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Combien ça coûte un tirage ?

Introduction

Dans cet article, nous allons faire un tour complet du prix des tirages. Nous allons voir comment les prix sont construits, quels sont les différents prix du marché et pourquoi certaines pratiques sont problématiques, voire ressemblent clairement à de l’arnaque.

Cependant, avant de démarrer, on va traiter une question très simple : pourquoi faire des tirages ?

À l’heure du tout numérique, il est vrai que la question mérite d’être posée, et que la tentation de tout laisser sur des disques durs est grande. Mais c’est une mauvaise idée et on va commencer sans plus attendre par voir pourquoi.

L’éternelle suprématie du papier

Est-ce que vous pourrez voir les photographies qui sont sur votre disque dur dans 10 ans ?

Très probablement.

Est-ce que vos petits-enfants pourront les voir en 2100 ?

Rien n’est moins sûr.

Les particuliers qui ne font aucun effort spécifique ont zéro pour cent de chances de conserver leurs photos numériques pendant quatre-vingts ans

Charles du Boullay, directeur général de l’archivage électronique à La Poste. Source.

Tous les experts en conservation photographique sont convaincus que le papier est plus sûr que le numérique.

Pierre-Emmanuel Nyeborg, expert en conservation de photos. Source.

Vous allez perdre vos mots de passe, vos disques durs vont tomber en panne, et votre accès au Cloud ne sera peut-être pas renouvelé par vos héritiers. Le stockage numérique à long terme est un sujet très épineux.

S’ajoute à cela une autre difficulté qui doit être palliée : l’évolution des standards. Rien ne garantit que le format que l’on utilise pour encoder puis lire des fichiers images soit encore le même dans 100 ans. C’est probable en utilisant des formats libres (on va en reparler dans une minute), mais rien n’est certain. J’ai été confronté à ce sujet 2 fois dans mon parcours, démarrons un mini retour d’expérience sur le terrain.

Le premier, c’était aux Archives départementales de Seine-Maritime, où j’ai fait un stage en 2013. Il n’avait rien à voir avec la conservation des fonds (je devais concevoir une application de géolocalisation collaborative), mais j’ai pu y passer un peu de temps. Globalement, ça ressemble à ça :

Exemple de rayonnage.

Vous avez des mètres et des mètres linéaires de papier rangé sur des étagères. Les matériaux de conservation (pochettes, boîtes) ne sont pas agressifs (elles ne sont pas acides, ne dégradent pas le contenu), et tant la température que l’hygrométrie sont contrôlées. Et vous savez quoi ?

Bah, ça marche putain de bien. Ils ont des pièces et des pièces entières d’archives photographiques, que ça soit des négatifs (sur gélatine ou sur verre) ou des tirages, tout est très bien conservé, et le sera encore longtemps.

Mais le numérique, c’est plus compliqué. On avance de 3 ans, deuxième expérience : j’ai travaillé chez un prestataire qui faisait de la numérisation pour la BnF, en tant que chef de projets. En gros, je pilotais les équipes de numérisation qui scannaient des livres, pour remplir Gallica.

La BnF met le résultat de cette numérisation dans SPAR, son système d’archivage. C’est une sorte de méga NAS, composé de plein de briques dont l’organisation logique ressemble à ça :

Pour avoir côtoyé (pour effectuer les livraisons de fichiers numériques) les équipes qui le gèrent, je peux vous le dire : ça n’est pas de tout repos. Pour les images, la BnF a fait le choix d’avoir les fichiers en double : JPEG2000 et TIFF. Le profil des images retenu est l’Adobe 98 au lieu du sRGB.

La BnF a fait ce choix en raison d’accords internationaux, autour de la conservation du patrimoine, bref, c’est long et pénible, je vous passe les détails.

sRGB
Adobe 98

Le truc, c’est que c’est déjà un choix qui pose question. Adobe 98 n’est pas affiché par tous les écrans, le sRGB oui. Du coup, quel est l’intérêt de conserver du patrimoine dans un format qui possède certes plus de couleurs, mais pas lisible par tous parfaitement ? D’autant plus que les couleurs « supplémentaires » sont dans le vert, et qu’on les retrouve très peu sur les documents numérisés, Adobe 98 étant plutôt prévu pour des travaux graphiques. Et on n’est qu’en 2021, imaginez les questions que vont se poser les archivistes en 2130 devant ces fonds.

Vous pouvez vérifier par vous-même l'absence de vert fluo, en regardant Horae ad usum Romanum, dites Grandes Heures d'Anne de Bretagne, par exemple.

Donc, si je vous raconte tout ça, c’est pour deux raisons :

  1. J’aime beaucoup la technologie pour plein de choses, mais la supériorité du papier reste inégalée. Que ça soit en termes de conservation dans le temps (les standards et la technique évoluent, mais le papier, lui, reste le même quoi qu’il arrive) ou d’expérience. Les images au format numérique peuvent être consultées par tous, ce qui est formidable, mais l’expérience n’a rien à voir.
  2. Je vous invite à produire des tirages et aussi à en acheter un peu si vous le pouvez.

Les tirages en photographie, c’est toujours un peu mystérieux. À moins de mettre les pieds dans une galerie, on ne sait pas trop ce qui se vend à quel prix. Et c’est pour ça que je vais faire cet article.

C’est une question qu’on m’a pas mal posée après les quelques stories que j’ai faites à Paris Photo cette année, et du coup on va faire le tour du sujet : un tirage photo, ça coûte combien ?

On va commencer par rappeler quelques bases, et ensuite voir les prix de façon globalement décroissante. Et à la fin, je vais gueuler un coup. Mettez les ceintures, on y va.

Donner un prix à un tirage : les bases

Bon, déjà, on va commencer par la base : comment on chiffre un tirage ? Comment on fait pour décider du prix ?

Tout d’abord, ça n’est pas une science exacte, mais ça ne se fait pas non plus au doigt mouillé. Certes, certains acteurs (galeries, musées, ou encore magazines) ont leurs poulains qu’ils vont pousser et dont ils vont faire monter la cote (en les exposant, les diffusant beaucoup, etc.), mais à part les néo-hippies qui photographient leur cul à côté de leur van au coucher du soleil, ces prix sont rarement basés sur du vent.

On va voir à quoi le prix d’un tirage est lié, mais commençons par ce à quoi il n’est pas lié : la matérialité. Alors oui, un beau tirage, sur un beau papier, avec une technique prestigieuse ou qualitative (comme le tirage au platine-palladium) c’est bien. Mais ça ne va pas changer grand-chose au final.

Autrement dit : si je fais un tirage en 2×3 m, avec du Dye Transfer en couleur d’une de mes photographies, je ne vais pas la vendre plus cher qu’un tirage en 20×30 cm d’Henri Cartier-Bresson. Genre, jamais, dans aucun des mondes parallèles.

Ceci étant posé, qu’est-ce qui fait la cote d’un tirage, du coup ?

À mon avis, il faut principalement considérer 4 points :

  1. Le premier point, et le plus évident, c’est l’intérêt historique. Au sens de l’histoire de l’art, j’entends. Les œuvres les plus iconiques. Par exemple, prenons la jeune fille afghane de Steve McCurry. L’image est tellement connue que je n’ai même pas besoin de vous l’afficher pour que vous ayez en tête les yeux clairs et perçants de la jeune fille et son foulard rouge. Bon, bah, vous vous doutez bien que cette image-là, comme celles du même acabit, ça ne va pas coûter 5 € à la foire à tout du village.
  2. Aussi, l’influence de l’artiste sur le monde de la photographie va jouer. Ça, c’est assez facile à évaluer pour le coup. Il s’agit des travaux ayant influencé les générations suivantes, et dont on se revendique. Joel Meyerowitz dit s’être mis à la photographie après avoir vu Robert Frank, et avoir eu les livres de Walker Evans et Henri Cartier-Bresson. Il a à son tour influencé les générations suivantes. Comme Diane Arbus a été l’élève de Lisette Model et influencée par elle, puis a influencé des générations de photographes ensuite. C’est un signe qui ne trompe pas, il existe encore des photographes se revendiquant de ces noms, et forcément, si des travaux marquent des générations entières et les influent, ils cotent. Mon arrière-grand-père a sûrement fait des photographies, mais il n’a influencé personne et elles ne valent rien.
  3. Le troisième point, c’est la rareté. Ça va paraître un peu bizarre, mais la rareté est liée à deux choses : le nombre d’exemplaires et la période où ont été produites les images. Ce qui coûte le plus cher, ce sont les vintages. Les tirages produits (quasiment) à l’époque de la prise de vue, si possible par l’artiste ou sous son contrôle. Et cela influe sur la rareté parce qu’évidemment, on ne peut pas refaire de vintages. Si un photographe a produit une image iconique en 1955, qu’il en a fait 3 vintages et 50 autres tirages en 1985, malgré le nombre d’exemplaires total assez conséquent, ceux de 1955 coûteront plus cher. La date de production influe donc sur le prix. Et un poil la qualité technique, on y reviendra.
  4. Il y a aussi, logiquement, l’intérêt du travail. Forcément, les jeunes photographes n’ont pas influencé les générations suivantes (vu qu’elles sont trop jeunes pour pratiquer ou n’ont pas encore été fabriquées). Du coup, il faut bien donner une valeur à leur travail, et évidemment, son intérêt entre en ligne de compte. C’est d’ailleurs valable pour le premier point aussi : on ne peut pas influencer tout le monde et marquer l’histoire avec un travail nul. C’est ça qui fait que Serge Ramelli disparaîtra et sera oublié des générations suivantes, mais que d’autres resteront.

Donc ce quatrième et dernier point nous pose une question : comment évaluer objectivement l’intérêt d’un travail artistique ?

Eh bien, c’est compliqué. Comme on l’a vu, avec les points 1, 2 et 3, une cote se construit dans le temps. C’est ça qu’il faut retenir, le temps est vraiment juge de paix en la matière : un photographe qui est reconnu par ses pairs, a produit une œuvre de qualité dans la durée et des images historiques, va forcément coter. Mais pour ceux qui démarrent, c’est plus difficile à évaluer.

Mais il y a quand même des clés :

Tout d’abord, on ne va pas se mentir, un travail sans intérêt ça se repère immédiatement. J’ai lu le livre Photo No-Nos Meditations on What Not to Shoot. L’auteur a demandé à plein de photographes ce qu’il ne fallait pas / plus photographier. Et évidemment, on y retrouve plein de lieux communs. Il y aura toujours des exceptions, mais il semble assez peu probable de percer sur le marché de l’art en photographiant des couchers de soleil, les bateaux d’un vieux port à marée basse, ou le visage buriné par le temps de villageois d’un pays étranger « pauvres mais dignes et heureux ». Tout le monde est écœuré de ces clichés.

C’est d’ailleurs là que le regard des experts (historiens, galeristes, curateurs, éditeurs…) fait sens. De par leur connaissance de l’existant, ils savent repérer un travail novateur, qui ouvre des voies dans l’expression artistique photographique, et les poncifs déjà vus 500 fois.

Et ça n'est pas un super pouvoir, hein, en toute humilité, à mon échelle, j'y arrive aussi. Lisez quelques histoires de la photo, allez voir des expos, votre regard va très vite s'affiner, et vous saurez séparer le bon grain de l'ivraie.

Ensuite, il y a une forme de consensus, qui amène à la confirmation. En gros, plus un nombre important d’acteurs tendent à aller dans la même direction, moins il y a de chances que tout le monde se plante. Ce qu’il faut comprendre, déjà, c’est que tous ces acteurs (musées, galeries, magazines, éditeurs, prix…) sont indépendants. Ils ne dépendent pas les uns des autres pour leur programmation, ils ne s’appellent pas le matin pour se mettre d’accord sur le planning de la semaine. Donc si un photographe remporte un prix prestigieux (comme le prix HSBC, par exemple), est diffusé par des magazines photo, est édité chez plusieurs éditeurs… c’est un très bon signe de l’intérêt de son travail et donc… sa cote monte.

C’est par exemple ce qui me rend très confiant dans l’avenir du travail de Marguerite Bornhauser (que j’apprécie particulièrement, soit dit en passant).

Le pendant de ça, c’est que ça n’est jamais bon signe quand un artiste est poussé énormément… mais par un seul acteur. J’ai eu le cas cette année, avec un livre d’urbex qu’on m’a très lourdement mis 2 fois dans la boîte aux lettres, alors que bon, l’urbex quoi. Et même – je l’ai vu, vous l’avez sûrement vu aussi passer – un magazine a poussé partout où il le pouvait un amoureux des vieux vans teal & orange aux aventures aussi factices que les dents de ma grand-mère. C’est peu rassurant. Mais bref.

En rassemblant tous ces critères, on s’éloigne de plus en plus du pari pour tendre vers l’objectivité.

Avant de terminer cette partie, je vais vous donner un repère, l’étalon or en la matière. Un tirage d’Henri Cartier-Bresson, c’est 35 000 €. Bien évidemment, cela peut varier, en fonction des critères que l’on a vus ci-dessus, mais globalement, c’est ça. Pour en avoir vu dans plein de galeries différentes, en France ou aux USA, vous pouvez garder cette valeur en tête.

D’ailleurs, c’est le moment de revenir, rapidement, sur l’influence de la qualité technique sur le prix. Cartier-Bresson était un piètre tireur, et ses premiers tirages sont loin d’être ses plus beaux. En revanche, il a travaillé avec Voja Mitrovic, qui a réalisé des tirages somptueux (et plus contrastés à la fin de sa carrière, pour plaire aux Américains). Les tirages faits par Voja Mitrovic ont tendance à coter un peu plus, du coup, si ma mémoire est bonne. Bref, je vous raconte toute l’histoire ici :

https://www.youtube.com/watch?v=4UtngB_sUss

Bon, maintenant vous savez tout sur la construction de la cote des tirages. Avant de faire un grand tour de ce qui se vend à quel prix, deux précisions :

  • Vous allez voir des prix élevés. La plupart d’entre nous ne pourrons jamais nous offrir ces images. Mais gardez bien à l’esprit que la photographie est le parent pauvre du marché de l’art, et que tout ça reste très loin des prix stratosphériques du marché de l’art contemporain.
  • Faites toujours attention à ne pas confondre le prix de vente et le prix d’achat. Parfois, un tirage est affiché très cher, et est vendu un peu moins. Ce qui nous intéresse, c’est toujours le prix d’achat, que l’acheteur a payé (quand on l’a). Je peux mettre en vente un de mes tirages demain à 56 millions d’euros, s’il ne se vend pas, il ne vaudra toujours rien.

Passons à la suite.

Les plus chères des plus chères

Voici, ci-dessous, les 5 photographies les plus chères du monde (selon Wikipédia, à l’heure où j’écris cet article).

Vous pouvez cliquer dessus pour les voir en grand.

On retrouve :

  1. Phantom de Peter Lik, 6 500 000 $ vendu le 9 décembre 2014 au Christie’s ;
  2. Rhein II (1999) de Andreas Gursky, 4 338 500 $ vendu le 8 novembre 2011 au Christie’s, à New York ;
  3. Untitled # 96 (1981) de Cindy Sherman, 3.890.500 $ vendu en mai 2011 au Christie’s, à New York ;
  4. Dead Troops Talk (1992) de Jeff Wall, 3.666.500 $ vendu le 8 mai 2012 au Christie’s à New York ;
  5. 99 Cent II Diptyque (2001) de Andreas Gursky, 3.346.456 $ vendu en février 2007 aux enchères au Sotheby’s de Londres.
Je précise que Peter Lik est un peu une anomalie dans cette liste. J'en avais déjà parlé dans cet article. 

Bon, évidemment, je me doute bien que personne n’a 6 millions d’euros dans un coin en attendant de pouvoir s’acheter ce genre de tirages. Si je les mentionne c’est juste pour que vous ayez un repère, un plafond max : les photographies les plus chères de l’histoire, des artistes les plus reconnus (sauf Peter Lik toujours) coûtent quelques millions d’euros, et non des dizaines. Le plafond, c’est ça.

Paris Photo

Stand de Mack, Paris Photo 2021.

Maintenant, on va commencer à s’intéresser aux prix aux différents endroits où on peut acheter des tirages de photographie. Et on va commencer par le plus prestigieux de tous… Paris Photo.

Bon, le but n’est pas de faire une microhistoire de la photographie via les tirages, je vais simplement renvoyer à des ressources, sur l’artiste, dans les cas où j’en aurais produit.

J’en profite pour remercier Bruno Labarbère pour les images. J’avais oublié d’en prendre en y allant (je n’y suis resté que très peu de temps cette année) et il m’a bien sauvé les miches.

Walker Evans

Pour commencer, ce vintage de Walker Evans, tamponné au dos par l’artiste, vous coûtera 15 000 €.

Saul Leiter

Pour ce Saul Leiter, tiré plus tardivement, il faudra débourser 10 750 € HT. Mais à ce prix, vous avez le cadre. Une belle affaire.

Vous pouvez d’ailleurs découvrir son travail ici, dans l’épisode d’Incroyables Photographes que j’ai écrit sur le sujet :

Shōmei Tōmatsu

Pour Shōmei Tōmatsu, c’est l’inverse : le prix TTC est de 24 000 €, sans le cadre, et de 24 175 € avec le cadre. La photographie a été tirée 9 ans après la prise de vue (1969 ➡ 1978).

Ce qui me pose question, d’ailleurs : est-ce que je peux acheter un cadre ayant hébergé une œuvre de Shōmei Tōmatsu pour 175 € ?

Le mystère reste entier.

Daidō Moriyama

Daidō Moriyama vous coûtera beaucoup moins cher. Seulement 2 500 €, avec le cadre et la TVA, pour ce tirage de 1971. Une aubaine.

William Klein

Pour William Klein, ce tirage, produit en 1977 (16 ans après la prise de vue), vous coûtera lui 8 675 €, TVA et cadre inclus.

Albarran Cabrera

Pour un tirage du duo Albarran Cabrera, il faudra compter 4 500 €. La présence du cadre et de la TVA n’est pas signalée. Une négociation, au cul du camion, est peut-être envisageable.

Si vous voulez en apprendre plus, j’ai parlé de leur travail (notamment du livre Remembering the futur) dans ce live :

Jane Evelyn Atwood

Pour une photographie de Jane Evelyn Atwood, il faudra compter, TVA incluse, entre 8 500 et 12 000 €.

J’ai aussi écrit un épisode d’Incroyables Photographes à son sujet :

Harry Gruyaert

À Paris Photo, vous pouvez aussi obtenir un tirage d’Harry Gruyaert « pour pas cher » (au regard de sa célébrité). Encadré, avec la TVA, signé et limité à 8 exemplaires, ce vintage vous reviendra à 4 114 €

Là aussi, pour en apprendre plus sur lui, un article sur son travail, et l’épisode d’Incroyables Photographes qui va bien.

Sandro Miller

Et, hasard total, cette photographie de John Malkovitch imitant Salvador Dalí (à l’origine photographié par Philippe Halsman) de Sandro Miller est en vente au même prix.

Louis Stettner

Enfin, vous pourrez acquérir un tirage de Louis Stettner pour :

  • 7 199 €, pour un tirage limité (5 exemplaires), signé, numéroté, TVA et cadre inclus. Il ne s’agit pas d’un vintage, mais d’un tirage de 2014 d’une photographie de 1958.
  • 15 972 €, cette fois-ci pour un vintage, signé au dos. TVA et cadre inclus.

C’est un photographe dont j’apprécie beaucoup l’œuvre et la pensée. J’y ai consacré un long article ici :

Les enchères

Passons maintenant aux maisons d’enchères. Le principe est simple : c’est comme la foire, sauf que là il faut crier le prix qu’on veut, quelqu’un tape avec un marteau, et si vous avez crié le plus gros prix, la photo est à vous. Contre de l’argent, bien évidemment.

À noter : une enchère comporte des frais, et à ma connaissance, ils ne sont pas inclus dans les prix que je vais vous donner.

Christie’s

Commençons par Christie’s, qui est une société de vente aux enchères internationale, et sans doute l’une des plus prestigieuses et connues.

Concernant la photographie, vous pouvez consulter les dernières ventes de Christie’s en cliquant sur ce bouton :

Pour notre exemple du jour, j’ai pris la dernière vente en date lors de la rédaction de cet article, celle du 9 novembre 2021. Voici ce qui s’y est vendu :

J'ai ajouté des * aux ventes ayant dépassé leur estimation initiale. Si vous voulez tous les détails, j'ai surligné en jaune les prix ci-dessous.

Fait intéressant à noter : Andreas Gursky, photographe deux fois parmi les plus chers du monde, a vendu l’image ci-dessous à 2 500 €.

Duisburg II1989 – A. Gursky

Le tirage est le numéro dix-neuf d’une édition de trente-deux exemplaires et huit épreuves d’artiste, il est donc numéroté, mais aussi signé, daté et titré. Ses dimensions sont de 25.5 x 34 cm et à ma connaissance, il s’agit bien d’un vintage.

Aussi, le droit de suite de l’artiste (« Artist’s Resale Right« ) s’est appliqué. C’est une disposition du droit anglais, permettant le versement d’une somme (de l’acheteur à l’artiste) à chaque revente de son œuvre. Gursky touche donc une somme à chaque fois que l’on revend ce tirage. Cela paraît anecdotique, mais gardez-le en tête, c’est important pour la suite.

Drouot

Bon, passons maintenant aux enchères chez Drouot, une maison française d’enchères. À la base, je pensais utiliser comme exemple une vente qu’ils avaient organisée sur le thème du « baiser » et regroupant plein de photographes différents, mais elle a disparu du web et l’accès à leurs archives est tant chaotique que payant. Bref, on va faire plus simple.

Au passage, si vous voulez voir ce qu’ils vendent comme tirages, vous pouvez aller faire un tour par ici :

J'ai réglé le prix minimal sur 1 000 €, sinon, on n'a que des affiches.

Ils ont donc mis en vente (et pas encore vendu pour le moment) :

Une photographie de Robert Doisneau, estimée entre 1 000 et 1 200 €. Il s’agit d’une épreuve gélatino-argentique haute brillance sur papier Agfa-Brovira de 24,2 x 18 cm. C’est un vintage. On y trouve le cachet du photographe et le cachet de l' »Agence Rapho, Paris » au verso.

Deux tirages d’Henri Cartier-Bresson, qui ne sont pas des vintages, mais des tirages ultérieurs. La première photo est estimée entre 4 000 et 5 000 € et la deuxième entre 5 000 et 6 000 €. La première fait environ 20×30 cm et la deuxième est un poil plus petite. La première est signée à l’encre (devant dans la marge et au dos) et la deuxième a un cachet.

YellowKorner

Bon, on va maintenant passer à YellowKorner, aussi vendeur de tirages, et redescendre sacrément en gamme d’un coup. Pour vous la faire courte : n’achetez jamais un tirage chez YellowKorner. En accrocher un chez vous, c’est un peu la meilleure façon de crier votre inculture à tous vos visiteurs.

La seule exception à cette règle immuable de la vie, ce sont les photographies de montagne. Si vous êtes dentiste ou gynécologue et que vous cherchez à décorer votre salle d’attente, là, c’est parfait.

Vous devez vous demander pourquoi je déconseille leurs produits, c’est très simple : leurs éditions limitées c’est du flan, et ils ne vendent que des inspirations low cost de grands artistes. Je vous explique ça.

Leur logo, sur leur site, est le suivant :

S’ils vendent bien de la photographie, la partie « art » et « limitée » prête plus à la discussion.

En effet, la loi fixe le nombre d’exemplaires d’une œuvre d’art à 30. Au-dessus, ça n’est plus de l’art.

Sont considérées comme œuvres d’art les réalisations ci-après : (…) 7° Photographies prises par l’artiste, tirées par lui ou sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus.

ARticle 2, Décret n°95-172 du 17 février 1995 relatif à la définition des biens d’occasion, des Œuvres d’art, des objets de collection et d’antiquité pour l’application des dispositions relatives à la taxe sur la valeur ajoutée.

Donc bon, quand sur son site YellowKorner liste 6 849 exemplaires d’une image disponibles (dans les différents formats), on n’est plus sur de la vente d’œuvres d’art au sens légal du terme. C’est de la carte postale géante, ou du poster premium, mais rien de plus.

Les éditions « limitées » (source)

Concernant la partie « inspirations low cost de grands artistes », c’est là qu’ils se foutent de vous. Grossièrement, ils vous refourguent des photographies très inspirées de travaux existants et misent sur le fait que le grand public n’y verra que du feu.

Toujours lors de la vente du 9 novembre 2021, Christie’s a vendu ces tirages de Nick Brandt. Fourchette : entre 4 375 et 25 000 €. Vous ne les avez pas ?

Pas de soucis : vous pouvez aussi acheter des photographies d’animaux de la savane, par Laurent Baheux, chez YellowKorner. Et soyez relax, vous n’en aurez même pas pour 100 €.

Pour ceux que ça étonne et qui veulent en savoir plus : j'avais déjà relevé ces étranges similarités, sur Twitter, il y a 3 ans. Mais il semblerait que ça ne dérange que moi.

Idem, Christie’s vend cette photographie de Candida Höfer 15 000 €, mais pas d’inquiétudes…

Là aussi, vous pourrez acheter une image de bibliothèque de Thibault Poirier pour moins de 100 €. En prime, vous pourrez même choisir si un globe terrestre est présent ou non.

Bon, je m’arrête là, mais vous avez compris l’idée.

Acheter aux artistes

À budget équivalent, une autre solution ayant ma préférence est tout simplement d’acheter aux artistes directement. Bien évidemment, je ne vous parle pas des grands noms que j’ai cités, mais des photographes que vous suivez sur les réseaux sociaux, ceux de votre ville ou autre.

Pour le coup, vous avez plus de chances d’avoir un objet authentique (fait avec ses petites mains), rare (je doute qu’ils fassent 6 879 exemplaires de leur photo) et à prix très contenu.

Globalement, la fourchette de prix varie entre 50 et 300 € (si un photographe commence à exposer, ça augmente un peu, par exemple).

À titre d’exemple, je vends mes tirages entre 50 et 150 € selon le format. Je pourrais sans doute les vendre un peu plus (mon éditeur m’y a poussé), mais ça me va comme ça. C’est plus la satisfaction de savoir que mon travail est chez quelqu’un qui me pousse à vendre que le gain financier (auquel cas, les tirages seraient un très mauvais choix !).

Vous pouvez aussi avoir un tirage de :

Je voulais aussi vous conseiller des travaux de femmes, notamment Pauline Alioua, Louise Brunnodottir et Julie de Sousa, mais les prix ne sont pas affichés sur leurs sites. Mais n'hésitez pas à aller voir, et contactez-les si ça vous intéresse !

Bref, pour un prix très contenu, il y a moyen de se faire plaisir avec des travaux de qualité, et qui sait… qui seront peut-être revendus à Paris Photo comme des vintages dans 30 ans !

Et les NFT dans tout ça ?

Bon, maintenant que l’on a fait le tour de tout ce que l’on pouvait acheter et à quel prix en tirage papier, on va se pencher sur le cas des NFT. Est-ce qu’on peut les considérer comme des « tirages numériques » ? Est-ce que c’est une bonne idée d’investir dedans ? Eh bien, on va répondre à tout ça.

Les NFT en bref

Bon, je ne vais pas vous refaire tout le topo sur comment marchent les NFT. Richie a fait un article sur le sujet, et j’ai produit une vidéo où j’en parle, je vous invite à aller voir ça pour plus de détails.

https://www.youtube.com/watch?v=yJBB_3JnvJE

Mais pour l’expliquer grossièrement : il s’agit de certificats d’authenticité, basés sur la technologie blockchain. Dans l’idée, posséder le NFT d’une œuvre est censé garantir que vous êtes le propriétaire de ladite œuvre, dans notre cas, une photographie. Vous payez un NFT pour certifier que vous êtes propriétaire d’un JPG enregistré quelque part sur le web.

Pour préparer cet article, j’ai effectué d’autres recherches et lectures sur le sujet. Avant, ma position était de dire : les NFT sont une technologie et comme toutes les technologies on peut faire des trucs bien avec et d’autres mauvais. On peut utiliser un marteau pour planter des clous ou écraser des poussins.

Cette position a changé, surtout depuis la lecture d’un article très détaillé sur le sujet par Antsstyle. Si vous parlez anglais je vous le conseille vivement, tous les aspects de la blockchain et des NFT et tous les arguments poussant à leur usage y sont passés au crible. Et globalement : c’est bien de la merde. Il n’y a clairement rien à en garder, et ceux qui vous diront le contraire sont généralement ceux qui essaieront de vous en refourguer (on y revient).

J’en retiens ce passage :

Les NFT ne prouvent pas la propriété – les contrats légaux ordinaires sont tout aussi bons, et même meilleurs, puisqu’ils sont fortement réglementés et peuvent être portés devant les tribunaux pour une résolution centralisée en cas de problème.

Les blockchains (sur lesquelles reposent les NFT) ne sont, dans le meilleur des cas, pas plus sûres que les systèmes « normaux » de stockage de bases de données relationnelles et, dans la plupart des cas, elles sont moins sûres.

Les cryptomonnaies n’ont aucune valeur innée et ne sont utiles que comme système pyramidal, ce que les grands influenceurs de la crypto-monnaie utilisent sciemment pour profiter de ceux qui ne s’en rendent pas compte.

Les cryptomonnaies et les NFT causent tous deux des dommages importants à l’environnement, et il n’existe pas de systèmes viables pour traiter ce problème pour des raisons de sécurité.

ANTSSYLE

Bon, ces conclusions ne sont pas balancées gratuitement : tout est expliqué dans l’article, et après l’avoir lu, je vous confirme qu’il n’y a aucune raison d’en douter. Du coup vous vous dites : mais pourquoi est-ce qu’on parle tant des NFT, pourquoi les gens sont-ils si enthousiastes à leur sujet si c’est si nul ?

Eh bien, à mon avis, c’est lié aux 2 types de profils qui poussent ces technos :

  1. Soit il s’agit de gens qui ont conscience des limites du système, s’en fichent, et espèrent se faire de l’argent en misant sur la théorie du plus grand fou. C’est un concept simple : vous achetez un objet plus cher que sa valeur intrinsèque, en espérant le revendre encore plus cher à un plus grand fou et engranger un bénéfice. Quand on voit la qualité de « l’art » qui est vendu par les « NFT artists », il est indéniable que cette tendance existe.
  2. Soit des gens qui n’y comprennent rien et ont gobé le discours général à ce sujet. Là encore, je peux comprendre qu’on se laisse avoir dans un premier temps, mais après avoir lu l’article d’Antsstyle, ni le doute ni le débat ne sont encore possibles.

Bref, tout ça ressemble à une immense arnaque (ou du moins en a fortement l’odeur). Passons à la suite. On va faire un petit point sur les chiffres, puis s’intéresser à quelques cas en photo.

Attention aux chiffres

Dans la suite de l’article, on va parler des chiffres aberrants de vente de certaines œuvres en NFT. À ce sujet, il y a deux points sur lesquels être vigilant :

Premièrement, les acheteurs de NFT n’ont sûrement pas payé les NFT le prix affiché. Je m’explique.

Les NFT sont payés en cryptomonnaies, le plus souvent en Ethereum (ETH) ; le cours a grandement varié au fil du temps, et il y a quelques années, on pouvait en trouver pour quelques dollars.

Source

Toujours il y a quelques années : peu de gens achetaient des cryptos, c’était un peu réservé aux enthousiastes technophiles, tout comme les NFT actuellement. Les gens en faisant la promotion semblent être du même acabit.

Tout ça pour dire : soyez prudents sur les prix affichés. Par exemple, une œuvre affichée comme ayant été vendue 4 ETH (16 000 $), n’a peut-être coûté à son acheteur que 32 $, s’il a acheté ses ETH il y a quelques années. Évidemment, on ne peut le vérifier, mais le prix de l’ETH variant beaucoup, il est possible que le coût « réel » soit bien loin de celui qui est affiché sur les sites de ventes.

Quoi qu'il en soit, cela ne change rien pour un nouvel entrant : pour se fournir les 4 ETH nécessaires de notre exemple, il devra bien les payer au prix fort.

Deuxième point : à part les « gros » vendeurs de NFT (étant dans 99 % des cas déjà connus), la plupart des gens ne gagnent rien avec ça.

Si les apps et les marketplaces (où on vend les NFT) pullulent, les revenus, eux, restent bien cloués au plancher.

Là aussi, cet article de Kimberly Parker en fait une excellente analyse. Tout est résumé dans ce graphique :

Source

On y voit que l’écrasante majorité des premières ventes sont très très loin des chiffres faramineux faisant le buzz. Du reste de l’article, je retiens 2 passages :

Ces chiffres ne montrent pas la démocratisation de la richesse grâce à une révolution technologique. Ils montrent qu’un nombre extrêmement minuscule d’artistes s’enrichissent grâce à un petit nombre de ventes, alors que la majorité des artistes se voient vendre un rêve d’immense profit qui est horriblement exagéré. Cacher ces informations est manipulateur, prédateur et nuisible, et ces sites NFT ont la responsabilité de publier toutes ces informations de manière transparente. Aucun d’entre eux ne l’a fait.

Kimberly Parker (source)

Ce qui est le plus choquant dans ces chiffres, c’est qu’ils semblent ordinaires. Ils ressemblent à tous les autres marchés. Tout ceci n’est que du capitalisme routinier, banal et prévisible. C’est exactement le but. Malgré les promesses de révolution, d’égalité et de « soulèvement des artistes », cette technologie n’a rien changé : les quelques personnes au sommet continuent de posséder la plus grande quantité de richesse.

C’est vrai de toutes les technologies, blockchain ou autres. La décentralisation ne signifie pas l’égalité des chances. La tech déployée dans les limites d’un cadre capitaliste ne sera jamais libératrice. La seule façon de s’en sortir est de briser le cadre.

Kimberly Parker (source)
Pour information et à la suite de ces chiffres, un rapide calcul. Le salaire moyen d’un photographe français est de 1 900 € bruts par mois, soit 22 800 € bruts par an. 
Comme on vient de le voir, la majorité des ventes ont un montant très bas, prenons 100 €. Cet article liste les frais de vente des 5 plus grosses plateformes : sur deux la vente rapporte 15 € une fois les frais déduits, sur une 27,50 € et sur les deux dernières, elle est négative (elle coûte plus qu’elle ne rapporte). Prenons donc 15 € de chiffre d’affaires par vente, sur Fondation ou Superrare.
 
A cela s’ajoute la flat tax de 30%, qu’il est nécessaire de payer quand on veut transformer sa cryptomonnaie en argent « réel » utilisable pour les courses. Donc pour une vente à 100 €, un photographe pourra en utiliser 10,5 € à la boulangerie. 

A ce tarif, il faut 2 171 ventes par an pour atteindre le salaire moyen d’un photographe. En dehors de l’aspect écologique (que ça soit en utilisant des énergies fossiles ou en mobilisant des énergies vertes qui pourraient trouver un meilleur usage), c’est ridicule. Quel photographe peut engendrer 217 100 € de chiffre d’affaires, sur la vente de ses images et se contenter de gagner à peine plus qu’un SMIC ?

Je ne suis pas sûr que Joël Meyerowitz vende autant de tirages par an et un photographe qui en serait capable ne s’embêterait sûrement pas à faire des NFT.


(A noter : ce calcul est juste là pour donner un ordre d’idée. J’ai simplifié les frais de vente, ils sont donnés en dollars à la base).

Donc, clairement, si vous pensiez qu’il serait plus simple de vendre des NFT que des tirages, je vous invite à renoncer. Tout cela est très loin de l’El Dorado que l’on promet à tort et à travers en ligne.

Ah, et si vous vouliez des exemples « d’artistes (qui) s’enrichissent grâce à un petit nombre de ventes », j’en ai 2 assez cocasses.

Comme le projet Evil Ape, où la personne a gentiment disparu après avoir empoché 2,7 millions de dollars en refourguant ses images de singe bas de gamme, rappelant le pire des stickers des années 2000.

Et évidemment, tout aussi ridicule : ce CryptoPunk qui aurait pu être dessiné par un gamin de 7 ans, mais a quand même été vendu 2 000 ETH.

On est clairement dans la théorie du plus grand fou dont je vous ai parlé. Il n’y a rationnellement aucun intérêt à acheter ces œuvres ce prix-là, elles n’ont pas une valeur intrinsèque de plusieurs millions d’euros. Je ne vais pas vous dire qu’elles valent 15 € maximum, mais si vous alliez dans une galerie sérieuse avec ça sous le bras, cela m’étonnerait fortement que l’estimation soit supérieure.

Les NFT dans la photo

Et évidemment, les « pro-NFT » n’ont pas mis longtemps à venir poser leurs gros sabots dans le monde de la photographie, avec tous le même discours : une communauté super, enfin la possibilité de vendre pour tous et d’avoir des revenus de son art. Du vent, comme on vient de le voir.

Ci-dessous, un exemple caricatural mais réel de l’enthousiasme que j’ai pu voir passer sur mon feed twitter. Je laisserai à chacun le soin de ranger l’auteur dans l’une des 2 catégories de « pro-NFT » que j’ai précédemment présentées.

On l’a vu, les NFT reposent sur des technologies dont les promesses sont loin d’être tenues. Par exemple, on rabâche dans tous les sens qu’il s’agit de certificats « inviolables » mais… on oublie de dire que je peux parfaitement vendre un NFT d’une photo volée. Et donc que le certificat de possession ne vaut strictement rien. Un système est aussi sûr que son maillon le plus faible, or, NFT ou pas, les utilisateurs peuvent continuer à faire n’importe quoi.

Je pourrais lister ces points à la pelle (ou traduire l’article d’Antsstyle ça irait plus vite), mais on va se pencher sur une problématique propre à la photographie. Il y a une question toute simple, à laquelle personne n’a été fichu de me répondre dans tous les échanges que j’ai pu avoir sur le sujet :

Quel est l’intérêt d’un NFT par rapport à un tirage ?

Personne n’est capable de répondre à cette question. Et c’est dommage, c’est un peu la base de l’économie. Si vous voulez vendre un produit A à la place d’un B à une personne, il faut qu’il y ait un avantage pour lui. J’achète une chemise en coton plutôt qu’en matière synthétique pour le confort de son port, par exemple.

D'ailleurs, en parlant des personnes faisant la promotion des NFT et surtout en photo, j'ai remarqué un truc assez étrange : ce sont ceux qui en vendent qui crient sur tous les toits à la révolution. Jamais un acheteur n'est venu manifester publiquement sa joie d'avoir acquis un JPEG certifié pour 400 €. C'est étonnant, dis donc, je ne suis que surprise 😱. 

Vous avez maintenant conscience des prix du marché pour les tirages, de leur rareté, et un certificat fait directement par l’artiste n’est en rien moins sûr qu’un NFT, donc pourquoi en acheter un ?

Sachant que l’expérience n’a rien à voir, évidemment. En achetant des NFT, vous achetez des certificats de possession d’un JPG stocké sur le web, et qui y restera si vous avez de la chance. Vous pourrez, au maximum, le mettre dans un cadre numérique, rappelant aussi les plus belles heures des années 2 000.

Quelle est la différence avec le fait d’enregistrer une image sur le web et de faire pareil ?

L’expérience utilisateur est strictement la même.

Si vous voulez soutenir un artiste, achetez un de ses tirages, de ses livres, ou allez à un workshop qu’il fait. Vous aurez un objet fait et pensé par lui, physique, dans un cadre légal qui fonctionne très bien, et où il sera correctement rémunéré. En effet :

  • Les plateformes de vente de NFT ont des coûts (« fees » en anglais), qui entament sérieusement le revenu de l’artiste, voire le font vendre à perte (cf. cet article pour avoir tous les détails par plateforme).

Donc, les NFT n’apportent strictement rien et en aucun cas ils ne doivent être considérés comme « des tirages numériques« .

Et aussi, clairement : on se fout de votre gueule.

Par exemple, Samantha Cavet vend ses NFT entre 0.3 et plusieurs ETH.

Source

Par exemple, cette image est vendue 8 ETH soit 35 000 $ selon le cours actuel de cette crypto :

Source

Par contre sur son site, je peux l’avoir pour 165 $, encadrée :

Source

Plusieurs remarques :

  • Elle ne dit pas si le tirage papier (et encadré) est numéroté et signé. Mais, qu’il le soit ou pas, son travail ne vaut de toute façon pas plus. Je dis ça sans prétention, mais nous avons vu ensemble comment se construit une cote, quels sont les prix du marché et elle n’a clairement pas la reconnaissance artistique pour vendre ça plus. Même en étant très généreux, elle pourrait vendre son travail, numéroté et signé, 1 000 $ maximum, après quelques publications et expositions.
  • Depuis quand est-il raisonnable de penser que le travail d’une inconnue vaut le prix d’un vintage d’Henri Cartier-Bresson ? On marche sur la tête et personne ne m’a informé ?
  • Pourquoi est-ce que je paierais 217 fois plus cher pour regarder une photo sur ma tablette, quand pour 217 fois moins cher, je peux l’avoir encadrée chez moi ?

Une seule réponse à toutes ces questions : théorie du plus grand fou.

Oui, quand je disais qu’on se fout de vous, je ne mentais pas.

Un autre exemple ?

OK. C’est ma tournée.

Benjamin Lee vend ses NFT de Shinjuku 0,5 ETH, soit environ 2 000 €.

Source

Par contre, sur son site, je peux acheter une photographie de la série (non encadrée) pour 150 $.

Source

Je ne sais pas si c’est la présence du parapluie qui divise par 13 le prix de l’image, mais le constat reste le même. Le prix du tirage physique reste très juste, mais pour le NFT, j’en rigole toujours.

Allez, un dernier pour la route ?

On va prendre le cas de Justin Aversano, qui est un poil obscur, mais qui reste intéressant.

Je l’ai découvert quand son travail (en NFT) a été vendu, via la maison d’enchères Sotheby’s, pour 35 000 $. Il a une petite notoriété : Justin Aversano est un artiste et un conservateur qui travaille entre Los Angeles et New York, et qui a fondé une organisation à but non lucratif qui propose des œuvres d’art communautaires dans les espaces publics.

Source

Cette vente concerne la photographie Twin Flames #49, issue d’un projet qui porte sur la mort, la perte et la famille.

Alyson Aliano est debout dans sa maison de Los Angeles, regardant dans le miroir de la chambre à coucher, se souvenant de sa sœur jumelle décédée, Courtney. Alyson tient le certificat de décès de Courtney pour honorer la présence spectrale de sa jumelle perdue depuis longtemps. Il s’agit du dernier portrait de Twin Flames qui a été photographié en 2017, avant la nouvelle année, sur un appareil photo moyen format Mamiya C330 TLR tourné sur un film couleur 120 mm Kodak Portra 400.

Justin Aversano

Bon, sur son site web, il vend ses images 2 000 $.

À ce prix, vous pouvez avoir une édition limitée d’une photographie du même projet, sur les jumeaux, comme celle-ci :

Source

Bon, il passe de 2 000 à 35 000 $, j’ai envie de dire : pourquoi pas ? Cela me semble encore beaucoup, mais on est à la limite de mon seuil de tolérance. C’est cher, gonflé, mais la maison d’enchères est prestigieuse, il a une petite notoriété, c’est de l’ordre de l’acceptable.

Mais la suite, c’est du grand n’importe quoi. De fil en aiguille, ce NFT a été revendu :

  • Le 1er septembre 2021 pour 506 ETH (source) ;
  • Le 22 novembre 2021 pour 850 ETH (source) ;
  • Le 27 novembre 2021 pour 871 ETH (source).
Il semble que la dernière vente ait été possible grâce à un achat groupé, mené par TheRAWdao, avec un système de points alambiqué et un peu obscur. Je vous avoue ne pas avoir creusé plus ce point, il existe une limite à la connerie que je suis capable de m'infliger pour préparer un article.
Si vous voulez les détails de chaque vente, tout est dans cet article. 

Tout cela nous amène à ceci :

Source

Sa photographie a été vendue pour la dernière fois pour l’équivalent de 3 millions de dollars, et est en vente aujourd’hui à quasiment 6 millions.

Théorie du plus grand fou, quand tu nous tiens.

Absolument rien ne justifie que le prix de cette œuvre ait été multiplié par 167 en quelques mois et atteigne les photographies les plus chères de l’histoire. On est purement dans la spéculation financière, décorrélée de toute réalité à ce stade.

Et on sait tous où cela nous mène.

Notez que toutes mes critiques, dans cette partie, ne portent que sur l'opportunisme lié au gonflage des prix pour les ventes en NFT. Je n'ai rien à dire, et ne dirai rien, sur la qualité artistique des travaux présentés. Il y en a d'ailleurs plein que j'ai trouvé vraiment intéressants en faisant ces recherches. 

Conclusion

On arrive à la fin, et vous savez désormais, à peu de choses près, tout ce que je sais sur le prix des tirages. J’espère que vous comprendrez mieux, maintenant, les prix affichés que vous voyez parfois, comment ils sont construits, et ce qui les justifie.

Comme nous l’avons vu, et c’est ce qu’il faut retenir, je pense : on en trouve pour toutes les bourses et il y a sûrement plein d’artistes que vous aimez dont vous pouvez vous offrir quelques belles pièces pour illuminer votre salon. Tout ne coûte pas des millions, loin de là.

Et dans l’autre sens, n’hésitez pas à en produire, pour vos archives mais aussi pour les vendre. Si votre travail plaît, c’est toujours une façon sympa de le diffuser. Personnellement, la vente d’un tirage, c’est toujours ce qui me fait le plus plaisir.

J’aime bien en acheter aussi, d’ailleurs, à l’heure où j’écris ces lignes (et pour vous donner un ordre d’idée), je possède :

  • 2 Joel Meyerowitz (numérotés, mais non signés) ;
  • 4 Jean-Christophe Béchet ;
  • 2 Louise Brunnodottir ;
  • 0 Serge Ramelli ;
  • 1 Richie Lem.,
  • 5 032 Thomas Hammoudi (la plus grand collection d’Europe) ;
  • Moins d’une dizaine de tirages que j’ai reçus des abonnés. Mais j’en ai eu des super chouettes comme celui de Guillaume Etievent (j’ai extinction n°2).

Bon, ça n’est clairement pas une collection extraordinaire ou à la hauteur de ce que je peux avoir comme livres, mais je vous garantis qu’une fois accrochés, c’est déjà très agréable.

Prenez des photos, prenez soin de vous et n’achetez pas ces putain de NFT de merde. On terminera 2021 sur cette note.

Edition de dernière minute : Richie a publié un article sur son blog, faisant écho à celui-ci. Il s’appelle « Comment vendre son premier NFT photo ?« , c’est par ici :

http://richielem.com/comment-vendre-son-premier-nft-photo

Et pour finir l’année, rien de mieux qu’une rétrospective musicale :

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Date de la dernière mise à jour : le 15 décembre 2021


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15 Comments

  1. Merci pour cet article, très intéressant.
    Et aussi pour la référence aux cadres numériques 🙂 Qui a envie de voir des oeuvres photos sur une tablette plutôt que sur papier ?

    Comme tu ne les évoques pas, que penses-tu des tirages « petit prix » que Magnum fait régulièrement (les « Magnum Square Print Sales », env 100€ le 10×15) ? Ca vaut le coup/coût ou c’est bofbof ?

  2. chiarappa

    Super intéressant Thomas, article complet, exemples associés.
    À « Ce qui me pose question, d’ailleurs : est-ce que je peux acheter un cadre ayant hébergé une œuvre de Shōmei Tōmatsu pour 175 € ? »
    j’ai bien rigolé, si tu es superstitieux fonce!
    Bon week-end et bonnes fêtes

  3. Michel Perret

    Merci pour l’article qui m’apporte des éléments pour une intervention que je dois faire en janvier sur la nature morte en photographie. Personnellement je ne crois à la bonne conservation des photos qu’en livre. Par ailleurs j’ai vendu récemment un tirage sur dibond 40×40 à 50€. Je l’ai remis à l’acheteur mais je me rends compte maintenant que mon nom n’y paraît pas. Que faire?

  4. Adobe 98 n’est pas affiché par tous les écrans, le sRGB oui. Du coup, quel est l’intérêt de conserver du patrimoine dans un format qui possède certes plus de couleurs, mais pas lisible par tous parfaitement ?

    Un espace d’archivage n’a pas besoin d’être connecté à un médium de sortie. D’ailleurs pour l’archivage, les gens intelligents utilisent ProPhoto RGB en photo et ACES P0 au cinéma, qui sont tellement larges qu’il contiennent même des couleurs qui n’en sont pas (imaginaires). L’idée c’est d’encoder les couleurs visibles, point barre. Au moment d’afficher à l’écran, le CMS (color management system) se charge de faire la conversion, qui est non-destructive sous réserve que la profondeur de bits d’encodage soit suffisante (12 bits par canal, ou plus).

    L’intérêt des espaces larges n’est pas tant dans le vert que dans le bleu. Bon courage pour encoder le lapis-lazuli en sRGB… S’il sort magenta, faudra pas se poser de question : il s’est fait écrêter la face en sortant de l’espace de couleur, ce qui arrive plus tôt qu’on ne le pense avec les histoires de balance des blancs.

    Concernant les formats de fichiers, qu’ils soient opensource ou pas n’est pas la question, tant qu’on a des décodeurs opensource. JPEG n’est pas un format ouvert, reste qu’on a ses spécifications techniques accessibles et libjpeg ou OpenJPEG, des librairies de décodage dont le code source est accessible (https://sourceforge.net/projects/libjpeg/files/libjpeg/6b/, https://github.com/uclouvain/openjpeg). Partant de là, le support de JPEG sera probablement infini parce qu’il se trouvera toujours un geek pour avoir envie d’accéder à ses photos qui portera la librairie sur la nouvelle plateforme/OS à la mode.

    Quand tu vois la pléthore de solutions existantes pour numériser des VHS ou des cassettes audio sur connectique USB moderne, ça laisse quand même un peu d’espoir. Dans l’ensemble, eu égard à la sensibilité du papier à l’humidité et à la lumière, j’aimerais bien lire les arguments technique de ces « experts » qui sont tous convaincus de la supériorité du papier, au delà de l’argument d’autorité. Si c’est les mêmes qui ont décidé d’utiliser Adobe RGB pour encoder Gallica, ça explique bien des choses.

    Après, les tirages… c’est sympa quand t’as la place. Avec un salaire médian à 1940 €/mois en 2019 et un loyer médian de 179 €/m²/an, on a donc à la louche 50 % de la population active qui habite dans moins de 68 m². L’INSEE donne une surface moyenne de 40 m²/personne en 2012 (https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/2586024/LOGFRA17k2_F6.2.pdf). Quand tu enlèves les surfaces de placards et d’étagères, et les salles d’eau ou t’as pas envie de mettre des papiers précieux, il reste pas grand chose pour afficher son statut social au mur…

    • Pour les bibs, ce sont des accords internationaux, je ne connais pas spécialement le contexte de leur signature.
      L’expert / Prof chez Louis Lumière avec lequel on travaillait avait fait un rapport à ce sujet (auquel je n’ai plus accès).
      Mais en gros, vu les teintes auxquelles ont à affaire, l’Adobe 98 n’était pas pertinent. Dans le sens où ça obligé à « étirer les valeurs pour l’encoder dedans » (je te le répète comme je m’en souviens, vulgarisé y’a quelques années). D’autant plus que tu n’auras jamais de lapis-lazuli quoi. Sur des livres médiévaux, on est quasi que sur des teintes du brun au noir. Mais c’est surtout anecdotique, pour dire que les choix techniques que l’on fait maintenant ne sont pas forcément les bons et que pour le papier t’es moins emmerdé.

      Après, les tirages… c’est sympa quand t’as la place.

      Mais dude, t’es capable de ramener n’importe quel sujet à « ouin ouin c’est un truc de bourgeois ». C’est ouf
      Je le dis à la fin de l’article : on peut s’acheter plein de tirages pour moins de 100 €. Sachant que les passionnés de photographie (auquel s’adresse ce sujet du coup) dépensent au minimum plusieurs fois cette somme sans sourciller pour leur matériel. Je parle d’un truc qui est de l’ordre du cadeau de Noël / anniversaire envisageable, pas d’acheter un Avedon.
      Et puis bon, même étudiant dans 27m², je n’ai jamais eu de problèmes pour trouver un mur ou mettre une affiche ou un truc, l’argument est très faible.

      Bref, mets un tirage chez toi, ça t’apportera sans doute un peu de joie et de bonne humeur

  5. Merci pour ce nouvel article très clair et complet et, comme toujours, abondamment sourcé.
    L’encadré visant à relativiser le gain pour l’artiste d’une vente de NFT (en résumé 10,5 euros de gain pour 100 euros de vente) est édifiant et j’ajouterais effrayant ! Mais, juste un truc : dans le calcul s’il faut 2700 vente à 100 euros pour gagner un SMIC brut (soit 27 000 euros), le chiffre d’affaire est alors de 270 000 euros et pas 2,1 million ?
    Sinon, pour ceux que ça tente j’ai 2 idées qui pourraient être suffisamment tordues pour faire amha de bons NFT :
    – vendre le concept des images ratées : c’est à dire vendre l’idée qu’on se faisait d’une image au moment de la prise de vue mais dont le rendu final ne correspond pas.
    – mieux encore : vendre les métadonnées d’une image telle qu’on la souhaiterait ou telle qu’on l’imaginait avant la prise de vue…
    Dans les 2 cas on peut même carrément s’affranchir de l’acte de prise de vue… la boucle est bouclée !

  6. Tiens, pour les curieuses et les curieux, ce soir, il y a une vente de photos de Willy Ronis issues de la collection de son petit-fils. Ça se passera chez Artcurial, à partir de 19 heures :

    https://www.artcurial.com/fr/vente-4197-willy-ronis-incontournables-et-inedits-collection-stephane-kovalsky

    Certaines photos sont inédites, d’autres célèbres, mais une chose me frappe : sur les 195 images mises aux enchères, presque la moitié sont annoncées avec un prix initial à 1000 € (parfois même à 600 €), et même des images emblématiques (comme les amoureux au sommet de la tour de la Victoire, place de la Bastille), affichés à 2000 €, paraissent sous-côtés. Le petit parisien courant avec sa baguette, par contre, est estimée entre 8000 € et 12000€, mais, étrangement, cela me semble encore assez peu.

    Cela m’a également étonné, lorsque j’ai fait ma petite collecte rapide de prix à Paris Photo : les tarifs affichés ne semblent pas toujours corrélés à la renommée du photographe. Un Jane Evelyn Atwood vintage à 8000 €, dans l’absolu, c’est vraiment pas cher, quand on tient compte de l’ampleur de son travail et de son militantisme, de son engagement et de l’énergie déployée, surtout tout cela comparé à des artistes plus récents, purement plasticiens, dont les tirages sont affichées à plus de 30000 € par les galeries qui les représentent (et les poussent comme d’autres magazines aux culs du van de la liberté). Un autre de mes regrets, c’est de ne pas avoir fair plus attention aux photographes étant exposés par plusieurs galeries différentes.

    C’était le cas, par exemple, de Daido Moriyama. Thomas en montre un tirage, vendu par la galerie Ibasho (basée à Anvers) à 2400 €. À ce prix là, je suppose qu’il s’agit d’un tirage assez récent. Quelques allées plus loin, la galerie Johanes Faber (basée à Vienne), proposait un autre Daido Moriyama, mais ce coup-ci un vintage (de 1990, parce que les années 90, ça commence à être vintage), affiché quant à lui à 26000 €. Je précise qu’il s’agissait de l’exemplaire 3/3, donc ça aide aussi à faire grimper la valeur. Nobuyoshi Araki aussi se retrouvait dans plusieurs galeries différentes, mais je n’ai pas demandé les prix.

    Pour changer de sujet tout en restant dans le même, cette question de nombre limité de tirages m’a toujours turlupiné. Dans le Droit français, j’entends bien la limitation de 30 exemplaires. Mais cela s’applique-t-il également aux photographes non français ? Même si je sais qu’il n’est pas forcément dans leur intérêt de multiplier les exemplaires comme des petits pains, un tirage d’un photographe étranger reconnu, dont on sait qu’il existe plus de 30 exemplaires, aura-t-il lui aussi le statut fiscal d’œuvre d’art ? Et qu’en est-il de la légistation relative aux « open editions » ?

    • Pour moi une « open edition » c’est juste une méga carte postale.
      Pour les étrangers, j’avoue ne pas savoir du tout.

      Je rajoute juste une précision, tu dis : « ça commence à devenir vintage ».
      Le mot a bien 2 sens :

      • Un objet qui a +20 ans (comme ma guitare préférée !)
      • Une photo tirée à l’époque de la prise de vue, par l’artiste ou sous son contrôle. Donc je peux faire un vintage de Thomas Hammoudi ce soir, et ce sera un vintage-vintage dans 20 ans haha
  7. Remy Poncelet

    Salut Thomas,
    Excellent article qui synthétise parfaitement le sujet de la valeur des tirages. Effectivement si on peut trouver certains prix élevés on est loin des prix atteints par des peintures ou des sculptures. Le marché de l’art échappe quelque peu à toute rationalité. Tu as bien fait d’en remettre une couche sur les NFT, il faudrait d’ailleurs les ensevelir sous plusieurs couches. A propos de tirage j’ai acquis avec le dernier Frenchtown de JC Béchet un tirage nb dont je ne me lasse pas.

  8. Très bon article, qui m’inspire une ou deux réflexions :
    Sur la prétendue supériorité du papier, je retiens ceci : « la température que l’hygrométrie sont contrôlées »…. Bon ce n’est pas le cas d’une grande partie des archives familiales. Du coup cela se perd et s’abime. Je rajoute aussi cette histoire : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/09/21/01016-20100921ARTFIG00609-la-galerie-de-philip-plisson-detruite-par-un-incendie.php
    Bref le papier ça brule, même bien conservé…
    Conclusion : aucun support n’est supérieur à l’autre, ils ont des inconvénients a maitriser. Seule une bonne duplication permet la sauvegarde.

    Concernant les NFT je rajoute les articles de Stéphane Bortzmeyer
    https://www.bortzmeyer.org/nft.html
    https://www.librealire.org/nft-pourquoi-ce-succes-stephane-bortzmeyer

    Et enfin celui là
    https://www.ladn.eu/mondes-creatifs/folie-des-nft-pourquoi-certains-depensent-des-millions-pour-en-avoir/

    On est d’accord les NFT n’apportent rien, je crois surtout que cette technologie est incomprise. On achète pas une oeuvre, juste un droit de « propriété » virtuelle. Les repères habituels ne sont pas tout à fait les mêmes.
    Par contre n’en achetez pas c’est effectivement une arnaque (ou bulle ce qui revient au même)… En gros on a trop d’argent et on ne sait plus comment le dépenser.

    • Hey ! Merci pour les sources je vais aller lire ça.

      Pour le papier, mon propos porte sur ce qui est patrimonialisé. Ce qui est entré dans le patrimoine commun et donc, stocké dans les archives diverses (de l’état, des départements et cie). Et dedans, on a bien ce que je décris, des normes anti-incendie et tout le tintouin. J’y ai déjà vu des livres pluri-centenaires qu’on croirait sorti d’une librairie (c’est assez dingue). J’ai même retrouvé l’image, ça, ça date du 17e siècle de mémoire :
      Image livre imprimé
      (C’était numérisé dans le cadre d’un projet portant sur les premiers imprimés, de la période 1400-1700).

      Mais oui, chez le grand public, c’est autre chose ! Mais le papier aura toujours l’avantage d’être lisible, peu importe les évolutions techniques.

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