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title: 'Pourquoi Henri Cartier-Bresson c&rsquo;est de la pizza.'
author:
  name: Thomas Hammoudi
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date: '2016-05-14T18:00:00+02:00'
modified: '2026-09-10T16:30:09+02:00'
type: post
summary: 'Cet article analyse le mythe Henri Cartier-Bresson et déconstruit les idées reçues sur sa photographie. Découvrez pourquoi HCB est devenu un lieu commun dans les discussions sur la photographie, et comment son approche a été façonnée par son parcours unique. Une réflexion sur l''importance de comprendre le contexte derrière les icônes de la photographie.'
categories:
  - Blog
tags:
  - CartierBresson
  - Fiches de lecture
  - Polémique
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published: true
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# Pourquoi Henri Cartier-Bresson c&rsquo;est de la pizza.

Ceux qui me connaissent un peu en dehors du blog savent que je trimbale partout avec moi quelques griefs contre [Cartier-Bresson](https://thomashammoudi.com/henri-cartier-bresson-voyage-dans-loeuvre-du-monstre-sacre-de-lhistoire-de-la-photographie/). Pour commencer, et pour aller dans son sens (il utilisait cet acronyme dans certaines publications) nous l’appellerons HCB dans le reste de l’article.  Loin de moi l’idée de bouger, ou même plus modestement de tenter de bouger, d’un centimètre ce monument de la photographie contemporaine. Non, c’est plus son acception dans l’imaginaire populaire, principalement chez les photographes, qui m’agace un peu. Parce que, pour prendre une image à la portée de tous, [Henri Cartier-Bresson](https://thomashammoudi.com/henri-cartier-bresson-voyage-dans-loeuvre-du-monstre-sacre-de-lhistoire-de-la-photographie/) c’est de la pizza.

![Par44917 - Pourquoi Henri Cartier-Bresson c](https://thomashammoudi.com/wp-content/uploads/2020/02/PAR44917-1024x680.jpg)*FRANCE. Paris. The Quai St Bernard, near the Gare d’Austerlitz railway station. 1932.*

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Ps : les images ne sont là que pour illustrer l'article généralement, elles n'ont pas de lien précis avec le texte.
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## Constat…

C’est simple, tout le monde aime la pizza : Tu ne sais pas où emmener manger ta dernière conquête le premier soir ? Pizza ! En soirée qu’est-ce qu’on fait ? Pizza ! T’es étudiant et t’es fauché ? Pizza ! *et caetera*. Bref, vous l’avez compris, quand il s’agit de manger, c’est toujours la bonne réponse.

Et c’est pareil pour la photographie d’HCB, on se sert de son nom et de son oeuvre, dans tous les sens, sans vraiment en comprendre les enjeux et leur origine. Ma remarque préférée étant « *Je ne retouche pas mes images* » (sous entendu comme les images à la sauvette d’HCB). Avec, derrière la tête, l’idée d’atteindre un espèce d’idéal par ce biais.

Citer HCB, c’est atteindre le [point Godwin](https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Godwin) de la conversation photographique. [Godwin](https://fr.wikipedia.org/wiki/Mike_Godwin) était un avocat américain qui avait étudié les débats sur les forums, il avait conclu qu’arrivées à une certaine longueur, les conversations avaient de fortes chances de faire des références au nazisme. Tout simplement parce que les participants sont arrivés au bout des arguments censés, et faute d’idées font des références à des situations extrêmes, signe que le débat n’avancera plus. Mentionner HCB, c’est pareil.

![Hcb usa new jersey prison - Pourquoi Henri Cartier-Bresson c](https://thomashammoudi.com/wp-content/uploads/2020/09/HCB-usa-New-Jersey-Prison.jpg)*USA. New Jersey. Model prison of Leesburg. Solitary confinement. 1975.*

D’ailleurs, comme tout personnage faisant partie de l’histoire, sa place dans l’imaginaire populaire est construite autour de quelques stéréotypes. C’est ce que [Clément Chéroux](https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_Ch%C3%A9roux) décrit dans son texte (Cf. sources en fin d’article). Il constate l’existence de « plusieurs » HCB. Il y a celui de l’histoire qu’il obtient en « ré-humanisant » le mythe, celui vendu par [Magnum](https://fr.wikipedia.org/wiki/Magnum_Photos) (l’image dont il est question ici,  trop souvent retenue, idéalisée et parfois loin de la réalité), et enfin celui des galeries d’art (qui détache toute image de son contexte pour en faire des œuvres d’art).

## …Et construction

Tout est construit chez HCB, tant sa conception de la photographie que ses photographies. Rien n’est l’oeuvre d’un génie tombé du ciel, d’un don miraculeux, ou même d’un hasard total. Tout n’est que le résultat de son histoire et de son parcours. Ce qui est, somme toute, assez logique.

Ainsi, le concept d’instant décisif qui lui colle à la peau (le terme est issu de la traduction de son livre « *Images à la sauvette* » en anglais : *The decisive moment*), me fait penser à la réflexion qu’avait mené [Michel Onfray](https://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Onfray) dans son livre sur [Freud](https://fr.wikipedia.org/wiki/Sigmund_Freud) ([Le crépuscule d’une idole](https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cr%C3%A9puscule_d%27une_idole)). Il y démontrait, après avoir analysé sa vie et sa correspondance, que ses théories sur la psychanalyse n’étaient au final que le reflet de ses propres troubles (avec sa mère principalement), ne s’appliquaient qu’à lui, et au final n’avaient pas de sens pour d’autres personnes. Dans une moindre mesure (et en beaucoup moins pessimiste) c’est la même chose pour HCB. Et pour chaque photographe d’ailleurs, dont les pratiques sont issues de ses propres expériences, et n’ont donc aucune espèce de dimension universelle et absolue. L’instant qu’il considère à un moment donné comme décisif ne l’est que selon son point de vue ; plus généralement, la recherche même d’un instant décisif n’a rien d’un idéal à atteindre. C’était seulement sa pratique. Certains photographes vont même dans le sens inverse, notamment [Raymond Depardon](https://thomashammoudi.com/raymond-depardon-du-fils-de-paysan-au-monument-de-la-culture-visuelle/), qui recherche  à figer plutôt les temps morts/longs.

D’ailleurs, cet instant n’était qu’en partie décisif, comme le rappelle [Peter Galassi](https://loeildelaphotographie.com/fr/author/peter-galassi/), conservateur du département de la photographie au [MoMA](https://fr.wikipedia.org/wiki/Museum_of_Modern_Art), qui détaille le mode opératoire d’HCB :

> Il repère d’abord un arrière-plan dont la valeur graphique lui semble intéressante. C’est souvent un mur parallèle au plan de l’image, et qui vient comme cadrer celle-ci en profondeur. […] Puis, comme quelques séquences de négatifs conservés permettent de le vérifier, le photographe attend qu’un ou plusieurs éléments doués de vie […] viennent trouver leur place dans cet agencement de formes qu’il définit lui-même dans une terminologie très surréalisante comme une « coalition simultanée ». Une part de l’image est donc très composée, l’autre plus spontanée.
> Peter Galassi

![Hcb pekin 1948 - Pourquoi Henri Cartier-Bresson c](https://thomashammoudi.com/wp-content/uploads/2020/09/HCB-Pekin-1948-1024x685.jpg)*CHINA. Beijing. Final days of the Kuomintang. A peasant, whose market has closed down and came to Beijing to sell his vegetables, sits to eat his provisions. A shopkeeper resigns to have nothing more to sell in his store. December 1948. 
Since July 1946, China has been torn apart by civil war between the Communist forces of MAO TSE-TUNG and the Nationalist forces (Kuomintang) of General TCHANG KAI CHEK. Slowly the Communist gained terrain and in December of 1948 they took siege of Peking.*

Quant à son sens de la composition, très géométrique, celui-ci vient de la formation de peintre qu’il a suivie dans ses jeunes années. HCB était l’élève du peintre [André Lhote](https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Lhote),  ce qui fait de lui un géomètre. Dans son atelier, il apprend les techniques de peinture et de dessin auxquelles il restera fidèle toute sa vie. Il y aborde aussi la géométrie et la composition, étudiant le nombre d’or qui devient tant un véritable filigrane de son œuvre photographique qu’une grille d’analyse des œuvres du passé. La citation qui le marquera à vie sera « *Nul n’entre ici s’il n’est géomètre*« . Une citation qu’il attribue à tort à [Raphaël](https://fr.wikipedia.org/wiki/Rapha%C3%ABl_(peintre)) (sans doute son côté humaniste) mais qui est à l’origine inscrite sur le fronton de l’académie de [Platon](https://fr.wikipedia.org/wiki/Platon). La photographie ci-dessus étant le meilleur exemple de cet aspect de son travail. 

![10 martine franck 600 - Pourquoi Henri Cartier-Bresson c](https://thomashammoudi.com/wp-content/uploads/2018/02/10_Martine-Franck_600.jpg)*Les Jambes de Martine, 1967. © Henri Cartier-Bresson / Magnum*

Enfin, son aversion pour le recadrage est lié à l’aspect photojournalistique de son travail. Il a tellement défendu ce point que c’en est aussi devenu sa marque de fabrique. Il écrivait derrière toute les photographies *« Prière de reproduire cette photo intégralement, sans en modifier le cadrage ». *C’est pour cela que bon nombre de ses images ont un cadre noir : un agrandisseur un peu plus grand était utilisé afin d’avoir la certitude que l’image n’avait pas été recadrée.

![Cartier bresson r483 v - Pourquoi Henri Cartier-Bresson c](https://thomashammoudi.com/wp-content/uploads/2018/02/Cartier-Bresson_R483_V.jpg)

Il ne rejette donc pas la retouche ou le recadrage en soi, mais dit simplement, et à raison, que cela trahirait la vérité de ses images. Cela reste d’ailleurs interdit dans la plupart des concours liés au photojournalisme. Il s’agit encore une fois d’un choix dicté par sa pratique. Il y a des abysses sans fin entre ça, et dire « *Je ne retouche pas pour faire de la vraie photographie ». *

## Conclusion

HCB, c’est donc de la pizza pour le photographe en quête de repères. Son image est tellement diffusée dans la culture populaire, a produit tellement de lieux communs qu’il est assez difficile de s’en détacher. Pourtant, en creusant dans son oeuvre et dans sa vie, on se rend aisément compte que de nombre de ces lieux communs sont éloignés de la réalité. C’est la différence entre le HCB historique et le HCB promulgué par Magnum présentée ci-dessus.

L’oeuvre de HCB sera toujours un des piliers de la photographie contemporaine. Et comme pour tout photographe digne de ce nom, il y a beaucoup de choses à  découvrir dans son oeuvre en l’étudiant (notamment ce qui l’a inspiré, et poussé à créer ainsi) : il suffit d’ouvrir quelques livres à son sujet. Sa renommée ne doit pas en faire un idéal à suivre, ça serait tuer la créativité – d’ailleurs en art, il n’existe sûrement aucun idéal. Après tout, HCB lui même se disait peintre et non photographe.

Ouvrez des livres et prenez des photos.

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[![91xlmlvmqxl - Pourquoi Henri Cartier-Bresson c](https://thomashammoudi.com/wp-content/uploads/2018/02/91xlMLVMQXL-622x1024.jpg)](https://www.amazon.fr/dp/2070414108?tag=thomashammoud-21&linkCode=ogi&th=1&psc=1)*[P. Assouline – Cartier-Bresson, L’oeil du siècle](https://www.amazon.fr/dp/2070414108?tag=thomashammoud-21&linkCode=ogi&th=1&psc=1) – LE livre à lire sur Cartier-Bresson*

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Ps : si vous voulez acheter l'ouvrage, cliquez sur la couverture ;)
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Sources

- Assouline, P. (2001). [*Henri Cartier-Bresson l’oeil du siècle*](https://www.amazon.fr/dp/2070414108?tag=thomashammoud-21&linkCode=ogi&th=1&psc=1). Paris: Gallimard. (présent dans la [bibliographie](https://thomashammoudi.com/bibliographie/)) – C’est celui que je vous conseille pour découvrir l’homme derrière les images, environ 9€ ([ici](https://www.amazon.fr/dp/2070414108?tag=thomashammoud-21&linkCode=ogi&th=1&psc=1)).

- Clair, J. (2004). *Henri Cartier-Bresson*. Arles, Actes Sud. (présent dans la [bibliographie](https://thomashammoudi.com/bibliographie/))

- Galassi P. (1991), *Henri Cartier Bresson. Premières photos. De l’objectif hasardeux au hasard objectif*, Paris, Artaud.

- Montier, J.-P. (2010), «  Henri Cartier-Bresson, figure de l’« intellectuel » ? « , *Études photographiques*, 25 mai 2010, ([en ligne](https://journals.openedition.org/etudesphotographiques/3042)), mis en ligne le 29 avril 2010.

-  Ali Belhadj, N., « Grand photographe – Henri Cartier-Bresson », Focus Numérique, ([en ligne](https://www.lesnumeriques.com/photo-c10.html)), mis en ligne le 19 Avril 2016.

- Poivert, M. (2015) « Clément Chéroux, *Henri Cartier-Bresson*  
*Études photographiques*, Notes de lecture, Avril 2015, ([en ligne](https://journals.openedition.org/etudesphotographiques/3522)), mis en ligne le 07 mai 2015.

