Je pense que la photo de rue est en train de crever… pas à cause de l’iPhone, d’Instagram ou de l’IA, mais à cause de nous. On a transformé un genre libre, subversif et punk en une suite de templates “Instagrammables” : silhouettes, reflets, murs colorés, et portraits posés vendus comme de la street. Dans cette vidéo, je reviens sur ce qui a fait l’âge d’or de la street photo, ce qui l’a codifiée, et pourquoi l’algorithme a fini par formater notre regard.
Je parle aussi des trois grosses “maladies” de la street photo moderne : le glissement vers le street portrait (souvent pour éviter la question de l’éthique), l’obsession de la géométrie et des images parfaites mais vides, et le copier-coller algorithmique qui pousse tout le monde à produire les mêmes photos.
Enfin, je propose des pistes concrètes pour “ressusciter” la street : revenir à l’essence du genre, accepter le chaos et l’imperfection, sortir du feed (prints, zines…), et s’inspirer de photographes contemporains qui bossent avec une vraie intention et un projet.
00:00 La photo de rue est morte (et c’est de notre faute)
00:00 L’âge d’or et le tournant Instagram : la street devient un genre codifié
04:19 Les 3 maladies de la street photo moderne
04:27 1) Le “street portrait” (et l’évitement de l’éthique)
06:28 2) L’obsession de la géométrie et du “moment décisif” mal compris
07:45 3) Le copier-coller algorithmique et la colonisation du regard
08:38 Comment ressusciter la photo de rue : punk, chaos, projets, hors du feed
10:02 Conclusion : la street a besoin de son moment “post-punk”
L'article du Photographe Minimaliste sur Khallik Allah :
https://lephotographeminimaliste.fr/khalik-allah/
Je parle aussi des trois grosses “maladies” de la street photo moderne : le glissement vers le street portrait (souvent pour éviter la question de l’éthique), l’obsession de la géométrie et des images parfaites mais vides, et le copier-coller algorithmique qui pousse tout le monde à produire les mêmes photos.
Enfin, je propose des pistes concrètes pour “ressusciter” la street : revenir à l’essence du genre, accepter le chaos et l’imperfection, sortir du feed (prints, zines…), et s’inspirer de photographes contemporains qui bossent avec une vraie intention et un projet.
00:00 La photo de rue est morte (et c’est de notre faute)
00:00 L’âge d’or et le tournant Instagram : la street devient un genre codifié
04:19 Les 3 maladies de la street photo moderne
04:27 1) Le “street portrait” (et l’évitement de l’éthique)
06:28 2) L’obsession de la géométrie et du “moment décisif” mal compris
07:45 3) Le copier-coller algorithmique et la colonisation du regard
08:38 Comment ressusciter la photo de rue : punk, chaos, projets, hors du feed
10:02 Conclusion : la street a besoin de son moment “post-punk”
L'article du Photographe Minimaliste sur Khallik Allah :
https://lephotographeminimaliste.fr/khalik-allah/
La photographie de rue est morte. C'est pas l'iPhone qui l'a tué, c'est pas Instagram, c'est pas Lia, c'est vous, c'est nous, c'est moi. On a pris les gens les plus subversifs, les plus punk de l'histoire, la photographie et on a transformé ça en concours de portrait posé devant un mur coloré. Aujourd'hui, je vais vous dire pourquoi et comment on peut encore sauver les meubles. Oui, ça va être un petit billet d'humeur sur ce qui me casse un peu les pieds en photographie de rue et pourquoi je trouve ça un peu pété en ce moment. Et vous allez voir dans cette histoire, la notion de punk est super importante. La street photographie originelle, les gens comme Wog Grand, William Clint et cetera photographient juste la vie comme elle était. Alors, il y a un petit débat sur euh qui est le premier photographe de rue. J'ai mon avis. Alors, il y a Eugen Adjet qui photographiait un petit peu les passant pos et tout ça, mais je suis pas sûr que ce soit vraiment de la street encore parce que c'est pas du tout candide, c'est un vieux appareil, c'est très posé. On a l'artigue qui faisait des photos des dames au bois de Boulogne à l'époque où c'était juste lesgeois qui se baladaient là. Et là pour le coup, c'est des photos volées de des gens qui passaient. Donc c'est vers 1918 1920 quelque chose comme ça de tête avant euh voilà le quartier boisson, tout ça et compagnie. Mais j'aime bien dire que c'est l'artigue au début. Je trouve ça un peu cool et ça surprend. Mais ces gens-là faisaient juste un truc tout con qui est photographier la vie comme elle était. Voilà, c'est c'était tout. Il y avait pas de code, il y avait pas d'autres choses. Il y avait juste on faisait des photos de la vie. Et il y a eu un tournant et ça je l'ai vu un peu clairement de du fait de quand j'ai commencé la pratique tout ça. C'est pas tant le la muséification on va dire de ces photographes-là, le fait que le quartier de Bresson bah soit rentré sur le marché de l'art dans les années 70 puis euh soit rentré un peu au patrimoine euh français quand ils ont fondé la fondation Quartier Bresson au début des années 2000. C'est pas tant ça qui a qui a conduit à ce que je vais vous dire. [grognement] C'est même pas tant internet parce que je me souviens que Flicker au début c'était encore assez libre. La photo de rue c'était encore un peu le bordel. Pour moi, c'est vraiment Instagram qui a codifié la photographie. Je j'ai l'impression que vraiment le côté très template, très silhouette, reflet, gens qui marchent devant des murs et qui tombent pile dans l'ombre là ou quand il passe et cetera machin, j'ai l'impression que ça c'est vraiment Instagram qui l'a porté notamment avec un truc qui avait pas flicker ou très peu qui est l'algorithme. Et c'est à partir de là que j'ai l'impression qu'une partie des photographes de rue, une bonne partie même font des photos de rue pour les autres photographes de rue où on répète les codes qui marchent qu'on a l'habitude de voir pour avoir des likes et cetera et les diffuser sur la plateforme. Et c'est plutôt dans la même démarche qu'au début qui était juste bah de photographier la ville la rue comme elle était quoi. C'est un peu le paradoxe, c'est que plus il y a de photographe de rue, bah moins il y a de photographes de rue intéressante. C'est pas croissant quoi. La quantité de photos de rue intéressante, j'ai l'impression qu'elle est restée un peu la même quand même. Et j'ai aussi l'impression et c'est pas pour autant que j'y participe peut-être pas un petit peu involontairement aussi que [grognement] c'est plus la rue qu'on documente que la photographie de rue et la pratique du photographe en elle-même, que le photographe est devenu son propre sujet et qu'on performe un peu la photographie de rue. plus l'image le sujet c'est plus la pratique en elle-même, le matériel, le partage des spots, euh les p alors oui, j'en fais donc c'est pour ça que je dis que je participe aussi au truc mais la russe est censé être plus qu'un décor pour une pratique, c'est censé être le sujet j'ai un l'impression que c'est de ça qu'on s'éloigne et quelque part il y a une espèce de boucle pas ouf euh sur ça, c'est que par exemple, si on prend les photographes japonais de la mouvance provoque, eux ils rejetaient la vision du beau. On prend par exemple Moriama, c'est totalement là-dedans. et rejeter la vision du beau pour photographier la vie brute telle qu'elle était, le chaos tel qu'il était quoi. Et maintenant, on fait un peu l'inverse pour plaire à l'algorithme. On rejette le chaos, on va chercher une espèce de beauté factice dans l'ordinaire pour que ça plaise et que ça marche. Après, il y a peut-être aussi le fait que peut-être, je suis pas sûr de mon avis sur ça, même moi, je suis pas sûr d'être d'accord avec moi-même, mais que le smartphone a tué le côté tranchant et punk du truc où bah il y a 20 ans personne avait d'appareil photos dans la rue et du coup bah c'était un c'était décalé. Mais maintenant, comme tout le monde fait des photos et a des images dans la rue, peut-être ça a perdu de son côté mordant et un peu punk. Je sais pas, me donner votre réponse en DM ou peu importe où vous choisissez de discuter avec moi. Mais voilà, la transgression de photographier des inconnus un peu dans les années 60 dans la rue, elle existe plus et ce qui était punk est devenu mainstream comme bah le punk en fait tout simplement. Je crois [grognement] que c'est Sid Vicus et je sais qu'il y a des méloman dans la musique qui me corrigeont s'il y a besoin qu'on dit que les fans de punk ont copié les codes et pas la démarche qu'en gros les gens ont copié le look euh des Sex Pistols et pas la démarche, pas le travail de s'en [ __ ] de faire son truc à soi et cetera et que c'est un peu ce qui a tué le punk, c'est le fait de faire des crêtes bêtement et que c'était pas ça en fait le punk. Tout comme c'est peut-être pas ça la photo de rue, de faire juste des photos jolies de silhouettes dans la rue pour mettre son Instagram. Et ça pour moi ça passe à travers trois maladies. Je vais appeler ça comme ça de la photographie de rue. Al en a peut-être d'autres. Peut-être que j'abuse sur certaines mais hey on y va. Le premier et ça c'est un truc qui m'agace beaucoup portrait posé dans la rue. C'est pas de la street photo. Enfin je je veux pas être genre gateekeper en mode ça ça on est ça ça on est pas même si je viens de le dire mais on perd l'essence de la démarche qui est un peu de capturer la vie telle qu'elle est dans la rue dans la vie publique telle qu'elle est. Alors je peux comprendre que le photographe intervient et met de lui-même dans l'image un peu des fois avec des flashes son nombre et cetera genre le Fredlander je vais y arriver le faisait beaucoup. Mais le fait de faire poser quelqu'un pour un portrait, bah c'est juste un portrait posé quoi. On capture [ __ ] la vie et ce qui se passe, c'est juste une photo d'une personne et il y en a qui sont genre trop bien. Il y en a qui sont vraiment chouettes et cetera, mais pour moi, on s'éloigne de ce qui fait l'essence du truc et ça pose un autre souci. Par exemple, il y a pas longtemps, alors j'ai complètement oublié son nom, je sais pas qui c'est et je m'en fiche. J'ai juste vu passer ça dans mon feed l'envoyé 114 fois en me demandant ce que j'en pensais et j'étais en train d'écrire cette vidéo. Mais il y a un mec je crois à Mess qui s'est fait connaître en faisant de la street photo au téléobjectif du port très méga loin. Et ça pareil je trouve ça un peu éloigné du but. Euh [grognement] on est loin de la scène, on est distant, on est froid, on n pas dans la scène, il y a pas de vie, il y a pas de composition, c'est toujours pareil du flou et une personne toute seule. Et ensuite, il va offrir un petit tirage à la personne pour dire "Ou là là, tu as vu, je t'ai pris en photo, tu es d'accord, c'est cool, ça va ?" Et surtout, il filme ça pour le mettre sur les réseaux. Et pour moi, c'est vraiment l'absolu ce que je viens vous dire de de l'image formatée pour pour internet quoi. Et qui est très loin de ce que c'était à la base concrètement, sans vouloir être puriste parce que ça peut évoluer mais c'est loin. C'est que quelque part on évite la question de l'éthique avec ça, on la met sous le tapis. J'avais fait une vidéo sur l'éthique en rentrée de photos, je vous mets un lien quelque part. Mais en gros, le portrait posé quelque part, c'est du confort moral. On n pas à se dire est-ce que c'est une bonne photo ? Est-ce que j'ai je suis dans mon rôle de photographe en photograph ça ? Est-ce que je dérange pas trop ? Est-ce que voilà cette image elle est bien ? Est-ce qu'elle va pas causer de tort tout ça ? parce qu'on on s'empare plus du sujet éthique en faisant ça, on le met sous le tapis en faisant juste poser la personne et il y a plus de souci. Mais c'est pas toujours un choix artistique. Des fois, c'est juste de la facilité d'éviter ce sujet-là. Et personnellement, je pense que la photographie de rue contemporaine, moderne pour évoluer, pour continuer d'évoler avec la société et avec comment on choisit de faire des images dans la rue, bah elle a besoin de réfléchir. Elle a besoin d'un cadre éthique assumé et pas juste d'un évitement poli quoi. C'est pas on met ça sous le tapis, on en parle plus et puis terminé. 2è problème, l'obsession de la [ __ ] de géométrie. C'est toutes ces photos qui sont techniquement parfaites mais qui ont aucun fond qui lui a disparu au profit de la forme. Par exemple euh je sais pas si vous voyez ces images. Alors il y a Alex Web qu'en fait c'est lui qui a fondé le truc donc évidemment il le fait et c'est cool mais il a lancé un peu une obsession des layers donc des images très compliquées avec beaucoup de couches et cetera dans l'image. Ça c'est des images qui sont surtout bah pour les photographes parce que je pense que pour le public c'est un peu compliqué à apprécier à comprendre. Ça fait vite bordélique. Il y a un peu cette cette obsession là et ça c'est typiquement ce que je viens de vous décrire. on fait du beau pour faire du beau parce que les autres photographes aiment ça et qu'on est liké par d'autres photographes et poussé par un algorithme dans ce que l'algorithme nous a appris à faire. Mais est-ce que c'est vraiment ce que vous voulez faire au fond de vous quoi ? Ça et l'autre exemple par exemple c'est le moment décisif de quartier vraisson. Le moment déciscif de quartier je vous mets une vidéo ici où j'ai traité le sujet. Il existe pas trop en vrai mais on va le garder quand même comme concept. C'est un peu un hasard que ça ait fini attaché à lui mais façon regarder la vidéo. Le moment décisif de quartier brisson dans l'idée, c'est le moment où la forme rejoint le fond où la forme de l'image, comment sont placés les sujets, ce que ça exprime et cetera. Voilà. Euh résume [raclement de gorge] à un sens par rapport au fond, par rapport à ce qu'on veut en dire. Et c'est pas juste attendre dans la rue comme ça que quelqu'un passe encore une fois au milieu de deux ombres qui font un V pour que ça passe bien au milieu. C'est pas un espèce de moment qui tombe bien, c'est un moment qui tombe juste. Et enfin le dernier point, le copiercollé algorithmique. Tout le monde produit les mêmes images en boucle dès qu'il y en a une qui fonctionne. Et je dis ça, mais je suis aussi dedans en fait hein. Moi aussi je consomme des photos sur Instagram. Moi aussi je j'en fais des fois parce que je vois des trucs qui me plaisent. Je veux faire ce qui me plaît et je vais peut-être reproduire des codes. Et moi aussi, j'ai de la responsabilité là-dedans parce que bah en vous présentant du contenu ici et une audience assez large, j'ai aussi une influence sur tout ça. Donc je vous dis ça, je dis vous c'est je m'adresse à l'audience mais je suis dedans aussi quoi. Mais c'est vrai qu'avec l'algorithme, je trouve qu'il y a une espèce de boucle de rétroaction comme ça en permanence où quelqu'un fait un truc, j'en ai parlé sur le flou, ça marche, tout le monde le fait et du coup parce que tout le monde le fait, tout le monde le fait. Il y a une espèce de colonisation esthétique de formation du regard via l'algorithme et ça aussi ça m'emmerde mais parce que je préférais la vie avant les algorithmes. J'adore internet, les algorithmes me cassent les pieds. Et je pense que revenir à une pratique plus punk justement donc dans l'esprit euh punk et pas pas le dans le résultat dans le dans le processus dans le résultat, ça passerait par plusieurs trucs. Déjà peut-être simplement photographier ce qui vous dérange et pas ce que vous trouvez joli. Alors ce qui vous dérange, elle est pas photographier les SDF parce que la pauvreté ça vous dérange, mais ce qui vous dérange visuellement dans l'organisation, tout ça, ce qui ce qui a de la tension, vous voyez ce que je veux dire ? C'est un peu plus profond que juste ou là là j'aime pas la pauvreté, ça me dérange ou je m'appelle Jordan Bardella. Je vais les photographier les noirs et les arabes hors sujet. Accepter le chaos. La plupart des photographies de ru que moi je kiffe profondément et peut-être que c'est le vot cas aussi. Elles sont imparfaites, elles sont dérangeantes, elles sont ambigues. Je pense à certaines images de William Clin par exemple. Alors, peut-être qu' aussi faut sortir des réseaux, ça j'en parle tout le temps, imprimer des images, imprimer des zines, filer des images comme ça, mais sortir de l'algorithme un petit peu, même si c'est compliqué parce que c'est un peu ce qui nous connecte aussi quelque part en terme de photographe de rue. Voilà, moi dans ma rue, il y a pas d'autres photographes de rue. Dans ma ville, il y en a mais ils habitent loin, je les connais pas forcément. Bref, c'est un peu ce qui nous connecte. Donc, j'entends que ce soit un outil intéressant mais ça peut être utile aussi d'en sortir un peu et s'intéresser à des photographes qui font un truc radicalement différent, intéressant et justement un peu punk. Je pense à Tatsu Suzuki qui est un photographe japonais que j'aime beaucoup, j'adore son travail. Je vous mets quelques images à l'écran ou encore Kalic Ala qui est un photographe de Magnum mais qui fait un travail de folie sur la rue. Je vous mets dans la description un lien vers l'article du photographe minimaliste qui l'a traité et qui est genre trop bien. Donc bah allez le lire, ça va me faire gagner du temps. J'aurais pas besoin de l'expliquer ici. Mais tous ces gens, ouais, ils ont un projet, ils ont une obsession et j'ai l'impression qu'ils sont indépendants de ce qui marche et de justement cette espèce de truc que j'ai décrit qui tue la photo de rue, quoi. C'était précis ça comme phrase, dis donc. Mais du coup pour conclure, le punk, il est mort quand les gens ont répété les codes mécaniquement et il est revenu un peu sur le devant de la scène avec le post punk quand bah les gens ont remis de l'énergie dedans et se le sont réappropriés. Je pense que la photographie de rue a besoin de son moment post punk là, ça ferait du bien. La photographie de rue, elle est pas morte, elle est juste tout respirateur artificiel alimentée par les likes et les hashtags. Je pense que pour la sauver, il faut accepter de faire des photos que personne ne likera. des images qui dérangent, qui mettent mal à l'aise sans rentrer dans le glo hein, on se comprend quand je dis ça. Mais des photos qui racontent quelque chose du monde et non vos compétences sur Lightroom et votre capacité à répéter ce que vous avez vu. La bonne nouvelle, c'est que pour faire tout ça, il vous suffit de sortir et d'appuyer sur un bouton. Je m'appelle Thomas Moui. Si cette vidéo vous a plu, je vous invite à vous abonner et à la partager. J'ai fait un petit livre qui s'appelle 10 outils indispensables pour vos projets photo et je vous le fil gratos. Voilà, ça peut vous aider, c'est gratuit. Je l'ai déjà dit mais c'est pas grave. Euh le [grognement] lien est dans la description et euh si vous aimez ce genre de truc, ben on se revoit dans 15 jours pour la prochaine. Salut ! [musique]
# Script
## Accroche
La photo de rue est morte. Et c'est pas l'iPhone qui l'a tuée. C'est pas Instagram. C'est pas l'IA. C'est vous. C'est nous. On a pris un des genres les plus libres, les plus subversifs, les plus punk de l'histoire de la photographie… et on l'a transformé en un concours de "street portraits" posés devant des murs colorés. Aujourd'hui je vais vous dire pourquoi — et comment on peut encore sauver les meubles.
## Partie 1 — L'âge d'or (et pourquoi c'est fini)
– La street photography originelle : Winogrand, Meyerowitz, Klein — pas de règles, pas de "genre", juste des gens qui photographiaient la vie
– Le tournant Instagram : la street photo devient un "genre" codifié avec ses règles (silhouettes, reflets, lignes de fuite, le mec qui marche devant un mur). Photo de rue pour les phootgraphes de rue.
– Le paradoxe : plus il y a de photographes de rue, moins il y a de photos de rue intéressantes
💡 Le vrai basculement, c'est peut-être que le photographe de rue est devenu son propre sujet. On ne documente plus la ville, on performe le rôle du "street photographer". Le gear, le preset, le spot repéré sur YouTube. La rue n'est plus qu'un décor. C'est exactement le contraire du mouvement Provoke au Japon (Moriyama, Nakahira) : eux rejetaient la belle image pour attraper le chaos urbain brut. Aujourd'hui on fait l'inverse — on rejette le chaos pour fabriquer de la beauté générique.
💡 Autre angle : la démocratisation des appareils (smartphones) a paradoxalement tué le tranchant du genre. Quand tout le monde PEUT faire de la street, la street perd sa dimension marginale. La transgression de photographier des inconnus dans les années 60 n'existe plus de la même façon. Ce qui était punk est devenu mainstream.
## Partie 2 — Les 3 maladies de la street photo moderne
– Le syndrome du "street portrait" : demander la permission à quelqu'un de poser, c'est PAS de la street photo. C'est du portrait en extérieur. Et c'est ok, mais arrêtez d'appeler ça de la street.
– Gars de metz
💡 Ce glissement révèle un truc plus profond : la communauté street a évacué la question de l'éthique au lieu de la traiter. Résultat, beaucoup de photographes ont basculé vers le portrait posé par confort moral, pas par choix artistique. On pourrait creuser : la street photo contemporaine a besoin d'un vrai cadre éthique assumé, pas d'un évitement poli.
– L'obsession de la géométrie : des photos techniquement parfaites mais émotionnellement vides. Le fond a disparu au profit de la forme. Obsession des layers.
💡 Le "moment décisif" de Bresson est devenu une prison. Son concept a été réduit à "timer le passage d'un passant dans un rayon de lumière entre deux lignes convergentes". Bresson parlait de la coïncidence entre une forme et un sens. On n'a gardé que la forme. Ça, plus l'épidémie du color grading cinématique : tout ressemble à un still de film. La street photo perd sa dimension documentaire pour devenir de la direction artistique appliquée au réel.
– Le copier-coller algorithmique : tout le monde produit les mêmes images parce que l'algo récompense le même type de photo → boucle de rétroaction mortelle
💡 On pourrait pousser plus loin : l'algo ne fait pas que récompenser les mêmes photos, il FORME le regard. Un photographe qui scroll 200 images de street par jour sur Instagram finit par voir la rue à travers le filtre de l'algo. C'est une colonisation esthétique. Même quand il sort sans téléphone, il cadre pour le feed. C'est un problème cognitif, pas seulement algorithmique.
## Partie 3 — Comment ressusciter la photo de rue
– Revenir à l'essence : photographier ce qui vous DÉRANGE, pas ce qui est joli
– Accepter le chaos : les meilleures photos de rue sont imparfaites, dérangeantes, ambiguës
– Sortir du feed : imprimer, faire des zines, exposer — la street photo a besoin de contexte, pas de likes
– Exemples de photographes de rue contemporains qui font un travail radical et intéressant
💡 Quelques noms concrets : Khalik Allah (portraits nocturnes au Harlem, à la frontière du documentaire et du sacré), Dougie Wallace (flash brutal, couleurs criardes, anti-esthétique assumée), Txema Salvans (humour, absurdité, poses longues en pleine rue). Et côté francophone, Christophe Agou ou Mohamed Bourouissa. Tous ont un point commun : un projet, une obsession, pas juste une sortie photo.
💡 Idée supplémentaire : la culture du photobook et du zine comme vrai contre-mouvement. L'auto-édition (risograph, tirage court) permet de redonner un contexte narratif à la street photo, ce que le feed ne fera jamais. Pointer vers des éditeurs indépendants comme Café Royal Books ou Session Press. C'est là que la street est encore vivante.
💡 Et peut-être aussi l'idée de "slow street photography" : passer des semaines dans un seul quartier, un seul bloc, une seule rue. Le contraire du safari urbain. C'est ce que faisait Vivian Maier sans le savoir. La profondeur vient de la répétition, pas de la couverture.
## Conclusion
💡 Parallèle possible avec le punk : quand le punk s'est codifié (crête, épingles, trois accords), il est mort. Ce qui l'a ressuscité, c'est le post-punk — des gens qui ont gardé l'énergie mais cassé les codes. La street photo a besoin de son moment post-punk.
La photo de rue n'est pas vraiment morte. Elle est juste sous respirateur artificiel, alimentée par des likes et des hashtags. Pour la sauver, il faut accepter de faire des photos que personne ne likera. Des photos qui mettent mal à l'aise. Des photos qui racontent quelque chose sur le monde — pas sur votre maîtrise de Lightroom. La bonne nouvelle ? Il suffit de sortir, de regarder, et d'avoir le courage d'appuyer.
Merci à tous, 10 outils, abo, like.
## Miniature YouTube (suggestion)
### V2 – plus lumineuse
### V3 – plus cassé, ton plus sobre
### V4a – appareil à gauche (texte à droite)
### V4b – appareil en bas (texte au-dessus)

Laisser un commentaire