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De la rue, des fleurs et du flash

Introduction

La photographie de rue, j’en ai beaucoup pratiqué à une époque (maintenant moins), et j’en ai aussi beaucoup parlé. D’ailleurs, vous pouvez retrouver tous mes articles sur le sujet en cliquant sur le tag ci-dessous.

L’article d’aujourd’hui a passé assez longtemps dans les tuyaux. En fait, j’avais envie de parler de photographes de rue faisant de la photo au flash depuis « l’affaire Tatsuo Suzuki ». C’est un photographe de rue japonais, ambassadeur de la marque Fujifilm. Leur collaboration a déclenché une polémique début 2020, quand la marque l’a affiché dans sa présentation d’un nouvel appareil.

Tatsuo Suzuki photographie près des gens, souvent avec un flash, et il n’en fallait pas plus pour enflammer internet.

🔥🔥🔥

Si l’histoire vous intéresse, ces deux vidéos vous en apprendront suffisamment sur le sujet:

Bon, tout va bien pour Tatsuo Suzuki, la tempête dans le verre d’eau s’est arrêtée, et ceux n’ayant rien d’intelligent à dire sur le sujet sont partis brasser du vent ailleurs. Et bien évidemment, tout ça n’a pas empêché Tatsuo Suzuki de sortir un premier livre chez Steidl, ce qui est une forme de consécration assez indiscutable.

N’empêche que, depuis ça, j’avais envie de parler du sujet. Je n’avais pas trouvé l’occasion encore, mais les deux exemples du jour ont pointé le bout de leur nez cette année, et je me suis dit qu’on allait leur consacrer quelques lignes.

Alors, je le précise : je ne milite pas du tout pour l’usage du flash dans la photographie de rue, ça n’est ni mieux ni moins bien qu’une autre technique. Je m’en sers moi-même assez peu (dont une fois de nuit, niveau discrétion, c’était magnifique). Je me suis juste dit que ça serait intéressant de parler de deux autres artistes l’ayant employé, pour montrer qu’on peut faire de belles choses avec. Si après cet article, vous décidez de vous lancer : grand bien vous fasse. Cependant, gardez à l’esprit que c’est sans doute la façon de pratiquer la photographie de rue la moins discrète et la plus surprenante pour la personne photographiée. Vous devrez donc, sans doute, redoubler de pédagogie et de bienveillance si on vient vous poser quelques questions.

PS : La légende raconte que Bruce Gilden a remplacé cette dernière étape par deux gardes du corps quand il photographie à Paris. Sans doute pour les faire, eux aussi, bénéficier du charme et de l'hospitalité de notre belle capitale.

J’en profite pour expliquer le titre avant de démarrer : on va parler de photographie de rue, faite souvent en employant le flash, et il y aura des fleurs. On en retrouve régulièrement dans les images de Dirty Harry, et le dernier livre de Bruce Gilden s’intitule, Cherry Blossom, soit « fleur de cerisier ». Voilà, vous savez désormais tout.

Bruce Gilden

Commençons donc par Cherry Blossom, le dernier livre de Bruce Gilden. C’est mon 5e livre de lui, et dans mon ordre de préférence, sans doute le 2e. Le premier restant Bruce Gilden : lost and found, dont j’ai déjà parlé ici. D’ailleurs, voici mon top 5 si vous vous posiez la question :

  1. Gilden, B. & Darmallacq, S. (2019). Bruce Gilden : lost and found. Paris: Éditions Xavier Barral Distributed by ARTBOOK D. A. P.
  2. Gilden, B. (2021). Cherry Blossom. Paris : Éditions Xavier Barral.
  3. Gilden, B. (1994). Bleus. Douchy : CRP.
  4. Gilden, B. (2016). Un nouveau regard sur la mobilité urbaine. Paris : Éditions de La Martinière.
  5. Koetzle, M. & Canal. (2014). Bruce Gilden. Arles : Actes Sud.

Si vous voulez d’autres livres de photo de rue, vous pouvez aller fouiller dans la bibliographie. Tout y est recensé. N’oubliez d’ailleurs pas que le raccourci ctrl+F est votre ami pour trouver tout en 2 secondes dedans.

Mais du coup, dans ce livre, on trouve quoi ? Eh bien, tout d’abord, ça :

Bon, maintenant que vous avez vu la maquette, parlons un peu du contenu. Le livre regroupe les photographies de Bruce Gilden, réalisées au Japon à la fin du XXe siècle. Oui, ça a tout de suite une tournure plus dramatique dit comme ça.

Les images ont été réalisées entre sa première résidence (et première fois) au Japon en 1994 et son dernier voyage en 2001. Ce livre est le résultat d’en tout 3 voyages. La moitié des images qu’il y présente sont inédites, et on retrouve quelques photographies iconiques de son œuvre, comme celle-ci :

Yakuzas (Japon, 1998.) – Bruce Gilden
PS : pour l'anecdote, j'ai découvert cette photographie à St-Lazare, lors de l'exposition du Gilden dans le métro à l'été 2015. Une vraie claque !

On retrouve dans ce livre ce qui fait la singularité du travail de Gilden :

  • Tout d’abord, et ça ne serait pas son œuvre sans ça : des gueules. Le travail de Bruce Gilden, sans surprise, est encore une fois totalement à l’opposé de ce qu’on pourrait trouver sur le profil d’un influenceur Instagram. On y voit des visages, marqués, différents, photographiés de près, souvent au flash mais pas systématiquement. Ils occupent souvent une bonne partie de l’image, remplissent l’espace, ponctuent le livre. Ils donnent à son travail un aspect nerveux, frôlant parfois l’étrange.
  • Un intérêt pour les endroits impénétrables. Que ça soit à Tokyo ou Osaka, il s’aventure dans les endroits où il ne devrait sûrement pas être et dirige sa caméra vers ce que la société japonaise tente de dissimuler : gangs de motards, yakuzas, marginaux… Si vous comptez aller visiter le japon, ce livre est d’ailleurs un excellent complément : vous pourrez y voir tout ce que vous n’y verrez pas directement sur place. Sauf si vous aimez l’aventure et perdre des doigts, évidemment.
  • Des récits pour ouvrir le livre : il y raconte ses voyages, ses anecdotes et pérégrinations. Un excellent complément aux images.

Concernant ses influences, quand on lui pose la question, le photographe cite sans hésitation l’exposition de photographie japonaise du MoMA de 1974, intitulée « New Japanese Photography« , comme celle l’ayant le plus marqué. Vous pourrez trouver plein d’éléments à propos de cette exposition sur le site du MoMA, notamment :

  • La page de présentation (où tout est regroupé) ;
  • Le catalogue de l’exposition ;
  • Des images de l’exposition de l’époque, pour vous replonger dedans.

Vous pouvez fouiller tout ça (et plein d’autres archives d’expositions) en cliquant sur les boutons ci-dessous. Allez y passer un peu de temps, y a plein de choses à voir, c’est assez chouette.

En parcourant le catalogue, on ne peut s’empêcher de remarquer cette planche du photographe japonais Masatoshi Naitoh, qui n’est pas sans rappeler les travaux sur l’île nipponne de Gilden.

Photographie (1968-1970) – M. Naitoh
Photographie (1968-1970) – M. Naitoh

Cela m’amuse toujours de voir comme chaque photographe est influencé par les générations précédentes. Mais on s’éloigne du sujet.

Cherry Blossom est un livre coup de poing, alliant des images iconiques à d’autres nouvelles, mais tout aussi fortes. À un rythme soutenu, on fait le tour du Japon par-dessus l’épaule de Gilden. On y retrouve certains codes de la photographie japonaise : l’usage du flash n’est pas sans rappeler ce que Daido Moriyama et son Ricoh GR savent faire, les contrastes sont aussi très prononcés. Cependant, la personnalité du photographe américain reste très présente, très in your face. Sans mauvais jeu de mots (ou qu’un peu).

D’ailleurs, j’ai tellement apprécié ce livre que j’ai été le dire moi-même à Bruce Gilden lors de l’édition 2021 de Paris Photo. Ce qui fut aussi l’occasion de discuter bouquins, et de prendre cette très mauvaise photographie (je suis une groupie au fond de mon âme, maintenant vous le savez).

Dirty Harry

Dirty Harry, de son vrai nom Charalampos Kydonakis, c’est un peu le David Michigan de la photographie : c’est trop beau pour être vrai, il a un nom étonnant, mais c’est bel et bien le sien.

Au-delà d’être un champion de l’alternance consonnes et voyelles, Charalampos Kydonakis est surtout un photographe grec, né à Héraklion en Crète et ayant grandi à Réthymnon (on s’en fiche sûrement, mais je trouve le nom hyper élégant).

C’est à mon humble avis un des plus grands photographes de rue actifs actuels. Non seulement il crée des images incroyables (on y reviendra), mais il est aussi très novateur dans sa gestion des distances et son usage du flash (on s’y attendait).

Je vais l’expliquer autrement : plus le temps passe, plus je lis des trucs. En fouillant dans mes archives, je me suis rendu compte que j’avais acheté environ 130 livres photo entre octobre et novembre 2021 (dont 26 à une brocante, mais quand même). Plus le temps passe, plus c’est difficile de me surprendre. C’est quelque chose dont j’ai déjà parlé (ici), être cultivé, ça n’est pas connaître en détail une ou plusieurs œuvres, c’est savoir se repérer. Quand je vois un livre, ou une œuvre en général, assez rapidement je me dis : « OK, ça s’inscrit plutôt dans telle branche, à la suite de telle ou telle œuvre, et c’est proche de X, Y et Z ». Et le travail de Charalampos Kydonakis était totalement en dehors de ça, j’ai pris une immense claque. Il ne va nulle part, ne suit rien, il est neuf. D’ailleurs, Richie me l’a fait découvrir à son anniversaire (après l’avoir lui-même découvert sur le Discord), pour tâter le terrain et me l’offrir à mon anniversaire. Sauf que j’ai été tellement scotché que je l’ai commandé le lendemain, signé, et qu’il s’est retrouvé avec 2 exemplaires sur les bras. 😅

Il a démarré la photographie en 1997, pendant qu’il était à l’université pour devenir architecte. Il a acheté un premier appareil photo (argentique !) pour ses études et le travail. Il commence par photographier des immeubles et l’espace urbain en général, puis entame la photographie de rue en 2008. Il s’y intéresse car il démarre le numérique (forcément, le coût n’est plus le même, la photographie de rue consomme beaucoup d’images), et parce qu’il découvre le travail de l’agence Magnum Photos.

L’influence, toujours l’influence.

Il réalise que ce qu’il aime le plus, c’est la rue et l’action à l’intérieur du théâtre humain, et il s’y est tenu depuis. D’ailleurs, à propos de sa pratique dans la rue, il déclare (de façon assez juste je trouve) :

Personne n’est menacé, parce que je ne vais faire de mal à personne. Je prends juste des photos. Les gens dans les grandes villes sont pleins de stress et parfois ils sont prêts à se disputer sans aucune raison sérieuse. Certains d’entre eux ont également peur des appareils photo et ce qui est étrange, c’est qu’ils se moquent d’être filmés par des appareils photo dans les banques ou les supermarchés. Ce qui les dérange, ce n’est pas d’être filmés par des caméras dans des banques ou des supermarchés, mais d’être filmés par des caméras d’étrangers, car ils pensent que leurs photos seront utilisées par la suite avec de mauvaises intentions.


De toute façon, je n’ai aucun doute moral sur ce que je photographie ou comment je le fais, parce que je sais que ce que je fais ne blessera personne, la douleur maximale que quelqu’un peut ressentir est une surprise, rien de plus.

De plus, la plupart des gens ne comprennent pas ce qui s’est passé, parce que je photographie de près et rapidement et qu’il est difficile pour eux de réaliser quoi que ce soit. En général, ce que je leur dis s’ils le demandent, c’est qu’ils sont beaux. Certains aiment ça et sourient, d’autres non et continuent à crier. Eh bien, c’est la vérité pour moi – les gens sont beaux, c’est pourquoi je les photographie.

Moins de 1 % des personnes que j’ai photographiées ont mal réagi, donc je ne pense pas qu’il faille y penser sérieusement.

Charalampos Kydonakis

Bon, après, même si je pense qu’il s’agit de photographie de rue, ce n’est pas tellement une étiquette qui lui plaît :

Je n’aime pas être “enterré” sous un style, qu’il soit street, documentaire ou encore paysage. Je réalise tout simplement des photos sales.

Charalampos Kydonakis

Disons donc qu’il fait des photos sales.

Comme je le disais, tout ce travail a abouti à deux livres, et il est temps d’en parler. Il s’agit de Back to nowhere et de Warn’d in vain (« retour au point de départ » et « averti en vain » en français).

Le première représente le vagabondage d’un étranger dans la ville la plus photographiée du monde – New York – et le second dévoile ma vision de la Crète, cette île que jamais je ne pourrais percevoir à la manière d’un étranger.

Charalampos Kydonakis

Warn’d in vain

Warn’d in Vain est basé sur une version alternative du conte du Minotaure en Crète. C’est le point de vue d’un étranger, ses questions, d’une certaine façon, sur la ville la plus photographiée du monde : New York. L’auteur y a passé 7 mois, entre 2014 et 2017.

Back to nowhere

Ce livre est le jumeau du précédent (et inversement). Là aussi, il est inspiré d’un mythe, celui des Argonautes. Il a été réalisé entre 2009 et 2017 sur son île de Crète.

C'est là que vous allez voir quelques fleurs, titre de l'article, tout ça tout ça. 

Bien que les images produites pour ces livres viennent de deux côtés différents de l’océan, on y retrouve la même ambiance, sombre, décalée, étonnante, et souvent un peu inquiétante. « Surréaliste » serait sûrement un bon qualificatif pour son travail, bien qu’il soit un peu anachronique (un mouvement artistique est toujours lié à l’époque qui l’a produit), mais l’idée est présente. Néo-surréalisme peut-être, inventons des étiquettes, soyons fous. Aussi, les deux livres sont très proches sur le fond, mais aussi sur la forme, et méritent bien leur appellation de jumeaux.

Charalampos Kydonakis traverse ces lieux à la recherche de l’inconnu, dans une démarche proche, dans son intention, de celle de Gilden décrite précédemment. Il s’immisce dans toutes les ruelles de New York, les paysages sauvages de sa Crète natale, ne rate pas une occasion de découvrir un lieu.

Pour conclure, laissons la parole à Charalampos Kydonakis qui résume assez bien (et succinctement) sa pratique :

Ce que j’ai fait et ce que je continue à faire, c’est photographier beaucoup, chercher et essayer d’apprendre du travail des autres. J’essaie aussi de comprendre ce que je veux dire à travers mes photos. Je pense que c’est la partie la plus difficile. Si ces trois choses peuvent aider quelqu’un, alors tant mieux.

Charalampos Kydonakis

Conclusion

Dans un précédent billet, je m’étais dit qu’il faudrait que je sorte des articles plus régulièrement, quitte à faire plus court (écrire restant l’activité que je préfère dans la production de contenu en ligne). Bon, on est loin du compte, mais cet article aura été un pas dans ce sens.

Dans ce billet, je voulais vous faire découvrir des travaux que j’apprécie (beaucoup) et montrer, bien longtemps après que ça a été objet de débat, que l’usage du flash dans la photographie de rue peut produire des choses assez chouettes. N’hésitez pas à tester à l’occasion, je m’y remets doucement aussi (mais pas vraiment avec un flash, j’en reparlerai sans doute sur YouTube).

Ah, et n’hésitez pas à faire un petit coucou sur les réseaux, si vous voulez m’engueuler pour que j’écrive plus, c’est par ici :


Et évidemment, je ne pouvais écouter rien d’autre que cet album, pendant la rédaction de l’article :

Dont ce paragraphe, ne quittant plus ma tête depuis :

On sait pas gérer nos émotions donc on les cache

Sait pas gérer nos relations donc on les gâche

Assume pas c’qu’on est donc on est lâches

On s’pardonne jamais dans un monde où rien s’efface

On s’crache les uns sur les autres, on sait pas vivre ensemble

On s’bat pour être à l’avant dans un avion qui va droit vers le crash

Orelsan, l’odeur de l’essence
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Date de la dernière mise à jour : le 25 novembre 2021


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6 Comments

  1. Hello Thomas, excellente idée de prendre un photographe incontournable ( comme gilden ) et de voir comment il a pu influencer d’autres photographes. Cela me fait penser aux livres d’araki ( voyage d’hiver ) et de fukase ( memory of father) qui sont sorti dans les années 90 et celui d’akihito yoshida ( une double absence chez ed XB) . Bien que yoshida est spectateur de la complicité de son cousin et leur grand mère. Bref à poursuivre ce genre d’article. A+ et excellent choix musical pour l’écriture de l’article 😉

  2. J’ai fait un stage d ‘une journée avec Gilden et j’ai été sous le charme . J’ai retenu qu’il prend jamais des vacances et tout tourne autour de la photographie . Il a fait du box et il a laissé comprendre que c ‘était utile des fois au Japon et pas que . Sinon il rigole beaucoup et on voit qu’il aime les gens . Je pense qu’il faut aimer les gens pour faire de la photo de rue . Pour ses livres, je préfère GO.
    Excellent article comme d’habitude !

  3. Deux maîtres sans conteste, aux risques que je ne saurais prendre, étant trop réservé. Continuez nous motiver au jour lr jour.
    Jeff

  4. C’ est très exactement, véritablement très exactement ce que je dis, avec le plus large et plus sincère sourire possible à qui me demande pourquoi : « Parce que vous êtes beaux ». Quel bonheur quand le sourire m’ est rendu;

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