Ça fait 20 ans que Thibaut Derien photographie (presque) la même image : des devantures de boutiques fermées, de face, en lumière neutre. Et pourtant, loin d’être ringardisé, il a été primé, exposé à Paris Photo, montré en galeries à l’international… et il en vit depuis près de 13 ans.
Dans cette vidéo, je vous explique pourquoi répéter en photo n’est pas de la paresse, mais une vraie méthode : une grammaire visuelle cohérente, un travail de typologie, et un relevé documentaire qui raconte la France qui s’éteint — celle des petits commerces, des bourgs, des habitudes qui disparaissent.
Je m’appuie sur son livre « J’habite une ville fantôme » (que je vous montre en main, et dont j’ai aussi acheté un tirage) pour replacer sa démarche dans une histoire plus large : l’influence des Becher et de l’école de Düsseldorf, la tradition de la photographie de territoire (Walker Evans, Raymond Depardon), et les grandes missions photographiques françaises.
Chapitrage :
00:00 — Le paradoxe : la “même photo” depuis 20 ans (et il en vit)
00:28 — L’origine : un musicien, la tournée, le “tic” qui devient projet
01:14 — 2013 : prix, Paris Photo, galeries… le basculement
01:38 — Le livre « J’habite une ville fantôme » et la cohérence du projet
02:06 — La grammaire : frontalité, lumière neutre, cadrage, sérialité
03:03 — Les Becher : la répétition comme typologie (pas comme paresse)
04:06 — Parenté : Eric Tabuchi et l’Atlas des Régions Naturelles
04:06 — Mon outil : Le Chineur de livres photo (pour trouver des livres en promo)
05:06 — Photo du territoire : Walker Evans → Raymond Depardon
06:12 — Les missions photo françaises : 1851, DATAR, Grande commande post-Covid
07:23 — Ce que ça documente : disparition des commerces, mutations sociales
08:10 — La leçon : l’éloge de la constance (contre le feed et les tendances)
09:00 — Question / conclusion + pistes pour creuser
Liens à creuser (mentionnés dans la vidéo) :
– Mon article sur les missions photographiques françaises :
https://thomashammoudi.com/les-missions-photographiques-en-france-histoire-evolutions-et-heritages/
– Ma vidéo « Traverser la FRANCE en PHOTO » :
https://thomashammoudi.com/youtube/traverser-la-france-en-photo/
– Le livre de Thibaut Derien :
https://www.derien.fr/j-habite-une-ville-fantome
Dans cette vidéo, je vous explique pourquoi répéter en photo n’est pas de la paresse, mais une vraie méthode : une grammaire visuelle cohérente, un travail de typologie, et un relevé documentaire qui raconte la France qui s’éteint — celle des petits commerces, des bourgs, des habitudes qui disparaissent.
Je m’appuie sur son livre « J’habite une ville fantôme » (que je vous montre en main, et dont j’ai aussi acheté un tirage) pour replacer sa démarche dans une histoire plus large : l’influence des Becher et de l’école de Düsseldorf, la tradition de la photographie de territoire (Walker Evans, Raymond Depardon), et les grandes missions photographiques françaises.
Chapitrage :
00:00 — Le paradoxe : la “même photo” depuis 20 ans (et il en vit)
00:28 — L’origine : un musicien, la tournée, le “tic” qui devient projet
01:14 — 2013 : prix, Paris Photo, galeries… le basculement
01:38 — Le livre « J’habite une ville fantôme » et la cohérence du projet
02:06 — La grammaire : frontalité, lumière neutre, cadrage, sérialité
03:03 — Les Becher : la répétition comme typologie (pas comme paresse)
04:06 — Parenté : Eric Tabuchi et l’Atlas des Régions Naturelles
04:06 — Mon outil : Le Chineur de livres photo (pour trouver des livres en promo)
05:06 — Photo du territoire : Walker Evans → Raymond Depardon
06:12 — Les missions photo françaises : 1851, DATAR, Grande commande post-Covid
07:23 — Ce que ça documente : disparition des commerces, mutations sociales
08:10 — La leçon : l’éloge de la constance (contre le feed et les tendances)
09:00 — Question / conclusion + pistes pour creuser
Liens à creuser (mentionnés dans la vidéo) :
– Mon article sur les missions photographiques françaises :
Les missions photographiques en France : histoire, évolutions et héritages
– Ma vidéo « Traverser la FRANCE en PHOTO » :
– Le livre de Thibaut Derien :
https://www.derien.fr/j-habite-une-ville-fantome
Le type, ça fait 20 ans qu'il fait la même image. Une lumière plate, une façade abandonnée, encore, encore, encore et encore. Et ça l'a pas vraiment rendu ringar, même au contraire. Il a eu plusieurs prix, il a été exposé à Paris photos dans plein de galeries à l'international et maintenant il est en vie. Et du coup, dans cette vidéo, on va se demander pourquoi répéter en photo. C'est sans doute le truc le plus malin que vous pourriez faire. En vrai, on va parler de ce bouquin qui s'appelle "J'habite une ville fantôme de Thbo de Rien." Il m'a donné le bouquin mais j'ai acheté un tirage et j'adore son travail. On s'est même rendu compte qu'on suivait mutuellement sans se le dire sur internet. Donc Thbo deien est né en 1974 en Bretagne, un détail extrêmement précis qui vous permettra peut-être un jour de gagner à question pour un champion. Plus sérieusement, à la base, il est pas photographe, il est musicien et j'ai déjà parlé plusieurs fois du du lien que je fais entre ces deux arts. Et il s'est mis à faire des images pendant les balances ou les répètes de entre ses concerts. Mais il avait du temps à tuer, donc il s'est mis à faire la photographie à ce moment-là. Et au début parce qu'il est attiré par ça, il se met à photographier les façades des boutiques fermées qui croisent dans les différentes villes où il passent. Le tic devient un projet. il va passer près de 20 ans donc jusqu'à maintenant à photographier les boutiques fermées qui croisent dans les tout petits bledes de France par lequel il passe tout le temps partout parce qu'il ne prend plus l'autoroute. C'est ce qu'il m'a dit quand on s'est vu à Lille. Donc en fait il a mis 8h à venir de Bretagne et c'est à cette occasion là bah qui fait des images. Pour lui tout change en 2013 en fait. Il a participé à un concours qui s'appelait SFR jeune talent. Il l'a gagné en 2013. Il a été exposé à Paris photo. Comme il a été exposé à Paris photo, il y a des galeries qui ont voulu acheter son travail, notamment des galeries étrangères, je pense, parce qu'il y a un petit côté un peu une petite fascination un peu pour cette ce genre d'image française. Et euh bah depuis, il en fait 13 ans. Donc en fait, on peut faire la même image en boucle sans que ce soit péjoratif et en vivre. Intéressant. Il a donc sorti un premier livre qui s'appelle J'habite une ville fantôme aux éditions du petit oiseau en 2016. Un livre de 55 pages et il l'a réédité. C'est celui que vous voyez ici qui a un très gros format avec beaucoup plus d'images. Hop, comme ça qui est une autoédition que vous pouvez trouver sur son site. Je vous mets un lien en dessous évidemment. Et ce qui me fascine là-dedans, c'est qu'on passe vraiment d'un musicien qui s'ennuie et qui a du temps à tuer à une série fascinante. Et justement, il y a plein de leçons à prendre de ce bouquin en regardant un petit peu et en le replaçant dans son contexte. On va apprendre plein de trucs. Tout d'abord, la façon dont sont faites les images. Premièrement, il y a une frontalité pure. Les photographies sont toujours prises de face avec le bâtiment qui remplit l'image. Il y a jamais d'air ou quoi que ce soit pour euh aérer un peu l'image autour. Et lui, ce qu'il veut, c'est que ça bouche la vue du spectateur pour lui faire ressentir la fin. Ça c'est un choix esthétique. La fin genre pas pour manger he la fin des boutiques. La lumière est toujours neutre et diffuse. Il y a pas d'ombre, il y a pas d'or dorée, il y a pas de pluie, de quoi que ce soit de tout ça. C'est toujours la même lumière, le même cadrage. Ce qui fait quelque part que la vitrine, c'est un constat froid, c'est pas un décor où il se passe des choses. C'est vraiment un constat neutre. On a aussi un cadrage qui va isoler la façade et qui la sort de son contexte. Il y a plus de profondeur, il y a plus de volume. La boutique, elle est réduite à sa surface brute. Et enfin, il y a aussi la sérialité qui va jouer beaucoup. En fait, c'est l'ensemble qui marche beaucoup plus qu'une image seule. Moi, j'ai acheté un tirage parce que j'ai pas les moyens d'en prendre 250, mais quand on les voit ensemble lors d'exposition, c'est beaucoup plus sympa parce que c'est la répétitivité du format qui est toujours le même qui a un impact assez fort sur le spectateur, je trouve. Il y a une espèce de filation franco-allemande dans son travail, notamment avec l'influence de Bern et Eila Bécher. Je vous mets des images à l'écran qui sont des photographes de l'école de Dusseldorf. Et c'est un couple allemand qui a photographié pendant des décennies les châteaux d'eau, les haut fourneaux, les gazomètres de face aussi avec une lumière neutre, un ciel couvert et des séries sérielles qui appelaient des typologies. Leur idée c'était de faire un inventaire rigoureux d'une architecture qui disparaît, l'industrie. La forme, elle est froide, méthodique et antispectacle. Bah, un peu comme ce que fait THB. Et leur école, elle a abouti à plein d'élèves dont le plus connu est Andreasgorski. Je vous mets quelques images. C'est un photographe allemand contemporain très connu. Et quelque part, Thiba de rien, il applique la méthode des Bchers à la France qui est en train de mourir. Enfin, la France des petits commerces qui est en train de mourir. La répétition, c'est pas de la paresse, c'est une typologie. Et ça fait qu'on peut comprendre le projet non pas en voyant une image mais en envoyant 200 ensemble. C'est la mécanique qui fait que ça fonctionne. Quelque part répéter, c'est revendiquer d'avoir un point de vue assez fort pour le faire tenir pendant 20 ans et y arrive. Et au passage, on retrouve aussi le même côté sériel euh typologique répétition et exhaustivité dans le travail d'Éric Tabuchi sur le l'atlas région naturelle. Vous vous le connaissez sans doute, il fait il a fait déjà plein de tommes de son projet. Et j'en profite pour vous dire que si vous aimez la culture photo, les livres et cetera, j'ai une application dédiée qui est gratuite. Ça s'appelle le shineur de livres photo. Ça permet quoi le chineur ? Ça permet de trouver des livres photos pas chers. Tous les jours, l'outil scanne une base de données de 4600 bouquins environ. et [grognement] il va dénicher les meilleurs prix et met les meilleurs prix à dispo sur le site internet. Donc si un livre n'y est pas, c'est qu'il est pas en promo, mais il y a une très grosse base de données derrière. Il y a plein de filtres. Vous pouvez chercher les livres de photographe français, féminin, de japonais, j'en sais rien, mais [grognement] moins cher si c'est ce qui vous intéresse et trouver des petites pépites à pas cher pour remplir votre bibliothèque. Il y a même une newsletter associée avec, c'est tout en bas de la page, il y a un petit encar où vous pouvez mettre votre mail et deux fois par mois, je vous envoie une sélection des meilleurs titres en promo pour remplir votre bibliothèque. N'hésitez pas à y jeter un coup d'œil. Je suis sûr que vous trouverez plein de bouquins sympas pour vous en mettre plein. Les pupilles. Vous le voyez peut-être pas comme ça en regardant les images, mais la photographie de Thba s'inscrit dans une grande tradition photographique de photographier le territoire de façon neutre et comme un relevé. Et ça, ça commence dès les années 30 avec Walker Evans pour la Farm Security Administration. C'est une mission photographique américaine qui a envoyé des photographes photographier le territoire et lui il a travaillé sur les vitrines, les façades comme thbaud d'Orien, les enseignes de l'Amérique ordinaire de face et sans esbrouffe, l'ancêtre du regard vernaculaire frontal qu'on retrouve ici. Et évidemment, on va parler de mon chouchou à ce moment-là. Il y a aussi bien sûr en France Raymond de Pardon qui a fait la France bah de Raymond de Pardon qui a une commande du KNAP de 2004 et qui a été exposé à la BNF en 2010. Il a fait 5 ans en van. Alors, je pense qu'il a fait des pauses à mon avis, il a pas vécu 50 dedans avec une chambre 20 par 25 à dormir sur des parkings de supermarché. Et là, il a shooté les deventures de café, les façades ordinaires de face, la France du milieu, la France des sous-préfectures. La chambre, elle oblige à une seule photo par lieu parce que c'est très coûteux, très long à mettre en place. Donc faut assumer le point de vue, voir frontalement. Lui-même se réclame de Walker Evans dans ce projet. De pardon et de rien, c'est un peu le même geste. C'est la façade frontale comme portrait d'un pays. Et même au-delà de ça, en France, on a une vraie tradition. étatique de photographie du territoire. J'ai fait un article complet là-dessus, je vous le mets en description, faut vraiment le lire, il est chouette. Dès 1851, on a eu la mission héliographique pour photographier le territoire, puis la mission de la datar dans les années 80, bah pour photographier un territoire qui était en pleine mutation à cette époque où on sortait de l'air industrielle, tout ça. Et enfin, l'État a fait une grande commande photographique post Covid, bah pour relancer la production photographique et les photographes qui avaient pas travaillé pendant cette période et a aussi bah cette occasion là fait une grande expo à la BNF. Donc on a vraiment depuis les débuts de la photographie une tradition de photographier de façon systémique le territoire français. Et Thba de rien quelque part, il s'inscrit là-dedans dans cette tradition là à la fois sur la méthode qui vient un peu des Allemands dont on a parlé et sur la forme et le côté répétitif intéressé au territoire français qui s'inscrit dans deux siècles d'histoire de photographie française sauf que lui il le fait tout seul depuis 20 ans avec son appareil. J'ai aussi une petite vidéo qui s'appelle Traverser la France en photo où j'ai parlé de plein de photographes qui avaient fait justement des parcours comme ça en photographie [grognement] en France notamment ce Daimut. Je vous invite à la regarder. Ça s'inscrit aussi dans cette démarche. Donc ce qu'on a vu, c'est que Thbo, il a une méthode qui réutilise sur la durée. Il s'inscrit dans une certaine filiation, que ce soit volontairement ou pas, mais peu importe. Mais c'est pas pour autant que c'est des néux de message et que c'est juste une méthode appliquée à un sujet. Son projet, il signifie des choses. Ce qui photographie, c'est quoi ? Ce sont des deux ventures de boutiques fermées à la campagne pour toujours, principalement à cause de la grande distribution d'internet. Donc ce qui ce qu'on voit derrière ces images quelque part, c'est un changement de société, c'est un changement de mode de consommation, c'est le basculement dans le 21e siècle un petit peu sur la façon de consommer qu'on a et bien entendu l'exode des campagnes vers les villes. On a un aspect un peu aussi historique graphique parce que toutes ces typographies, ces façons de faire les boutiques, le design et cetera, c'est un peu la mémoire d'une époque que en fait type photographie, il y a un côté archivistique un petit peu quelque part aussi làdedans dans ce travail. Chacun nous a dans la ville de ses grands-parents une boutique fermée et c'est ça que Tibo Doren photographie. Cette frontalité, elle sert le propos. Il y a pas de pitoresque, pas de nostalgie sucrée, sacrée, ce que vous voulez. C'est un constat presque administratif. La beauté vient de la justesse, pas de l'effet. Et donc pour nous les petits photographes qui en avons plus que marre euh des algorithmes sur internet qui nous empêchent de voir les photographes qu'on suit et cetera et qui veulent toujours du neuf de des trends, des topiques, des chances qui changent en permanence, bah c'est intéressant comme projet parce que Thbo de rien, lui, il fait l'inverse. Il a un sujet, un cadre et il fait ça pendant 20 ans et ça marche. Ça a un vrai sens, ça a un vrai propos et même pour lui ça [musique] fonctionne parce qu'il vide son travail alors qu' a plein de photographes qui travaillent énormément et qui n'ont pas assez de [musique] chance. il y a un vrai sens, donc il y a un vrai résultat autour de cette pratique. Quelque part, la cohérence, c'est pas se répéter bêtement, c'est avoir un sujet assez fort et de ne pas le lâcher. Et d'ailleurs, ce qu'on voit à travers les exemples que je vous ai montré, c'est qu'on peut aussi avoir la même méthode, donc la la frontalité, la sérialité, tout ça, le document interrétoire, mais dire des choses très différentes à chaque fois entre ce qu'on fait les Bchers, la RN de Tabuchi, de pardon et cetera. Et d'ailleurs, je vous pose la question là comme ça, est-ce que vous vous seriez capable de photographier 20 ans le même sujet ? Je suis curieux d'avoir vos réponses que ce soit par message privé ou je vous ai dit maintenant sur le blog, il y a un article pour toutes les vidéos qui sortent. Vous pouvez commenter là-bas, vous serez les bienvenus. Avant de vous laisser, oubliez pas si le sujet vous a plu, vous pouvez creuser, il y a plein de liens dans la description pour continuer à fouiller autour de ça, notamment l'article sur les missions photographiques où il y a plein plein plein de belles images à voir. Et pour finir, j'ai lu quelque part que quand on invitait les gens à s'abonner, à liker et à partager une vidéo, il ne le faisaient pas. Il faisait moins quand on disait rien statistiquement. Apparemment, vous êtes comme ça un petit peu punk et foufou. Donc je vous invite à rien branler. Faites rien. Faites vraiment que dalle. Euh de toute façon, il fait chaud, ça fait chier tout le monde. Voilà. [grognement] Euh je vous vois dans 15 jours pour un sujet je sais pas quoi, mais on en parle d'ici là. Salut !
# Script « prêt à tourner » — Thibaut Derien : « la même photo depuis 20 ans »
Titre : Il fait la même photo depuis 20 ans (et il en vit)
Format : YouTube long · tournage bureau (livre + tirage en main) · ~10-14 min
Genre : Culture + Réflexion
Sortie : mercredi 24/06 (expo Little Big Galerie jusqu'au 30/06 → on surfe l'actu)
> Pas de didascalies. Plan + bullets d'idées. Tu déroules à ta sauce.
> Garde-fous : Becher = TA lecture (lui ne le revendique pas) · « en vit » = depuis le prix 2013 (13 ans) ·
> ta vidéo territoire à rappeler = 📷 Traverser la FRANCE en PHOTO (2023).
## PLAN (vue d'ensemble)
* Accroche — le paradoxe « la même photo »
* L'origine improbable (le musicien)
* Le cœur — la répétition est une MÉTHODE (Becher)
* Le grand axe — la photo du territoire (Evans → Depardon → missions FR)
* Les enjeux — la France qui s'éteint
* Ta chute — l'éloge de la constance (anti-feed)
* Sortie / CTA
## 0. ACCROCHE (15-25 s, le hook)
– Poser le paradoxe cash : « Ce mec fait, en gros, la même photo depuis 20 ans. Une devanture morte, de face, lumière plate. Encore. Et encore. »
– Retourner direct : « Et au lieu de le ringardiser, le milieu lui a donné un prix à Paris Photo, des galeries l'exposent, et il en vit. »
– Promesse de la vidéo : « Pourquoi répéter, en photo, c'est peut-être le truc le plus malin et le plus dur à faire. »
– Montrer le livre en main (« J'habite une ville fantôme »), dire que t'as acheté un tirage.
## 1. L'ORIGINE IMPROBABLE (le musicien)
– Thibaut Derien, né en 1974, Bretagne.
– Pas parti photographe : musicien. En tournée, des heures à tuer entre la balance et le concert.
– Il se met à photographier les boutiques fermées des villes traversées — sans savoir pourquoi au début.
– Le tic devient projet : 20 ans à sillonner la France en évitant les grands axes (ne prends plus l’autorute), à chercher les petits commerces crevés.
– Le tournant : prix SFR Jeunes Talents à Paris Photo (2013) + prix du public des Boutographies → Paris photo> galeries FR et étrangères → il en vit depuis ~13 ans.
– Livre « J'habite une ville fantôme » (2016, éd. du petit oiseau, 55 photos). Expo en cours à la Little Big Galerie, Paris, jusqu'au 30/06.
– Idée à poser : « le hasard d'un musicien qui s'emmerde » devient une des séries documentaires FR les plus cohérentes.
## 2. LE CŒUR — LA RÉPÉTITION EST UNE MÉTHODE (Becher)
(la partie qui élève la vidéo au-dessus du "je présente un livre")
– Décortiquer ce qui ne bouge JAMAIS dans ses images — c'est ça, le sujet :
– Frontalité pure. De face, toujours. Ses mots : « une frontalité pure qui bouche la vue du spectateur et lui fait violemment ressentir la fin ».
– Lumière neutre et diffuse. Jamais de grosses ombres, jamais d'heure dorée, jamais d'effet. Lumière plate = la vitrine est un constat, pas un décor.
– Cadrage qui isole la façade et évacue le contexte, la profondeur, les volumes — la boutique réduite à sa surface.
– Sérialité. L'image seule compte moins que l'accumulation : un inventaire systématique.
– Nommer la filiation : Bernd & Hilla Becher (école de Düsseldorf).
– Couple allemand qui a photographié pendant des décennies châteaux d'eau, hauts-fourneaux, gazomètres — de face, lumière neutre d'un ciel couvert, en grilles sérielles (« typologies »).
– Leur idée : un inventaire rigoureux d'une architecture qui disparaît (l'industrie). Forme froide, méthodique, anti-spectacle.
– Leurs élèves = Gursky, Struth, Ruff… (la photo allemande contemporaine).
– Le pont à faire toi-même : Derien applique la grammaire Becher aux devantures de la France qui meurt. La répétition n'est pas de la paresse, c'est une typologie : tu ne peux comprendre une image qu'avec les 200 autres.
– Punch : « répéter, c'est revendiquer un point de vue assez fort pour le tenir 20 ans. »
– On retrouve la même approche dans l’atlas des régions naturelles d’Eric Tabuchi un peu
## 3. LE GRAND AXE — LA PHOTO DU TERRITOIRE (Evans → Depardon → missions FR)
(là où tu "l'inscris dans un truc plus large")
– Élargir : Derien s'inscrit dans une grande tradition — photographier le territoire, frontalement, comme un relevé.
– Walker Evans (USA, années 1930, FSA) : vitrines, façades, enseignes de l'Amérique ordinaire, de face, sans esbroufe. L'ancêtre du regard vernaculaire frontal.
– Raymond Depardon, « La France » (commande CNAP 2004 → expo BnF 2010) :
– 5 ans en van, chambre 20×25, à dormir sur des parkings de supermarché.
– Il shoote devantures, cafés, façades ordinaires de face — « la France du milieu », les sous-préfectures.
– La chambre l'oblige à UNE seule photo par lieu : assumer le point de vue, voir frontalement. Lui-même se réclame de Walker Evans.
– → Depardon et Derien, même geste : la façade frontale comme portrait d'un pays.
– Les missions photographiques françaises (renvoi à TON article) : Mission héliographique (1851) → mission de la DATAR (années 1980, commande publique sur le territoire en mutation) → Grande Commande post-Covid. La France se photographie par campagnes depuis 1851.
– Le twist Derien : lui, c'est une mission photographique d'un seul homme, sans commande, sans budget — juste un musicien obsédé. La commande publique en creux.
– 🔗 Renvois maison : « j'ai fait un article entier sur les missions photo FR » + « j'en parle dans ma vidéo 📷 Traverser la FRANCE en PHOTO » (là où tu causais déjà d'Azimut).
## 4. LES ENJEUX — LA FRANCE QUI S'ÉTEINT
– Sortir de la forme, dire ce que ça DOCUMENTE vraiment :
– Boucheries, merceries, quincailleries, garages, cafés — rideau baissé pour toujours.
– Cause : grande distribution, zones commerciales, centres-villes qui se vident, uniformisation.
– Ce qui reste sur la photo : le nom peint, la devanture, la typo d'une époque — la mémoire d'un métier, d'un goût, d'une France.
– Rendre ça concret pour le spectateur : « chacun a, dans sa ville ou celle de ses grands-parents, sa boutique morte. C'est ça qu'il archive. »
– Pourquoi la frontalité sert le propos : pas de pittoresque, pas de nostalgie sucrée — un constat, presque administratif. La beauté vient de la justesse, pas de l'effet.
## 5. TA CHUTE — L'ÉLOGE DE LA CONSTANCE (anti-feed)
– Revenir au paradoxe de départ, le retourner pour de bon :
– Tout, aujourd'hui, te pousse à varier : l'algo veut du neuf, le feed veut du mouvement, on te dit « renouvelle-toi ».
– Derien fait l'inverse : un sujet, un cadre, 20 ans. Et c'est précisément ce qui fait œuvre.
– « La cohérence, c'est pas se répéter bêtement — c'est avoir une question assez forte pour ne pas la lâcher. »
– Ton avis perso (assume-le) : ce que ça te dit, à toi qui fais des images / des vidéos — sur tenir une ligne vs courir après la nouveauté.
– Ajouter le côté : on peut avoir la même méthode (répétition) et dire des choses différentes
– Ouvrir : « et vous, vous seriez capables de faire la même photo pendant 20 ans ? »
## 6. SORTIE / CTA
– Renvoyer vers l'expo (Little Big Galerie, jusqu'au 30/06) + le livre.
– Bridge contenu : « si le sujet du territoire vous parle, allez voir mon article sur les missions photo / ma vidéo sur la photo française. »
– CTA habituel (abonnement / newsletter selon ta formule).
### Boîte à faits (à garder à l'écran pendant le tournage)
– Derien : né 1974, Bretagne · musicien · ~20 ans de pratique · prix SFR Jeunes Talents Paris Photo 2013 · prix public Boutographies · livre 2016 (éd. petit oiseau, 55 photos) · expo Little Big Galerie → 30/06/2026.
– Méthode (ses mots) : « frontalité pure qui bouche la vue… fait ressentir la fin ».
– Becher : Bernd (1931-2007) & Hilla (1934-2015), Düsseldorf, typologies industrielles, lumière neutre, grilles sérielles, élèves Gursky/Struth/Ruff.
– Depardon « La France » : commande CNAP 2004, chambre 20×25, expo BnF 2010, façades/devantures frontales, « France du milieu », revendique Walker Evans.
– Walker Evans : USA, FSA années 1930, vitrines/vernaculaire frontal.
– Missions FR : héliographique 1851 → DATAR 1980s → Grande Commande post-Covid (cf. ton article).

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