J’ai ressorti ma pelle, pour enterrer du cliché

Date de la dernière mise à jour : le 10 February 2019


Introduction

Ainsi, ça n’en finira donc jamais. Si les livres sont le petit charbon de bois de mon esprit, les diverses bêtises que je peux lire sur le net sont clairement l’essence qui leur font souffler toutes leurs flammes. Vous me connaissez depuis le temps, je ne résiste jamais à l’idée de ressortir Pipou, ma belle pelle à péter du cliché. Et aujourd’hui, elle a du boulot.

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D’ailleurs, si vous avez  raté le précédent épisode, c’est par ici : Et si on cassait du cliché à coups de pelle ? Comme vous vous en rendrez assez rapidement compte, je n’écris pas ce genre de billet pour me faire des amis, et celui-ci n’y fera pas d’exception. PAS. DU. TOUT.

En fait, ma source d’ébahissement du jour, est cette vidéo de Laurent Breillat :

Dans celle-ci, Laurent vous explique pourquoi les projets 52 (1 photo par semaine pendant un an) sont parfaitement inutiles et ne vous apporteront rien. Je partage 99,99% de ce qui y est dit, je ne prendrai donc pas la peine de le paraphraser ici. Je rajouterai juste un élément tout simple : Est-ce que Henri Cartier-Bresson a fait des projets 52 pour préparer ses livres ? Non ? Alors, si vous pensiez en faire un, ne le faites pas. Si vous vouliez écrire un article pour partager vos 52 meilleures idées pour cette année, allez vous laver les dents au fer à souder. Bref, si j’avais du temps à perdre bêtement, je me lancerais très probablement dans un projet 365.

Si je suis parfaitement d’accord avec le contenu de la vidéo, non pas par amitié avec Laurent, mais bel et bien parce que ce qu’il dit fait sens quand on a un peu étudié le sujet (essayez les livres si vous voulez vérifier), je suis un peu étonné des bêtises qu’on peut lire dans les commentaires. Mais avant de rentrer dans le sujet comme Guy Georges dans une Parisienne, on va clarifier quelques points :

  • Vous ne pouvez pas comprendre pleinement ce qui va suivre et en apprécier la saveur si vous n’avez pas lu cet article : Bougez-vous le cul et arrêtez de vous plaindre. J’y parle, en partie, d’internet, cette bulle auto-centrée et auto-référencée et des conséquences que cela a sur le contenu que l’on trouve en ligne et du niveau de ceux qui le produisent.
  • Je ne résiste jamais à une petite minute “vocabulaire et justesse” alors allons-y. Un des commentaires (et ça n’est pas la première fois que ça arrive, donc autant en parler une bonne fois pour toutes) trouve mon ton condescendant. Alors condescendant ça veut dire : “Attitude bienveillante teintée d’un sentiment de supériorité, de mépris”. Et en fait, ce que je tente de faire via ces articles, c’est tout le contraire. Je m’explique : j’ai un vilain défaut, j’ai tendance à penser que ce qui est facile pour moi l’est aussi pour les autres. Même si les internets tentent de me rappeler chaque jour le contraire, je continue d’y croire malgré moi. Donc le Blog se veut bienveillant (je pense fondamentalement que vous pouvez tous arriver à vous exprimer via la photographie et vous épanouir comme ça) et exigeant (si j’y arrive, vous pouvez le faire aussi, donc travaillez). Si je ne pensais pas ça, je ne me serai jamais embêté à écrire un livre ou tout ce contenu, avant tout pour moi, certes, mais aussi pour vous aider vous. Ha, et le mot exact pour me qualifier, c’est pédant.
  • Je sais que je ne peux pas plaire à tout le monde, mais quand je vois à qui je ne plais pas, je me demande si ça me dérange vraiment. Quand des youtubeurs de seconde zone détestent la moitié de mes articles qu’ils ont comprise de travers , c’est sans doute que j’ai tapé au bon endroit, et il y a peu de choses qui pourraient davantage me rassurer. Je suis flatté de voir que les gens que je débine prennent le temps de me lire, pendant que je tourne des pages d’autres tournent des boutons et s’en extasient, et le résultat est bel et bien à la hauteur du travail fourni.

Ceci étant dit, offrons donc à cette bonne vieille Pipou la ballade annuelle qu’elle mérite, et cassons une compilation des plus belles âneries apparues dans les commentaires. Profitez, c’est ma tournée.

Ps : Notez que ci-dessous je synthétise les principales idées des commentaires que j'ai retenues, je ne les cite pas directement. Pour la simple et bonne raison que ça serait laid : malgré la gratuité de l'école publique les bases de la ponctuation ne semblent pas forcément acquises. Et on n'est pas chez les sauvages ici.

Le plaisir est dans la prise de vue, dans l’acte photographique

Ce plaisir est d’ailleurs parfois qualifié d’inexplicable, ce qui est d’autant plus étonnant qu’il s’agit d’un procédé neurochimique parfaitement clair. Mais bon passons, on a assez de physiciens de la photo pour ne pas avoir envie de réclamer en sus des biologistes.

Ce qui est sous-entendu derrière ce genre de propos, c’est que la pratique se suffit à elle-même, comme si, pour débuter en littérature et ne pas trop s’investir on s’amusait à recopier des pages du même mot “pour le plaisir d’écrire”. Parce qu’après tout, c’est ça qui est fun, utiliser l’outil. Bien évidemment, cela ne tient pas debout, personne ne s’infligerait ça. Pas plus qu’un pianiste ne jouerait que des accords dans tous les sens, pour la joie immense d’entendre sonner son instrument, ou que Katsuni… Non, oubliez cet exemple.

En réalité, le plaisir n’est absolument pas la bonne clé de lecture, parce qu’il est souvent lointain et incertain en matière d’art. Il vous faudra parfois des mois, comme d’autres photographes avant vous, pour produire un corpus qui ait du sens et vous donne satisfaction. Et ces mois de travail, même si vous avez la sensation d’avancer, ne seront pas forcément riches d’un plaisir immense.

La photographie, vous devez l’avoir en vous, elle doit vous faire envie d’elle-même, vous appeler. Si vous avez besoin de projets absurdes pour la pratiquer, remettez en cause vos motivations (il n’y a rien de mal à ça hein, on se trompe tous des fois en choisissant une activité). Sinon, vous n’aurez fait qu’acheter du matériel pour vous rendre compte qu’il ne vous sert à rien, et vous enchaînerez les défis du web 2.0 pour vous donner l’illusion de combler le vide de votre propos, c’est triste.

Enfin, si le plaisir était la bonne clé de lecture, celle qui nous aide à décider de nos loisirs, la photographie serait un bien piètre choix. Le rapport investissement (personnel et financier) / gain, est ridicule. Si le plaisir est vraiment ce que vous cherchez, l’onanisme et une simple connexion internet sont de bien meilleures options.

La série, une vision restreinte de la photographie ?

Est-ce ça le but de la photographie, faire des séries ? Est-ce qu’il faut être obsessionnel ? Est-ce monotone ?

Bon, avant de laisser à Pipou le temps de mettre à plat tout ça, parlons un peu de vocabulaire. On emploie régulièrement les deux termes de “projet” et de “série” indifféremment, mais ils n’ont pas vraiment le même sens. Les définitions que je vais en donner n’ont rien d’officiel, mais elles permettent de faire la différence entre les deux, et elles sont suffisamment claires pour éviter les confusions. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup : toutes les séries ne sont pas des projets, mais tous les projets sont des séries. Un peu comme le fait que tous les oiseaux ne sont pas des chouettes, mais toutes les chouettes sont des oiseaux.

Une série désigne un ensemble d’images ayant un point commun (elles ont par exemple été produites au même moment, à l’occasion d’un événement, autour d’un thème donné, ou autre), en cela les projets photo sont des séries. Mais on peut faire une série photo en 10 minutes entre deux téquilas, là où un projet a été pensé, travaillé sur le long terme, et en cela il a plus de profondeur et d’envergure. Il demande plus d’implication (en travail, personnalité, et émotion) de la part de son auteur. L’un n’est pas mieux que l’autre, il s’agit juste de différentes façons de travailler. Ainsi, ce que présente Laurent dans sa vidéo, correspond plus à ce que je nommerai un “projet” (qui s’étale sur plusieurs mois et demande une réflexion). Ceci étant dit, j’ai une question à tous les gens qui mettent en doute l’intérêt de travailler ainsi :

Est-ce que Flaubert s’est arrêté à une seule putain de page de Madame Bovary ?

En fait, ce genre de propos me donne l’impression que les gens tombent du ciel et découvrent qu’en fait à un moment, la photographie étant un art, il faut travailler. Et comme il est plus facile de se cacher derrière des excuses que de s’y mettre…

La photographie en fait, c’est ça :

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C’est un arbre à deux branches. La division entre les deux branches est simple : d’un côté il y a les gens qui prennent des commandes (qui ne sont jamais le sujet de mes billets, ce domaine ne m’intéresse pas) et de l’autre il y a les gens qui ont une photographie personnelle, qui sont les seuls décideurs de leur pratique. Bien évidemment, ces deux pratiques ne sont pas mutuellement exclusives, on peut aller dans l’un et un peu dans l’autre, bref, ce n’est pas le sujet. Le bas de la branche, c’est la pratique très simple, photographier le mariage de Tata en échange d’un pack de 8-6 d’un côté, ou juste des souvenirs de vacances de l’autre. Le haut de la branche, c’est l’opposé : être le photographe en chef de Vogue par exemple, ou exposé au MoMA. La seule façon de grimper en haut de l’une de ces branches, c’est de travailler, il y en a pas d’autre. Pour apprendre la photographie, aller au bout du truc, il va falloir s’y mettre. De là, découlent 2 constats, et vous allez voir, ça va détendre tout le monde une bonne fois pour toutes sur le sujet :

  • C’est vous qui décidez où vous vous arrêtez sur la branche. C’est votre affaire, et s’arrêter à un endroit A n’est pas mieux que de s’arrêter à un endroit B. C’est votre décision.  Par exemple, moi pour la guitare, je me suis arrêté à la moitié environ. J’ai appris toute la technique, joué en groupe, enregistré quelques trucs et ça s’arrête là. Je compose des morceaux que j’oublie tout de suite, je joue de temps en temps avec des amis, et c’est tout, je n’ai pas besoin ni envie de plus. Je ne ferai pas Wembley, et ça me va bien. Si d’autres continuent ou s’arrêtent avant, bah ça ne change rien à ma décision.
  • Si vous voulez grimper en haut de la branche personnelle, il va falloir travailler sur le long terme, et donc faire des séries/projets. C’est une étape obligatoire, un peu comme un péage. Vous pouvez la critiquer autant que vous voulez, dire que ça n’est pas pour vous, nul, inintéressant, ça n’y changera rien, cela ne vous fera pas avancer. Pas plus qu’insulter l’automobiliste devant vous ne vous aide à le doubler.

Et il n’y a rien d’élitiste là dedans, ce qui serait élitiste ça serait de dire que si vous n’avez pas fait telle ou telle grande école, vous n’y arriverez pas. Que si vous n’avez pas le meilleur matériel qui soit, vous n’y arriverez pas. Ce n’est pas le propos ici, la route est accessible. Et encore une fois (je préfère le dire deux fois, comme ça ceux qui comprennent la moitié des articles ne pourront pas le rater) : vous vous arrêtez où vous voulez. Si vous voulez allez plus loin, le chemin est assez bien balisé (c’est ce que je fais ici en vous donnant tout le contenu pour le faire quand je le peux), c’est votre décision. Dire que c’est élitiste, parce qu’il faut travailler, ça serait comme dire que le CNRS est élitiste parce qu’il ne recrute que des doctorants pour son laboratoire d’astrophysique. C’est juste normal. En haut de l’arbre, les places sont plus chères, plus difficiles à obtenir.

Quant à l’obsession à avoir pour aller sur cette voie, ou l’hypothétique monotonie qui y serait liée : ça ne marche pas vraiment comme ça. Plus vous grimpez sur les branches, plus elles deviennent fines, plus vous vous spécialisez, plus vous grimpez jusqu’aux toutes petites feuilles que personne n’a vues avant. Vous trouvez votre truc, ce petit trésor tout en haut de l’arbre, c’est grisant. Et si ça peut vous rassurer, tous les photographes ayant marqué l’histoire ont procédé ainsi. Donc entre cette réalité, factuelle et vérifiable par vous même et l’avis empirique d’un Youtubeur ne parlant que de matériel, demandez vous qui a une paille dans l’œil et qui a une poutre.

Les essais/erreurs ou la spontanéité ont aussi permis de faire de grandes œuvres

Cette fois aussi, les choses ne sont pas aussi simples. Il est évident qu’à l’inverse de l’échec, personne ne réussit rien du premier coup. Donc oui, en cela, les essais, les tentatives (ratées ou non) sont une part importante de la création. Étant moi-même en train de définir les projets sur lesquels je vais travailler cette année, je peux en témoigner : à chaque fois que je me plante, je me rapproche quand même un peu plus de la cible.

Cependant, les projets 52, 365, 118 218 et que sais-je, n’ont aucun rapport avec cette partie du processus créatif. Ils ne consistent grossièrement qu’à tirer dans tous les sens, à chaque fois sur une cible différente et pour ensuite passer à la suivante. Bref, vous accumulez des brouillons disparates qui ne vous servent à rien, et encore pire, vous les montrez aussi (spoiler : il y a déjà assez de caca sur internet, on peut se passer d’une bassine de plus).

De plus, mêmes les grandes œuvres ayant l’apparence de brouillons sont très travaillées, je pense notamment au travail de Pollock, et ses fameux drippings (des coulures de peinture).

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Malgré leur apparence de brouillon et leur construction semblant aléatoire, elles sont au final pensées et parfaitement maîtrisées. Pollock a un propos, il s’attelle à le développer dans ses peintures. Le choix du grand format, la surface plusieurs fois parcourue par la peinture et couverte avec des réseaux de coulures qui fusionnent la couleur et le trait en une structure interne maîtrisée, font penser à une déambulation qui n’a plus rien à voir avec la peinture artistique et décorative de chevalet. Son œuvre n’a ni début, ni fin, elle est un perpétuel présent.

Dire “j’essaie plein de choses différentes, après tout on a construit de grandes œuvres comme ça !”, c’est là-aussi, se cacher derrière son petit doigt pour ne pas s’y mettre.  Ne pas vouloir bosser, comme je le disais à travers la métaphore de l’arbre, ça n’est pas grave, je n’ai aucun souci avec ça, tant que c’est un choix volontaire et assumé. Mais se trouver des excuses bidon pour se donner l’impression de bosser quand même, c’est ridicule.

“Et moi je…”

“…connais des gens pour qui ça marche à fond le projet 52, et pour moi les contraintes et les séries ça ne marche pas du tout donc faut garder toutes les solutions”.

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Empirisme, raccourcis, et conception de la photographie limitée à ce qu’on en dit sur le Web, je suis convaincu que si j’avais voulu dire autant de bêtises en si peu de mots, j’aurais échoué. Là je vais citer mot pour mot un commentaire “Et sinon tu as aussi des tas de gens qui témoignent sur YouTube, Facebook ou sur les forums…”, la caverne, dans toute sa splendeur. Par contre, si on joue au “moi je” et qu’on tire des conclusions, moi j’ai lu des livres sur :

Aaron Siskind, Alex Webb, Alexandre Rodtchenko, Anders Petersen, Andreas Gursky, Jeff Wall, Ansel Adams, Araki, August Sander, Augustin V. Casasola, François-Marie Banier, Bernard Plossu, Bruce Davidson, Bruce Gilden, Bruno Barbey, Burchel, Cantié Bernard, Christophe Jacrot, Constantine Manos, Daido Moriyama, Darren Almond, David George, David Jimenez Casado, Diane Arbus, Didier Ben Loulou, Donovan Wylie, Duane Michals, Ed Fox, Elliott Erwitt, Erik Kessels, Ernst Haas, Étienne-Jules Marey, Eugène Atget, Eugène Smith, Francesca Woodman, Françoise Huguier, Frans Lanting, Frida Kahlo, Gabriele Basilico, Gail Albert Halaban, Gilles Caron, Gisele Freund, Graciela Iturbide, Gregory Crewdson, Harry Gruyaert, Helen Levitt, Henri Cartier-Bresson, Hiroshi Sugimoto, Irving Penn, Jane Evelyn Atwood, Jean-Christophe Béchet, Jean-Claude Gautrand, João Pina, Joel Meyerowitz, Joel Sternfeld, John Vink, Josef Koudelka, Kate Barry, Kosuke Okahara, Lanting, Larry Fink, Louis Faurer, Lucien Clergue, Lucien Hervé, Man Ray, Marc Riboud, Mark Powell, Martin Parr, Martine Franck, Mary Ellen Mark, Masahisa Fukase, Michael Wolf, Nadar, Omar Victor Diops, Paolo Pellegrin, Paolo Woods, Gabriele Galimberti, Patrick Zachmann, Paul Outerbridge, Paul Strand, Pierrot Men, Portraits, Ragnar Axelsson, Ralph Gibson, Raymond Depardon, Richard Kalvar, Richard Sandler, Robert Doisneau, Robert Franck, Roger Ballen, Sally Mann, Saul Leiter, Sebastião Salgado, Sergio Larrain, Seydou Keïta, Stephen Shore, Steve Mccurry, Susan Meiselas, Sze Tsung Leong, Taysir Batniji, Todd Hido, Trent Parke, Van Malleghem Sebastien, Vivian Maier, Walker Evans, Weegee, Western Colors, William Eggleston, William Klein, Willy Ronis, Wolfgang Tillmans, Yves Marchand, et Romain Meffre.

Et je n’ai jamais vu aucun projet pseudo créatif produit au rythme d’un programme sportif là-dedans. L’argument d’autorité a ses limites, mais je doute que tous se soient trompés et aient raté cette formidable chance de progression. Du coup, on fait comment ?

Le problème, quand on use et abuse d’exemples empiriques (basés sur notre propre expérience) et dans le mauvais contexte (comme des arguments et non comme de simples illustrations informatives d’un propos), c’est que l’on se casse vite les dents sur nos propres limites. Vos arguments ne sont portés que par vos expériences, pas par vos connaissances. Là, une fois n’est pas coutume, je ne vais pas être élitiste mais encore exigeant, et je vous invite à l’être aussi : quand la seule autorité est héritée d’un nombre d’abonnés, passez votre chemin. Ma méthodologie est toujours la même : Vous ne me croyez pas ? Vous doutez ? C’est une excellente chose et vous avez raison, prenez la liste ci-dessus et allez vérifier par vous-même dans une bibliothèque.

Bien évidemment, il n’y a pas besoin de connaitre tous ces photographes par cœur pour être un photographe accompli (10% suffisent je pense), mais avant de venir donner des conseils sur le sujet, il y a un minimum syndical.

Le manque de cohérence est-il un problème ?

Le roi de l’incohérence en personne quand on le contredit.

En fait, le manque de cohérence ça n’est pas un problème, c’est tout le problème. C’est celui de 99% des portfolios de photographes que l’on voit en ligne. C’est de là que vient le fameux grand chelem : paysage / portrait / photographie de rue / architecture / couchers de soleil que l’on retrouve partout. On va reprendre le même exemple que précédemment : est-ce qu’il y a un peu de poésie et de SF au milieu de Madame Bovary, parce que Flaubert aimait bien toucher à tout et ne voulait pas rentrer dans des cases ? Évidemment que non. Produire de l’art (je me permets d’être insistant, je suis chez moi après tout : la photographie est un art), c’est faire des choix. Et si vous ne renoncez à rien, vous ne choisissez pas. J’ai déjà écrit plusieurs fois sur la cohérence, notamment ici :

Pour paraphraser très rapidement le contenu de ces articles : votre portfolio, ou votre projet, ou encore votre série est aussi fort que sa photographie la plus faible. Et faible, ça ne veut pas dire forcément “nul”, ça veut aussi dire “hors-sujet”, car d’un intérêt faible par rapport à votre sujet. Si les photographes qui peuplent nos livres et nos musées restaient dans un champ photographique précis, ce n’est pas parce qu’ils étaient débiles et incultes et n’avaient pas eu l’idée de faire autre chose. Ça n’est pas parce qu’ils n’avaient pas internet et ses ressources pour apprendre plein de techniques. C’est tout simplement parce qu’ils avaient compris et intégré qu’une œuvre est forte quand elle est pure, et que pour qu’elle le soit, il faut supprimer sans état d’âme le superflu. C’est ce que résume à la perfection Antoine de St. Exupéry ici :

La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer.

Antoine de Saint-Exupéry.

Donc oui, la cohérence doit être votre préoccupation n°1 (sans pour autant vous empêcher d’essayer des choses régulièrement à côté. Je parle de ce que l’on montre ici, pas de ce que l’on fait). Dans le premier article cité ci-dessus, je décris 5 points sur lesquels être vigilant quand on analyse une œuvre, ou sur lesquels travailler quand on la produit (soit I.R.E.C.O. : Intention, Réalisation, Expérimentation, Cohérence, Originalité). Maintenant vous savez par lequel commencer.

Conclusion

Si je prends le temps d’écrire tout cela, de démonter ces petits clichés un par un, ce n’est pas pour vous foutre le bourdon, ni vous filer des complexes, mais juste pour que vous ayez une vision claire des choses, afin de décider ce que vous voulez faire de votre pratique.

Pour conclure, nous allons finir sur un petit trio de citations que j’aime bien. Selon Nietzsche la fonction de l’art n’est pas de créer des œuvres d’art, mais “d’embellir la vie”. Ainsi il déclare :

L’essentiel, en art, est la célébration, bénédiction, la divinisation de l’existence.

Nietzsche

Citation d’Henri Cartier-Bresson que j’ai déjà partagée mais dont je ne me lasserai jamais :

Vous n’avez qu’à vivre et la vie vous donnera des images.

Henri Cartier-Bresson

Et enfin, celle-ci de Serge Tisseron issue de Le mystère de la chambre claire : Photographie et inconscient :

La photographie, avant d’être une image (…) est une forme de participation empathique au monde. Le photographe accompagne le monde bien plus qu’il ne le fige.

Serge Tisseron

Les trois sont unanimes : la photographie accompagne et célèbre votre vie, et non l’inverse. Ne vous lancez pas dans des programmes improbables pour faire entrer au forceps la photographie dans votre vie, ça va gripper le mécanisme. Vivez, laissez vous porter, et donnez une chance à l’appareil d’enregistrer ça.

Ps : je précise s'il y a des nouveaux, je suis super ouvert à la critique et j'adore ça. Notez cependant que sans argument elle ne vaut rien, et que l'échange peut devenir douloureux.

Pendant la rédaction de ce billet, j’ai écouté ceci :


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47 Comments

  1. On a connu Pipou plus tranchante ! Mais le fond est bien frappé.
    Une fois de plus je plussoie, et je dois dire que l’allégorie ( ou la métaphore … sur l’arbre de la rhétorique, je me suis arrêté au tronc !) de l’arbre m’a beaucoup plu et participe grandement à la préservation des ego. ( Tu ramollis ) Car à mon humble avis, la plupart des réactions ” épidermiques” sont dues à l’irritation d’un ego enflé par l’assurance qu’un matos à 2000€, une technique technicienne et des likes par centaines sont les garants d’un talent et de la reconnaissance qui va avec.
    Personne ne peut vraiment être sûr d’atteindre la canopée, mais seuls ceux qui grimpent ont une chance …

    • Je valide ta conclusion 🙂
      Pipou est plus ou moins tranchante selon le level de bêtise sur lequel je tombe. Il y avait peu de réactions liées au matériel sous la vidéo, c’est pour ça que je n’en ai pas parlé. C’est un sujet que j’ai déjà évoqué dans d’autres articles :

    • C’est comme au loto , 100% de ceux qui ont gagné avaient joué, mais tous ceux qui ont joué n’ont pas gagné et ont pour la plupart perdu leur mise. Mais ils ont comme disait un sociologue espérer vivre à l’aise sans effort quelques temps avant le tirage. D’autres vont à Lourdes mais sans plus de réussite. Pour grimper à l’arbre il faut des qualités mais certains ont une échelle et je me demande pourquoi. Tout ça c’est de l’humour ça soulage.

  2. Michel Davin

    Clair, net, précis, cohérent. J’aime le fond et la forme de ce billet sans concession et j’approuve l’intégralité de ce qui y est développé. RRRAAAAH Lovely… encore Thomas… encore.

  3. Question cohérence: la pelle, elle enterre ou elle pète les clichés, car ce n’est de loin pas la même chose ?
    J’ai découvert ton blog il y a un bon mois, et je me régale, tant sur le fond (des articles parlant de façon approfondie et réfléchie de la photo) que sur la forme (un ton humoristique et un peu mordant, ça fait du bien, même quand on est concerné).

  4. Goffart Jeff

    Cultiver son individualité de vision du monde, du réel, et en sortir une réalité de notre œil, de notre cerveau, de notre cœur, voilà la photographie désirable: une signature, à nulle autre pareille, menant peut-être à une reconnaissance par nos pairs, parfois du vivant, plus fréquemment posthume ( Vivian M. )… Quel projet!!!

  5. Bonjour,
    Votre Propos est globalement juste. Quelques remarques cependant:
    1. Vous gagneriez à être plus concis. C’est long et parfois un peu absconse.
    2. Vous avez une manière d’asséner votre “vérité révélée” qui donne malheureusement, une impression de suffisance. C’est dommage car vous y perdez en crédibilité. On voit cependant que vous êtes passionné ce qui tempère un peu cette impression.
    3. Vous étalez une liste impressionnante de photographes que vous avez étudiés à travers des livres (ça me rappelle vaguement:”La culture, c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale”…mais c’est très mauvais comme remarque) .
    En réalité, ce qui compte, ce n’est pas la quantité de livres lus , c’est ce que vous en avez retiré personnellement.
    Avec tout ce que vous avez étudié, vous devriez être un bien meilleur photographe que Cartier Bresson. Or votre notoriété ne vient pas de votre oeuvre photographique mais…d’internet; ça devrait vous rendre plus modeste.
    4. Vous gagneriez aussi à vous montrer plus tolérant dans vos critiques même si on sent que c’est la passion qui vous anime. Vous en devenez parfois détestable.
    5. Concernant les projets 52, 365… vous écrivez:
    “Cependant, les projets 52, 365, 118 218 et que sais-je, n’ont aucun rapport avec cette partie du processus créatif. Ils ne consistent grossièrement qu’à tirer dans tous les sens, à chaque fois sur une cible différente et pour ensuite passer à la suivante. Bref, vous accumulez des brouillons disparates qui ne vous servent à rien, et encore pire, vous les montrez aussi (spoiler : il y a déjà assez de caca sur internet, on peut se passer d’une bassine de plus).”
    Vous confondez là une méthode dont le seul objectif est de faire sortir le photographe de chez lui… et le résultat des photos qui dépend de chaque photographe, de son talent et du travail qu’il réalise.
    Rien ne vous permet d’affirmer que les photos prises seront forcément mauvaises (“des brouillons disparates”) et que la personne ne fera pas de progrès. Je passe sur la fin scatologique de votre remarque qui n’est pas du meilleurs goût.

    Je n’irai pas plus loin dans ces remarques essentiellement de forme et de comportement, si ce n’est que vous avez un petit côté “ayatollah” qui cherche à imposer sa vérité aux autres presque “de force”.

    Les projets 52, 365… s’adressent à des photographes débutants et pas au public plus confirmé que vous visez… Soyez plus tolérant.

    Cordialement

    • Hello Jean-Marc,

      Comme je ne sais pas si vous êtes retardé, ignorant, ou juste de mauvaise foi, je vais y aller avec des demi-pincettes, et vous laisser décider de la bonne réponse à ce sujet.

      Vous êtes prêt ?

      • 1. Je n’en ai rien à carrer. Si vous trouvez les articles trop long, lisez-les en deux fois. Si vous ne les comprenez pas, posez des questions. Comme je le dis dans cet article (La règle du Game), j’écris avant tout pour mon propre plaisir. Ma prose est telle qu’elle est, et que l’on aime ou que l’on déteste, je n’en changerai pas une virgule 🙂
      • 2. Relisez cet article, et n’importe quel autre, vous découvrirez seul que vous avez tort. TOUT (ça veut dire l’intégralité) de ce que je dis est sourcé. Il n’y a pas de “vérité absolue”, juste des constats issu de lectures, que j’invite régulièrement à vérifier par soi-même (cf. l’article que vous commentez).
      • 3. Oui, c’est très mauvais comme remarque, parce que si personne ne fait ça, il n’y a plus de vulgarisation. Mais vous avez raison, ça n’est pas le sujet. Merci d’énoncer des évidences, mais votre conclusion est hors-sol. Il n’y a pas de lien “nombre de livre étudiés” > “talent du photographe”. Je n’ai jamais dit ça ici, et ce n’est même pas le but du paragraphe. Il y a un rapport “nombre de livre étudiés” > “connaissance de la photographie” qui est évident, mais ça n’est toujours pas ce que je dis. Je dis juste que dans TOUS ces livres, il n’y a jamais de projet 52. A vous d’en tirer des conclusions.

        Vous avez déjà fait cette remarque sur la notoriété à Laurent sur YouTube, mais je vais répondre plus directement : mettez-vous là dans le fondement jusqu’à ce que ça vous gratte la gorge. Il faut TRÈS MAL me connaître et connaître mon contenu pour penser que j’en ai quelque-chose à faire d’être connu sur internet. Je n’écrirais pas des articles comme Allez tous vous faire foutre ou Et j’ai quitté les internets si c’est le cas. Réfléchissez, documentez vous ou que sais-je avant d’écrire vos commentaires. Tout le monde ne rêve pas d’être une star du web.

      • 4. Ce qui est détestable c’est de venir commenter en n’émettant rien d’autre que des jugements de valeurs, parfois infondés. Je suis tolérant face à des arguments, pas face à des idées énoncées à la “en veux-tu en voilà”.
      • 5. Je suis étonné de voir que la blague “scatologique” vous choque plus que celle sur le viol. Chacun son échelle de valeur. Quand aux projets sus-cité : voir mes autres commentaires & l’article. Si vous avez besoin de ça pour pratiquer, remettez en cause votre pratique. Et allez, rigolons : montrez-moi un projet 52 qui ait donné un résultat intéressant.

      vous avez un petit côté « ayatollah » qui cherche à imposer sa vérité aux autres presque « de force ».

      Idem que précédemment, je n’impose rien, tout est documenté et chacun peut vérifier / étudier par lui-même ce que je raconte. J’ouvre des voies, c’est tout. OUT.

      Quand à votre conclusion, elle n’a pas de sens. Je ne vise pas un public confirmé, j’en vise un qui veut s’exprimer artistiquement, peut importe son niveau. Et ce n’est pas parce qu’une personne est débutante qu’elle doit se payer des exercices débiles. 🙂

  6. Avec tout le respect que je te dois, le “projet 52” peut avoir quelques mérites…
    T’obliger sortir et prendre des photos, t’obliger à réfléchir à ce que tu vas prendre comme photo aujourd’hui, t’obliger à observer ton environnement, t’obliger à produire, te sortir de derrière ton petit doigts… et ainsi explorer ce que tu aimes ou n’aime pas.
    “Photographiez, photographiez, il en restera toujours quelque chose !”

  7. J’aime ce post:
    Plaisir: ce n’est pas un but mais un moyen de sublimer le travail
    Et votre dernière phrase doit être une ligne directrice quitte à ne pas prendre de photo… : Vivez, laissez vous porter, et donnez une chance à l’appareil d’enregistrer ça.
    Merci

  8. Il faut beaucoup de travail pour arriver à un certain niveau, c’est évident !
    Je pense aussi qu’il y a plusieurs façon de concevoir une série, tout par de nous, il y a juste des moyens différents d’atteindre le même point, la cohérence. Des approches plus rigoureuses, plus obsessionnelles, d’autres plus expérimentales… etc (un peu comme fukase et ses corbeaux)

    Personnellement je n’arrive pas à avoir la rigueur d’un Picasso sans que cela impact mes créations, sa leur donne un côté “recette”. Qu’on soit bien d’accord je ne dis pas ça par facilité, c’est juste que ça ne me correspond pas ! 🙂

    Très bon billet, je trouve que ça part d’un problème de communication quand même, je me trompe peut-être… Entre les personnes ayant un appareil pour le plaisir, les ingénieurs, les résignés, les reporters, les artistes… etc Ça peut expliquer certains fossés! ^^

    J’ai vu certains commentaires et j’ai eu comme l’impression qu’il essayer de justifier que ça pouvait être de l’art mais sans trop d’effort… Des intentions pas très claires. Une ambiguïté que je n’ai pas compris.
    Un peu comme un ado écoutant habituellement de la musique “populaire” se retrouvant coincé entre deux mondes; ses amis qui écoute du classique, et son besoin de reconnaissance.

  9. Blandine Lhote

    Tout d’abord Merci Merci Merci
    La photographie, je l’ai commencée pour pouvoir faire de plus belles photos de souvenirs vacances. ( je me suis payée un cours chez Laurent, plutôt que d’investir dans du matériel )
    Avec un certain nombre de personnages comme toi je me prends au jeu de vouloir en savoir et en faire plus.
    Après 1 ans de photographie j’ai déjà compris plein de choses:
    Montrer ses photos au premier quidam pour qu’il les juge, il n’y a rien de plus stérile.
    Plus je lis, plus je travaille (la photographie, hein), plus je comprends que la route sera longue.
    En te posant la question qui va suivre, je tend les doigts vers ta pelle…. Tu dois bien comprendre que j’en suis encore à faire des tas d’exercices pour dompter la lumière, apprendre à faire des choix de cadrage, et que la composition d’une photographie est loin d’être naturelle pour moi.
    Je viens de créer un groupe Facebook avec des “défis” composition, genre cadre dans le cadre, ….. ( tu vois j’aime les pelles )
    Pour l’instant on est 4 dans le groupe
    Objectif : travailler sa composition…
    J’ai conscience que les photos partagées n’aurons rien d’extraordinaire…. Et même pire.
    Tu te demandes où je veux en venir……
    Je suis prof dans l’âme ( entendre par là, aider les autres et moi même à apprendre et à progresser et à se poser des questions)
    Je sais que tu seras franc, est-ce un bon moyen de donner envie aux personnes que je connais, que J’ai envie d’aider et qui sont fières de leurs photos…. (Et J’ai fait pareil).
    De leur faire se poser des questions avant de prendre la photo ?

    • Hello !

      Ça fait plaisir de lire ça déjà, content de te voir parti si tôt dans une démarche si juste et proactive 🙂
      Sur la composition, j’avais écrit cet article qui résume pas mal ce que je pense : Le paradoxe de la composition en photographie.

      Je comprends mal ta question : tu veux leurs poser quel type de question avant de prendre des photos ?

      En fait ce qui marche bien je trouve, c’est d’analyser (seul ou à plusieurs) une image célèbre (tu en trouveras plein ici), et d’essayer d’en reproduire 1 ou 2 caractéristique ensuite.
      Et hop, on passe au suivant. Sur la page facebook, j’avais fait des défis dans ce sens là à un moment. Faudrait que je m’y remettes d’ailleurs.

  10. Bon, tout ceci m’ a convaincu de me lancer un défi365 : obtenir une photo potable en 2019. la barre est haute, j’en conviens.
    Amistat.

  11. Haaaa un bon article rentre dedans comme je les aime 🙂
    j’avais regardé la vidéo de Laurent et par curiosité j’ai jeté un oeil aux commentaires. Et j’ai vu que le débat était un peu houleux avec en particulier un autre youtubeur (à ce propos j’ai adoré l’histoire de la paille et de la poutre dans l’oeil, si avec ça on a encore des doutes sur l’identité du youtubeur en question 😉 ).
    Ton analogie de la pratique photo et de l’arbre est tout à fait juste. Pas évident de se dire “ma prétention dans ce domaine c’est de n’aller que jusque là”. C’est dur pour l’égo de n’avoir pas ou peu d’ambition et en même temps on voudrait être célébré pour notre talent inné à produire des photos d’une beauté et d’une pertinence folles sans avoir à se forcer!

    Bref, je suis ok avec tout ce que tu dis mais il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre 😉

    • On est d’accord 🙂

      Content de voir que quelqu’un a capté la référence haha. Après, pour te répondre, je ne pense pas qu’il y ait de l’égo là-dedans.
      C’est juste une question d’honnêteté vis à vis de soi, on ne peut pas tout faire, donc il faut choisir. Y’a plein de domaines où ça me va de rester moyen, et d’autres non.
      C’est limite un choix de vie.

  12. Ouupsss… je me suis reconnue dans cet article !
    Quelques années en arrière, je m’étais acheté un nouveau petit appareil compact ; j’ai alors décidé, pour apprendre à m’en servir et explorer toutes ses possibilités, de prendre une photo par jour (je ne connaissais pas cette pratique “52”, j’avoue) ; je l’ai fait jusqu’à ce que j’en ai eu marre (soit environ un an et demi !). Eh bien, par ce biais, j’ai vraiment appris à me servir de cet appareil ; chaque jour, j’ouvrais l’oeil, petit défi quotidien qui m’a poussée à chercher, observer avant de déclencher.
    C’est par cette étape que j’ai réalisé que j’aimais vraiment ça, prendre des photos.
    Aujourd’hui, j’ai plus de connaissances, je lis plus, je vois des expos et ma pratique a évolué bien sûr, je prends des photos plus réfléchies, qui ont plus de sens pour moi.
    Alors, mea culpa, j’assume ! Et j’aime beaucoup tes articles, les débats qu’ils suscitent, les pelletées de terre qu’ils brassent, les petites graines qu’ils font germer et les petites fleurs qu’ils font pousser !

    • Je n’avais pas pensé à pousser la métaphore aussi loin, c’est bien, je note 😀
      Quand au défi, je pense qu’une bonne formation est beaucoup plus efficace pour apprendre à se servir d’un appareil (ou la lecture du manuel selon le niveau de débrouillardise).
      C’est le côté rythme (et parfois sujet) imposé qui me gêne. Laurent en parle dans sa vidéo, quand c’est “les fleurs”, “le marron”, etc., ça ne sert à rien.

  13. Je ne rajoute rien aux commentaires qui expriment très bien ce que l’on ressent à la lecture de cet article si ce n’est qu’en plus j’ai rigolé à chaque paragraphe. Et franchement apprendre et rigoler il y en a qui devrait en prendre de la graine (l’éducation nationale en 1er d’ailleurs pour enseigner la ponctuation par exemple)

  14. Merci cher Thomas pour tes conseils que je trouve toujours très pertinents. Je voulais te faire part de mon expérience personnelle. Il se trouve qu’en tant que sculpteur j’ai besoin de me ressourcer en me promenant chaque jour dans la nature et je sors toujours avec mon iPhone, d’où mon intérêt pour tes pelles qui aiguillonnent mon sens artistique. Entre chez moi et la nature j’observe tout et je découvre des pépites de petits rien cachés sur le sol, sur la digue, les murs et les multiples endroits oubliés de notre civilisation du gaspillage.
    Une vraie beauté formelle se dissimule là et m’emplie de bonheur.
    Entre autre série suite à mes déambulations je tisse depuis un an un canevas de “petits riens” et la matière s’accumule. De tous ces “oubliés” je pense un jour ciseler une belle pépite, car tout comme en sculpture, seules les hautes branches m’intéressent.
    Bien cordialement à toi et encore merci pour tout ce que tu fais pour nous !

    PS. j’ai un site pour mes sculptures, mais ce serait peut-être bien que j’en ai aussi un pour mes photos.

  15. Jean-Paul MAITRE

    Bonjour.

    Article intéressant.

    Moi je ferai un parallèle avec la musique : il faut répéter sans cesse pour progresser (et quelques fois oui, il faut se forcer pour avoir plus de plaisir ensuite), il faut faire ses gammes au quotidien (=projet 365 ?) plus pour maîtriser la technique que pour avoir quelque chose d’agréable à l’oreille (à l’oeil donc), il faut travailler des partitions variées (paysage, portrait, architecture, rue…), pour enfin être libéré de la technique et pouvoir jouer un répertoire (projet) cohérent ensuite.
    La photographie étant un mélange d’art et de technique, il y a en effet des passages qui peuvent être fastidieux pour atteindre certains objectifs.

    • Hello,

      Pour faire de la musique depuis 15 ans, je me suis abstenu de la comparaison sur ce sujet (que j’emploie régulièrement sur d’autres sujets ailleurs sur le Blog), ça ne marche pas trop je trouve.
      Il y un aspect physique à jouer un instrument, t’as besoin de caler ta mémoire musculaire en gros. Ton doigt doit aller au bon endroit au bon moment, au bon rythme. D’où la répétition, ça n’existe pas en photographie. Personne ne répète 50 fois la même photo, comme tu répètes la même gamme, pour la maîtriser. Tu ne joues pas un morceau.
      Quant au fait de bosser des partitions variées, même si ça change en musique selon les écoles, c’est assez rare (t’as des écoles de jazz, d’autres plus classiques etc.). Quoiqu’il en soit, en photographie je ne pense pas qu’il faille faire de tout pour être bon, ça n’aurait pas de sens. Faire ce qu’on aime et le faire à fond c’est suffisant. Je ne vais pas m’embêter à faire de la photographie studio, qui ne m’intéresse pas, pour être meilleur en photographie de rue.

      🙂

  16. GAUTHIER Christian

    Bonjour Thomas
    j’ai regardé la vidéo de Laurent et lu les différents commentaires. Je me proposais de répondre à certains mais je me suis abstenu car j’ai pensé que Pipou allais sans doute le faire bien mieux que moi !!
    Franchement, une fois de plus, Pipou a mis les choses au point.
    Concernant l’arbre, il y en a , malheureusement, qui l’on coupé avant de penser qu’ils pouvaient l’escalader !!

  17. Bravo !
    Je ne post pas souvent de commentaires…donc celui là vaudra pour le reste du blog. Bravo.

    Tu penses un jour sortir le blog en papier ? Une sorte de recueil…c’est un peu con mais j’ai du mal à pas vouloir des versions papier…

    • Haha, c’est trop facile ça 😀
      Ça ne compte que pour 1 !

      Pour la version papier, heu, ce n’est pas au programme. Mais si tu l’imprimes, je te le signes avec plaisir 😀

  18. Bonjour Thomas.
    Article intéressant qui permet d’alimenter notre réflexion sur la photo.
    Mes remarques :
    Sur” le plaisir est dans la prise de vue” : Le cas Vivian Mayer est très troublant. On ignore ses motivations. Il y avait sans doute une part de pathologie. Mais malgré tout elle devait avoir un plaisir exclusif de la prise de vue. Je pense que c’est un truc profond chez les photographes.

    Sur le travail en série. Cela dépend bien sûr de la définition que l’on en donne.
    Voici une approche que je crois très pertinente :
    http://www.oai13.com/la-question-photo/question-photographie-serie-1/
    http://www.oai13.com/la-question-photo/question-faut-il-travailler-ses-photographies-en-serie-partie-22/
    Pour le travail en série il faut un protocole très précis. Un projet et un protocole qui apportera l’unité nécessaire à la série.

    Sur la forme, au lieu de prendre la mouche, vous devriez considérer les remarques de Jean-Marc. Vous y gagneriez beaucoup pour la suite de votre blog.

    • Hello,

      Haha, je n’en peux plus des citations de Vivan Maier, je crois que c’est la photographe la plus citée des commentaires (faudrait que je vérifie). 😀
      Le fait est qu’on ne sait pas grand chose, et que l’on peut faire dire un peu ce que l’on veut à sa pratique. Après, de mémoire, fut une époque où elle a commencé à vouloir promouvoir son travail (c’est dit dans le film, elle voulait en faire des cartes postales je crois, et donc sortir de la prise de vue seule).

      De toute ce que j’ai lu, je n’ai jamais lu aucun témoignage / interview qui parlait du “plaisir de la prise de vue”, de juste produire. D’être dans la rue, de travailler un projet, etc., oui, mais juste cliquer, pour utiliser l’objet, jamais.

      J’ai lu l’article, c’est intéressant mais ça n’est pas totalement ce dont je parle. Je le disais, toutes les séries ne sont pas des projets, et quand on prend la série comme il l’a décrit, son raisonnement est juste. Je parle souvent de “projets”, de choses plus vastes qu’un simple gimmick répété. Le but d’un projet, enfin sa matérialisation finale, c’est souvent le livre.
      Et là, les deux ne sont pas incompatibles : certaines images de livres très forts sont parfaitement autonomes (le premier exemple qui me vient à l’esprit c’est celui des Américains de Robert Frank).

      Je suis d’accord avec sa conclusion en fait :

      Le travail en série ne consiste donc pas seulement en quelques récurrences du motif ou de la prise de vues. Il se travaille en amont, s’expérimente et se valide sur le terrain, s’affine encore lors de l’editing final. Il est le résultat de la pensée et de l’exigence du photographe.

      Quant au commentaire dont vous parlez, je ne prends pas la mouche (sur le fond, il n’y a absolument rien). Simplement, quand on vient avec ses gros sabots entonner des bêtises, il ne faut pas s’étonner de se prendre un seau de vitriol. C’est la politique de la maison, à d’autres les réponses policées de community manager. Pour le reste, c’est toujours non, si j’avais voulu faire du grand public et du consensuel, ça se saurait.

  19. Je vois pleins de références à la chaîne “Et tout le monde s’en fout” (“allez vous laver les dents au fer à souder” et le speech sur la condescendance) ? C’est normal docteur?

    Je sais que je ne peux pas plaire à tout le monde, mais quand je vois à qui je ne plais pas, je me demande si ça me dérange vraiment.

    -> Ca par contre aucun doute, c’est DIKKENEK !!! <3 <3 <3

    Je suis pas d’accord avec le commentaire au-dessus qui dit que ta pelle s’est ramollie, au contraire, je trouve les exemples plus pertinents (celui de Madame Bovary qui est plus ou moins filé tout au long de l’article entre autres) et l’écriture plus acerbe, plus déterminée, plus réfléchie en plus de tes réponses aux commentaires plus affirmées, même si parfois ça frôle la condescendance quand même… Mais j’aime ça 😉

    “GG WP” comme dit dans les jeux vidéo en réseau, autrement dit : Bien joué!

    • Alors, le fer à souder oui, c’est une vraie référence. La condescendance non, c’est de moi.

      Dikkenek on est d’accord, que du love.

      Merci 🙂

  20. Au sujet des projets 52/365, j’ai quand même l’impression qu’ils sont là pour bien des photographes pour alimenter un réseau social / blog / site, bref, la ‘machine à clics’ et pour se faire voir.

  21. Bonjour,

    Pour moi qui vous lit depuis longtemps, rien de neuf dans ces lignes. Ces 2 premiers articles de 2019 laissent à penser qu’au bout d’un moment il devient difficile de se renouveler, sur un blog y compris.
    Je ne lis plus celui de Laurent Breillat, encore moi les commentaires de ses articles, ce n’est pas sans raison et c’est dire ma consternation de les retrouver sur votre blog… A croire que la médiocrité nous poursuive a travers les internet ! (je parle de la qualité des commentaires).
    Pour le reste je ne partage pas les commentaires complaisants de certains de vos lecteurs, il me semble que la condescendance élève rarement. Vous tuez le débat par votre ton péremptoire et il est possible que des personnes qui auraient aimé échanger avec vous, se soient abstenus. Une sorte d’auto-censure préventive en quelque sorte… Dommage me semble til.
    Je vous fais part de mon avis parce j’apprécie généralement votre démarche et que vous méritez qu’on vous le dise. Mais comme vous dites c’est votre blog vous en ferez ce que vous voudrez.

    Cdt

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