Vous n’avez pas les bases

Date de la dernière mise à jour : le 25 January 2019


Introduction

Depuis que j’ai ouvert ce Blog la Terre a eu le temps de faire trois fois le tour du soleil, et moi, son modeste habitant, d’écrire une flopée de billets sur la photographie. On y a parlé pratiques, culture, philosophie, ou alors j’ai sorti ma pelle pour taper et casser des clichés. Bref, durant ces trois années de franche rigolade (qui ont commencé par ces quelques billets), j’ai construit ce Blog et ma façon de penser la photographie au fil de mes lectures, rencontres et découvertes diverses, sans pour autant avoir un fil conducteur clair et précis. Le Blog c’est un peu comme de la poterie, petit à petit la forme s’affine, sans que je puisse prédire exactement ce que ça donnera (je ne suis pas un très bon potier). Après, il y a quand même des sujets vers lequel que je n’irai jamais, vous ne trouverez pas de test de matériel ici, ou de listes du type “10 conseils pour améliorer votre photographie maintenant et sans effort”, j’ai une dignité quand même.

Seulement voilà, je n’ai jamais posé les bases une bonne fois pour toutes, ni explicité sur quelles grandes pierres angulaires tout le reste, au final, s’est bâti petit à petit. C’est d’autant plus utile qu’il y a des nouveaux lecteurs chaque jour, d’autres qui sont arrivés en cours de route, ou encore certains qui ne suivent qu’un épisode sur deux. Et c’est pour tous ceux là, qu’aujourd’hui, on va reposer ces bases une bonne fois pour toutes. Je précise aussi, dans le cas où vous auriez-lu tout le Blog, sans la moindre exception (donc aussi les articles cachés – bon courage à ceux qui n’ont pas encore réussi à les trouver pour y parvenir), que ce billet va vous permettre de pouvoir réviser un peu. Parce que je sais bien que vous oubliez la moitié de ce que je raconte.

Il ne s’agira pas ici de faire une synthèse de chaque article (qui se trouvent d’ailleurs tous ici listés par année), ce serait aussi long à écrire qu’à lire. Je vais plutôt me concentrer autour des 4 idées fortes, qui structurent ce Blog. Ce sont elles qui sous-tendent chacun des articles et des problématiques que je traite, et c’est d’elles que découlent les pratiques que je décris (notamment sur tout ce qui concerne la gestion de projet photographique). Bref, ce sont mes 4 cavaliers de l’apocalypse à moi. Autrement dit, vous pouvez vous contenter d’elles et repartir à l’aventure dans des contrées lointaines, même si vous me manquerez sûrement beaucoup. Sauf si vous faites de la macro, de la photographie HDR ou du Nurbex : là je m’en remettrai. 

Les bons symptômes, le mauvais diagnostic

Vous avez un problème, vous sentez qu’il y a baleine sous gravillon. Sinon vous ne seriez pas là, mais probablement dans un coin à gambader pour photographier ce qui vous passe sous le bras, que vous partageriez joyeusement ensuite sans vous poser plus de questions. Point de critique ici, si vous êtes dans cette situation et qu’elle vous épanouit, tant mieux pour vous, chacun sa pratique et ses besoins face à la photographie. Mais si vous lisez ces lignes, si vous écumez internet à la recherche d’informations sur la photographie, de culture, de conseils et autres, c’est parce qu’à la base vous en sentez le besoin. Vous n’êtes pas satisfait, il y a un truc qui cloche, vous ne faites pas exactement ce que vous souhaiteriez, et vous en cherchez la cause. Ça, c’est pour la partie symptômes (que l’on est nombreux à partager, rassurez-vous).

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Pour le diagnostic, en revanche, c’est une autre paire de manches, et pour en parler, rien de mieux qu’une bonne vieille métaphore automobile. Je vous préviens tout de suite par contre : je n’y connais absolument rien en auto, je sais qu’en comptant les roues on peut les différencier des motos, mais ça s’arrête là. Ne vous attendez pas donc à une précision académique.

Pour démarrer, je vous présente Serge, au volant de sa voiture :

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Voici Serge. Tous les noms sont fictifs et pris totalement au hasard.

Serge conduit sa belle Clio 208, elle est très belle, dotée de très nombreuses options, il l’a payée très cher avec ses économies. Bref, cela ressemble fort au début d’une histoire très heureuse mais ça n’est pas le cas : sa voiture ne va pas à 130km/h comme il le souhaiterait. Serge n’est pas défaitiste dans l’âme, pas le genre à abandonner face à l’adversité, du coup, il se lance dans une recherche éperdue de ce qui pourrait bien causer le problème :

  • Est-ce le toit qui n’est pas assez aérodynamique ? Les rétroviseurs qui bloquent le passage de l’air ?
  • Est-ce qu’il met la bonne essence dans sa voiture ? La bonne huile ? Le liquide de refroidissement refroidit-il bien ?
  • Ne serait-ce pas l’ordinateur de bord, qui est mal paramétré ?

Bref, il se creuse la tête, cherche, ajuste, contourne, essaie, mais rien n’y fait. Ses avancées sont maigres, et il ne gagne que peu de vitesse, tout en restant loin de son objectif. A ce moment-là de son enquête, toujours au volant, Serge croise Benoit, son meilleur ami :

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Benoît, qui se demande pourquoi des gilets jaunes bloquent encore sa rue.

Benoît conduit le dernier modèle de chez Porche, la KX2000-B (j’ai dit que je n’y connaissais rien). Et quand il passe devant Serge, il le fait en trombe : à 150km/h, même en centre-ville, même à l’heure de sortie des écoles maternelles. Benoît ne fait pas les choses à moitié, même dans son manque de finesse. Du coup, Serge est un peu dépité, il comprend bien que quoiqu’il fasse, il n’aura jamais l’allure, et la vitesse qui siéent toutes deux si bien à Benoit. Sauf que… Passe Henri.

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Henri, dans toute sa gloire.

Henri passe un beau matin devant chez Serge, il le fait très vite, avec panache et juste ce qu’il faut de ralentissement pour graver ce geste dans l’esprit de Serge. Henri est un peu caractériel, mais ce n’est pas ce qui perturbe le plus Serge : il roule dans un vieux tacot, largement démodé et sans aucune option, mais le fait à la vitesse de l’éclair. Serge est confus : “Mais comment fait-il ? Comment est-ce possible ? Comment peut-il rouler encore plus vite que Benoit en étant moins bien véhiculé ? Ça n’a pas de sens !”.

Serge n’aura jamais le fin mot de l’histoire, et ne comprendra sans doute jamais son problème. Il abandonnera probablement ses interrogations existentielles un jour, lassé de rester loin de ce qui l’aurait le plus épanoui. Cependant, vous, vous commencez sans doute à comprendre où je veux en venir. La réponse est simple, le problème est évident : si Serge ne va pas à 130km/h, c’est parce qu’il n’appuie pas sur le putain d’accélérateur. C’est la pédale de droite (ça, je le sais). Serge s’échine a étudier des causes périphériques d’un problème qui est à 99% de sa faute, des causes qui n’ont qu’un impact mineur sur le résultat final. Il ne se remet pas en question, ne se questionne pas, et utilise mal l’outil à sa disposition. Et ça, peu importe l’outil et le domaine, tant qu’il pensera ainsi, il n’y arrivera jamais.

Voici donc la première base du Blog : si en photographie vous avez un problème, une insatisfaction, vous en êtes souvent le seul responsable. Bienvenue chez moi, votre nouvel embrayage.

A ce sujet vous pouvez aussi consulter :

  • Pour en finir avec le matériel
  • Un éloge de la simplicité
  • Cet article de vulgarisation sur le Rasoir d’Occam. Pour la faire courte : dans l’analyse des causes d’un problème, commencez par considérer en premier les hypothèses les plus simples. Dans notre cas, si votre photographie ne vous convient pas, l’hypothèse selon laquelle c’est de votre faute doit être considérée avant celle postulant que le problème vient de votre objectif ne possédant pas le dernier revêtement anti-truc XEDv2.

Faites votre part du boulot

Je pense que l’état d’esprit dont vous avez besoin comporte de l’endurance, de la discipline et un travail ardu. Fondamentalement, il existe très peu de raccourcis. Soit vous avez en vous la capacité de vous appliquer à une situation donnée ou à une idée donnée et de l’explorer et de la résoudre, soit vous ne l’avez pas. La plupart des gens sont juste paresseux. Le danger de la photographie est qu’elle semble très facile, mais en fait, c’est un domaine où il est très difficile de vraiment exceller, car au fond, les gens ne travaillent pas assez, ils sont paresseux. Ne soyez pas paresseux !

Martin Parr

Rien qui n’en vaille la peine ne vous sera jamais donné sans un peu de sueur : la facilité est un piège. Et c’est là tout le problème de la photographie, elle est techniquement très simple à utiliser, mais extrêmement difficile à maîtriser pour s’exprimer pleinement. Certaines disciplines artistiques ont une courbe d’apprentissage technique très longue (comme la musique qui demande forcément plusieurs années de pratique, même si cela varie d’un instrument à l’autre), ou qui parfois nécessitent d’avoir atteint l’âge adulte et terminé ses études (l’architecture !). La photographie n’a pas un ticket d’entrée au prix aussi élevé en temps, on peut en apprendre les bases en quelques heures. Vous pouvez expliquer en un après-midi à un enfant de 10 ans les trois principales composantes de la technique photographique : Ouverture, Vitesse, Sensibilité. Elles n’ont pas varié depuis le début de la photographie, et composent l’essentiel de la technique. Tout le reste, bien que parfois très utile, est totalement accessoire et l’écrasante majorité des œuvres composant l’histoire de la photographie ou garnissant les collections des musées se sont faites sans. Cartier-Bresson n’avait pas d’autofocus, et Nadar pas de triple capteur rétro-truc futuriste.  Je grossis le trait, mais vous avez l’idée.  C’est commun avec un autre art d’ailleurs : on peut apprendre les techniques de bases de la sculpture à un enfant en quelques séances (l’ayant fait, je peux en témoigner, pour la faire courte : on sculpte de la glaise et on la fait cuire), mais vous n’en ferez pas un Auguste Rodin pour autant.

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Auguste Rodin photographié par Nadar, la boucle est bouclée. Aucun rapport avec l’article, mais quelle barbe !

Et je pense que c’est de là que vient une grande partie de l’agacement et de la colère que je peux susciter. Parce qu’au fond, ce que je vous dis, c’est que vous n’atteignez pas vos objectifs, non pas parce que vous ne possédez pas ce qu’il faut, mais bel et bien parce que très probablement, vous ne fichez rien. Et c’est le trait commun que je retrouve toujours chez les quelques-uns qui vont claquer la porte, souvent à grand renfort de tirades improbables : Ils ne veulent pas travailler, ne veulent pas entendre qu’ils doivent travailler, ne veulent pas non plus se remettre en question. A l’inverse, très souvent, ce qu’ils attendent c’est du tout-cuit, du pré-mâché, du prêt à appliquer en faisant tout comme c’est dit. Je précise bien, puisque l’on révise les bases, que je ne dis pas que certains photographes sont “bons” parce qu’ils travaillent et d’autres “mauvais” parce qu’ils ne bossent pas (c’était l’objet de cet article : Y a-t-il des bons et des mauvais photographes ?). Je dis simplement que si vous ne produisez pas les travaux que vous voudriez, dont découle la fameuse frustration dont on parlait dans la partie précédente, c’est très probablement parce que vous ne bossez pas assez.

Attention cependant, il y a une différence entre beaucoup travailler et bien travailler. Passer des soirées entières à échanger des idées incongrues sur des thèmes comme “C’est quoi être pro / c’est quoi être amateur ?” ou le classique “Comment sublimer la vie ?” avec JackyPhoto662 sur un obscur forum ne vous amènera à rien. Placez judicieusement vos efforts. Ainsi, quel type de blogueur serais-je si je vous conseillais de faire quelque chose, sans vous expliquer comment le faire ? Prenons donc le temps de voir comment travailler votre photographie correctement et en 4 étapes seulement. Vous n’êtes pas obligé de travailler ces 4 axes en parallèle et tout le temps, mais naviguez de l’un à l’autre régulièrement, n’en délaissez aucun.

  1. Sortez prendre des photographies. Alors, cela peut paraître être un conseil des plus basiques (ce qui reste néanmoins le thème du jour), mais c’est quand même l’étape la plus primordiale qui soit. Quand je parle de prendre des photographies, je ne veux pas dire une fois par semaine, le dimanche après-midi pour vous donner bonne conscience. Je vous rappelle que l’on vient de dire qu’il fallait bosser. Donc ayez tout le temps un appareil sur vous, et prenez des photographies tous les jours, dès que l’occasion se présente. Vous pouvez utiliser votre téléphone, pour ma part j’utilise un petit boitier argentique (comme ça je ne fais que prendre des photos, rien d’autre), mais soyez toujours prêt, faites-en une habitude. Comprenez bien, et ça va sûrement vous détendre, que faire de la photographie consiste à prendre 99,99% de photographies nulles et ratées pour les 0,01% qui vous marqueront à vie. Donc n’ayez pas peur d’y aller et de tester des trucs, c’est toujours un entraînement, un petit pas vers l’étape suivante.
  2. Cultivez votre regard. Alors oui, c’est une formule alambiquée et faussement poétique que je vous sers là, mais parce qu’elle résume une nécessité des plus vraies : gavez-vous d’œuvres d’art pour apprendre à voir. La photographie est un art, où vous devez composer une image pour vous exprimer. Et ça n’est pas inné, ça ne tombe pas du ciel, comme ça d’un coup. Cela se peut, en partie (toujours en fonction de l’éducation que vous avez eue et de vos pratiques antérieures), mais ça se travaille énormément. Et ne restez pas cantonnés à la photographie, mangez de la peinture (l’art le plus proche, mais qui lui part d’une toile blanche), de la sculpture (pour le travail en volume), des films (pour la composition et la narration par l’image), de la littérature (pour la construction du récit), bref, équipez-vous. Votre œil doit devenir une arme de guerre artistique (ça claque tout de suite mieux dit comme ça, hein ?).
  3. Réfléchissez à ce que vous faites, donnez du sens à votre pratique. Cette partie-là, c’est quand même 90% du résultat, et si vous la négligez eh bien, vos travaux n’auront aucun sens. Vous n’êtes pas là pour répéter inlassablement les mêmes poncifs que tout le monde (du paysage au coucher du soleil, des portraits avec la mise au point sur l’œil à pleine ouverture, des photographies de silhouettes dans la rue…), vous pouvez faire mieux. Aucun écrivain ne se met à écrire comme ça, parce qu’il aime bien son stylo, et pour répéter l’histoire que lui a racontée le voisin. Prenez le temps de réfléchir à ce que vous voulez faire, vraiment (ce qui peut prendre la forme d’un projet photo d’ailleurs).
  4. Votre photographie mérite votre temps. Prenez le temps de l’éditer, de l’arranger, de la travailler. Ne balancez pas tout en ligne à peine rentré chez vous. Le but du jeu, ce n’est pas de satisfaire des algorithmes de réseaux sociaux. Dans 20 ans, toutes ces plateformes auront été remplacées par d’autres, qui disparaîtront à leur tour. Ne vous consacrez pas à des futilités, mais à ce qui survivra à l’épreuve du temps : un travail photographique qui a du sens, et ce, avant tout, pour vous. A ce sujet vous pouvez voir cet article : De l’art de l’édition 

Je vais insister sur le dernier point, parce qu’il y a une phrase qui revient souvent “je n’ai pas le temps”. A moins d’avoir 4 enfants à gérer en étant célibataire et en ayant 2 mi-temps en parallèle, c’est très probablement faux, vous vous mentez à vous même, c’est une excuse. La journée de toute l’humanité fait 24 H, il n’y a pas de raisons que vous n’arriviez pas à trouver un moment pour faire ce qui vous tient à cœur. Peut-être pas 4 H par jour, évidemment, mais 30 minutes pour lire un peu, trier ses images ou aller faire un tour, ça se dégote. Commencez par supprimer ce qui ne vous est pas utile sur le long terme : dans 20 ans, vous préférerez vous souvenir d’avoir regardé Netflix ou d’avoir terminé un projet de photographie de rue qui vous tenait à cœur ? Voilà.

Pour être honnête, il vous faudra sûrement plusieurs décennies de travail sérieux (j’ai hésité à dire “acharné” mais cela me semble un peu élevé, et puis ça dépend aussi de vos prédispositions, de votre bagage culturel pré-existant & cie) pour maîtriser la photographie. L’un des plus brillants exemples est sans doute Robert Mapplethorpe (dont la vie a été retranscrite dans ce reportage d’Arte, régulièrement remis en accès libre)  qui n’a cessé de travailler, jusqu’à la toute fin de sa vie. Curieux de tout dès son arrivée à New-York, il photographiait sans cesse, cherchant toujours à améliorer ses cadrages, compositions, éclairage, etc., jusqu’à atteindre la forme de perfection qu’il considérait être la sienne. Il savait ce qu’il voulait, et allait au fond de ses idées, et c’est peu dire. Analyser son œuvre présente aussi un autre avantage : vous y verrez des photographies de fist-fucking, ce qui est assez peu courant dans le monde de la photographie artistique et est l’exact inverse de ce que vous croiserez sur des sites comme 500px. En effet, là vous avez une personnalité artistique photographiant des trous-du-cul, alors que sur 500px vous avez des trous-du-culs photographiant sans personnalité artistique.

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Helmut and Brooks (Fist Fuck/Single). – R. Mapplethorpe

Ainsi sera donc définie la deuxième idée de base du Blog : Faites votre part du boulot. Mieux vaut travailler trop que pas assez, le vieillard que vous serez un jour vous en remerciera.

Apportez votre pierre

rrrrrrr

Là y’a 2 Pierre.

Je me demande : Combien de personnes connaissent vraiment l’histoire de la photographie ? Ce que vous devriez essayer de réussir est d’ajouter à ce qui a été fait auparavant. Faites mieux, faites unique, faites-le vôtre. Je pense que c’est la clé.
Bruce Gilden

La citation de Bruce Gilden de limpide : vous devez connaître ce qui a été fait et produit par d’autres avant vous, et y ajouter votre pierre ensuite. Selon le point précédent, votre quantité de travail, cela sera soit une petite pierre, soit un complexe hôtelier complet, mais vous ajoutez à ce qui a été produit avant. La photographie a une histoire et des courants, que vous les connaissiez ou non, que vous décidiez de vous y inscrire ou non. La photographie de paysage a une histoire, idem pour le portrait, le reportage, la photographie de rue, et ainsi de suite. Ne pas la connaître reviendrait à tenter de réinventer la roue dans son coin, ou à partir en forêt construire sa maison tout seul à partir de rien avec juste des branches et de la terre (ce qui peut quand même être cool, mais est à éviter en photographie). Des centaines de photographes sont passés par le même chemin que vous, ils se sont lancés, ont réfléchi, ont tenté des choses, on fait avancer les pratiques : connaissez l’histoire pour bénéficier de leur expérience, et la poursuivre. Bref, ajoutez votre pierre au mur.

trump wall

Et avec le sourire s’il vous plaît.

Comme précédemment, je vais vous filer quelques billes pour pouvoir démarrer. De base, la culture photographique c’est un peu mon fonds de commerce, du coup sur le Blog les ressources ne manquent pas (vous pouvez quasiment prendre n’importe quel article au hasard et y découvrir un photographe), voici donc :

  • Acquérir les bases de la culture photographique, c’est un article que j’avais écrit pour le Apprendre-la-photo.fr il y a quelques mois. Si vous démarrez vraiment de 0, que vous n’avez aucune idée de ce qui s’est passé en photographie ces 180 dernières années, commencez par là. Il y a le B-A-BA.
  • Je range le Blog avec des étiquettes (elles sont en bas, dans la colonne de gauche quand vous lisez un article). Cela permet de trouver facilement tous les articles qui parlent d’un même sujet. Vous pouvez donc consulter les étiquettes : Histoire, Livres & Ressources. Certains articles sont communs à ces catégories, mais vous devriez déjà trouver de quoi vous occuper.
  • La bibliographie, c’est le cœur du Blog, c’est de la lecture de ces livres que partent tous les billets. Si vous êtes plus autonome, ou si vous voulez tracer votre route tout seul, commencez par là.

C’est là qu’intervient la deuxième étape de la citation de Gilden, vous devez connaître l’histoire de la photographie, pas pour le simple plaisir d’être cultivé et d’être bon au Trivial Pursuit, mais pour vous l’approprier, la faire vôtre et la continuer. Il n’est pas question ici de remplacer la répétition des poncifs du web par celle de l’histoire de la photographie, ça ne vous avancerait pas énormément. C’est assez commun et cyclique en fait, quand on lit les biographies / interviews des grands photographes, on se rend vite compte que chaque génération a influencé la suivante. Cartier-Bresson a marqué William Eggleston et Joël Meyerowitz, qui a leurs tours ont lancé la photographie couleur dans le monde de l’art, et donc influencé des dizaines de jeunes photographes. C’est aussi pour cela, que toutes les remarques du type “Non, je ne veux rien connaître je veux faire MA photographie”, sont nulles et non avenues (et cachent très souvent, une fois n’est pas coutume, une flemme de faire sa part du boulot) : tout le monde l’a fait avant vous et s’en est très bien sorti. D’ailleurs à ce sujet vous pouvez aussi consulter :

La troisième base du Blog est donc : connaissez l’histoire, et poursuivez-là.

Que cela vienne de vous

Creusez au plus profond de vous-même, essayez de voir qui vous êtes, quels sont vos intérêts, puis sortez et essayez de photographier ça. Essayez de vous exprimer à travers votre photographie.

Bruce Gilden

Ce dernier point découle de tous les autres. Si vous devez accepter que vous êtes le seul responsable de votre photographie (et non de la quantité de biens que vous possédez), faire votre part du travail, connaître l’histoire pour préparer la suite, c’est dans ce seul but : pouvoir vous exprimer. Votre photographie doit toujours partir de vous, et uniquement de vous. C’est pour cela que l’influence, dont on parlait il y a quelques lignes n’est pas un grand risque, tant que vous appliquez cette règle, vous ne serez pas une énième copie d’un photographe ou d’une tendance.

Il faut en avoir conscience : je ne serai jamais William Eggleston, pas plus que vous ne serez un jour Henri Cartier-Bresson ou Joël Meyerowitz. Au mieux, je pourrais être un bon Eggleston de second rang, mais il n’y a qu’Eggleston qui puisse prétendre au titre. La seule chose que je peux faire, en revanche, c’est travailler pour devenir le meilleur Thomas Hammoudi possible, et quelque part, c’est ce que je vous invite à rechercher aussi (être vous-même, pas être moi, suivez un peu !). Il est parfaitement inutile de se comparer à untel ou untel, à se jauger par rapport à ce qu’ils ont pu faire ou font, vous n’arriverez jamais à faire la même chose de toute façon.

Aussi, partir de soi, avoir pour principale ambition d’exprimer ce que l’on a au fond et d’en obtenir satisfaction, c’est la garantie de tenir sur le long terme. C’est bien la seule chose qui ne vous lassera pas. Les likes, un nombre titanesque d’abonnés, les commentaires dithyrambiques, tout ça passera, ou pire, ne sera jamais suffisant tant que vous ne serez pas satisfait vous.

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Photographie – V. Maier

Faire pour soi, c’est très bien, mais c’est aussi difficile. Il y a 3 éléments principaux, qui peuvent vous corrompre l’esprit et vous détourner de ce droit chemin. Sont donc à éviter :

  • Faire pour montrer. Montrer ses travaux peut être très gratifiant, et une finalité possible. Mais il ne faut pas produire pour cela. Ne vous limitez jamais en vous disant “Ha, j’aimerais bien faire ce projet, mais ça n’intéressera jamais personne”. Vous pouvez pensez cela à tort ou à raison, mais on s’en fiche, faites-le si ça vous motive. Photographiez pour vous, pour suivre vos envies, vous aurez tout le reste de votre vie pour décider quoi montrer. Cela fait un an et demi que j’ai commencé l’argentique, et je n’ai encore rien montré à personne, et ça n’a aucune importance. La pratique m’éclate, ça me fait plaisir, je suis content des photographies que j’ai, je verrai le reste plus tard. Vivian Maier a photographié toute sa vie, inlassablement sans montrer ses travaux, et ça n’est pas bien grave. Je ne dis pas qu’il faut tout archiver comme un trésor au fond de la mer et ne jamais rien montrer, bien évidemment, mais juste, ne vous focalisez pas sur ça.
  • La recherche absolue du “beau”. Alors là, ça doit être le sujet n°1 sur lequel on s’effrite sur les forums photos, et pourtant, personne n’en a trouvé la définition. Kant a renoncé à le définir (on trouve un coucher de soleil beau et un bébé beau, comment avoir une définition qui englobe les deux ?) et s’est donc intéressé au jugement du beau (voir ici). Hegel, à sa suite, trouvait que pour définir ce qui est beau il faudrait analyser tout ce que l’on trouve beau et en tirer des règles générales à appliquer. Or, si l’on fait cela, on devient des artisans et plus des artistes, donc retour à la case départ (voir ici). Je grossis énormément le trait, lisez les articles cités pour plus de détails. Quoiqu’il en soit ne cherchez pas à produire “Votre vision sublimée du monde”, on s’en fiche. Votre vision du monde ça sera très bien déjà. Restez vous-même et abandonnez les recettes qui ne reproduisent que des lieux-communs, juste bon à faire des fonds d’écran (la golden hour en tête).
  • Les likes et les retours sur internet. N’essayez pas de faire ce qui marche, ou de plaire à une quelconque audience. De toute façon, la plupart des gens n’y connaissent rien, ou ils ont des goûts de chiotte ou encore ils ne savent pas quoi aimer tant qu’on ne leur a pas mis sous le nez. C’est une cause perdue d’avance, et même si vous plaisez à tous, vous ne serez tout juste qu’un photographe moyen, qui plaît à la moyenne. Trouvez votre route et restez-y jusqu’à être arrivé au bout.

La quatrième base du Blog, et sans doute la plus importante est donc : Partez toujours de vous, ne dérogez jamais à ça.

Conclusion

Alors, pour conclure, récapitulons un peu les choses. Avoir les bases c’est :

  • Accepter que si vous n’êtes pas satisfait, c’est sûrement plus de votre faute que de ce que vous possédez.

  • Vous mettre à bosser, correctement, régulièrement, et avec application.

  • Connaître l’histoire de la photographie, et y apporter votre pierre.

  • Toujours partir de vous.

C’est plutôt simple, non ? Basique.


Pendant cet article, j’ai écouté les bases :


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22 Comments

  1. Peut-être le meilleur article ! J’ai beaucoup apprécié l’évocation du travail de Mapplethorpe ( putain de documentaire,hein !?).

    • Le meilleur, je ne sais pas haha.
      Oui, le documentaire était top, il y a une exposition bientôt au Guggenheim. J’espère qu’elle sera diffusée en France. Et qu’Arte nous fera d’autres perles dans le genre !

  2. Jon Snow

    Bonjour,

    En forme pour ce début d’année ! La métaphore de la bagnole n’était pas mal (en tout cas a le mérite d’être claire), mais le passage de l’article avec Mapplethorpe défonce tout !

    Bonne année

  3. Tellement , tellement agréable de vous lire
    Un coup de fouet bénéfique…et vlan !!!
    Merci

  4. Waw ! On commence fort en 2019. Voilà qui me donne envie de revisiter les négatifs n & b que j’ai produits depuis 40 ans (j’ai 3/4 de siècle) pour voir s’il y en quelques-uns qui méritent de passer à la postérité.
    Malgré mon grand âge, je bosse toujours. Je travaille actuellement sur un projet photographique sur le thème suivant : “Fais bon accueil à l’étranger voyageur. Aide-le? Que sa personne soit sacrée pour toi.” (Précepte maçonnique). C’est peut-être un thème à traite à plusieurs en cette époque de repli identitaire … Avis aux amateurs !

  5. GAUTHIER Christian

    Bonjour Thomas
    Comme je lis et relis régulièrement tes articles je trouve ce résumé très important pour ceux qui ont la flemme !!
    Je pense qu’il serait souhaitable que cet article figure de façon obligatoire sur tous les sites traitant de la photographies sur internet !! Que de temps, d’argent , de déception et de lamentation seraient économisés pour beaucoup de personnes portant attention à cette discipline. Après 40 années de photographie tu me donnes envie de m’améliorer ….et il y a du boulot.

    • Ha c’est top de lire ça, content que ça t’incite à bosser 🙂
      Et oui haha, il faudrait le mettre dans les conditions générales d’utilisation ! 😀

  6. Nathalie

    … ”on va reposer ces bases une bonne foi pour toutes” … Ah ah ah … en fait pour faire de la photo, il faut juste y croire …
    À une prochaine fois … 🙂
    Nathalie

    • Bien vu, c’est corrigé merci 🙂

      • Nathalie

        Bien-sûr , au-delà de cette coquille amusante, j’ai apprécié cet article tant sur le fond que sur la forme.
        La notion de temps que l’on a ou que l’on n’a pas est purement subjective, quelle que soit notre situation. En ce moment, je me sens un peu débordée – enfants,boulot,intendance- mais j’essaie d’amener mon appareil photo partout où je vais et cela me permet de ‘’voler’’ du temps, et j’ai toujours un livre dans mon sac et dans ma voiture.
        J’aime aussi l’idée d’être pleinement responsable de mes échecs car car cela donne une vraie valeur à mes réussites. Si je considère que c’est à cause de mon matériel que je rate mes photos, il faudrait que je donne le crédit des photos réussies à mon appareil … Mais je pense que la plupart de vos lectrices et lecteurs veulent être des artistes et non des techniciens ou des techniciennes.
        La photo que vous partagez de Mapplethorpe, en dehors de son aspect provocant, permet de s’interroger les limitations que l’on pourrait s’imposer , de façon consciente ou non, sur les sujets ou thèmes de nos projets photographiques. Ainsi, j’ai commencé le projet que vous suggérez dans votre livre Vers la lumière, sur mes routines. Non pas que le fist-fucking face partie de mes routines … ( mais maintenant que j’y pense … , ok, trève de bêtises) mais je m’interroge sur le ‘’quoi montrer’’ , mes routines matinales étant assez triviales quand on y pense et sur le ‘’comment montrer’’ , rester subtile en évoquant ou au contraire photographier ce qui se partage rarement …
        Un dernier mot : je viens de prendre un certain temps à rédiger ce commentaire, un dimanche matin , alors que ma liste de choses à faire s’allonge de minute en minute. Mais je sais que je n’ai pas perdu mon temps , assise sur mon canapé à lire votre article et à y réfléchir. Merci.
        Nathalie

        • J’aime aussi l’idée d’être pleinement responsable de mes échecs car car cela donne une vraie valeur à mes réussites.

          Ha mais c’est tellement vrai ! J’suis dégouté, j’aurais bien aimé qu’elle soit de moi celle-là haha. Bien joué.
          C’est marrant pour le projet matinal, j’ai eu quelques retours des lecteurs après le mail où je posais la question, et il a été assez pris. Cependant, je n’ai pas vu 2 fois la même chose.
          Certains photographient leur trajet, d’autre la préparation, certain les petits moments en famille. Je ne m’attendais pas à autant de variété. Bon courage en tous cas !

          Content d’avoir été du temps utile 🙂

  7. GAUTHIER Christian

    Bonjour Thomas
    Un joli résumé de ce que tu essais de nous inculquer !! Cet article devrait se voir afficher sur toutes les vitrines et sites Web qui vendent du matos, cela ferait économiser beaucoup de temps et d’argent à pas mal de monde !!

  8. Hello Thomas,
    merci pour ce billet toujours d’une grande pertinence. C’est toujours un plaisir de se prendre un coup de pied au cul pour le grand procrastinateur que je suis 🙂
    Je cherche encore trop souvent à faire une “belle” photo en pensant qu’elle plaira sur facebook ou des forums… au lieu de prendre des photos qui me plairont à moi d’abord (mais je me soigne!).
    C’est dur aussi de creuser en soi pour trouver ce qui nous plaît, ce qui nous motive, ce qui nous émeut et d’en faire une matière pour la photo. ça demande du temps… J’ai aussi du mal avec ça, je voudrais que tout arrive d’un coup d’un seul.
    Alors pour 2019, je vais essayer d’appliquer un peu plus tes conseils et de me sortir les doigts (coucou Mapplethorpe!) 😀

    • Hell Yann,

      Haha, quel jeu de mots ! Tout n’arrive pas facilement, surtout en photographie, il faut accepter que certaines choses prennent du temps 🙂
      Quand au coup de pied, tout le plaisir est pour moi 😀

  9. Anne-Françoise Delafontaine

    Voilà qui est clair et direct. chacun en prend pour son rhume. Et ce que je trouve toujours intéressant c’est qu’on peut appliquer ces “consignes” dans beaucoup de domaines. Une leçon de vie pardi!
    Merci.

  10. Guillaume

    1. Défi 52/365
    2. Fréquentez des exposition / Galeries
    3. Soyez qui vous êtes.
    4. Réfléchissez.

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