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Tout est-il déjà dit en photographie ?

Date de la dernière mise à jour : le 10 March 2020


Introduction

En voilà une question qu’elle est bonne. Et si après tout, en 180 ans, on avait fait le tour du sujet ? Si tout était dit, et nos projets simplement bons à répéter les sujets d’antan ? Je ne sais pas vous, mais moi ça me fiche le cafard, le bourdon, et l’idée me déprimerait quand même un peu. Cependant, c’est loin d’être le cas.

En effet, commençons par distribuer du spoiler en masse comme il se doit. La question en titre de cet article est un faux sujet. J’en ai déjà parlé dans l’article ci-dessous. Oui, tout a déjà été fait, tous les sujets ont été abordés. Mais ils ne l’ont pas été par vous, avec votre perspective et votre approche esthétique. J’en parle dans ce billet :

(À partir de là, je considère que vous l'avez lu, c'est important pour comprendre la suite. Donc faites-le, et revenez dans 5 minutes, promis, je ne bouge pas.)

Dire que tout a été fait, sauf par vous, c’est certes une formule qui fait joli sur le papier, mais peut paraître un brin abstraite quand on la lit perdue sur un coin du web. Du coup, ayant trouvé deux bons exemples à vous mettre sous les yeux, l’occasion était trop belle pour ne pas reparler de ce sujet, de l’innovation et de l’inspiration en photographie.

Parce que, comme nous allons le voir, il est possible de faire des choses très différentes à partir de la même matière, et aussi complètement la même chose à partir de matières différentes (et ça n’est pas grave, ni même un problème). Au final, on va se rendre compte ensemble que la question de la copie, de l’inspiration et de l’innovation, bah, elle ne se pose pas tellement (enfin si, mais elle ne doit pas être bloquante et devenir une contrainte). Démarrons.

La pédagogie par l’exemple

Dans cette partie, je vais vous présenter tour à tour des groupes de deux livres. Les premiers sont très différents alors qu’ils portent sur le même sujet, et les deuxièmes assez similaires (dans leur forme et leur approche) alors qu’ils portent sur des sujets différents. Dans tous les cas, j’ai adoré ces livres ; pour certains je connais les auteurs, ou j’ai rencontré les éditeurs au moment de l’achat. Il s’agit plus ici d’analyser des mécanismes, et de voir en quoi ils peuvent nous aider à avancer dans notre pratique, que de souligner des similarités de façon péjorative. Je le répète : je vous conseille tous ces livres. 🙂

Un tour à Cuba

On va commencer ce petit festival de l’antistress par un petit tour à Cuba. Deux photographes, français, y sont allés et y ont fait un livre chacun, quasiment sortis en même temps. Dans ce cas, ces deux livres sont très différents, tant dans leur approche que dans leur forme.

Le premier dont j’ai choisi de parler est Habana Song de Jean-Christophe Béchet.

Béchet. (2020). Habana Song. Paris: Éditions Loco.

Jean-Christophe Béchet est un photographe français, qui travaille principalement sur le « réel », entre reportage, paysage et photographie de rue. Il est aussi journaliste (pour le magazine Réponse Photo un temps, et désormais chez Fisheye) et auteur d’ouvrages spécialisés sur la photographie (je vous avais notamment déjà parlé d’Influences, un jeu photographique et de Petite philosophie pratique de la prise de vue photographique). Il vit et travaille à Paris. Bon, ça n’est un secret pour personne, c’est quelqu’un dont j’apprécie énormément le travail, qu’il soit d’écriture ou de photographie.

Sans surprise aucune, j’ai beaucoup apprécié Habana song. C’est un livre entièrement en noir et blanc, consacré à une seule partie de Cuba : sa capitale, La Havane. Les premières images ont été prises à partir du milieu des années 1990, au moment où les “balseros” essayaient de quitter l’île pour rejoindre la Floride (USA) sur des petits radeaux de fortunes. Jean-Christophe Béchet y est revenu 20 ans plus tard, à la mort de Fidel Castro, pour découvrir une ville en pleine mutation. Si les voitures américaines (devenues entre-temps des taxis pour touristes) sont toujours présentes, les bâtiments commencent à être rénovés et des bars luxueux apparaissent petit à petit.

Le photographe a préféré s’éloigner de ces zones touristiques pour se perdre dans les rues de la ville, à la recherche de ce qui en fait l’âme, entre pauvreté et richesse, ordre et anarchie. Je vous laisse découvrir quelques images ci-dessous.

Habana Song découle d’une approche éminemment poétique et personnelle. C’est une sorte de sonate mélancolique et crépusculaire, qui selon l’auteur se déguste en réécoutant le Hasta Siempre de Carlos Puebla et les musiques de Compay Segundo ou Rubén Gonzàles. D’ailleurs, mettons-nous dans l’ambiance :

Comme je le disais, le livre est fait uniquement de noir et blanc, ce qui est assez éloigné des clichés colorés que l’on peut avoir vus (beaucoup trop souvent) de Cuba. Comme cette photographie de mon compère Richie Lem’ (dont il rit lui-même du côté “clichiesque” à souhait).

Cuba – Richie Lem’

Aussi, l’organisation du livre (le séquencement des images) est aussi très travaillée, et est le fruit d’une discussion nourrie entre Jean-Christophe Béchet et son éditeur. Le livre commence ainsi par une séquence d’images en pleines pages, plongeant tout de suite le lecteur dans l’œuvre. J’apprécie aussi tout particulièrement le choix des papiers et de leurs couleurs : la couverture est faite de rouge, les premières pages à l’intérieur du livre de bleu puis de blanc, et enfin de jaune au milieu. En effet, un focus (textuel et photographique) est fait sur un immeuble de La Havane, l’Edificio Girón, et à cette occasion, le fond de page change (du blanc pour le jaune) afin de démarquer cette séquence du reste du livre.

Ce livre est vraiment un bel objet, dont on ne peut manquer le soin et le travail apportés à la conception, et que l’on prend plaisir à manipuler. Il retranscrit parfaitement l’approche très personnelle de Jean-Christophe Béchet sur ce sujet.

D’ailleurs, si vous voulez en apprendre un peu plus sur ce livre (de l’auteur lui-même) je vous invite à regarder cette interview que l’on a produite avec Laurent. On a adoré la faire (je pense que ça se sent un peu).

Continuons donc cette balade cubaine avec un deuxième livre : Desmemoria, de Pierre-Elie de Pibrac.

Pibrac. & Valdes, Z. (2019). Desmemoria. Paris: Éditions Xavier Barral.

Bon, avant de vous présenter de quoi le livre parle, on va aborder un peu sa forme. Le livre a été produit par les éditions Xavier Barral, et ce n’est un secret pour personne, j’adore leur travail. Les livres sont toujours très soignés et il y a toujours une vraie recherche pour que la forme du livre corresponde parfaitement au sujet présenté. Et cette fois aussi, ils ont fait de l’excellent travail. Le livre démarre par une petite séquence de pages couleur carton sur lesquelles sont présentés le titre ainsi que quelques photographies. J’aime beaucoup le rendu, déjà très agréable au toucher, et le fait que ces tons rapprochent le lecteur de la canne à sucre (qui est le sujet du livre, minute papillon).

Ensuite, ce livre alterne entre photographies en couleur et photographies en noir et blanc. Oui, c’est possible de mettre les deux dans le même livre/projet, à condition de bien savoir manipuler l’alternance. Ici, les portraits sont systématiquement présentés de la même façon : en pleine page, avec une citation de la personne (non traduite) où elle parle de sa situation. Si ma mémoire est bonne, ces portraits sont réalisés à la chambre, ce qui explique leur rendu très particulier.

Enfin, le cœur du livre est composé de photographies présentant l’industrie de la canne à sucre à Cuba, ainsi que la vie des travailleurs.

D’ailleurs, parlons-en un peu du contenu de ce livre et de son sujet. L’auteur (Pierre-Elie de Pibrac, suivez !) a vécu près d’un an en immersion chez diverses familles de la communauté des azucareros de Cuba. Ce sont des travailleurs de l’industrie du sucre, et des révolutionnaires de la première heure. À travers ce travail, le photographe étudie la fin de l’utopie castriste chez des gens qui ont cru et œuvré pour cet idéal. Comme c’est expliqué dans l’ouvrage, Cuba a produit énormément de sucre fut un temps, pour alimenter son allier l’URSS. Cependant, la chute de celui-ci et la fin des commandes ont mis un terme à cette industrie, ce qui a laissé pas mal de gens dans une situation assez difficile (sachant que, bon, travailler dans l’industrie du sucre à Cuba, à la base, ça n’est pas non plus le rêve). Dans ce livre, de Pibrac délivre un témoignage extrêmement juste de la situation de cette communauté, dont la vie a subi un coup d’arrêt : il y montre des intérieurs de logements, des dortoirs, des rues envahies par les herbes, d’anciens lieux de production, la coupe de la canne dans les champs…

Le livre est complété par une nouvelle inédite de Zoé Valdès, qui apporte un éclairage complémentaire sur ce récit photographique, en racontant l’histoire d’une jeune fille envoyée dans les champs pour travailler la canne à sucre. Même s’il s’agit d’une fiction, elle permet de comprendre encore mieux la situation de ces gens et la difficulté dans laquelle ils ont vécu.

De même, si vous voulez en apprendre plus, Pierre-Elie de Pibrac parle de son projet dans cette vidéo (l’interview date un peu, le livre n’était pas encore paru).

Ainsi, et pour résumer, nous avons deux ouvrages qui portent sur le même sujet : Cuba, une île en pleine mutation, à une période charnière de son histoire (la fin du rêve castriste, par la mort de Fidel Castro), mais pour lequel chaque auteur a pris une direction clairement différente. Jean-Christophe Béchet a une approche très personnelle et poétique de ce sujet, graphique, quand Pierre-Elie de Pibrac essaie de rendre un témoignage le plus objectif possible (notamment en alternant entre images et témoignages des Cubains, et en ajoutant une nouvelle : multiplier les sources et les façons de raconter tend à rendre une image plus juste de la situation). Comme quoi, le lieu n’impose pas forcément le sujet, et il y a sans doute beaucoup à faire à Cuba 😉

Ps : Je le dis par transparence, ces livres m'ont été envoyés par les éditeurs, que je remercie chaleureusement au passage. Cela n'a pas d'influence sur ce que vous venez de lire : ils n'ont pas "validé" mon article, et s'ils ne me les avaient pas envoyés, je les aurais sûrement achetés pour faire le même billet.

Le petit livre rouge

Alors non, après Cuba, ce passage ne sera pas consacré au Petit Livre rouge de Mao, sinon ce Blog commencerait vraiment à ressembler à de la propagande communiste dissimulée.

Plus sérieusement, dans cette partie nous allons voir l’inverse de précédemment : deux photographes ayant travaillé sur des sujets différents, dans des lieux différents et ayant produit un projet assez similaire.

Commençons dont par Brut de Kravat, chez les Éditions du Caïd. Je l’avais acheté à l’ouverture de l’Institut pour la photographie à Lille, l’ayant découvert à cette occasion.

Ce livre est l’œuvre de Laurent Meurice, un photographe belge aussi connu sous le nom de Cravat (ici écrit Kravat). Entre 2002 et 2012, avec Olivier Bada, il a officié dans le duo de photographes Cravat et Bada et a participé à de nombreuses expositions dans des lieux renommés comme le musée de la Photographie d’Anvers (FOMU), le Brakke Grond (musée d’art contemporain d’Amsterdam), la Biennale internationale de la photographie de Liège à plusieurs reprises.

Ce projet, il l’a cependant réalisé seul, à la recherche de l’essentiel, pour présenter une réalité sans artifices, à l’état brut. D’où le nom du livre.

Avec le soutien du Centre culturel de Chênée, il s’est rendu en Slovaquie où il a pu découvrir le village de Runina. Situé en pleine nature, à deux pas des frontières ukrainienne et polonaise, Runina compte 75 habitants isolés de tout. L’endroit est vraiment spécial aux yeux du photographe, socialement et culturellement, il le décrit comme sauvage et brut de décoffrage et très différent de notre coin de l’Europe. Il y a fait des rencontres très enrichissantes, a photographié les habitants en s’immisçant dans leur vie, en dormant chez eux, en vivant comme eux, pour montrer les choses de l’intérieur, sans fioritures. De retour en Belgique, il avait une tonne d’images et beaucoup d’histoires à raconter, à montrer, ce qui a abouti au livre. Je vous laisse découvrir quelques images :

Le livre débute sur un texte (que je reproduis ci-dessous), qui porte sur l’ambiance si particulière de ce village isolé :

Brut.
Ce mot-là n’en souffre aucun autre.
Autour de lui, seul le silence de l’organique.
Celui de Runina, aux confins de la Slovaquie.
Loin de nos frénésies, de nos cacophonies de parade.
Un village rescapé du temps.
Runina, village habité de femmes et d’hommes indemnes.
L’atmosphère chargée de la pudeur des gens épais.
Qui ignorent le futile et tiennent au secret le douloureux.
Brut.
La pleine intégrité est sans discours.
Elle est vérité du geste.
À Runina
La rudesse est la gravité du sensible.
“Tu as faim, mange.”
Alors Kravat a mangé. Lui que le destin de l’amitié a déposé, incongru, quelques jours dans la montagne. Perdu dans une atmosphère étrangère et pourtant extraordinairement familière. Longtemps, il a laissé pénétrer en lui ce “je ne sais quoi” qui ne le lâche plus, cet appel irrépressible d’y retourner encore et encore. D’approcher au plus près du mystère – sans emprise – pour en refléter la force. ” Cette manière de vivre, intense, brutale, c’est ça qui est beau”. Se réchauffer à la rudesse ancestrale et deviner qu’elle est la patine que le temps forge sur la fragilité. Qu’il en va de même pour la couleur des murs de la cuisine, des tentures et des nappes : tons cassés au vent de l’est, chargés des poussières perdues, imprégnés des vies passées.

Marie Eve Maréchal.

L’autre livre dont je voulais vous parler dans cette section est The Kingdom de  Stéphane Lavoué (un photographe portraitiste français qui vit et travaille entre la Bretagne et Paris. Il est lauréat du Prix Niépce 2018.)

Lavoué, S. & Perrignon, J. (2017). The Kingdom. Paris: Éditions 77.

Ce livre (désormais introuvable en neuf, j’ai acheté un des derniers exemplaires disponibles pendant l’édition 2019 de Paris Photo), c’est sans doute son auteur qui en parle le mieux (sur le site de l’éditeur). Il parle ici de son arrivée aux USA, dans cette région si spéciale sur laquelle porte son livre.

J’y suis arrivé par hasard un soir, en suivant les courbes sinueuses de la North Ridge Road, chemin de crêtes boueux et cabossé, qui relie les fermes de West-Burke et Sutton les unes aux autres. Sans jamais avoir l’impression d’avoir traversé de frontière.

Ce n’est qu’au petit matin que je le découvris : attablé au comptoir d’un diner, la serveuse m’apportant un mug de café fumant me gratifia d’un : « Welcome to the North East Kingdom of Vermont ». Je me trouvais au beau milieu d’un Royaume !

Intrigué par l’idée qu’au cœur de la fédération des États-Unis d’Amérique j’avais, malgré moi, illégalement pénétré en territoire royal, je décidais d’entreprendre le voyage qui me mènerait vers ses confins, des rives méridionales du lac Memphrémagog aux pentes des Green Mountains, à la rencontre des sentinelles et sujets du royaume. J’y ai croisé la désolation de ces maisons éventrées, comme soufflées par le temps, abandonnées par leurs propriétaires, victimes du déclin industriel. J’y ai croisé de jeunes fermiers utopistes venus expérimenter une vie alternative décroissante, refusant la mécanisation, chuchotant aux oreilles des bœufs et chevaux une langue inconnue. J’y ai croisé des chasseurs d’ours armés d’arc et de flèches, des taxidermistes en peau de loup, la princesse des abattoirs, un vieil explorateur revenu des savanes tanzaniennes et la femme à la bûche. Je suis passé de ferme en ferme, les unes m’ouvrant les portes des suivantes.

Et, transformant peu à peu mon chemin entre lac et collines en une quête royale, à chacun je posais la question : « Mais où donc se trouve le Roi ? »

Stéphane Lavoué

Ci-dessous, quelques images de ce travail :

Le livre de Stéphane Lavoué se situe entre une fiction apocalyptique (les couleurs choisies et l’ambiance si particulière n’y sont pas pour rien) et un portrait de l’Amérique profonde. Le photographe emmène le lecteur dans un voyage dans l’isolement et la solitude et remue au passage les débris du rêve américain. Une nouvelle accompagne aussi l’ouvrage, où l’on suit une personne à la recherche de son frère, ayant vécu dans cette région. Les photographies sont très contrastées, aux ambiances inquiétantes, sombres et généralement peu saturées.

Si ce projet vous intéresse, vous pouvez en apprendre plus en écoutant ce podcast de l’émission Regardez, voir où le photographe y parle de ce projet :

Maintenant, regardons un peu en quoi (de mon humble avis) ces livres sont assez proches, de par les choix de leurs auteurs respectifs.

Tout d’abord, il y a le format :

Comparaison entre les deux livres

D’où le titre de cette partie. Les livres ont des tailles similaires, un nombre de pages similaire et sont tous les deux rouges (ce qui se voit plus en vrai que sur la photographie) avec le titre inscrit au milieu, dans le tiers supérieur de la couverture. Mention spéciale au livre de Stéphane Lavoué qui a une couverture en simili cuir, très agréable au toucher.

Les photographies ont une esthétique proche : des images peu saturées, très contrastées, et relativement “froides”. Aussi, chacun des photographes a représenté les habitants (dans des portraits assez serrés) mais aussi leurs environnements : lieux de vie, objets du quotidien, objets liés à leur culture, alimentation, etc.

Les sujets des livres sont aussi comparables, même si la Slovaquie et les États-Unis sont séparés de plusieurs milliers de kilomètres, ces deux livres portent sur une communauté éloignée de tout, isolée, mais proche du monde occidental. C’est là l’intérêt des livres et ce qui donne du charme à nos images, montrer des gens qui en Occident vivent de cette façon (photographier une tribu d’Indiens d’Amazonie reculée aurait créé moins de surprise à cet égard).

Au final, on constate que face à une problématique proche (“Comment montrer la façon de vivre de ces gens, si loin de tout ?”), les réponses apportées et les solutions trouvées sont similaires, et dans les deux cas, cela fonctionne. Preuve s’il en est, qu’il n’y a pas forcément besoin de réinventer la roue quand celle-ci tourne déjà très bien.

Je le répète encore une fois (sait-on jamais, si vous avez un peu dormi avant) : cela n’est pas présenté de façon péjorative. Il est normal qu’après 180 ans de photographie certaines personnes puissent avoir les mêmes envies, idées, etc. Il n’est pas question de parler de copie ou autre, simplement de souligner que la saveur du sentiment après la lecture de ces ouvrages est la même.

Les conseils de Tonton Benber

La précision importante : je ne parle jamais de matos sur ce Blog (la course à la dernière nouveauté ne m'intéresse pas). Mais j'aime pas mal l'argentique, il y a plein d'appareils différents, à tous les prix, et ils sont rigolos. Du coup, j'ai invité l'expert sur le sujet, le roi de la trouvaille low cost, le bon vieux Benber (du blog éponyme) pour vous présenter une sélection. 

Alors, non, cela ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe. Comme vous l'avez remarqué, tous ces auteurs ont été vadrouiller un peu partout autour du monde pour faire ces photographies, et du coup, j'ai demandé au meilleur dénicheur de bonnes affaires de vous trouver 3 appareils à pas cher à emporter à l'autre bout de la planète.

Bien, commençons. Sa Sérénité Hammoudi veut que je vous présente seulement 3 modèles (radin, engueulez-le en commentaire) abordables pour vos périples. Je fais donc le choix d’agir selon le terrain. Gardez à l’esprit que vous avez un choix très large en fonction du budget et de votre projet. Ce qui va vous être montré aujourd’hui n’est qu’un échantillon des alternatives possibles, aux ténors du marché.

1 – Pour faire des bulles dans l’océan : le Fujica HD-M

Fujica HD-M

Dans le petit monde des argentiques pouvant aller la tête sous l’eau, on pense (trop) souvent à Nikon. Et plus particulièrement aux Nikonos et L35 AW. Conséquence directe de cette pensée, les prix explosent. Alors que Fujifilm, au travers de sa gamme “Heavy Duty”, dispose de modèles capables de rivaliser avec son concurrent. Comme le nom vous le laisse penser, l’appareil photo est un tank, fait pour encaisser les chocs et la pression.

Pourquoi le Fujica HD-M ?

  1. Il est renforcé pour absorber les plongées et les chocs. Officiellement 2 m, officieusement plus.
  2. Il est automatique et possède un moteur d’avancement, pour faciliter son exploitation sous l’eau.
  3. Il permet une mise au point manuelle avec un minimum de 1 m. D’autres sont “focus free”.
  4. Il dispose d’une optique de 38 mm f/2.8.
  5. On le trouve entre 40 et 80 €.

L’alternative à l’alternative

Pas d’offre sur le moment ? Regardez alors le HD-R (et là, Thomas fait une attaque), son évolution un peu plus onéreuse. Les deux frères ont d’ailleurs le surnom de “baroudeur”. Dans notre scénario, on ne peut pas demander mieux !

2 – Pour être au top du monde : le Ricoh XR-P

Ricoh XR-P

C’est toute la complexité des photographies en milieu montagneux, on peut vouloir autant faire des panoramas que cibler un élément précis sur le sommet d’en face. Il faut donc jouer de polyvalence et pour cela, rien ne vaut un reflex. Oui, mais pas n’importe quoi ! Une randonnée, ça peut vite devenir très chiant, si le matos nous pèse sur les épaules. C’est pour cela que je vous présente un modèle compact et léger.

Pourquoi le Ricoh XR-P ?

  1. Il possède tous les modes, dont des variantes du mode auto, pour l’utiliser en priorité vitesse et ouverture. Et même un mode “TV” pour prendre en photo sa télé à tube cathodique, truc de foufou.
  2. Il est compact, sans les accessoires greffés dessus bien entendu.
  3. Que vous ayez les mains prises par votre matériel pour skier, ou parce que vous faites une randonnée en milieu escarpé, il est utile de pouvoir photographier d’une main. Et le XR-P est heureusement régulièrement vendu avec une poignée GRIP très confortable (voir photo illustration).
  4. Il exploite la monture K universelle. Par conséquent vous avez un choix très large d’objectifs chez Ricoh, mais aussi Chinon, Pentax, Cosina, Kiev, Tamron, Sigma… Bref, regardez sur Wikipédia. Parfait selon votre angle d’approche.
  5. Il est pour le moment entre 40 et 60€ sur le marché, avec un objectif.

Attention : Les modes auto ne marchent qu’avec une optique Rikenon K. C’est à vous de voir si vous pouvez vous en passer ou pas, au moment de l’équiper.

L’alternative à l’alternative

Dur de le trouver ? Dans ce cas visez le XR-20SP ou KR-30SP. C’est deux noms pour un seul boîtier. Il est très proche de notre élu, mais dispose de moins de modes. Par exemple, il n’a pas de semi-auto à priorité vitesse.

3 – Pour le plaisir de faire le sandwich à Barcelone : le Ricoh R1

Ricoh R1

Qui n’a jamais eu la joie immense de se retrouver dans un lieu touristique ? En ville, dans un monument, etc. Ce genre d’endroit où vous avancez aussi vite qu’une mamie avec son déambulateur. Que cela soit en extérieur ou en intérieur, on doit agir vite, car bousculé ou emporté par la foule. Un appareil qui tiendra donc dans une main et avec un autofocus rapide sera un atout non négligeable. C’est pour cela que je vous oriente sur un compact comme le Ricoh R1. Bien plus abordable que le mythique GR-1, cette variante offre pourtant tout ce qu’il faut pour parader en ville.

Pourquoi lui ?

  1. Réputé pour sa finesse, il se glisse facilement dans une poche de pantalon.
  2. Léger, il ne pèse que 145 g.
  3. Il possède sur sa coque une petite poignée GRIP, utile pour le maintien à une main.
  4. Il propose un mode Panorama de 24 mm. Sympathique pour vos images du haut de Montmartre.
  5. Impossible de prendre du recul ? Pas de problème, son optique de 30 mm exploite un autofocus multispot et une mise au point de 0.35 m. Ce qui vous permettra de prendre les sujets de près et rapidement.
  6. C’est le plus cher de la petite sélection, mais il est possible de l’obtenir entre 80 et 120€ en cherchant à l’international.

L’alternative à l’alternative

Pour augmenter vos chances de l’avoir, vous pouvez aussi regarder le Rollei Prego Micron. Qui est simplement le même, mais rebadgé pour le fabricant germanique. Aussi j’aurais pu évoquer le R1e, variante  d’entrée de gamme qui perd le mode Panorama de 24 mm. Problème, il est rare de le trouver et par conséquent son argus est aussi haut que le R1. Dommage.

Pour conclure

Derniers conseils pour la route, si vous faites un voyage dans un pays réputé pour son ensoleillement accru (ex. : Maroc), pensez à bien isoler le logement du film. Quitte à en faire trop et rajouter du scotch isolant noir. Le moindre rayon peut voiler le négatif. Et pour faire écho à l’actualité, rappelez-vous de protéger vos films des scanners à l’aéroport. Attention, en Amérique, un nouveau type de scanner, nommé CT Scan, passe au travers des sacs de protection contre les rayons X. Demandez donc une inspection manuelle.    

Conclusion

Bon, vous voilà déjà potentiellement bien équipés pour aller vadrouiller partout.

Quant à notre sujet de départ, et après avoir parcouru ces œuvres, je tends à penser que la question de l’originalité et de l’innovation est vaine et tiens plus d’une démarche personnelle affirmée que du lieu où l’on se trouve. Cela me conforte aussi dans ce que je crois/défends : il n’y a pas non plus besoin d’aller à l’autre bout du monde pour faire un travail qui sorte de l’ordinaire. Si l’on peut faire des choses très différentes au même endroit, et avoir un résultat comparable dans deux lieux à l’autre bout du monde, le sujet et l’angle choisis par le photographe semblent importer plus que le lieu. Encore une fois, tout semble avoir déjà été dit en photographie, certainement pas par tous, ni avec un vrai point de vue.

Donc à vos appareils photo, et à la prochaine.


Et pour terminer, un lien vers cette playlist ; j’ai été le voir en concert pendant la rédaction de ce billet. Enfin, quelques jours avant, je ne me suis pas baladé avec mon ordinateur au concert. Bref.

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13 Comments

  1. Bonne journée et merci pour ce blog!Désolé j’ai cliqué trop vite sur mon comm’ précédent.

  2. Bonjour Thomas,

    Joli article qui résume bien les choses. Et puis qu’importe que ça ait été dit, si on prend plaisir, aussi, à le dire…Et enfin: pourquoi vouloir à tout prix faire neuf? La tarte aux pommes c’est bon quand il y a des pommes. Si on remplace par du chou de Bruxelles c’est plus de la tarte aux pommes. Bref, je m’égare.
    Dernière chose: il y a un troisième livre sur Cuba qui est paru en même temps que les deux autres: “Trova” de Gilles Roudière (qui a obtenu le prix HIP je crois).
    Je l’évoque sur mon blog.

  3. Bonjour Thomas, j’avoue avoir un faible pour vos textes plus que vos vidéos. Sans doute l’écrit est-il plus riche en infos, plus sensible, moins à la recherche d’un je ne sais quoi de vouloir exister. Bref, vos articles me semblent plus fouillés et donnent envie de les lire. Pour ce qui est de la photographie, je partage souvent vos goûts pour un travail “classique” avec un lien fort sur le travail de ce qui le précède. La table rase me fatigue et débouche souvent sur un art conceptuel vide de sens et de contenu. L’art de regarder, d’observer est capital pour celui qui prétend saisir les mouvements de la vie. Aussi, vous défendez surtout cette pente là qui va; il va s’en dire, vers le haut. Bien cordialement. Daniel

    • Merci Daniel 🙂

      En fait ce n’est pas le même contenu et ça ne vise pas les mêmes audiences.
      L’article que vous lisez fit 6 000 mots et quelque, le script d’une vidéo entre 1500 et 2500.
      Le contenu n’est pas aussi dense, forcément 🙂

      • je crois que le mode vidéo retient surtout l’attention sur un mouvement rétinien de l’image. On scrute le “causeur” et on ne retient rien. La lecture est assujéttie à son rythme personnel et donne à écouter et à comprendre. Un visage centré, immobile et qui parle me renvoie à ce mode iconique du présentateur de TV qui chaque soir s’assoie au bout de la table et que l’on n’écoute plus. Bien à vous. Daniel

        • Mon expérience personnelle me ferait dire que c’est faux. J’ai appris plein de choses sur YouTube grâce à la vulgarisation.
          C’est juste un investissement différent. Lire 30 minutes ce n’est pas pareil que de regarder 15 minutes, et ça s’adresse donc à des publics (et donc des envies) différentes.
          D’où l’intérêt d’avoir les deux (pour ma part). Mais aucun soucis, suivez ce que vous préférez, j’en ai parfaitement conscience 🙂

  4. Encore une fois, MErci Thomas pour cet article (pff, ça devient fatiguant à la longue…)
    Jaime bien quand le discours est si bien illustré par l’exemple. Et par des moindres en plus. Du coup, j’en ressors avec encore plus d’humilité mais aussi de motivation pour ma photo. Pour des raisons personnelles, un choix de vie, je sui cantonné dans une petite ville mais je pense qu’il y aurait beaucoup à y faire.
    Dès la fin de la quarantaine, je m’y mets 😉

  5. Aussi cet autre aphorisme de René Char (mon préféré de mon poète préféré…) :
    ” Nous n’ avons qu’ une ressource devant la mort, faire de l’ art avant elle”. En ce sens le moindre de nos gestes ,de nos pensées mêmes, nous engage, est un défi jeté face au pourtant seul inéluctable vrai.
    Être prêt ? Mais à quoi bon sang? Simplement à témoigner que nous ne serons jamais d’ autre qu instant de poussière atomisé, passé ici, balotté là ; juste devant les yeux de quelques uns de nos proches qui eux s’ attardent et apprécient que nos photos nous ressemblent plus poétiquement qu’ un biographe ne le ferait…! Et sont aussi affligés d’ apprendre combien de centaines de négatifs et planches-contacts sont partis en décharge à chaque déménagement.
    Quel orgueil que de désirer la reconnaissance, la célébrité. L’ urgence n’ est certainement pas là. Seul compte le plaisir que vos photos procurent aux autres ; rien ne doit être imposé, ordonné. C’ est bien pour celà que je m’ insurge, si modestement et envers cette mode tellement réductrice , contre cette notion de “projet”, qui serait l’ illustration d’ un propos pensé, voulu d’ avance. Une phrase entendu lors d’ une lecture de port-folio me fera toujours hérissé le poil : “Quelle est votre intention? ” . Alors que seul compte l’ image, comme seule compte le poème, comme seul compte le tableau.
    Après moi restera quelques bons clichés, forcément “uniques”, forcément aussi jamais vus, jalons très particuliers de mon rapport au monde, aux êtres, que ce soit avec ou sans appareil photo.
    Or donc la réponse à la question posée en titre d’ article est bien : NON.

    • “Non, moi j’crois qu’il faut qu’vous arrêtiez d’essayer d’dire des trucs.
      Ça vous fatigue, déjà, et pour les autres, vous vous rendez pas compte de c’que c’est.
      Moi quand vous faites ça, ça me fout une angoisse… j’pourrais vous tuer, j’crois. De chagrin, hein !
      J’vous jure c’est pas bien. Il faut plus que vous parliez avec des gens.”

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