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Aux origines de nos guerres

Introduction

Il y a quelque temps, j’ai publié cet article parlant de la culture et de son influence sur nos pratiques :

Dedans, je me suis basé plusieurs fois sur un livre de Clément Chéroux, Vernaculaires, essais d’histoire de la photographie :

Sauf que pendant la lecture, il y a d’autres idées qui m’ont marqué et qui n’avaient pas leur place dans ce billet. Du coup, je me suis dit que j’allais faire un article en plus pour en parler, parce que ça me semblait intéressant. Il faut donc voir cet article comme un bonus du précédent, un peu comme un b-roll ou ces chansons cachées à la fin des albums dans les années 2000 (les anciens comprendront).

Cela sera sans doute un article plus court, mais il va présenter une idée qui m’a assez étonné quand je l’ai découverte : ça a toujours été comme ça. Les choses qui m’agacent et dont je me plains, comme les clubs photo et leur rôle, la prépondérance de la technique dans certains usages, et ainsi de suite, eh bien, ça a toujours existé. Le milieu photographique amateur (dont il sera essentiellement question ici) a toujours été ainsi ; malgré ce qu’on peut penser de prime abord, internet n’a rien changé. Et surtout, tout ça a une raison logique d’être comme cela. Bref, petit retour aux origines de nos guerres.

PS : oui, l'article sera composé en grande part de citations, je n'allais pas m'amuser à paraphraser, juste pour m'approprier le travail de Clément Chéroux. J'illustre et je développe quand cela est nécessaire.

Professionnel VS amateur : origines du poncif

Tout d’abord, le vocable autour de la photographie a évolué, à la base, le mot amateur n’était pas péjoratif. C’est comme ça que je l’entends en général quand je m’en sers, comme celui du connoisseur à l’anglaise, plus valorisant. Extrait :

Qu’est-ce qu’un photographe amateur ?

Il existe bien d’autres domaines de l’activité humaine où l’amateur est simplement le contraire du professionnel. En photographie, la chose n’est pas aussi simple.

Si l’on s’accorde à dire que le professionnel est celui qui est détenteur d’une qualification délivrée à l’issue d’une formation, qu’il est évalué sur sa production et rétribué pour son travail, il faut alors se rendre à l’évidence : il ne suffit pas de retourner un à un chacun de ces critères pour obtenir la juste physionomie de l’amateur de photographie.

L’histoire du médium abonde en exemples d’amateurs qui ne dédaignèrent pas se faire occasionnellement rémunérer, qui étaient mieux formés, plus qualifiés et parfois davantage équipés que nombre de professionnels.

L’étymologie n’est guère plus utile : présenter simplement l’amateur comme celui qui aime ne permet pas de le définir plus finement. Cette complexité de la définition se double d’une difficulté d’ordre sémantique. Car, au cours du XIXe siècle, le sens du mot « amateur » a changé. Au début du siècle, l’amateur est proche du connoisseur à l’anglaise : il est celui qui cultive, avec une certaine noblesse des prit, les sciences et les arts. Il se distingue du dilettante, ou du simple curieux, car il pratique sa passion de manière assidue, à un niveau d’expert quasiment équivalent, voire parfois supérieur, à celui du professionnel. À la fin du siècle sous l’effet de la démocratisation du sport, mais aussi de la vulgarisation des sciences et des techniques, le terme « amateur » devient davantage ordinaire.

Avec son dérivé « amateurisme », qui, selon le Dictionnaire historique de la langue française, apparait en 1892, dans le vocabulaire du cyclisme, pour désigner le « manque de professionnalisme », le mot commence à acquérir une signification dévalorisante. Désormais, l’amateur est au mieux un dilettante, au pire un simple usager. Lorsque, à la fin du XIXe siècle, le phénomène amateur se développe en photographie, les deux sens du mot cohabitent encore sous le même vocable.

CLÉMENT CHÉROUX

Aussi, la “guerre” qui a vite opposé les deux camps a une origine économique, qui est arrivée très tôt, dès que le procédé photographique s’est simplifié et encore démocratisé. S’il était long et fastidieux de réaliser des daguerréotypes, le gélatino-bromure d’argent va permettre de réaliser des photographies plus facilement, et par un plus grand nombre de personnes. Et ça, ça ne va pas du tout plaire à ceux qui en vivent.

Dès les années 1880, avec l’avènement du gélatino bromure d’argent et le développement de l’amateurisme, quelques professionnels avaient, en effet, commencé à s’inquiéter de la raréfaction d’une partie de la clientèle.

Selon eux, la facilité avec laquelle on devenait désormais photographe avait encouragé nombre d’amateurs à devenir portraitistes; mais surtout leurs clients se contentaient souvent de portraits réalisés par des novices et délaissent de ce fait leurs studios.

Avec la commercialisation, à la fin des années 1880, d’appareils particulièrement aisés à manier comme le Kodak, et l’augmentation encore accrue du nombre des amateurs dans les décennies suivantes, le manque à gagner, pour les professionnels, s’en trouve démultiplié.

De nombreux articles se font alors l’écho de l’antagonisme qui s’instaure, entre amateurs et professionnels, sur la question du portrait. En 1899, L. Stainier écrit, par exemple, dans La Photographie :

« Amateurs et professionnels sont souvent entre eux comme chiens et chats, l’animosité venant surtout des professionnels ; leur grand grief est la concurrence absolument déloyale et le tort considérable que font les amateurs à leurs affaires, et je suis au regret de devoir déclarer qu’ils n’ont pas toujours tort. »

En 1908, Charles Gravier réitère les arguments d’un discours qui résonne désormais comme un poncif :

« Les professionnels se plaignent généralement : 1° que les affaires deviennent de plus en plus difficiles, 2° que la vulgarisation intensive de la photographie accroît le nombre des amateurs, 3° que ces derniers leur font une concurrence déloyale…»

Plus nuancé que ses confrères sur les responsabilités des amateurs dans cette crise que subissent les professionnels, Gravier envisage d’autres causes : la baisse de qualité du travail, la concurrence des studios des grands magasins, et, peut-être, une certaine lassitude de la clientèle pour ce qui lui est proposé en matière de portrait. Quelles que soient les raisons de la récession, il convient cependant d’en sortir, en renouvelant les pratiques : « Maintenant il faut du nouveau pour attirer le grand public », écrit Gravier. Le simple portrait, tel qu’il se pratiquait dans les studios traditionnels depuis la carte de visite, ne semble, en effet, plus suffire.

CLÉMENT CHÉROUX

Vous traînez sur des groupes Facebook et vous voyez des photographes se plaindre de la concurrence déloyale des amateurs, qui font du mauvais travail, leur volent leurs clients et nuisent à leur métier ? Eh bien, ça fait 150 ans que c’est comme ça.

La différence entre usagers et experts

Aussi, au-delà de la différence entre professionnels et amateurs, il existe une scission aussi au sein des amateurs. Vous allez voir, c’est à partir de là que les choses deviennent croustillantes. Morceau choisi :

Ce qui distingue les deux formes d’amateurisme, ce sont tout d’abord les types de regroupements sociaux dans lesquels elles se développent.

Tandis que l’expert évolue dans le milieu des associations photographiques, c’est bien davantage dans le cercle familial que s’épanouit l’usager. Ce qui induit une très nette différence dans leurs manières respectives d’envisager la photographie. L’expert est passionné par la technique. Celle-ci rebute l’usager.

L’intérêt de l’expert est ainsi largement tourné vers les sujets rapides et mobiles, parce qu’ils sont avant tout l’occasion d’éprouver sa maîtrise photographique. L’usager opère, quant à lui, un très net retour vers le sujet photographique en tant que tel. Pour lui, l’enregistrement du bon moment prime sur la prouesse opératoire.

C’est, par conséquent, dans leurs iconographies respectives que la divergence est la plus perceptible. La collection de l’expert est ainsi pleine d’images d’acrobates effectuant des pirouettes, de chevaux au galop, de vagues se brisant sur le récif, de photographies de nuit. Les prises de vue et les tirages sont particulièrement soignés. Certains motifs ont été photographiés avec des boitiers différents, puis tirés selon des procédés distincts. C’est un véritable catalogue de démonstrations techniques. Rien de tout cela dans l’album de l’usager; il est empli de petits clichés, souvent flous ou mal cadrés. C’est le royaume du snapshot. Les sujets domestiques sont en majorité : repas de vacances, cérémonies de mariage, excursions touristiques, etc.

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J’ai l’impression de retrouver les poncifs photographiques que Richie Lem’ évoquait dans notre article commun sur les clubs photographiques :

C’était évident, là sous mon nez depuis tout ce temps, mais je n’y avais jamais pensé en ces termes : l’expert cherche à prouver sa maîtrise technique. C’est pour ça que les salons dédiés au matériel (comme le Salon de la photo), ainsi que les tests de matériel et comparatifs sont si populaires : ils permettent aux experts de peaufiner encore leur maîtrise technique. Déjà parce qu’ils comprennent et trouvent utile tout ce charabia, mais aussi parce que son acquisition leur permettra de photographier encore plus vite, encore plus net et avec encore plus de détails. Et ça, les marques produisant du matériel l’ont bien compris en mettant en avant ces éléments dans leur marketing ; la boucle est bouclée.

Le rejet des usagers par les experts

Mais ces experts ne se contentent pas d’avoir une pratique différente (auquel cas on n’en aurait pas grand-chose à carrer), ils veulent aussi se démarquer des usagers, qu’ils ne manquent pas de dénigrer.

Cette politique de démarcation prit principalement trois formes.

La première consista, pour les experts, à refuser aux usagers l’appellation d’amateur en les qualifiant, par exemple, de « button presser » aux Etats-Unis, ou de “knipser”. en Allemagne. Rebaptiser, en déniant le droit à la même appellation que soi, c’est en effet, affirmer la différence.

Une autre manière de se distinguer des usagers consista pour les experts à s’affilier rétrospectivement à cette catégorie rêvée des amateurs des premiers temps dont le goût pour la technique, le dévouement prosélyte à la cause du medium, en un mot l’éthique photographique, étaient soi-disant plus conformes à leur propre passion.

Il y eut, enfin, une troisième manière de cultiver la différence. Dans Un art moyen, Pierre Bourdieu a bien montré que les adhérents des photo-clubs cherchaient perpétuellement à démarquer du tout-venant de la photographie de famille en « anoblissant » leur propre pratique. Son analyse porte certes sur les années 1960, mais cette aspiration à la distinction par la revalorisation de l’acte photographique est à l’œuvre dès les débuts de l’amateurisme. Comment ne pas remarquer, en effet, que les deux avancées majeures de la photographie au tournant du siècle – le reportage documentaire issu de l’excursionnisme et la reconnaissance artistique initiée par le pictorialisme – ont commencé à se développer, au sein mouvement associatif, au moment même où émergeait la catégorie des usagers.

Les efforts des experts pour parer leurs productions de tous les atours de l’art et du document, du beau et de l’utile, répondaient entre autres motivations – au souci de se distinguer de ceux qui, désormais, pratiquaient la photographie dans la plus parfaite insouciance du dilettantisme.

CLÉMENT CHÉROUX

Donc, pour résumer, les experts :

  • Dénigrent les simples usagers (des pousse-bouton) et tentent ainsi de leur retirer le statut de photographe,
  • Vouent un culte au passé et par leur pratique tentent de s’en rapprocher (on est à deux doigts de dire : puristes),
  • Veulent produire de l’art, ou faire passer leur production comme tel, afin de se démarquer des amateurs.

Je ne sais pas pour vous, mais avec tout ça, cette construction et ce fonctionnement des experts en opposition aux usagers, j’ai l’impression de retrouver l’essence même des pires groupes Facebook sur la photographie. Vous en connaissez forcément un, où le profil type de l’ingénieur de 50 ans traîne. Vous savez, le genre qui ne fait que produire des poncifs artistiques (mais nobles), passe sa vie à casser du débutant (donc de l’usager) afin d’assoir sa position d’expert. Avec bien évidemment une tartine de “c’était mieux avant”. Eh bien, en plus d’être inutiles, inintéressantes et toxiques, ce genre de personnes semblent être en plus lamentablement prévisibles et ennuyeuses : cela fait 150 ans que cela existe. On leur souhaite quand même plein de bonheur .

J’avais déjà parlé de ce phénomène, sans avoir mis ces mots dessus, dans cet article :

Enfin, Paul Napo parle aussi des puristes (experts) dans cette vidéo, et on retrouve étonnamment le même schéma :

L’origine des clubs photo

Par-delà l’explication historique, il faut également considérer le statut amateurs, pour la plupart des hommes, issus de l’aristocratie ou de la bourgeoisie, disposant à la fois de temps et de moyens et qui étaient, de ce fait, naturellement portés vers un type de sociabilité choisie où dominait le modèle du club.

Il convient enfin d’envisager une raison plus pragmatique : d’un emploi certes plus aisé que le collodion, le gélatino n’avait cependant pas aboli toutes les difficultés opératoires. Pour éviter l’embarras dans le choix des procédés ou les erreurs de manipulation, le novice avait donc tout intérêt à s’associer à des praticiens davantage aguerris. Auprès des sociétés, il pouvait bénéficier de conseils avisés, de matériel ou de documentation, et trouver ainsi des solutions à ses problèmes techniques.

L’activité sociétaire est d’ailleurs, en grande partie, organisée autour de la technique. Les séances de démonstration ou de projection sont l’occasion de découvrir de nouveaux procédés. La publication du bulletin de l’association offre l’occasion de rendre compte de l’essai d’un objectif ou d’un support sensible qui vient d’être commercialisé. Les excursions et les concours, lors desquels les amateurs sont tous confrontés au même sujet, permettent de mesurer l’habileté technique de chacun. L’énumération des différentes activités associatives le révèle: il semble que se soit développé, au sein de ces sociétés d’amateurs, comme dans tout groupe social organisé – et sans que cela soit par ailleurs contradictoire avec leur convivialité -, une forme de compétitivité dont l’enjeu est, pour chaque membre, la démonstration de sa parfaite maîtrise des procédés.

L’intérêt individuel pour la technique, renforcé par l’émulation collective, se traduit, en images, par la multiplication des prouesses opératoires : prises de vue en situations limites (depuis un point de vue mouvant, par manque de lumière, etc.), sujets rares ou difficiles à photographier (trop rapides), mal éclairés, en contre-jour, etc.), manipulations au laboratoire (superpositions, montages, virages, etc.), effets esthétiques ou ludiques, mais toujours surprenants.

C’est cependant à travers l’utilisation de ce qui constitue alors le plus récent acquis de la technique – le gélatino-bromure – que l’esprit de compétition se manifeste le plus. La nouvelle préparation permet en effet de photographier « sur le vif : or c’est précisément sur ce vif, sur ce qui bouge et s’agite – de préférence rapidement – que portent le plus régulièrement les défis collectifs des amateurs. Car, plus l’objet à photographier est doué de célérité, plus l’opérateur qui parviendra à en donner une image nette fera la preuve de sa virtuosité.

CLÉMENT CHÉROUX

Dans l’article sur les clubs photo déjà cité, une des raisons pour lesquelles je trouvais ces clubs inutiles était la prépondérance de la question technique qu’on y trouve, alors que, grâce à internet, cette connaissance est disponible partout. Sauf que voilà, moi, j’écrivais ça avec mon point de vue de photographe du XXIe siècle, et qui a l’habitude de toutes les technologies qui permettent l’accès à cette connaissance. Jusqu’à ce que j’aie lu Chéroux, je n’avais pas compris que la technique a longtemps été la raison d’être des clubs photo, c’est ancré dans leur ADN, dans la culture qu’on y trouve. Si vous y avez été pour apprendre la technique, vous faites pareil avec les nouveaux. Et si on peut reprocher aux actuels clubs ce manque d’ouverture à la culture (qui m’avait d’ailleurs poussé à l’écrire, via les remontées des lecteurs, et fut confirmé dans les commentaires ensuite), il est tout à fait logique aux débuts de la photographie. Tout d’abord parce qu’il n’y avait pas de culture à avoir, elle n’existait pas et les œuvres majeures étaient encore à produire, et l’information était difficilement accessible autrement. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, donc bougez-vous quand même sur le sujet.

Origine des portraits fantaisistes

Je me suis toujours demandé d’où venaient ces portraits avec une mise en scène étrange et improbable de ce type :

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Ou de celui-là :

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Et là encore, il y a une origine, et elle est très ancienne : il s’agit à la base d’une tentative des photographes professionnels de se démarquer de la pratique amateur en leur proposant de nouveaux services, qui seront ensuite… repris par les amateurs.

Dans l’ouvrage qu’il a consacré à l’histoire des studios photographiques, Jean Sagne note que « l’exotisme de pacotille va bientôt devenir un argument publicitaire pour les ateliers de portraits qui veulent conserver une clientèle démobilisée par la pratique amateur. De nouveaux accessoires, vélocipèdes, voitures, avions, envahissent la chambre de pose ».

À la toute fin du XIXe siècle, les offres de différenciation se multiplient en effet. Les ateliers proposent désormais des portraits avec « effet artistique » ou « en situation », dans des décors choisis au gré de la fantaisie du client. Depuis le début des années 1890, plusieurs ouvrages compilaient justement à l’attention des amateurs photographes, diverses astuces permettant de réaliser facilement des portraits fantaisistes. Ces ouvrages de « récréations photographiques » expliquaient par exemple comment réaliser un théâtre d’ombres chinoises ou des tableaux vivants. Ils propose également de se photographier dans des miroirs déformants ou de dessiner des fonds représentant des situations cocasses dans lesquelles il suffisait de glisser sa tête.

Clément Chéroux

Tout est là. Les professionnels, lassés de se faire prendre du terrain par les amateurs, ont lancé une pratique plus fantaisiste et plus mise en scène, technique que les amateurs ont reprise par la suite. Il s’agit, au fond, d’essayer de se différencier de la masse, de sortir du lot par des artifices (parfois un peu grossiers).

Ci-dessous, trois autres beaux exemples de mises en scène improbables, avec un maquillage des plus étranges, un costume amérindien, qui ne semble pas être porté par une Amérindienne (mais au moins, ça ne passe pas inaperçu), et un légendaire milk bath. Paraît même qu’il existe des tutoriels pour vous apprendre à perdre votre temps avec ça, internet est fantastique.

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Conclusion

Bon, comme promis j’ai fait court, mais je me suis dit que si je ne terminais pas cet article maintenant, il allait rejoindre la pile d’articles qui ne sont jamais finis et publiés. Deux choses à retenir de ce billet :

  • La photographie telle qu’elle se pratique aujourd’hui et les clivages qui existent entre professionnels et amateurs, experts et usagers, sont beaucoup plus anciens qu’on ne le pense. Les habitudes semblent très ancrées et peu changeantes.
  • Lisez le livre de Clément Chéroux, c’est une vraie pépite. Il est passionnant, amusant, et c’est du grand boulot. Ne pensez pas l’avoir lu à cause de ces quelques extraits servant à appuyer mon propos, il y a plein de choses à découvrir dedans encore.

Oh, et aussi, j’en ai parlé dans la newsletter de découverte que j’ai envoyée cet été, il y a un autre de ses livres à découvrir, qui m’a mis une énorme claque, il s’appelle Si la vue vaut d’être vécue. Ce livre raconte l’histoire d’une dizaine d’images et nous entraîne à travers celles-ci dans des réflexions sur l’histoire de la photographie et aussi celle de son auteur. C’est extrêmement bien écrit (sans être pompeux), riche et dense dans le meilleur sens du terme et aussi très amusant. Bref, on est très loin du stéréotype de l’universitaire ennuyeux à veste de velours, j’ai notamment apprécié l’essai sur… Britney Spears. Oui oui, ça n’est pas une blague. Bref, c’est par ici :


Et si, pour terminer, vous voulez du gros son, vous pouvez comme moi écouter cette playlist :

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Date de la dernière mise à jour : le 16 octobre 2020


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20 Comments

  1. POUGUET Xavier

    Très bon propos. Ces experts m’ont fait penser à ces sociétés savantes du 19eme qui rivalisent de prouesses (sportives?) pour faire avancer le monde de l’époque.
    Je comprends mieux le lien entre bourgeoisie et netteté…

  2. Merci pour cet article à nouveau très intéressant. Petite remarque toutefois : en cliquant de lien en lien au départ de l’article je suis arrivé sur “Youtube – le must watch de la photographie”. Cet article mériterait, je pense, une petite mise à jour! Quoi qu’il en soit, bravo encore pour tous tes contenus.

  3. Pas grand chose de nouveau sous le soleil. Bien des gens aiment se singulariser, faire partie d’un camp “contre” l’autre, se valoriser avec ses connassances, c’est finalement très humain. Moi-même, en me penchant sur mes us et coutumes de photographe amateur …

  4. Teo Castel

    Très intéressant Thomas !

    J’ai l’impression que ça peut s’élargir à n’importe quelle discipline « artistique » dans laquelle il y a en jeu beaucoup d’argent et beaucoup d’ego. Ca mènera forcément à 90% de merde brute de part une alliance de circonstances entre les producteurs de matériel et une bonne partie de pratiquants frustrés qui cherchent à se distinguer par de la technique et des artifices. Mais au final, c’est tout sauf de l’art. Et finalement ça ne sert à rien d’essayer de sauver ces gens-là, eux-mêmes ne le veulent pas, ils préfèrent se concentrer sur le prochain artifice (technique ou pseudo-créatif) pour asseoir leur domination sur la discipline.

  5. François

    Article très intéressant! Merci!
    J’ai même fait le test “Etes-vous un vieux con de la photo” de Paul Napo.
    J’en suis un peu un car je n’aime pas Steve Mc Curry et je trouve que le fait d’être penchée n’améliore pas forcément une photo.
    Bon, Thomas, je suppose que tu as fait le test… Cela a donné quoi?! 😉

  6. La course à l’armement pour sortir du lot n’est pas propre à la photographie, la débauche de virtuosité visible rappelle Liszt ou Paganini. La musique classique est aussi pleine de ces concours (Chopin, Busoni, Mozart, etc.), « prestigieux », qui font office de foires aux bestiaux dans lesquels les maisons de disques repèrent les futurs Lang Lang, Hillary Hahn, etc. qui enregistreront la 500 000e version des variations Goldberg ou des 4 Saisons ou des Suites pour violoncelle. L’institutionnalisation de la musique classique se fait autour des conservatoires et académies, plutôt que des clubs, mais les structures sociales sont sensiblement identiques, l’amour de la technique (et du jeu rapide) comme métrique mesurable de la compétence est similaire, et on ne conçoit pas un salon bourgeois sans son quart de queue au centre.

    À la limite, ça pourrait simplement se nommer « stratégies de pratique de l’art dans un marché concurrentiel saturé visant un public facilement blasé et menacé par les pratiques non lucratives ».

    Dans la série mise en scène fantaisiste, on a bien vu Avedon poser du Dior au milieu d’éléphants… La fantaisie est rafraîchissante plutôt que problématique, dans un monde procédural et normé qui manque cruellement d’imagination et de poésie.

    • Yep. C’est plus la fantaisie, pour la fantaisie, qui tourne parfois au ridicule. Avedon reste sobre quand même.
      En plus, c’est un exemple HS dans le contexte. Le texte parle de la concurrence pro/amateurs pour séduire le grand public pour leurs presta.
      Harper’s Bazar, ça n’a un peu rien à voir.

  7. Muriel SORNAY

    Quelle bonne façon de démarrer un dimanche matin grisouille ( heureusement la neige arrive! )
    Merci pour cet article très intéressant ( et qui donne envie de lire Clément Chéroux ) , on apprend ou réalise des tas de choses.
    A propos du gélatino bromure , j’ai relu  » Les images des Lumière »( Bernard Chardère , gallimard ),où l’on voit comment l’invention de ce support a été ne vraie révolution , en permettant un temps de pose court .
    A bientôt
    Muriel

  8. Arguel Olivier

    Avis partagé Thomas, bonne analyse !

  9. Merci Thomas! Ça faisait longtemps et j’avoue que ça me manquait un peu. Les vidéos, c’est bien. Mais les articles, c’est mieux! Et comme d’habitude, le sujet est très intéressant. Continue à nous régaler par écrit stp 🙂

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