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Dans cet article, on va parler de photo et de concert, mais pas de photo de concert.
C’est une discipline que je ne pratique pas et que je ne connais pas bien non plus. Seulement voilà, vous le savez : moi et les analogies photo-musique, c’est une grande histoire d’amour. Je fais régulièrement des analogies entre ma pratique de la guitare (je joue depuis une vingtaine d’années) et celle de la photo. On retrouve souvent des problématiques communes, autour du matériel, de la créativité, de l’influence et ainsi de suite. Faire un petit pas de côté permet souvent de mieux comprendre les choses, les mécanismes. Je vous avais d’ailleurs fait un article sur le sujet, il y a quelques siècles (mais il est encore bien en vrai, lisez-le 😊).
Si j’aborde le sujet, c’est parce que je vis sans doute ce qui semble être ma meilleure année musicalement (et on est qu’en mai au moment où j’écris ces lignes). Je ne sais pas si c’est le hasard, si c’est vraiment une bonne année, ou juste moi qui suis plus ouvert, mais j’enchaîne claque sur claque, et principalement en concert. Déjà parce que j’ai vu (ou vais voir) mes big 5 du metalcore (Architects, August Burns Red, BMTH, The Devil Wears Prada, Underoath). C’est certes un détail qui vous passera au-dessus de la tête, mais c’est un alignement de planètes tellement improbable que j’ai encore un peu de mal à y croire. J’ai l’impression d’être en 1991 quand Blood Sugar Sex Magik des RHCP, Metallica de Metallica (aka The Black Album) et Nevermind de Nirvana sont sortis à 2 semaines d’intervalle (oui, grosse semaine).
Bref, je parle souvent de la pratique artistique de la photo et sans surprise, les musiciens sont aussi des artistes. En voyant ces concerts (et découvrant quelques albums), je me suis fait quelques réflexions sur la pratique de la photo, et je me suis dit qu’un article serait une bonne occasion de compiler tout ça.
Démarrons donc ce petit florilège d’anecdotes photo-métal et sortez vos écouteurs, y’aura de la musique.
La pratique rend l’exécution fluide
Bon, je ne vais pas tourner autour du pot : je suis un fan absolu d’Architects. J’avais découvert avec l’album Hollow Crown il y a une quinzaine d’années, et j’avais été scotché par l’insolence de certains morceaux. Le titre Early Graves démarre comme une Formule 1 à pleine balle sur une route de campagne : ça arrache le sol et ça n’a aucun sens. Même si j’ai aimé certains albums un peu moins (comme The Here and Now) et que d’autres m’ont marqué à vie (comme Lost Together // Lost Forever et All Our Gods Have Abandoned Us), je les ai toujours suivis.
Ça fait donc quelques années que je les vois en concert et il y a bien une chose qui m’impressionne de plus en plus : Sam Carter. Je vous passe les détails, mais en gros il a des capacités vocales assez bluffantes, entre des passages très chantés (et assez hauts) et d’autres criés, et toutes les nuances entre les deux. Si ce sujet (très hors sujet) vous intéresse, il y a pas mal de détails ici :
Et pourquoi je vous en parle donc, à vous photographes ?
Parce que la dernière fois que je les ai vus, j’ai été très impressionné par la facilité avec laquelle il fait tout ça. À écouter les morceaux, on pourrait croire qu’il est au bout de sa vie pour sortir des sons pareils et qu’on est vraiment sur quelque chose d’extrême, eh bien PAS-DU-TOUT. Il se promène sur scène et sort tout ça avec une facilité déconcertante. Ce qui, personnellement, me rendrait sans doute aphone dans la minute ressemble à une promenade de santé chez lui.
Ça m’a rappelé à quel point la pratique rend l’exécution fluide. Mais en étant de l’autre côté de la barrière, en le constatant du point de vue d’un néophyte total. Oui, je sais faire des photos, éditer un corpus ou photographier des gens dans la rue tranquillement. Je le fais, je n’y pense pas spécialement. Mais pour un débutant, ça peut paraître très difficile, voire quasiment impossible. Je pense qu’on oublie cette réalité-là. Plus on s’en éloigne, plus on gagne en fluidité, plus on oublie comment c’était quand on a commencé.
D’ailleurs, je fais un aparté : je pense que c’est ça que les photographes pros vendent quelque part. Tout le monde sait faire des photos, oui, mais sortir une photo de qualité, à niveau constant, sans hasard et de façon fluide, c’est ça qu’on achète, j’ai l’impression.

Ce qui amène un autre sujet : j’ai un biais autour de la facilité. Ce qui m’est facile me semble moins bien. C’est pour ça, par exemple, que je n’ai jamais trop rien fait avec le projet InColors. Je sais que c’est généralement ma série qui plaît le plus (parce qu’elle est accessible ?) mais comme je fais ça facilement, sans trop y réfléchir, je la perçois comme étant moins bien que d’autres où je me casse le cul à shooter en argentique la nuit (parce que j’aime les galères). Spencer Chamberlain (le chanteur d’Underoath) en avait parlé dans une interview autour de la sortie de l’album Voyeurist : il s’était remis au chant « crié » parce qu’il savait qu’il était bon. Mais sur l’album précédent, il avait été réticent. C’était un truc qu’il faisait depuis le lycée, facile pour lui et sans doute un peu sans valeur.
Je ne sais pas pour vous, amis, mais je trouve ça intéressant ces écarts de perception entre la façon dont on fait les choses, celle dont elles sont perçues et les envies qui en découlent.
Ne pas juger un livre sur sa couverture
J’aime bien l’expression anglaise « Don’t judge a book by its cover » (« Ne pas juger un livre sur sa couverture »). Je sais que l’équivalent en français serait plutôt « L’habit ne fait pas le moine », mais je la trouve un peu nulle. Parce que clairement, en 2024, ce qui fait qu’on reconnaît un moine, c’est son habit. Bref.
En première partie d’Architects, il y avait Spiritbox. Je n’en avais jamais entendu parler avant (enfin, à part le nom écrit sur mon billet). Je ne sais pas pour vous mais : j’aime bien les surprises. Quand il y a un groupe que je ne connais pas au programme, je préfère le découvrir en live, on a parfois de belles surprises. Et il y a un côté « on ne peut pas tricher ». En live, si vous êtes une brêle, vous allez avoir du mal à faire autant illusion que sur un album. Mais je sais qu’il y a plusieurs écoles à ce sujet (j’ai un ami qui va chercher les playlists sur SetListFm et se fait des playlists Spotify pour se préparer aux concerts).
Me voilà donc à attendre sagement Spiritbox, et je les vois débarquer. Et là, stupeur, c’est une nana au chant 😯. J’me suis dit « merde, j’suis parti pour 1h de Nightwish ». Est-ce un a priori sexiste ? Oui, un peu.
Mais il s’explique par les statistiques : cela fait deux décennies que j’écume les concerts de metal/metalcore. Et les femmes y sont extrêmement rares sur scène, si ce n’est invisibles. De mémoire, là, comme ça, je ne me souviens pas d’avoir vu une femme guitariste, batteuse ou bassiste récemment (le plus « récent » qui me vient en tête c’est AqME à l’Olympia en 2006, c’est dire). Elles sont assez absentes de ce genre musical (car peut-être perçu comme trop masculin ? Y’a un côté « serpent qui se mord la queue » quelque part) et souvent reléguées à des rôles de « princesse diva qui chante très fort et très haut », genre Nightwish en somme. Et je ne vous cache pas que ça a tendance à me taper un peu sur les esgourdes.
Et finalement, musicalement, ça a été une révélation. J’ai adoré, j’ai écouté en boucle les semaines qui ont suivi. Je vous mets une petite vidéo du concert, que vous puissiez voir l’arrivée sur scène :
Les performances vocales de Courtney LaPlante sont assez inégalées dans le domaine, elle a mis en ligne sur la chaîne YouTube du groupe quelques vidéos « one take » (sans montage) des morceaux du groupe, c’est assez impressionnant.
Et donc, là encore, pourquoi je vous parle de ça ?
Parce que c’est intéressant, AMHA, de voir concrètement comment nos a priori peuvent décider de notre goût ou nous mettre dans de « mauvaises » dispositions lorsque l’on découvre quelque chose. Et qu’à priori, il est bon parfois de suspendre son jugement. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fait une vidéo sur Ground Noise de Céline Clanet. À la base, si vous m’aviez vendu un livre de microphotographies d’insectes, j’aurais pas eu très envie d’y jeter un œil. Et finalement, c’était une belle découverte. Bref, ne jugez pas un livre à cause de l’habit du moine qui vous le tend.
PS : étonnamment, quelques semaines après je suis tombé sur Emma Boster en allant voir Dying Wish. Comme quoi, les choses avancent.
La créativité, c’est des cycles
La vie, c’est des cycles, c’est pour ça qu’j’retombe sur les mêmes mots.
Orelsan – Notes pour trop tard
Toujours dans la catégorie « j’ai été voir un concert et j’ai pris une claque », je suis allé voir The Devil Wears Prada au Splendid à Lille il y a quelques semaines. C’est un groupe que j’aime beaucoup mais que je vois (trop) rarement. Et l’énergie qu’ils déploient sur scène m’a laissé pantois. Je n’ai pas trouvé de vidéo récente qui leur fasse vraiment honneur, mais celle-ci s’en rapproche :
Vous vous demandez sans doute, pourquoi est-ce que ça peut bien me surprendre ? 🤔
Eh bien, parce qu’ils sont actifs depuis 2005. Ça fait quasiment 20 ans, et je pense qu’on sous-estime à quel point c’est énorme. Mike Hranica (le chanteur principal) défendait sa musique sur scène comme si sa vie en dépendait. Vraiment, en repartant, ma théorie c’est qu’il est à moitié fou et que le mettre sur scène coûte bien moins cher que de l’interner. L’énergie était assez démentielle. Après 20 ans, c’est une vraie leçon.
Parce que personnellement, tant sur la créativité en photographie que sur la production de contenus (ce blog et YouTube), j’ai connu une période un peu creuse l’année dernière. En photographie, j’ai un gros projet que j’ai commencé pendant le confinement, mais je ne savais pas trop où ça allait ni quoi en faire. Et à côté de ça… 🤷🏻♂️. Côté création de contenus, je pense que quand l’article sur YouTube est sorti, j’étais tenté d’arrêter quand même. Disons que l’idée me plaisait. Parce que la quantité d’énergie et d’investissement que ça demande… bah je n’avais plus trop la volonté de l’y mettre.
Mais ça, c’est passé. Parce que la créativité c’est des cycles.
C’est passé, et le feu est revenu 🔥.
Et j’en suis le premier surpris. En photographie, parce que j’ai changé ma façon de travailler. J’ai acheté un appareil plus petit (pour faire de la photo au quotidien en l’ayant toujours dans la poche), et je l’ai testé en photographie de rue. On me disait qu’il était bon, pourquoi ne pas tenter ? Et j’ai adoré, je suis content de m’y être remis. Je teste des choses que je ne pensais jamais essayer (comme la photographie de rue au flash 📸). J’en parle un peu ici :
Pour la création de contenus, j’ai revu ma façon de travailler, de choisir les sujets, d’écrire. Je me suis permis des formats plus relax (les vlogs) pour vous parler tranquillement. J’ai éliminé la friction en enlevant des tâches chronophages et que je n’aimais pas. En mettant tout ça bout à bout, je peux me concentrer sur ce que j’aime : écrire et parler de ce qui me plaît en photographie.
Si vous êtes dans une étape de creux en photographie, n’oubliez pas ça : la créativité c’est des cycles ⭕. Cela reviendra, tôt ou tard, d’une façon ou une autre et probablement sous une forme inattendue. Mais ne laissez pas tomber, guettez le prochain cycle, lancez-le.
Jeunesse, l’art et créativité: déconstruire les préjugés
PS² : je pense que si vous allez sur mon profil Instagram, les comptes que je suis doivent être affichés dans l'ordre antéchronologique.
Changer d’avis n’est pas un renoncement
À ce stade, je pense que mon amitié avec Laurent Breillat n’est plus un secret pour personne. Ça fait des années qu’on papote photo ensemble (entre autres), que ce soit sur Internet ou dans la vraie vie. On doit se connaître depuis 2016 maintenant, ça fait un paquet d’années. Et depuis quelques mois, on s’est rendu compte d’un pattern : Laurent va dire un truc et avoir raison sur un sujet, mais je ne le crois pas, puis quelques années après, je me rends compte qu’il avait raison depuis tout ce temps. Il y a trop de sujets pour que je vous en fasse la liste ici, mais c’est presque devenu une sorte de running entre nous. Par exemple, les zooms dont j’avais parlé dans cette vidéo font partie de la liste.
Ça m’amuse beaucoup et je continue régulièrement de ne pas le croire sur certains sujets, pour ne pas briser ce cercle.
Récemment, on a eu le cas sur un sujet artistique : Radiohead. C’est un groupe qui, jusque-là, m’avait toujours insupporté. Laurent est un fan absolu et me tannait avec. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher de n’y voir qu’une sorte de très longue, lente et fastidieuse publicité pour le Xanax.
Sauf que.
Sauf que j’ai décidé de suspendre mon jugement, mes a priori et de repartir de zéro. Et en vrai, sans dire que j’adore, j’ai fini par comprendre et commencer à sincèrement apprécier. J’y trouve même certaines similarités avec la carrière solo de John Frusciante (dont je suis un fan absolu), notamment l’album Shadows Collide With People (qui est sans doute mon préféré ever).
J’ai compris ce qui plaisait (la qualité des compositions, des arrangements, le fait qu’il se passe toujours un truc, que chaque morceau tourne autour d’une idée qui ne reviendra pas, l’émotion, le dévouement à la musique, etc.).
Et en vrai : j’ai aussi commencé à faire ça en photographie. À essayer de mettre mon premier avis de côté, à quand même découvrir les choses avec un œil neuf. Parce que c’est ce que dit le titre de cette partie : nous ne sommes pas nos avis. Changer d’avis n’est pas une perte, n’est pas une défaite. Vous n’êtes pas vos goûts ni vos opinions, vous êtes plus que ça, et vous ne perdez rien à changer. Vous ne renoncez pas, vous évoluez. C’est par exemple avec cet œil que j’ai apprécié le dernier livre de Céline Clanet dont je vous parlais il y a quelques lignes.
De même, on peut changer d’avis sur son propre travail. Il y a des travaux photographiques que je n’aimais plus après avoir évolué et que j’ai mis hors ligne. Et d’autres, que j’avais mis hors ligne et que j’apprécie un peu plus maintenant. C’est le cas d’Intercité par exemple, le projet photo que je faisais quand je faisais les allers-retours Rouen-Paris tous les jours. Je l’avais mis en ligne, puis je l’ai retiré. Je pense que c’est surtout parce qu’il me rappelait une période pas forcément agréable, que j’attachais les images à ce transit pénible. Mais… des années après, je suis content d’en redécouvrir certaines. J’irai même plus loin : il y a des images que je serai content de faire aujourd’hui (ce qui est un sentiment assez cool). C’est pour ça que, par nostalgie, j’en ai reposté certaines en story sur Instagram, et j’ai été assez scotché de recevoir ce retour d’un abonné.

Comme quoi, changer d’avis ça a parfois du bon. Ne vous agrippez pas à vos opinions comme des moules sur un rocher. Rien ne se perd, tout se transforme.
Tout s’transforme, rien n’se perd, ombre et lumière
Orelsan – Civilisation
La simplicité est une qualité
Dernière étape de notre périple musical, je suis allé voir Angus et Julia Stone dans le très beau théâtre du Sébastopol à Lille. C’était ma deuxième, même si quand on aime, on ne compte pas. Le show a démarré de façon super simple : il y avait deux chaises sur scène, un tapis, un peu de déco et… c’était tout. Ils sont arrivés tous les deux et ont commencé à jouer quelques morceaux.
Ma première réaction, ça a été de me dire « ok, c’est chouette ça va être un spectacle minimaliste ». Et en plein milieu d’un morceau (je ne m’y attendais pas du tout, je dois être un peu naïf) : ils ont ouvert le rideau, tout le groupe était derrière. Des petits lampions pendaient sur scène (c’est l’image que vous voyez ci-dessous) et les jeux de lumière ont démarré.

C’est super simple, basique, mais tellement efficace. Et ça m’a rappelé à quel point j’aime la simplicité (sans simplisme) pour autant. J’en avais déjà parlé dans un article sur le sujet. Je vous invite à le relire, je ne vais pas le répéter ici.
Mais c’est souvent un truc que j’aime bien, parfois dans mes images : de la simplicité dans la lecture (c’est moins valable pour la photographie de rue cependant).
Bref, la simplicité est une qualité.
Conclusion
Je pourrais sans doute continuer longtemps ce parallèle entre la pratique artistique de la musique et celle de la photo. Parler des choix des artistes que je vais voir, de comment nos goûts évoluent, de la façon dont on peut s’en inspirer pour notre propre pratique de la photo, mais je pense qu’on a déjà fait un bon tour là. De toute façon, c’est peu probable que je ne revienne pas sur le sujet un jour. Si vous deviez retenir que 5 éléments de cet article, je pense que ça serait ceux-ci :
- La pratique rend l’exécution fluide
Comme Sam Carter d’Architects qui chante avec une facilité déconcertante, la pratique permet aux photographes de produire des résultats constants et de qualité sans effort apparent. - Ne pas juger un livre sur sa couverture
L’expérience avec Spiritbox m’a rappelé l’importance de suspendre nos jugements initiaux. En musique comme en photographie, rester ouvert et curieux peut mener à de belles découvertes. - La créativité, c’est des cycles
La performance énergique de The Devil Wears Prada après presque 20 ans de carrière montre que la créativité fonctionne par cycles. Les périodes de creux sont suivies de renouveaux créatifs. - Les jeunes artistes sont très créatifs
LANDMVRKS, malgré leur jeunesse, ont offert une performance incroyable. En photo comme en musique, l’âge importe peu ; ce qui compte, c’est la vision artistique et la créativité. - La simplicité est une qualité
Le concert d’Angus et Julia Stone, avec sa mise en scène simple mais efficace, m’a rappelé que la simplicité peut souvent être la clé de l’efficacité et de l’impact.
Et si vous aussi, vous pratiquez un autre art que la photographie, que ça vous inspire, vous guide, vous donne des idées, n’hésitez pas à en parler en commentaire, c’est là pour ça 😊
Il y a déjà sans doute assez de musique dans cet article, mais on finira quand même par ce morceau :



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