đ Le portrait complet de Robert Doisneau est sur le Blog :
Un baiser pris sur le vif, en pleine rue ? Pas vraiment. En 1950, Robert Doisneau rĂ©pond Ă une commande du magazine Life et compose chaque dĂ©tail : le dĂ©cor, les vĂȘtements, le geste des mains.
On regarde comment on fabrique une image « spontanée ».
Robert Doisneau : le faussaire qui a fabriquĂ© le Paris qu’on croit connaĂźtre
Un baiser pris sur le vif, en pleine rue ? Pas vraiment. En 1950, Robert Doisneau rĂ©pond Ă une commande du magazine Life et compose chaque dĂ©tail : le dĂ©cor, les vĂȘtements, le geste des mains.
On regarde comment on fabrique une image « spontanée ».
Cette photo, vous l'avez sĂ»rement dĂ©jĂ vu en carte postale ou en poster. Robert Duoano l'a prise Ă Paris vers 1950. Un baiser pris sur le vif en pleine rue, pas vraiment. Presque rien dans cette scĂšne n'est aussi spontanĂ© qu'il n'y paraĂźt. Le magazine amĂ©ricain Life veut une sĂ©rie de photos sur les amoureux de Paris au printemps. Nous sommes dĂ©but 1950 et le dĂ©lai est trĂšs court. Douano choisit alors de mettre en scĂšne chaque photo dĂ©cor aprĂšs dĂ©cor dans plusieurs quartiers de la capitale. DerriĂšre le couple, une masse floue se dĂ©coupe. L'hĂŽtel de ville, l'un des monuments les plus reconnaissables de Paris. Ce flou suffit Ă planter le dĂ©cor. On devient un passant attais ouverte et large foulard pour lui, cardigan dĂ©boutonnĂ© pour elle, aucun chapeau sur la tĂȘte, rien de gindĂ© dans leur allure. Autour du couple, Paris continue de courir flou et pressĂ©. Eux n'en tiennent visiblement pas compte. Ils s'embrassent en plein milieu du mouvement de la ville. Ce baiser vend une idĂ©e bien prĂ©cise de la France. Un pays romantique, un peu naĂŻf, Ă milieu de la pudeur amĂ©ricaine. Aux Ătats-Unis, en pleine guerre froide, sous la chappe du maccartisme, cette image lĂ©gĂšre faisait l'effet d'une bouffĂ©e d'air, une carte postale au bon moment. Trois gestes organisent le coup. Lui entoure l'Ă©paule de la jeune femme, elle laisse pendre son bras sans rĂ©sistance et entre les doigts de la main, Ă lui une cigarette. Une pose de dur, rassurante et possessive Ă la fois. Ensemble, ces dĂ©tails ne montrent pas un instant volĂ©. Il composent une idĂ©e de Paris fabriquĂ©e dĂ©cor aprĂšs dĂ©cor pour donner Ă un magazine amĂ©ricain l'image qu'il attendait de la ville. PubliĂ© le 12 juin 1950, la photo tombe vite dans l'oubli. Puis en 1986, un Ă©diteur la ressort en poster. 410000 exemplaires vendus. Elle finit punaiser dans les chambres d'Ă©tudiants du monde entier, juste devant l'affiche du parrain. Une leçon pour vos propres photos ? N'ayez pas peur de composer une scĂšne. Ce qui compte, c'est que chaque dĂ©tail du dĂ©cor reste vrai jusqu'au vĂȘtement, au gestes des mains et Ă l'endroit choisi. Les deux amoureux Ă©taient deux Ă©lĂšves acteurs payĂ©s 500 francs pour poser dans plusieurs dĂ©cors parisiens. Des dĂ©cennies plus tard, un couple a rĂ©clamĂ© de l'argent en se disant sur la photo dĂ©boutĂ©. Et le procĂšs a fait sortir de l'ombre Ă la vraie jeune femme Françoise Bornet. Le procĂšs qui a suivi et ce que sont devenus les deux acteurs ainsi que le prix payĂ© bien plus tard pour le tirage originel, c'est dans mon article sur le blog. Oh.

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