📖 Le photopoche qui lui est dédié :
https://amzn.to/2ZzaIQK
▶️ L'exposition au MoMA :
https://www.moma.org/calendar/exhibitions/2408
▶️ Making-of d'Incolors :
https://thomashammoudi.com/incolors-making-of/
Sons : Orangefreesounds.com
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Bonjour à tous, ici Thomas Amoudi, et je viens encore une fois vous parler de photographie. Dans une vidéo récemment, je vous ai parlé de Louis Forer, dans celle-ci on va reprendre la même recette, et on va recommencer sur un autre photographe. Comme on va le voir ensemble, malgré le caractère strictement novateur de sa photographie, Ernst Haas est resté relativement inconnu. Son nom est assez peu mentionné dans les livres d'histoire, trop peu si l'on considère la qualité de son œuvre. Honnêtement, si je n'avais pas trouvé la couverture du photopoche qui lui est consacrée intrigante, je pense qu'il serait resté très longtemps sous mon radar. Je n'ai pas envie de le lire, et hop, me voilà aujourd'hui à vous en parler. Ainsi, je peux considérer que je suis comme une bonne gastro, personne ne m'échappe indéfiniment. C'est la pire métaphore de la chaîne. Je ne ferai pas plus nul que ça. Ernst Haas, et je vais galérer toute la vidéo à dire son nom, est un photographe qui est né en 1921 en Autriche. Le 2 mars très précisément, même si on s'en fout. Il a commencé ses études par de la médecine, puis s'est donné à la peinture. C'est au début des années 40 qu'il se met à la photographie, puis au photojournalisme. Il a fait un reportage sur le retour des prisonniers de guerre, et notamment grâce à cette photographie que je vous mets à l'écran. Dans ce reportage, il a photographié la ville en ruine au sortir de la guerre, ainsi que le retour des prisonniers, et surtout les relations sociales qui en découlent. La photographie que vous voyez, celle d'une femme cherchant un proche, est iconique. Le contraste entre l'inquiétude, l'anxiété et l'attente qu'elle manifeste est fort par rapport au sourire du soldat heureux de rentrer chez lui. La guerre est là encore, frappant, séparant les gens, même si de temps en temps on peut y trouver de la joie, notamment celle de se retrouver. Un beau photographe américain, mais vrai membre fondateur de l'agence MacDom, lui propose de rejoindre la dite agence, ce que Haas acceptera. Donc ça a dû être une des conversations les plus riches en accents de l'histoire de l'humanité. Il faut imaginer le truc. On a un austro-hongrois qui se fait passer pour un américain, avec un accent, qui discute en même temps avec un autrichien pour le faire rentrer dans son agence. Ça a dû faire un truc du style « Hans, Ars, do you want to join MacDom ? » Magnifique. Il va couvrir l'actualité du pays et fera partie des gens qui seront invités sur le tournage de The Misfits, le dernier film de Marilyn Monroe et Clark Gable. Film dont le tournage avait été qualifié de chaotique, notamment à cause des sauts d'humeur insupportables de Marilyn Monroe, à tel point que Clark Gable fera faire un infractus un mois après la fin du tournage. C'était vraiment une horreur et Hans Haas en a ramené quelques photographies. En réalité, il n'est pas possible d'apprécier la photographie de Haas sans connaître et comprendre un peu mieux le contexte de l'époque. Comme toujours, chaque oeuvre est aussi le produit de cette dernière et on ne peut vraiment l'apprécier qu'en la connaissant. Et indéniablement, un des précurseurs de la photographie couleur, il n'en est pas l'inventeur. Personne n'est vraiment l'inventeur de la photographie couleur dans le monde de l'art de toute façon. C'est un processus qui a été plutôt long et jalonné de différentes étapes qu'on va voir un peu ensemble pour comprendre justement où est la place de Haas là-dedans. Tout d'abord, la photographie couleur n'a pas attendu les années 50 pour exister. Le premier procédé s'appelait les autocrones et a été inventé en 1903 par les pierres Lumière. C'est un procédé positif couleur sur plaque de verre qui a une petite particularité, c'est qu'il est produit à partir de fécule de pomme de terre. C'est sensible à certaines couleurs et que l'œil humain voit comme produisant une image en couleur par synthèse additive. Je vous mets une petite image, ça ressemble un peu à ce qui est fait sur les publicités quand on les regarde de près. Vous avez des petits points jaunes, des petits points en vert, des petits points en bleu et quand on regarde de plus loin, on a l'impression de voir de la couleur, ce qui en fait n'est pas présent. C'est le cerveau qui fait le travail. Et c'est comme ça que les autocrones marchaient. Personnellement, je trouve ça extrêmement drôle de me dire que les premières photographies couleur ont été faites grâce à des patates. C'est la plus apparente pour avoir des photographies couleur de meilleure qualité, notamment grâce à la légendaire pellicule Kodachrome, qui est aussi chiante à développer, mais pas autant que ce qui se faisait avant. C'est d'ailleurs à cette époque que Robert Capa, dont on en parlait il y a quelques instants, se met aussi à photographier de la couleur. Enfin, avec de la couleur. Tous les photographes n'embrassent pas ce changement. Par exemple, Henri Cartier-Bresson ne la trouvait pas encore assez aboutie, ou d'autres photographes comme Hansel Adams ne la trouvaient pas non plus aboutie, mais voyaient en elle l'avenir de la photographie. En ça, Hansel Adams ne s'est pas trompé. La première grande percée de la première grande percée de la photographie couleur dans le monde de l'art va être en 1950, grâce à l'exposition All Color Photography au MoMA. Je vous mets d'ailleurs dans la description un lien qui permet de revoir cette exposition, parce que le MoMA prend la bonne habitude de prendre des photographies de toutes ces expositions pour qu'on puisse les revoir. Bien sûr, les photographies sont en noir et blanc. C'est malin. L'exposition présente 85 photographes différents, dont énormément de pointures. On y trouve notamment, et je vous affiche la liste, il s'agit de la première grosse exposition dédiée à la couleur programmée par le conservateur du musée, le fameux Edward Steinschen. L'exposition présente toutes les techniques de photographie couleur, des autochrones aux pellicules les plus récentes. L'exposition présente toutes les sortes de sujets, de la photographie documentaire aux vues aériennes de la Terre, prise par la navette Aérobie. Elle a pris des photographies de très haut du sol de la Terre, et dont les images avaient été classées par le gouvernement américain et ont été diffusées dans cette exposition pour la première fois. Si une grande variété de pellicules sont utilisées et les différents sujets présentés, il y a aussi plein de méthodes de tirage, notamment les Kodachrome, le Dye Transfer ou la méthode Carbro. Ainsi, l'exposition porte très bien son nom, All Color Photography, et explore bien tous les aspects de la photographie couleur en montrant son potentiel créatif. C'est dans ce contexte que Ernst Haas va arriver et va commencer à employer la photographie couleur. Elle est plus ou plus ou moins déjà utilisée par des grands photographes qui sont passés à la postérité. Elle a commencé à rentrer dans les musées, mais l'accueil est encore timide. Comme je vous l'ai dit, en arrivant aux États-Unis, Haas commence à travailler pour de grands magazines, notamment Life et Vogue. C'est là qu'arrive le tournant pour lui, The Decisive Moment, comme on pourrait l'appeler, un reportage que Life lui commande en 1953. Il décide de réaliser ce reportage sur New York en couleur, c'est une très grosse nouveauté pour l'époque, et ce sera le plus gros portfolio publié par Life, soit 24 pages en deux numéros. Il s'appellera, et il s'appellera « Images of Magic City », et sera présenté en couverture en disant que les photographies transforment la grande cité en un monde nouveau et magique. Dans ces images, Haas accentue les premiers plans, déforme les perspectives, joue sur les reflets, bref pour une version fragmentée, mouvante et nerveuse de la ville. Lors de la conception du reportage, il écrira à son ami Robert Capa l'extrait suivant : « De détails, des murs, des abstractions, des compositions, à partir de choses insignifiantes. Tu seras très étonné ». Haas continue ensuite à photographier pour le magazine dont il est le photographe Vedette. Il poursuivra notamment son travail en Afrique du Sud, à Venise ou à Paris. Il développe aussi un effet de flou qui le rendra très célèbre et sera très repris par la suite, comme vous pouvez le voir sur cette photographie. La première exposition photographique de Haas aura lieu au MoMA du 21 août au 21 octobre 1962. Il y présente 80 images en couleur qui sont produites grâce au procédé d'eye transfer, procédé utilisé par William Eggleston, qui est plutôt destiné à la publicité, coûte très cher et produit surtout des images de couleurs très vives et riches de saturation et de détails. Le successeur de Steinchen, John Swarovski, écrira à propos de l'exposition : « La couleur, dans la photographie en couleur, est souvent apparue comme un écran décoratif, hors de propos, entre le spectateur et le sujet de l'image. » Ernst Haas a résolu ce conflit en faisant de la sensation de la couleur elle-même le sujet de son œuvre. Aucun photographe n'avait travaillé avec autant de succès et exprimé la joie pure, physique de voir. Il est plébiscité par la presse, notamment par le New York Times. Haas continue son travail et s'installe petit à petit comme un des grands maîtres de la photographie Coulard et continue son travail, notamment sur le paysage. Il reste très actif afin de financer ses projets, donc il prend beaucoup de commandes pour payer ses projets perso, et dirige l'agence Magnum en 1960. Maintenant, on va parler un peu de sa postérité. C'est là qu'il n'a vraiment pas eu de bol, dans le sens où on a retenu William Eggleston comme le grand pionnier de la couleur, alors que l'exposition personnelle de Haas en couleur, a eu lieu 14 ans avant celle de William Eggleston. Donc si on compte vraiment la première exposition couleur dans une grande institution, c'est Haas et pas Eggleston le pionnier. D'ailleurs, Eggleston ne cite même pas Haas dans ses influences. Le paradoxe étant qu'on retient Eggleston, mais que son exposition a été détestée à sa sortie. Alors certes, ça l'a beaucoup amusé, mais elle était surnommée dans la presse l'exposition la plus détestée de l'année. Elle avait été qualifiée de parfaitement mauvaise et de parfaitement ennuyeuse, ce qui n'a pas été le cas de Haas, qui était plébiscité par la presse. Haas avait toutes les cartes en main pour passer à la postérité, c'était un précurseur, le soutien de ses pairs, la reconnaissance critique de la presse. Il avait un peu d'aura grâce à son travail dans Life, mais ça n'aura pas été suffisant. Au final, même s'il est apprécié de nombreux connaisseurs, il reste très peu connu dans le monde de la photographie d'art, qui aux Etats-Unis se compose principalement des musées, des universités, des collections privées, ainsi que de quelques grandes galeries. Le symbolisme et le lyrisme de ces images sont critiquées et perçues comme kitsch, notamment en comparaison à l'art conceptuel qui avait émergé à l'époque. Aussi, sa vision des Etats-Unis est très différente, parce qu'elle est plutôt positive, de ce qui se faisait dans les années 60. Il a peu d'affinités avec ses photographes, qui eux sont très critiques avec les Etats-Unis. Mais Haas ne l'est pas, parce qu'il a connu la guerre, et il aime beaucoup l'Amérique, et il le montre dans ses images. Même si certaines de ses images sont iconiques, il reste quand même peu montré dans les livres d'histoire, les expositions, les rétrospectives, etc. Et je peux en témoigner, j'ai vu un paquet de bouquins d'exposition dans ma vie, et j'ai mis un peu de temps à comprendre et à voir à quel point il avait été important. La première génération de photographe à avoir photographié en couleur. Après, elle se banalise et n'est plus un sujet. Pendant très longtemps, il y a eu des débats couleur versus noir et blanc, comme APS-C versus reflex, vous voyez, les débats inutiles et sans intérêt, et après Haas, ces débats n'ont plus lieu d'être. La première génération de photographes à avoir utilisé la couleur, qui comprend aussi notamment Sol, Later, l'a utilisée pour elle-même, comme un moyen de s'exprimer. Le sujet de leurs images, c'était la couleur. C'est une façon personnelle et expressive de s'en servir qui se rapprochait de la peinture. La deuxième génération à avoir utilisé la couleur, qu'on appelle la New Color Generation, n'utilise plus la couleur de la même façon. Celle-ci n'est plus un moyen de s'exprimer, n'est plus le sujet, mais juste un moyen de coller au plus proche possible de la réalité. Outre William Eggleston, dont nous avons déjà parlé, c'est la façon dont s'en est servi Stephen Shore et Joel Meyerowitz, façon qui est très différente de ce que Haas pouvait faire. Au final, c'est assez marrant pour moi de découvrir Haas assez tard, parce que c'est une sorte d'influence inconnue que j'avais, parce que même si personnellement mon goût pour le banal dans la photographie et dans celle que je fais me vient de William Eggleston, je me sens finalement plus proche de Haas dans son usage de la couleur, malgré le fait que je ne le connaissais pas quand j'ai fait mes projets photos. Alors je vous montre une image juste comme ça, c'est notamment le cas pour le projet In Colors, où la couleur était le sujet principal. La couleur dans la ville, etc., c'est sur ça que j'ai travaillé. Je vous mets un lien dans la description si ça vous intéresse. Au final, si une personne que je ne connais pas m'influence, est-ce qu'on ne peut pas dire que c'est ça la meilleure preuve qu'il a laissé une petite trace dans l'histoire de la photographie ? Finissons cette présentation de Ernst Haas par une petite citation. La vision est donc vraiment au centre du travail de Haas. Merci à tous d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout. Si elle vous a plu, n'hésitez pas à laisser un petit pouce bleu et à vous abonner. N'hésitez pas non plus à partager cette vidéo pour faire découvrir le travail de Haas. Comme d'habitude, je vous mets dans la description un lien vers mon livre qui s'appelle 10 outils indispensables pour votre projet photo. Peut-être que grâce à lui, vous serez le prochain Haas. Il est gratuit et vous avez juste à cliquer pour le télécharger. Moi, je vous dis à bientôt et prenez de superbes photos en attendant.

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