cela ne veut pas dire « lire les specs et décider de si j’en ai besoin à chaque étape ou non ». Vous n’allez pas vous demander « Ai-je réellement besoin de 43 images par seconde ? « puis dérouler la liste jusqu’à la fin de la fiche technique.
Prenez une feuille blanche, et posez-vous les questions suivantes (liste non exhaustive, ni contractuelle) :
- Quel est l’usage majoritaire prévu de ce boîtier ?
Parce que oui, on l’a dit, l’appareil photographique parfait et qui fait tout bien en toutes situations n’existe pas. Vous allez devoir prendre un appareil pour un usage principal, et accepter des compromis sur le reste (on y reviendra). Si vous faites du portrait, vous allez peut-être opter pour un appareil photo plein format et en effet, ça sera sans doute un peu lourd et plus galère à porter en randonnée qu’un compact. Tant pis, c’est la vie, il va falloir l’accepter. - Aimez-vous passer du temps derrière un ordinateur ou pas ?
Chaque appareil offre des options différentes en termes de personnalisation du rendu et du format de sortie. Et en gros : si vous aimez bien passer du temps à bidouiller vos images, orientez-vous vers une marque dont les RAW sont très souples et avec plein d’infos. Si vous n’aimez pas ça, orientez-vous vers une qui produit de beaux JPG et sur mesure (Fujifilm par exemple, j’aime aussi bien ceux de mon Ricoh). - Où et quand allez-vous vous en servir ?
Parce que oui, votre appareil, il faut le trimballer. Et il y a pas mal de situations où trimballer votre collection de briques n’est pas des plus optimal. Si c’est un appareil pour faire des photos tout le temps et à droite à gauche, il va sûrement falloir rogner un peu sur les specs pour prendre ce qui rentre dans un appareil qui, lui, rentre dans votre poche. Si vous faites de la photographie d’archi et que vous vous déplacez en voiture, ça n’est pas un souci. - Avez-vous déjà des objectifs ou des accessoires d’une marque ?
Parce que bon, si vous avez trois optiques Canon EF qui dorment dans un tiroir, ça serait quand même ballot de repartir de zéro chez Nikon. Ou alors vous avez une passion pour les bagues d’adaptation et les menus labyrinthiques, c’est possible aussi, chacun ses vices. - Souhaitez-vous qu’il vous donne envie de sortir shooter ?
Oui, oui, ça compte. L’ergonomie, le look, la prise en main. Ce n’est pas que de la coquetterie : c’est le genre de détails qui fait que vous prenez l’appareil en partant faire un tour, ou que vous le laissez sur l’étagère avec un petit regard coupable en passant. C’est le type fanas de sacs photo qui vous dit ça, je reste cohérent sur cet aspect. Par exemple, j’adore mon D750 pour ça. OK c’est classique, mais la prise en main est incroyable (et me fait penser à mes débuts au réflex, bref j’adore). - Quel est votre niveau de tolérance à l’automatisation ?
Si vous aimez tout contrôler, du diaphragme à la température couleur en passant par la balance des blancs custom en Kelvin parce que « non mais regarde le rendu des ombres », ne prenez pas un boîtier qui fait tout à votre place. Et inversement : si vous voulez juste cadrer et cliquer, ne vous infligez pas une usine à gaz pensée pour des mecs en gilet multipoches. - Quel est votre rapport au tactile ?
Parce que si vous avez des gros doigts, ou que vous photographiez avec des gants la moitié de l’année (cc les copains du Nord), un écran tactile hyper réactif mais sans joystick, ce n’est pas une bénédiction, c’est une punition. - Filmez-vous ? Et si oui, à quel point ?
Si c’est juste pour filmer votre chat qui miaule dans le Thermomix, vous pouvez faire l’impasse sur la 4K 60p 10 bits log machin chose. Mais si vous voulez faire des vidéos YouTube bien propres ou du court-métrage, il faut le prendre en compte dès maintenant, pas vous rendre compte à l’export que votre appareil a croppé comme un sagouin. - Êtes-vous prêt à assumer les compromis de votre choix ?
Parce qu’un appareil léger c’est cool, mais il ne faudra pas râler le jour où vous avez besoin d’un autofocus ultra véloce pour capter votre neveu en train de faire un triple salto sur le toboggan. Inversement, si vous prenez un tank, il faudra assumer le mal d’épaule au bout de 3 h de balade. - Et surtout : allez-vous l’utiliser ?
Ça peut sembler con, mais parfois on achète un truc parce qu’on pense que ça va nous faire faire plus de photo. Spoiler : non. Si vous ne faites pas de photo maintenant, ce n’est pas l’ISO 12800 qui va vous y mettre. Si vous faites de la photo, n’importe quel appareil à 500 € entre de bonnes mains fera déjà très bien le taf. Le reste, c’est de l’ergonomie, du confort. D’ailleurs, spoilers : 90 % des photographes qui liront cet article n’auront sans doute pas vraiment besoin d’un nouvel appareil photo et le feront probablement dormir un peu sur leur bureau s’ils passent à la caisse.
Pensez en termes d’expérience

Autre point, à mon sens essentiel à avoir en tête : pensez en termes d’expérience. J’ai longtemps eu une approche du sujet très pratico-pratique : j’achetais ce qui cochait le plus de cases pour mon besoin et pour le reste, bah je me faisais violence. C’est pour ça que j’ai fait de la photographie de rue au Canon 7D Mark II, une des plus belles briques de l’histoire de la briqueterie.

Désormais, je fais un peu comme pour les guitares : j’ai plein de guitares. J’en ai pas une à 4 000 € et qui couvrirait toutes les situations. J’en ai plusieurs, souvent pas trop chères, mais avec des configurations (bois, manche, micros…) différentes, pour une jouabilité et des sonorités différentes. Bref, une expérience différente. Jouer sur A n’est pas jouer sur B, et les deux vont m’emmener vers tel ou tel genre de musique. Et avec le temps, c’est cette approche là que j’ai fini par prendre en photo (au sens propre comme figuratif comme vous pouvez le voir).

Alors, évidemment, je ne vous dis pas de tout acheter neuf et sorti la semaine dernière pour varier les expériences, ça serait idiot. C’est juste qu’ici, je m’adresse à une audience de photographes artistes, et qu’à l’inverse des professionnels, il n’y a pas un standard attendu à la fin. Eux ne vont jamais shooter un mariage avec un Canonet QL17 GIII. Ils ont un résultat à produire, des impératifs à respecter. Pour nous, c’est un outil de création, avec lequel il faut être à l’aise, apprécier le moment, ses fonctions, les possibilités qu’il offre et comment il permet de créer. Et en vrai, c’est déjà pareil dans d’autres arts. On n’imaginerait pas des peintres avoir une approche pratico-pratique et peindre leur toile au pistolet motorisé parce que « c’est le plus efficace pour étaler du bleu et ça va quand même vachement vite ». Ils choisissent des techniques et outils en fonction du contexte, et c’est aussi ce que je vous conseille de faire (et on verra ensuite comment le faire sans éclater le budget des études du p’tit dernier issu d’une soirée trop arrosée).
Alors, penser en termes d’expérience, ça veut dire quoi ? 🤔
Eh bien, c’est un peu global. Ça veut dire :
- Tout d’abord, il y a la taille et le poids, en effet, on y revient. Mais la légèreté n’est pas forcément un optimum vers lequel tendre. J’ai un Yashica Mat 124G, un argentique moyen format TLR. C’est lourd (pour le coup, ça ressemble vraiment à une brique) et volumineux (aucune poche ne le supporterait). Mais j’aime bien m’en servir. C’est sympa. On se pose, on prend le temps, il y a un côté sacralisé. Ce qui m’amène au point suivant :
- Comment visez-vous ?
Ça aussi, ça joue beaucoup. Un bon télémétrique (donc pas lui) permet de voir le cadre de l’image et ce qu’il se passe autour. Je sais que j’adorais mettre mon X-Pro2 avec le viseur en grand angle plutôt qu’en standard avec mon 35 mm (équivalent 50 mm en FF) pour justement, encore plus voir ce qui se passe autour. Le TLR dont on parlait permet de viser sur le dessus et d’être un peu coupé de la scène. Un compact avec un écran permet de pas mal se détacher de l’appareil que l’on peut regarder du coin de l’œil. Et ainsi de suite. La visée joue énormément sur l’expérience.

- À quel point pouvez-vous le personnaliser ?
Certains appareils permettent d’être customisés de bout en bout. Sur le Ricoh GR III par exemple, on peut enregistrer six réglages utilisateur que l’on peut attribuer à trois modes (sur la molette PASM, de U1 à U3) et ça, en termes d’expérience, c’est vraiment bien. On peut passer d’une configuration à une autre totalement différente en une rotation. On n’est pas frustré par une interface et des menus à se coller à chaque fois (comme sur un X-T4, qui n’en dispose pas et demanderait plus de manips pour faire les mêmes changements). Bref, pouvoir foutre ce qu’on veut, où on le veut, quand on le veut, c’est ultra important. - Comment je déclenche et quel bruit ça fait ?
Le ressenti du déclencheur change tout. Un obturateur central feutré, un déclencheur de télémétrique souple, ou à l’inverse un bon gros clac mécanique à l’ancienne… cela joue énormément sur la sensation de prise de vue. Et certains appareils numériques ont des déclencheurs tellement mous ou désincarnés qu’on ne sent même pas qu’on a pris une photo. Frustrant ou parfait, selon la situation.
Le son compte aussi. Certains appareils émettent un petit tic-tac satisfaisant, d’autres un gros crac qui réveillerait toute une boite de nuit. Et certains sont muets comme des espions. Tout cela façonne votre rapport à l’appareil et au moment. - Quelle relation avez-vous avec le temps quand vous l’utilisez ?
Un appareil lent à l’usage (mise au point manuelle, chargement de film, temps de latence…) impose un rythme. Il peut être contraignant si vous voulez de la spontanéité, mais il peut aussi créer un cadre favorable à la contemplation. À l’inverse, un appareil réactif peut vous amener à photographier plus vite, plus instinctivement. C’est ni bien ni mal, juste une expérience différente. - Avez-vous du plaisir à manipuler l’appareil ?
Tourner une bague de diaphragme bien crantée, sentir le point se verrouiller à travers une vraie mise au point manuelle, ajuster une vitesse au déclencheur : cela peut être jouissif. Ou pénible. Tout dépend de l’appareil. Si tout passe par un menu tactile imbuvable, cela peut vite vous couper l’envie. La manipulation, c’est une partie de l’expérience. - Vous rend-il invisible ou visible ?
Parce que photographier avec un smartphone (oui, c’est un appareil photo aussi 😬), ce n’est pas pareil que photographier avec un Nikon D4. L’un laisse les gens indifférents, l’autre fait fuir les passants comme un photographe de presse. Et parfois, vous avez envie d’être une ombre, parfois, vous avez envie d’être identifié comme le photographe. Cela dépend de vous, du projet, du jour. - Vous donne-t-il envie d’expérimenter ?
Certains appareils poussent à tester des choses : un fisheye monté en fixe, un mode filtre étrange, un mode double exposition très créatif… Cela incite à sortir du cadre. D’autres, au contraire, sont tellement “sérieux” qu’ils vous figent dans des usages classiques. C’est bien aussi, mais ce n’est pas la même expérience. - Avez-vous envie de le prendre avec vous, là, tout de suite ?
C’est LA meilleure preuve. Si l’appareil vous donne envie de sortir, de photographier, de tenter quelque chose, c’est qu’il est bon pour vous. Peu importe s’il a “seulement” 12 fps ou un autofocus d’il y a dix ans.
P.S. : Vous avez vu qu'à ce stade, on n'a toujours pas parlé de mégapixels. C'est fou non ?
Ne vous en servez pas comme un débile

J’ai acheté un Nikon D200 (celui dont je parle dans une des vidéos citées en introduction). Quand je l’ai reçu, j’ai lu le manuel (enfin, avant, parce que j’étais impatient), et j’ai découvert plein d’options de personnalisation trop bien. Notamment une que j’aime beaucoup : je le laisse par défaut en mode de mesure de la lumière « spot » (parce que je ne veux pas cramer les images et profiter des jolies couleurs du CCD), mais sur la touche FN, j’ai mis le mode de mesure de lumière « matriciel » pour pouvoir switcher aisément si la scène est trop contrastée. C’est super utile, ça améliore l’expérience, et je le sais uniquement… parce que j’ai lu le manuel.
On va le dire autrement et sans trop faire de détours : le meilleur appareil photo au monde sera une usine à merde si vous ne savez pas vous en servir.
P.S.² : Il peut aussi être une formidable machine à produire du caca tout en sachant vous en servir, mais j'ai dit que je ne tapais plus sur la FIAP. J'aurais tendu 2 minutes.
Et quand je dis « vous en servir », je veux dire « vous servir de cet appareil‑là en particulier, connaître ses possibilités ». Comme disait Flusser (je paraphrase) : l’appareil doit pouvoir faire ce que veut le photographe et le photographe doit vouloir faire ce que peut l’appareil photo. Et pour ça, faut connaître comment il marche. Oui, je sais, vous avez une belle veste à poches, 500 likes sur une photo Flickr et vous savez compter de 1/3 stop en 1/3 de stop à l’endroit et à l’envers, mais ça, on s’en cogne. On a tous les bases du fonctionnement de la photographie, mais c’est bien différent de connaître le fonctionnement de chaque boîtier.
Donc, lisez le putain de manuel. Automatisez, fouillez, personnalisez au max (comme on vient de le voir, avoir la bonne fonction au bon endroit, c’est plus important qu’en avoir 50 291 différentes, et ça, même un appareil de 2005 peut vous gâter sur le sujet).
D’ailleurs, personnellement, c’est aussi un critère de choix. Parce que les tests et tout, c’est sympa, voir untel ou untel tourner les molettes et me donner un avis, c’est parfois utile. Mais le manuel permet de voir concrètement comment le boîtier fonctionne, ce qu’il fera, ne fera pas, comment vous pourrez vous l’approprier. Et si vous voulez une astuce pour terminer : quand j’ai besoin de m’approprier un truc (un appareil photo, mais ça marche pour d’autres choses), je fais un GPT (un bot avec une prompt et une base documentaire spécifique) en lui filant le mode d’emploi. Ça me fait un pote à qui poser toutes mes questions dessus. C’est terriblement plus efficace que n’importe quel forum de pignolage technique collaboratif.
Et les objectifs ?

Concernant les objectifs, je vais vous simplifier la vie pour un petit moment : il n’y a que deux règles à respecter pour avoir une expérience sympa, de la polyvalence et ne pas vous ruiner. La première règle est évidente :
Restez avec la marque et la monture que vous avez
En gros, l’appareil photo décide des objectifs que vous aurez (en toute logique) et l’inverse est aussi vrai : les objectifs vont un peu décider de l’appareil que vous pourrez prendre. Donc bah, si vous avez tout un parc d’objectifs en Nikon Z, bah c’est pas mal de rester en Nikon Z. Cela me semble quasiment trop évident pour l’écrire, mais j’ai déjà vu passer sur des Discords ou des forums des conversations du type : « Dois-je acheter l’appareil XY parce qu’il va avec l’objectif ZZ12 de cette marque et qu’il est vachement bien parce qu’il fait X % mieux que les autres et qu’il y a pas ailleurs ? »
Bah globalement, on s’en fout. Quand je suis passé du reflex à l’hybride (pour des raisons de poids et non optiques), j’ai revendu tout mon parc optique, et oui, ça se fait assez vite si vous devez passer par là. Pour revendre du matériel régulièrement (des trucs que j’ai reçus en plus lors de commandes sur Le Bon Coin, ou pour simplifier ce que j’ai dans mon tiroir), ça part globalement assez bien. Mais c’est quand même beaucoup d’énergie, de temps et un peu d’argent (perdu) à dépenser pour un gain très marginal. Donc si vous le pouvez, restez dans la même monture. D’autant plus que les marques tierces font des optiques pour toutes les montures, donc il n’y a vraiment plus trop de raisons de s’emmerder.
La deuxième règle, c’est :
Au-delà de deux objectifs, prenez un zoom.
Pendant longtemps, je n’aimais pas du tout les zooms : trop gros, trop lourds, trop passe-partout. Je les considérais souvent comme un compromis tiède entre plusieurs focales fixes. J’en avais deux, des vieux Nikon d’entrée de gamme des années 2000, que mon père m’avait filés. Une horreur. Du coup, pendant longtemps, j’étais full focales fixes : chez Fujifilm, je tournais quasi tout au 23mm, avec un peu de 35 de temps en temps. J’étais bien, j’étais léger, j’étais libre.
Et puis j’ai commencé à faire de la vidéo. Là, ça s’est compliqué. J’ai pris un 16mm pour cadrer plus large quand je filme avec l’appareil photo fixé à mon bureau. Ensuite j’ai commencé à lorgner du côté du 50mm pour faire du portrait ou des plans un peu plus serrés (sur les livres). Et en fait, je me suis retrouvé à jongler avec 3 ou 4 optiques… juste pour bosser. À un moment, j’ai regardé mon sac et je me suis dit : « Mais pourquoi je fais ça ? 😅 »
C’est là qu’on m’a dit « T’es con ou quoi prends un zoom ! ». Et ça a tout changé. Le confort, la praticité, la polyvalence. Aujourd’hui, certains zooms sont compacts, lumineux, très bons optiquement, et parfaitement adaptés à une pratique diversifiée (vidéo, et différents types de photo).
Prenons un exemple concret. C’est ce que j’ai acheté mais y’en a sans doute plein de très bien pour votre budget et votre usage. Parlons donc du SIGMA 18-50mm F2.8 DC DN (en plus j’aime bien donner son nom en entier avec tout ces petits acronymes toujours un peu mystérieux).
Ce type d’objectif remplace facilement trois ou quatre focales fixes, tout en gardant une qualité d’image qui, franchement, est largement suffisante pour mes besoins. Il m’évite de remplir mon sac de matériel, limite les manipulations (et donc les poussières sur le capteur) et simplifie vraiment tout mon flux de travail. Avec son ouverture constante à f/2.8 et sa couverture des focales essentielles en photo comme en vidéo (18, 23, 35, 50 mm), je peux ajuster mon cadrage ultra rapidement sans changer d’objectif. Passer d’un plan serré à un plan large en un quart de seconde, que ce soit pour filmer des tutos à mon bureau, documenter un voyage ou photographier à peu près tout ce que je veux, c’est devenu hyper confortable. Franchement, c’est l’objectif à tout faire par excellence. Quand je pars plusieurs semaines en voyage, je prends ça, et c’est tout, fin de l’histoire.
P.S.3 : Surtout que dans ce contexte, où j'ai un sac dédié, la différence avec une focale fixe est négligeable. Et pour les moments où la compacité est réellement prioritaire, j'ai mon Ricoh GRIII qui traine.
P.S.4 : Sigma ne m'a pas payé pour écrire ça, mais franchement les gars si vous voulez m'envoyer de la moulaga pour payer les livres, j'ai un RIB à dispo juste là.
Donc, croyez en mon expérience : dès que vous commencez à multiplier les focales fixes, il devient plus cohérent de passer sur un bon zoom. Vous gagnerez en souplesse, en efficacité et en simplicité.
C’est l’occasion de sauter sur l’occasion

Sans grande surprise, l’astuce pour multiplier les expériences photographiques (et donc quelque part créatives), ça s’appelle le marché de l’occasion.
Le problème, c’est qu’on est dans un domaine très technophile quand on fait de la photographie. C’est un peu tout l’inverse de la musique (pour y avoir consacré deux décennies, je parle en connaissance de cause). Dans la musique, il y a un côté plus c’est ancien, mieux c’est ; c’est vrai pour les instruments classiques (un violon qui a plusieurs siècles coûterait plus cher qu’un récent) et c’est aussi vrai pour ce que je fais. Les vieilles guitares coûtent plus cher que les récentes ; j’ai même acheté un alien : une guitare récente, qui imite parfaitement un modèle de 1961… et donc coûte cher, mais pas trop. Tout un concept. Et il en va de même pour les vieilles boîtes à rythmes dans l’électro. Vous pouvez vous ruiner pour une Roland TR-808 alors qu’une récente avec le même son se trouverait pour quelques centaines d’euros, et serait sûrement plus fiable.
Bref, en photo, ça marche dans l’autre sens : dès que c’est un peu vieux, on a tout de suite l’impression que c’est moins bien, daté, lent, foireux et peu fiable. Alors, il y a un fond de vérité dans ça : c’est une technologie qui évolue très vite, un appareil photo d’il y a 100 ans ne tiendra pas la comparaison, techniquement, avec un appareil photo moderne (en termes de trucs très basiques : précision, fiabilité, rapidité dans la manipulation, etc.). En musique, c’est un poil différent, parce que la principale différence, c’est l’industrialisation, la standardisation, et le remplacement de certaines matières par des moins nobles. Ça justifie pas mal l’attrait (que j’ai) vers les instruments du passé.
Cependant, il y a une réalité qu’il ne faut absolument pas oublier, et ça sera votre boussole sur le marché de l’occasion :
Le monde à photographier est toujours le même.
Un appareil photo qui était au top il y a 20 ans peut parfaitement photographier le même monde aujourd’hui. Un visage reste un visage, un paysage un paysage, et ainsi de suite. S’il y a 20 ans on pouvait travailler avec, produire des images intéressantes et les utiliser de façon créative… il y a peu de raisons que ça ne soit plus possible aujourd’hui. C’est d’ailleurs souvent intéressant de lire les critiques techniques de l’époque. Parfois, on peut lire que des spécifications (comme par exemple avoir 12 millions de pixels) sont overkill et inutiles, sauf si on fait des tirages de telle ou telle taille.
Bref, le marché de l’occasion est votre meilleur ami. D’autant plus que j’ai pris un exemple un peu extrême en parlant d’un boîtier qui a 20 ans. Pour faire quelques tests, utiliser mes optiques Nikon et parce que j’avais envie de full frame (je n’en ai jamais eu, ne me jugez pas), j’ai acheté un Nikon D750. Il était au firmament à sa sortie, salué par la critique et très apprécié par mes potes qui l’avaient. Le J, c’est le S. Bah, pour 400 €, on a un boîtier d’exception : je vous passe les détails techniques, mais il fait parfaitement bien ce que je voulais qu’il fasse, photographie le monde comme je veux qu’il le fasse et ne souffre d’aucune limitation. À part le poids, et encore, il y aurait peu de différence avec un FF pro et une optique haut de gamme. En plus, c’est rigolo, je retrouve le procédé avec lequel j’ai appris, celui où on ne voit les images qu’après coup, où on photographie pour voir à quoi ressemblent les choses une fois photographiées, comme dirait Winogrand. C’était une belle affaire parce qu’à 400 €, il sortait de révision chez Nikon, affiche donc un compteur de vues de 0 au déballage et est dans un état irréprochable. Pourquoi j’irais dépenser plus pour une expérience qui ne serait que 3 % différente au juste ? 😅
Donc, l’occasion est intéressante. Mais bon, une fois qu’on a dit ça et que je vous ai raconté mes meilleurs coups, vous n’êtes pas plus avancés. On va donc immédiatement y remédier en répondant à cette question : comment faire les meilleures affaires sur le marché de l’occasion en photo ?
Voici ma liste de conseils non exhaustive (et toujours pas contractuelle) :
- Premièrement, avec l’occasion, il ne faut pas être pressé. C’est la première règle, d’or, immuable, ce que vous voulez. La très bonne affaire que vous cherchez arrivera peut-être dans un mois, c’est normal, c’est comme ça. Il faut donc avoir l’habitude de mettre en place des alertes (Leboncoin, eBay et consorts en proposent) et de regarder régulièrement. Mais il va falloir vous armer de patience.
- Si vous êtes pressé et voulez un objet précis pour une date précise, prenez du neuf ou du semi-neuf. Je pense aux sites comme MPB qui vendent du matériel d’occasion mais révisé, sous garantie, dispo immédiatement, mais forcément plus cher. J’achète parfois chez eux quand je n’ai pas envie de me prendre la tête, mais en toute logique, ce n’est pas là qu’on fait les meilleures affaires, leur service ayant un coût pour l’utilisateur final. Vous y laissez un peu de sous, mais vous gagnez du temps et de la sérénité, c’est un choix.
- Il va falloir utiliser ce sacro-saint triptyque : comparer, négocier, revendre. Je m’explique :
- Avant toute chose, comparez les offres (vous enregistrez toutes celles qui vous intéressent dans une liste, des favoris Leboncoin ou que sais-je) et vous comparez ça un peu rationnellement : qui propose quoi, dans quel état, et à quel prix. Il faut vite repérer les prix qui sont « plutôt justes » des types qui se touchent parce qu’ils pensent que leur brique est faite d’or, alors que personne n’en voudra. Aussi, n’hésitez pas à aller voir les ventes terminées sur eBay (ou à poser des questions aux vendeurs ayant réalisé une vente sur Leboncoin). Parce que le prix de vente concret est souvent bien différent du prix affiché au départ, et ça, c’est un élément à avoir sous le coude aussi. Cela vous emmène à l’étape n°2.
- Il faut négocier. Alors, il ne s’agit pas d’être super pénible et de faire ce truc insupportable de « je dis un prix super bas pour qu’on coupe la poire en deux et que j’y gagne ». Cela ne marche pas, ça fait suer tout le monde et personnellement je déteste ça. Cependant, je vous encourage à envoyer un message poli et argumenté présentant votre offre (y’a rien de mal à ça). Vous avez constaté que le produit se vend plutôt à tel et tel prix sur eBay, qu’il est contrôlé et sous garantie sur MPB à tel prix, mais que le vendeur n’a pas de contrôle, pas de garantie et est X € au-dessus. Vous proposez donc le prix Y et… le destin vous dira si ça marche. Vous pouvez aussi repérer les annonces qui traînent en ligne depuis un moment, souvent les vendeurs sont plus enclins à retirer quelques € pour conclure la vente et se débarrasser du produit. Aussi, petite astuce qui marche très bien : cibler les annonces super mal rédigées et imprécises. Ce sont souvent des gens qui ont récupéré du matériel de X ou Y façon, ne s’y connaissent pas trop et veulent surtout s’en débarrasser. Ce qui nous emmène aussi au point suivant (c’est bien fichu, vous avez vu ? 😬)
- Revendez. Souvent, acheter en lot est moins cher qu’au détail, parce que les vendeurs arrondissent un peu le prix. Alors vous allez me dire : « Oui mais moi je m’en cogne d’avoir 2 objectifs en plus, je les ai déjà ». Sauf que… ça se revend et réduit l’addition pour vous. Et souvent, à l’unité, ça se revend plus cher que ce que vous l’avez payé dans le lot. Par exemple, avec mon D200, j’ai eu 2 objectifs, une poignée grip et un sac photo. Pour 115 €, je crois. J’ai gardé le grip (oui, laissez-moi vivre ma vie de papy-bokeh), donné le sac, et revendu les objectifs séparément. Le D200 m’a coûté 65 €, du coup. 65 € l’appareil photo, c’est sympa non ? Surtout que les vendeurs qui s’obstinent à vendre en lot ont souvent plus de mal à vendre et acceptent un peu la négo (cf. point précédent.)
Avec tous ces éléments, vous avez tout ce qu’il vous faut pour attaquer sereinement le marché de l’occasion. Parce que non, vous n’avez pas besoin du dernier appareil photo sorti avec le code promo de votre créateur préféré. Sauvez la planète, achetez d’occas’.
Conclusion
Bon. J’ai longtemps râlé sur ce qu’il ne fallait pas acheter, sans jamais vraiment vous dire comment choisir ce qu’il vous faut. J’espère que ce guide aura un peu réparé ça — et qu’il vous aura plu au passage.
Parce qu’au fond, et pour résumer les choses : il ne s’agit pas de chercher l’appareil « parfait » dans l’absolu (il n’existe pas), mais de trouver celui qui colle à votre usage, vos envies, votre rapport à la photo. On achète une expérience, pas un tableau Excel (ou Google Sheet si vous avez moins de 40 ans).
Vous voulez du confort, de la compacité, un joli JPEG sans toucher à rien ? Un appareil peut le faire. Vous voulez bidouiller, tout paramétrer, réagir au quart de tour ? Un autre le pourra. L’important, c’est de connaître vos priorités, assumer les compromis… et, si possible, lire ce foutu manuel 😬.
Ajoutez à ça :
- Une approche pragmatique côté objectifs (restez dans votre monture, et au-delà de deux focales fixes, prenez un bon zoom),
- Un petit passage par l’occasion pour éviter l’hémorragie financière,
- Et l’idée que c’est le plaisir de shooter qui doit guider le choix (pas les specs du moment),
… et vous aurez déjà 90 % des réponses que des dizaines de vidéos YouTube ou de forums ne vous donneront jamais. 😉
Alors voilà. Si cet article vous a évité un achat compulsif ou vous a donné envie de ressortir un vieil appareil pour voir ce que ça donne, c’est gagné.
On en discute en commentaires ✌🏻
2025 est une année formidable pour la musique, du coup le carré VIP des albums qui tabassent est par ici :



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